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Full text of "La boxe française, historique et biographique : souvenirs, notes, impressions, anecdotes : Michel Pisseux... [et al.]"

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ACHEVÉ D’IMPRIMER 




le sept mars mil huit cent quatre-vingt-dix-neuf 



PAR 

DARANTÏERE, IMPRIMEUR 

A DIJON 




POUR 

J. CHARLEMONT, PROFESSEUR 

A PARIS 






EN VENTE A L’ACADÉMIE DE BOXE 






OUVRAGE DU MÊME AUTEUR 



L’ART DE LA ROXE FRANÇAISE 

ET DE LA CANNE 

(Un volume iii-8 raisin de 315 pages, imprimé avec soin sur 
papier de luxe, couverture en couleur, magnifiquement illustré 
d’un portrait en pied de l’auteur et de 100 figures en photogra- 
vure intercalées dans le texte.) 












■ 















6 











J. Charlemont, 

Professeur de boxe française et de canne, Officier d’Académie 



J. CHARLEMONT 



LA BOXE FRANÇAISE 

«* 

HISTORIQUE ET BIOGRAPHIQUE 

SOUVENIRS, NOTES, IMPRESSIONS, ANECDOTES 



MICHEL PISSEUX, CHARLES LECOUR, AMAND LEBOUCHER, 
HUBERT LECOUR, CHARLES DUCROS, 

LOUIS VIGNERON, J. CHARLEMONT, ETC. 



PREMIÈRE ÉDITION 




PARIS 

A L’ACADÉMIE DE BOXE 

24 , RUE DES MARTYRS 



1899 



AYANT-PROPOS 



L’Angleterre possède depuis longtemps déjà son histoire 
de la boxe et plusieurs auteurs ont fait sur ce sujet de très 
intéressantes études. 

Nous aurions voulu, nous aussi, écrire une histoire 
complète de notre belle boxe française, mais cette tâche 
que nous avons entreprise de grand cœur et que nous 
aurions été si heureux de mener à bien, n'a pas pu être 
entièrement remplie suivant nos désirs. Les documents 
sérieux sur la boxe sont fort rares et souvent nos recherches 
sont restées sans résultats ; de plus les anciens maîtres ont 
malheureusement disparu sans nous faire héritiers des 
renseignements précieux qu’ils auraient pu nous donner sur 
le passé, aussi avons-nous été dans l’obligation de laisser 
dans l’ombre ce que nous pourrions appeler la naissance 
de la boxe. 

Mais si nous n’avons pas déchiré ce voile impénétrable, 
nous avons pu cependant réunir un certain nombre de 
documents, de faits, d’anecdotes qui, joints à nos souvenirs 



AVANT-PROPOS 



C 

personnels, nous ont permis de présenter au public le 
présent ouvrage. Pour n’être pas tout à fait complet, il n’en 
sera pas moins très utile à ceux qui voudraient plus tard 
écrire l’histoire de la boxe française. C’est, du moins, notre 
vœu le plus cher. 

Dans certaines des biographies qui figurent dans ce livre 
nous nous sommes montré parfois sévère pour les anciens, 
pour les jeunes aussi bien que pour nous-même. Mais qu’on 
n’aille pas nous accuser de haine, de jalousie ou de mau- 
vaises intentions! Loin de là! Tout en reconnaissant à 
chacun ses qualités et ses défauts, nous n’avons eu qu’un 
désir, qu’un seul but, celui de dire toute la vérité et de faire 
connaître tels qu’ils sont les hommes qui appartiennent à 
l’histoire de notre art. N’est-ce point, d’ailleurs, faire œuvre 
de justice que d’exposer sans flatterie, mais aussi sans 
partialité, ce qui peut intéresser les générations à venir? 
Redde Gæsariquæ sunt Cæsaris, etquæ sunt Dei Deo... (1). 



(1) Rendez à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appar- 



INTRODUCTION 



LE PUGILAT CHEZ LES ANCIENS 



Les sociétés des premiers âges estimaient que la force physique 
est un des meilleurs et des plus salutaires dons que la nature 
puisse offrir à l’homme. 

Alors, en effet, l’homme devait se protéger lui-même et, les 
armes défensives et offensives n’existant point, il fallait qu’il se 
servît de l’arme la plus simple et la plus naturelle, de celle qui se 
trouvait à sa portée : — il passait donc son temps en des exercices 
utiles qui assouplissaient ses muscles et le préparaient à la 
lutte. 

Le gymnase était ouvert à tous; les femmes avaient leurs heures 
pour venir s’y former ; on y envoyait les enfants comme on les 
envoie aujourd'hui à l’école; c’était le complément obligatoire de 
toute éducation. 

Dans un livre remarquable où sont consignées les principales 
merveilles de la force et de l’adresse, M. Guillaume Depping l’a 
parfaitement dit : à l’origine des peuples, la religion n’était, au 
fond, que le culte de la nature extérieure ; — on adorait la beauté 
physique sous les noms de Vénus et d’Apollon, et la force phy- 
sique sous les traits majestueux d’Hercule. 

Les plus grands artistes de l’antiquité se réservèrent comme une 

faveur le droit de tailler les statues des lutteurs, et Damoas, qui 

1 



8 



LA. BOXE FRANÇAISE 



était compatriote de Milon de Croto ne, garda pendant tonie sa 
vie l’honneur d’avoir sculpté dans le marbre l’image de ce géant 
qu’aucune force humaine ne pouvait ébranler. 

Plus tard, la bible créa le type de Samson, qui, d’un coup d’é- 
paule, renversait des piliers de granit sur le front des Philistins 
épouvantés. 

Il est vrai que, depuis, l’esprit a fait son chemin, qu’il a mar- 
ché vers nous et qu’il a fini par l’emporter sur la matière : — et 
c’est évidemment un grand bien ; mais peut-on affirmer que la 
matière ait été complètement vaincue ? Non certes. Et comment 
l’aurait-elle été, d’ailleurs? A-t-on donc supprimé le corps? 

t C’est parmi les Grecs que se forma tout d’abord une classe spé- 
ciale de gens dont l’unique but était de développer leur force phy- 
sique ; les états qui souvent n’étaient pas assez puissants pour 
protéger tous leurs membres, encouragèrent cette tendance en 
établissant des jeux publics consacrés à tous les exercices du 
corps. 

Ceux qui s’y adonnèrent, furent nommés « athlètes », d’un 
mot qui veut dire «travail» et qui peut, par extension, signifier 
« combat » . 

En ces époques primitives, les batailles se livraient de près, 
corps à corps pour ainsi dire. 

Si donc le peuple grec a été le vainqueur de la puissance la plus 
formidable de l’Asie, c’est dans sa force physique seulement qu’il 
faut chercher le secret de ses triomphes. 

L’éducation gymnastique qu’il donnait aux enfants et aux 
jeunes gens, lui constituait pour l’avenir des guerriers robustes 
et rènommés, sur les bras desquels la patrie pouvait reposer sans 
crainte. 

Les Grecs s’étaient pénétrés du fameux axiome : Mens sana in 
corpore sano. 

Ils considéraient la gymnastique comme la troisième partie de 
l’instruction, les belles-lettres et la musique étant les deux autres. 
Amoureux de la beauté corporelle, sous sa forme masculine aussi 
bien que sous sa forme féminine, ils s’appliquaient à la rendre 
parfaite et ne la séparaient point de la beauté morale. 

Lire beau, vertueux et courageux étaient trois choses qui, dans 



INTRODUCTION 



9 



leurs idées, allaient de pair, comme être difforme, vicieux et 
lâche. 

La gymnastique faisait partie non seulement de l’éducation 
mais de la médecine, qu’ils confondaient avec l’hygiène. Les 
palestres étaient dédiés à Apollon, dieu de la médecine, et les 
maîtres des palestres prenaient souvent le titre de médecins. Si, 
maintenant, nous considérons, d’un côté, l’importahce que les 
Grecs attachaient aux exercices du corps et leur vie entière passée 
dans les gymnases, et de l’autre dans les productions de leurs 
écrivains et de leurs artistes, ce culte de la forme, cet équilibre 
de toutes les facultés, cette expression complète de la beauté en 
tous genres qui les ont rendus nos maîtres, nous attribuerons jus- 
tement à leur éducation spéciale, c’est-à-dire à la gymnastique, 
une bonne part de leur génie. 

Platon avait été athlète, et même on conjecture qu’il dut son 
nom à la largeur de ses omoplates. 

Quant aux artistes, c’est dans les gymnases et dans les arènes 
de lutteurs qu’ils choisissaient leurs modèles (1). 

Puissante et vaillante nation que cette nation grecque ! Mais 
elle cessa de l’être quand ses enfants, énervés par les plaisirs et 
la mollesse, n’eurent plus la volonté ni le courage de retourner à 
leurs jeux sains et fortifiants: la mort du corps précipita la mort 
de l’âme. ' v 

On pouvait croire que cette nation vivrait éternellement dans 
la plénitude de sa virilité et qu’elle donnerait des lois au monde : 
elle tomba tout à coup, parce qu'après les nuits orgiaques, les 
débauches, les festins, les libations, ses enfants trouvèrent leurs 
boucliers trop lourds et ne surent plus manier la lance. Alors, la 
Grèce tout entière fila aux pieds d’Omphale. 

Le repos fut pour elle le commencement de l’inertie ; n’ayant 
plus de mouvement, elle n’eq.t plus de vie. 

Tous les exercices du gymnase, des plus simples aux plus com- 
pliqués, ont le même but : faciliter le jeu des organes nécessaires 
à l’entretien de l’existence, favoriser le développement du corps* 
consolider l’ossature, fortifier la constitution. 



(1) Encyclopédie du XIX e siècle. 



10 



LA BOXE FRANÇAISE 



Non seulement les membres, fréquemment exercés, acquièrent 
plus de vigueur et plus d’agilité, les tendons plus de souplesse, 
mais l’économie du sang humain étant une, l’activité communi- 
quée à l’une des fonctions profite à toutes les autres; la circula- 
tion du sang, devenue plus active, répartit plus également les 
matériaux nutritifs et empêche que certaines parties absorbent la 
nourriture des autres ; la respiration, la digestion deviennent 
plus rapides et la déperdition des forces exigeant une réparation, 
l’appétit prend une vitalité nouvelle. 

Le point important est de faciliter aux poumons leur rôle : car 
tout poumon gêné est un poumon malade. 

Comment? En augmentant la capacité de la poitrine par le tra- 
vail des muscles de celle-ci, du dos, du ventre et des bras. 

Tels sont, en quelques mots, les résultats hygiéniques de la 
gymnastique ; ils s’étendent plus loin encore. 

L’inaction a pour conséquence fatale l’atrophie de certains 
muscles et l’inaptitude desmembresaux fonctions correspondantes; 
au ralentissement de la circulation correspond l’affaiblissement 
du cerveau, cause de décadence pour tout l’organisme, aussi bien 
pour les facultés intellectuelles que pour les forces musculaires. 

De là des irritations, des névroses, l’exagération, la sensibilité, 
la mélancolie, l’hypocondrie et tous les maux imaginaires ou 
rqels que ces infirmités entraînent. 

La gymnastique modifie heureusement les excitations de l’appa- 
reil nerveux et rétablit l’équilibre avec l’appareil musculaire. « Il 
n’y a pas de maître d’armes triste », a écrit Alfred de Musset, et 
il avait raison. 

La gymnastique est ainsi éminemment salutaire aux littérateurs 
et à tous ceux qui surexcitent leurs facultés cérébrales, en répar- 
tissant dans tous les membres le sang que le travail intellectuel 
fait affluer au cerveau. 

Déplus, si on la pratique avec soin, elle donne à l’homme la 
connaissance de ses forces, lui inspire la confiance en lui-même, 
double son énergie et lui permet, à l’occasion, soit d’échapper à 
un danger personnel, soit de porter un secours efficace. 

Son utilité, sa nécessité même n’est donc plus mise en doute ; 
mais elle n’occupe pas encore, surtout dans l’éducation, la place 



INTRODUCTION 



11 



que tous les hommes compétents voudraient lui voir attribuer. 

L’Angleterre et, après elle, la Belgique sont cependanten pro- 
grès sur les autres nations. 

M. Taine, dans ses Etudes sur la vie anglaise, dit que les étu- 
diants d’Oxford et d’Eton partagent très inégalement leur temps 
entre les études littéraires etscientifiques et les exercices corporels, 
et que l’inégalité se trouve être en faveur de ces derniers. 

A la gymnastique proprement dite ils joignent tous les autres 
jeux du sport : la natation, la course à l’aviron, le cricket, la 
boxe et se trempent ainsi ces tempéraments vigoureux qui sont 
l’apanage des races fortes. 

Montaigne l’a bien pensé : « Je veux que la bienséance extérieure 
et l’entregent et la disposition de la personne se façonnent quant 
et quant à l’âme. 

« Ce n’est pas une âme, ce n’est pas un corps qu’on dresse ; c’est 
un homme : il ne faut pas faire à deux, et, comme dit Platon, les 
dresser l’un sans l’autre, mais les conduire également comme une 
couple de chevaux attelés au même timon. » 

Jean-Jacques Rousseau partageait Lavis du vieux sage français 
quand il écrivait dans son Emile : — « C’est une pitoyable erreur 
de croire qu’on entrave la formation de l’esprit en exerçant le 
corps. Que l’élève unisse un jour la raison d’un sage à la force 
d’un athlète ! Ce que conçoit l’esprit humain lui vient par le 
conseil des sens; le matériel est la base fondamentale de l’intellec- 
tuel ; c’est pourquoi il faut exercer les sens et les membres comme 
étant des instruments de notre intelligence, et précisément à 
cause de cela il faut que le corps soit sain et vigoureux. » 

Nous ne nous arrêterons pas, dans le cours de cette petite intro- 
duction, sur les divers exercices dont se compose la gymnastique. 

Notre livre a pour but l’historique de la boxe, et c’est de la 
boxe seule que nous voulons parler. 

Les Grecs l’appelaient « Pugilat ». C’était l,e combat à coups de 
poings. Il n’est pas besoin d’ajouter que cet exercice, ainsi que 
celui de la lutte, remonte à la plus lointaine époque. 

Les premiers hommes, pour vider leurs différends et leurs que- 
relles, ont évidemment recouru tout d’abord aux armes les plus 
simples, c’est-à-dire à celles que la nature leur fournissait. 



12 



LA BOXE FRANÇAISE 



Les Grecs perfectionnèrent le pugilat au point d'en faire un art 
tout particulier, ayant ses règles et ses finesses, et dont on s'ins- 
truisait sous des maîtres. 

Aussi, dans les siècles les plus reculés, voyons-nous des héros 
et des princes qui mettaient leur principal mérite dans la force de 
leurs poings. 

Tel était, entre autres, Amycus, roi des Bébryces, qui ne per- 
mettait aux voyageurs étrangers de quitter ses états qu’après avoir 
lutté avec lui au pugilat; — il avait toujours triomphé, quand 
l'argonaute Pollux, attaqué par lui, le vainquit et le tua. — Un 
petit-fils de cet Amycus, nommé Eryx, s’acquit aussi une grande 
réputation comme pugiliste. 

Au dire de Platon, c’est lui et Epéus, constructeur du fameux 
cheval de bois qui causa la ruine des Troyens, qui introduisirent 
le pugilat parmi les exercices des athlètes. 

On l’enseigna, dès lors, dans tous les gymnases de la Grèce. 

Il fut admis au nombre des jeux qui se célébraient soit à titre 
de divertissement public, soit pour honorer les funérailles des 
morts, soit pour rendre hommage aux dieux. 

Nous le voyons dans Y Iliade figurer parmi les jeux funèbres de 
Patrocle. IY Odyssée nous le montre en usage chez les Phéaciens, 
à la cour d'Alcinoiis, avec les autres jeux destinés à fêter l’arrivée 
d’Ulysse. 

Cependant, malgré cette vogue, le pugilat ne fut reçu qu’assez 
tard aux jeux Olympiques : ce fut seulement vers la xxiu® Olym- 
piade que l’athlète Onomaste, de Smyrne, remporta le premier 
prix proposé pour cet exercice. 

Les Grecs pratiquaient deux sortes de pugilat. 

Dans l’un, ils avaient la tête et les poings absolument nus, et, 
dans l’autre, leurs poings étaient recouverts d’espèces de gantelets 
garnis de plomb, appelés cestes, et leur tête coiffée d’une calotte, 
nommée ampholide, et destinée àgarantir les tempes et les oreilles. 
Les cestes se composaient de plusieurs courroies ou bandes de cuir, 
entrelacées de façon à couvrir le dessusde la main et les premières 
phalanges des doigts, et qui, passant sous la paume de la main, 
venaient s’attacher par plusieurs circonvolutions autour du poi- 
gnet et de l’avant-bras. 



INTRODUCTION 



13 



La première chose que faisaient les pugilistes, sitôt qu’ils se 
trouvaient en présence, était de s’affermir sur leurs pieds, d’élever 
leurs bras, les poings fermés, à la hauteur de la tête; de les étendre 
en avant, en arrondissant le dos et les épaules, et de mettre, par 
cette attitude, leur tête à couvert des coups de poing. 

Les meilleurs pugilistes, chez les Grecs, sortaient de Rhodes, 
d’Egine, de l’Arcadie et de l’Elide. 

Les plus célèbres d’entre eux furent Glaucus et Mélancomas. 
Glaucus n’était pas d’abord un lutteur de profession : c’était un 
simple laboureur. 

Son père l’ayant aperçu, un jour, entrain d’enfoncer d’un coup 
de poing le soc de sa charrue, devina par ce seul trait quelle serait 
la vigueur de son Fils et le conduisit aux jeux Olympiques. Là, 
Glaucus concourut pour le combat du cesté ; mais pressé par un 
adversaire plus adroit et plus exercé, il allait succomber quand 
son père lui cria : 

— Frappe, mon fils, comme sur la charrue ! 

Ranimé par cette parole, le pugiliste redoubla d’ardeur et la 
victoire lui resta. 

Quant à Mélancomas, il fut l’ami de l’empereur Titus, et l’ora- 
teur Dion Chrysostomen’a pas dédaigné d’écrire, son panégyrique. 

Mélancomas restait des heures entières les bras étendus en face 
de son adversaire, qui cherchait en vain à pénétrer jusqu’à lui et 
se brisait en efforts impuissants contre ces deux barres d’acier. 

On dit qu’il pouvait demeurer deux jours consécutifs dans cette 
position fatigante. 

Par cette manœuvre, il fermait pour ainsi dire toutes les issues 
à son antagoniste, qui, de guerre lasse, finissait par lui céder le 
prix. Mélancomas sortait de la lutte sans avoir donné ni reçu un 
coup de poing. 

On voit, dans plusieurs auteurs anciens, la description des 
combats du ceste (que nous reproduisons plus loin). Valerius 
Flaccus a décrit, dans ses Argonautiques, celui de Pollux^et 
d’Amycus, roi des Bébryces. Théocrite dans une de ses Idylles, 
a traité le même sujet. Virgile dans V Enéide, a aussi chanté le 
combat d’Entelle et de Darès. C’était en Sicile, aux jeux donnés 
par Aceste pour célébrer l’anniversaire de la mort d’Anchise. Le 



14 



LA BOXE FRANÇAISE 



prix de la course venait d’être remporté par Euryale. Il est pro- 
posé un double prix pour le combat du ceste : au vainqueur, un 
taureau couvert de bandelettes d’or; au vaincu, pour le consoler, 
une épée et un casque brillant. Sur- le-champ, fier de sa force, 
Darès paraît, et sa présence excite un long murmure... On lui 
cherche un rival; mais personne, dans une si grande foule, n’ose 
affronter un tel adversaire et prendre en main le ceste. Aceste 
alors gourmande le vieil Entelle, jadis vaillant et bouillant héros, 
mais qui, glacé par l’âge, était resté immobile, assis sur un banc 
de gazon, pendant que Darès tenait son insolent discours. Ranimé 
tout à cou p par la voix d’Aceste, Entelle se lève, et jette au milieu 
de l’arène deux cestes, d’un poids énorme, dont le vaillant Eryx 
avait coutume d’armer ses mains pour le combat, et qu’il attachait 
à ses bras par de fortes courroies. La vue de ces deux effroyables 
cestes, armés de sept lanières de cuir garnies de lames de fer et 
de plomb, surprend les spectateurs. Le plus interdit de tous, c’est 
Darès, qui refuse ces armes. Le combat a lieu, cependant, mais 
avec d’autres cestes. Enée fait apporter des cestes égaux, dit le 
poète, et des armes pareilles sont attachées aux mains des deux 
combattants. 

Virgile décrit ensuite les péripéties de cette lutte, dans laquelle 
le veil Entelle finit par demeurer vainqueur de Darès, et il la 
décrit évidemment d’après les luttes de ce genre, telles qu’elles 
avaient lieu de son temps. On y voit à merveille ce qu'étaient les 
combats du ceste chez les Romains, et combien ces jeux cruels 
étaient de leurgôut Dans ce combat, sans l’intervention d’Enée, 
Entelle fendait la tête de Darès d’un coup de son ceste. Entelle 
venait de montrer la puissance de son arme, il venait d’en frapper 
un taureau entre les cornes; il avait brisé le crâne, et l’animal 
était tombé mort à ses pieds. 

Libravit dextra media inter cornua cestus (1) 

Arduus, effractaque illisit in ossa cerebro. 

Sternitur, exanimisque tremens procumbit humi bos. 

(1) De sa main droite, se dressant de toute sa hauteur, il abat son ceste 
au centre des cornes, et lui brisa la cervelle. Le bœuf s’abat, et, sans vie, 
tout pantelant, il s’affaisse à terre. 



INTRODUCTION » 



15 



Sans la pitié d’Enée, même sort attendait Darès. C’est ainsi que 
les empereurs assistaient aux jeux du cirque, intervenaient par- 
fois en faveur du vaincu et lui sauvaient la vie. Par les effrayants 
détails qui accompagnent, dans Virgile, le récit du combat d’En- 
telle et de Darès, on peut juger que les anciens appelaient jeux de 
véritables combats, et souvent des combats meurtriers. 



COMBAT D’ENTELLE ET DE DARES 



AUX JEUX DONNES PAR AGESTE POUR CELEBRER 



L ANNIVERSAIRE DE LA MORT D ANCHISE 



Maintenant que celui qui brûle pour la gloire 
Vienne, le ceste en main disputer la victoire. 

Il dit : et, pour flatter les vœux des concurrents, 
Leur propose deux prix, deux honneurs différents : 
Au vainqueur un taureau dont la corne dorée 
De longs festons de laine et de fleurs est parée ; 
D’une éclatante épée et d’un casque brillant 
Le vaincu recevra le tribut consolant. 

Aussitôt, au milieu d’un doux et long murmure, 
Darès paraît, tout fier de sa haute stature : 

Darès, qui de Paris seul balança le nom ; 

Darès, de qui le bras, sous les murs d’Ilion, 

Près du tombeau d’Hector, par un combat célèbre 
Honorant ce héros et sa pompe funèbre, 

De l’énorme Butés, ce Bébryce orgueilleux, 

Qui comptait Amycus aux rangs de ses aïeux, 
Terrassa la fureur, et de sa main puissante 
Coucha son front altier sur la poudre sanglante. 

Il se lève, il prélude; étendus en avant, 

Ses deux bras tour à tour battent l’air et le vent. 

II montre leur vigueur, montre sa taille immense 
Et du prix qu’il attend s’enorgueillit d’avance. 



16 



LA BOXE FRANÇAISE 



On cherche un adversaire à ce jeune orgueilleux, 
Mais nul n’ose tenter ce combat périlleux. 

Alors fier, et déjà d’une main assurée 
Saisissant le taureau par sa corne dorée : 

« Fils d’Anchise, dit-il, si glacé par l’effroi 
Nul n’ose à ce combat s’exposer contre moi. 
Pourquoi ces vains délais et cette attente vaine? 

Ce taureau m’appartient, ordonnez qu’on l’emmène. 
Ainsi parle Darès d’un air triomphateur. 

Les Troyens font entendre un murmure flatteur, 

Et réclament pour lui les honneurs qu’il demande. 
Alors, le vieil Aceste, avec douceur gourmande 
Entelle, son ami, son digne compagnon, 

Assis à ses côtés sur un lit de gazon. 

« Entelle, lui dit-il, de ton antique gloire 
N'as-tu donc conservé qu’une oisive mémoire? 

Et d’un cœur patient verras-tu sous tes yeux 
Enlever sans combat un prix si glorieux? 

Où donc est cet Eryx autrefois notre maître, 

Ce dieu que la Sicile en toi crut voir renaître ? 

Où sont tes fiers combats, ces dépouilles, ces prix, 
En pompe suspendus à tes nobles lambris ! — » 

« La peur, dit le vieillard, gardez-vous de le croire, 
N’affaiblit point en moi l’ardeur de la victoire : 

Mais l’âge éteint ma force et de ce faible corps 
La glace des vieux ans engourdit les ressorts. 

Si j’étais jeune encore, si j’étais à cet âge, 

Qui de cet insolent enhardit le courage, 

Sans prétendre à ce prix dont son cœur est flatté, 
J’aurais d’un tel rival rabattu la fierté. » 

11 dit, et de ses mains fait tomber sur le sable 
De cestes menaçants un couple épouvantable, 

Arme affreuse qu’Eryx, en marchant aux combats. 
Autrefois enlaçait à ses robustes bras. 

L’assemblée en silence en contemple la forme; 
Chacun tremble à l’aspect de cette masse énorme 
Où, du fer et du plomb couvrant le vaste poids, 



INTRODUCTION 



La peau d’un bœuf entier se redouble sept fois. 

Darès même a senti chanceler son audace. 

Enée avec effort soulève cette masse, 

Il déroule en ses mains, il en parcourt des yeux, 

Et le volume immense, et les immenses nœuds. 

« Darès, reprend Entelle, à cet aspect recule ; 

Et que serait-ce donc si du terrible Hercule 
Il avait vu le ceste et le combat fameux 
Que de sang autrefois rougit ces mêmes lieux? 
L’arme que vous voyez, si vaste, si pesante 
De votre frère Eryx chargea la main vaillante 
Et des crânes rompus et des os fracassés 
Les vestiges sanglants y sont encore tracés ; 

Avec elle il lutta contre le grand Alcide ; 

Par elle j’illustrai ma jeunesse intrépide 
Avant qu’un trop long âge eût blanchi mes cheveux, 
Et que le temps jaloux domptât ces bras nerveux. 
Mais si ce fier Troyen craint ce terrible ceste. 

Si c’est le vœu d’Enée et le désir d’Aceste, 

De cette arme à Darès je fais grâce en ce jour : 

A son ceste troyen qu’il renonce à son tour ; 
Marchons : portons tous deux dans ces luttes rivales 
Et des dangers égaux, et des armes égales. » 

Alors montrant tout nus et tout prêts aux combats 
Son corps, ses larges reins, ses redoutables bras, 

Et sa vaste poitrine, où ressort chaque veine, 

Seul il avance, et seul semble remplir l’arène ; 

Puis le héros troyen prend deux cestes égaux ; 
Lui-même il les enlace aux bras des deux rivaux 
Prêts à lutter d’ardeur, de courage et d’adresse. 

Sur ses pieds à l'instant l’un et l’autre se dresse : 
Tous deux, les bras levés, d’un air audacieux, 

Se provoquent du geste et s’attaquent des yeux. 
Soudain commence entre eux la lutte meurtrière ; 
Leur tête loin des coups se rejette en arrière : 

L’un jeune, ardent, léger, frappe et pare à la fois; 
Entelle, plus pesant, se défend par son poids ; 



18 



LA BOXE FRANÇAISE 



Mais ses genoux tremblants le portent avec peine ; 
Son vieux flanc est battu de sa pénible haleine. 

Mille coups, à la fois hâtés ou suspendus, 

Sont reçus ou portés, détournés ou perdus, 

Tantôt dans leurs flancs creux les cestes retentissent, 
Sur leurs robustes seins tantôt s’appesantissent ; 
L’infatigable main erre de tous côtés, 

Marque leurs larges fronts de ses coups répétés, 
Frappe, en volant, la tempe et l'oreille meurtrie, 

Sous leceste pesant la dent éclate et crie. 

En telle, courageux avec tranquillité, 

Oppose à son rival son immobilité, 

Et par un tour adroit, par un coup d’aûl habile, 
Brave, trompe ou prévient sa mesure inutile. 

Tel qu’un fier assaillant, contre un antique fort 
Qui, sur le haut des monts, brave son vain effort, 

Ou contre une cité, théâtre d’un long siège, 

Tantôt presse l’assaut, tantôt médite un piège. 

Autour de ses remparts, va, vient, et sans succès 
Tente, autour du vieillard défendu par sa masse, 
Darès joignant la ruse, et la force et l’audace, 

Tourne, attaque en tous sens, frappe de tous côtés. 
Entelle, résistant aux coups précipités, 

Lève son bras, suspend l’orage qu’il médite : 

Darès Ta vu venir, se détourne et l’évite ; 

Entelle, frappant l’air de son effort perdu, 

Tombe de tout son poids sur la terre étendu, 

Tel, aux sommets glacés que l’aquilon tourmente, 
Tombe et roule un vieux pin de l’antique Erymanthe, 
Troyens, Siciliens, par mille cris divers 
De joie et de regrets, frappent soudain les airs. 

Aceste le premier accourt ; et sa tendresse 

Dans son vieux compagnon plaint sa propre faiblesse. 

Le héros se relève ; et la honte et l’honneur, 

La confiante audace, aiguillonnent son cœur ; 

Son courage s’irrite encor par sa colère; 

Il s’élance et poursuit son superbe adversaire, 



INTRODUCTION 



19 



Et tantôt tour à tour, et tantôt à la fois, 

Les deux cestes ligués l’accablent de leur poids ; 

Moins prompte, moins pressée, et moins tumultueuse 
Sur nos toits retentit la grêle impétueuse. 

La main suit l’autre main, les coups suivent les coups ; 
Point de paix, point de trêve à son brillant courroux : 

11 le chasse d’un bras, de l’autre et le ramène, 

Et Darès, en tournant, parcourt toute l’arène. 

Empressé de calmer ce combat trop ardent, 

Enée avec pitié voit ce jeune imprudent, 

L’arrache à son rival, et plaignant sa disgrâce: 

« Malheureux! où t’emporte une indiscrète audace? 
Pourrais-tu méconnaître une invisible main, 

Et dans le bras d’un homme un pouvoir plus qu’humain ? 
Fléchis devant un dieu, les destins te l’ordonnent. » 

De Darès aussitôt les amis l’environnent ; 

Chacun d’eux à l’envi soutient entre ses bras 
Ce malheureux qu’on vient d’arracher au trépas, 
Tremblant, abandonnant sa tête chancelante, 

Vomissant à grands flots de sa bouche écumante 
Des torrents de sang noir, et les tristes débris 
De ses os, de ses chairs, déchirés et meurtris. 

Pour conduire aux vaisseaux la victime échappée 
Ils partaient, oubliant le casque et l’épée. 

On leur remet le prix de ce combat fatal, 

Et le taureau doré demeure à son rival. 

Tout rayonnant d’orgueil, de gloire et de joie : 

« Soyez témoins ici, fiers habitants de Troie, 

Dit-il d’un ton superbe ; et toi, fils de Vénus, 

Vois, par ce que je suis, ce qu’autrefois je fus 
Dans ma jeune saison, et quel sort ma vieillesse 
Gardait à ce Darès si fier de sa jeunesse. » 

Il dit, et se présente en face du taureau 
Dont fut récompensé son triomphe nouveau, 

Se dresse, et, d’une main ramenée en arrière, 

Entre sa double corne, atteint sa tête altière, 

Brise son large front : du crâne fracassé 



20 



LA BOXE FRANÇAISE 



Le cerveau tout sanglant rejaillit dispersé : 

Et, tel qu’un bœuf sacré sous la hache succombe, 

Le taureau sous le coup tremble, chancelle et tombe. 
« Eryx ! s’écrie alors le vainqueur orgueilleux, 
Reçois cette victime, elle te plaira mieux 
Que ce Troyen sauvé de ma main meurtrière. 

J’ai vaincu, c’en est fait, j’ai rempli ma carrière; 

Je dépose mon ceste, et renonce à mon art. » 

Virgile. 



COMBAT DE POLLUX CONTRE AMYCUS 

POLLUX 

Joie et salut ! Quel peuple habite ces climats? 

AMYCUS 

Joie et salut ! Des gens que je ne connais pas ! 

POLLUX 

Ne crains rien, je suis juste ainsi que mes ancêtres. 

AMYCUS 

Moi, craindre! Ab ! tes leçons demandent d’autres maîtres. 

POLLUX 

Un rien t’aigrit, ton cœur est irascible et vain. 

AMYCUS 

Je suis tel que tu vois. Vais-je sur ton terrain? 

POLLUX 

Viens-y, tu recevras l’offrande hospitalière. 

AMYCUS 

Garde-la : pour mes dons, crois-moi, n’y compte guère. 

POLLUX 

Puis-je à cette onde au moins m’aller désaltérer? 

AMYCUS 

Souffres-tu de la soif? Tu peux t’en assurer. 

POLLUX 

De quel prix faudra-t-il te payer cette grâce ? 

AMYCUS 

Il faut, le bras levé, combattre un homme en face. 



INTRODUCTION 



21 



POLLUX 

Avec le poing ? l’œil fixe, un pied ferme en avant? 

AMYCUS 

Il faut tendre le poing, dans cet art sois savant. 

POLLUX 

Du ceste il faut m’armer? Mais où donc est l’athlète ? 

AMYCUS 

Tout près. Vois s’il ressemble à quelque femmelette. 

POLLUX 

Quels gages dois-je mettre, et quels seront les tiens ? 

AMYCUS 

Vaincu, je suis à toi ; vainqueur, tu m'appartiens. 

POLLUX 

Le combat est celui des oiseaux de carnage. 

AMYCUS 

Oiseaux, lions, n’importe, et tel sera le gage. 

Il dit, et de sa conque il frappe alors les cieux. 

A ce signal on voit, couverts de longs cheveux. 

Sous des platanes verts les Bébryces paraître. 

Castor vers le vaisseau qu’Iôlcos a vu naître 
Retourne, de la Grèce appelle les héros. 

Le ceste arme déjà la main des deux rivaux. 

La courroie à leurs bras de ses replis l’enchaîne 
Et respirant la mort, ils entrent dans l'arène. 

Ils s’efforcent longtemps, et d’un effort pareil, 

De présenter le dos aux rayons du soleil, 

Mais plus adroit, Pollux eut enfin l’avantage. 

Des rayons de soleil, il couvre le visage 
Du géant, qui, d’un pas, la rage affermie, 

S'avance, des deux mains cherchant son ennemi ; 

A frapper le héros déjà même il s’apprête, 

Le bras était levé ; Pollux plus prompt l'arrête, 

Le frappe, et du menton atteint l'extrémité. 

A ce coup, le géant encore plus irrité, 

Poursuit Pollux, son corps est courbé vers l’arène. 
Des Bébryces joyeux les cris frappent la plaine : 



LA BOXE FRANÇAISE 



De leur côté les Grecs animent les héros. 

Ils craignent que, luttant dans un étroit enclos, 

Le géant, comparable aux enfants de la terre, 

Ne fît tomber sur lui sa masse tout entière. 

Mais Pollux va, revient, l 'évite, tourne autour 
De l’une et l’autre, mais le frappe tour à tour, 

Et du fils de Neptune il contient la colère. 

L’autre, étourdi des coups, un instant se modère, 
Sa figure gonflée a rétréci ses yeux ; 

Le sang sort de sa bouche, alors d’un cri joyeux 
Les Grecs font à leur tour retentir le rivage. 

Ils se plaisent avoir par un insigne outrage 
Sa joie et son menton sanglants, déshonorés. 
Pollux voulant porter des coups plus assurés, 
Partout en même temps l’attaque, le harcèle 
Et voyant qu’Amycus plein de trouble chancelle, 
Lève le bras ; le ceste, aussi pesant que prompt. 
Retombe, et jusqu’à l’os lui dépouille le front. 

Le géant renversé roule sur le feuillage. 

11 se relève, alors le combat se rengage, 

Le ceste tour à tour frappe et meurtrit la chair. 
Mais Amycus, frappant le fils de Jupiter, 

N’atteint que la poitrine, et lui, sur son visage, 
Porte des coups honteux le sanglant témoignage. 
Haletant de fatigue, inondé de sueur, 

Il réfléchit, ses efforts épuisent sa vigueur, 

Et le fils de Neptune est un homme ordinaire. 
Tandis qu’il s’affaiblit son superbe adversaire 
Sent sa vigueur encore croître par le combat ; 

Son corps a plus de force, et son teint plus d’éclat. 
Muse, dis-moi comment le héros de la Grèce 
Terrassa le géant ; tu le sais, ô déesse. 

Chante donc, et permets que ma voix à ton gré 
Interprète aux mortels ton langage sacré. 

Amycus concevant une grande pensée, 

S’approche de Pollux sa main gauche avancée, 

Lui saisit la main gauche, en arrière soudain 



INTRODÜCÏION 



Sa tête hors des coups s’incline, et l’autre main 
Du côté droit soulève un formidable ceste. 

Le moment à Pollux allait être funeste : 

Mais il baisse la tête, avance sous le bras : 

Et plus près du géant, son ceste avec fracas 
Frappe la tempe gauche, à l’épaule s’arrête. 

Un sang noir aussitôt lui jaillit de la tête. 

Du poing gauche Pollux frappe l’autre côté, 
Vers la bouche, et du coup les dents ont craqué 
Il frappe encore, le ceste a brisé la mâchoire. 
Alors Amycus tombe, et 'cède à la victoire. 
Humble, existant à peine, étendu sur le dos, 

Il lève en suppliant ses mains vers le héros. 

Tu daignes, fier Pollux, écouter sa. prière: 

Tu pardonnas ; mais lui te jura par son père, 
En attestant des mers ce puissant souverain, 
Qu’envers les étrangers il serait plus humain. 



LA BOXE EN ANGLETERRE 



« Rien ne ressemble moins à la Grèce que l’Angleterre ; rien 
ne donne moins l’idée d’un Grec qu’un Anglais, et pourtant c’est 
la Grande-Bretagne qui a continué, en fait de pugilat, la tradition 
antique (1). » 

Oui, de l’Angleterre nous est venue la science de la boxe ; c’est 
là qu’elle est pratiquée avec une ardeur commune à toutes les 
classes de la société. La boxe, de l’autre côté de la Manche, est 
l’argument péremptoire de plus d’une discussion politique ou so- 
ciale ; elle constitue véritablement le classique discours en trois 
« poings » ; c’est un moyen tout britannique d’appuyer son dire ; 
c’est la réponse à toute parole malsonnante d’un gentleman ou 
d’un coekney ; c’est enfin le noble art of self défense. 

Les gens du peuple, surtout, n’ont pas d’autre manière de vider 
une querelle, de terminer une affaire d’honneur et de se faire jus- 
tice eux-mêmes. En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, 
les deux braves Anglais se sont mis en position de boxer, les 
poings levés, les yeux dans les yeux, tout prêts à échanger avec 
une mutuelle prodigalité' les plus formidables coups de poing 
dont les humains puissent se gratifier. 

La boxe chez les Anglais est vraiment un art, et, à ce titre, elle 

(1) Guillaume Depping, Le. s Merveilles de la force et de l’adresse. 



INTRODUCTION 



2o 



est impérieusement soumise à Inobservation de certaines règles 
qui ont force de loi et dont chaque article est rigoureusement 
exécutoire. L’un de ces articles défend expressément de frapper 
l’adversaire qu’un coup a jeté à terre, et il est sans exemple que 
celte prescription ait jamais été violée. 

Le premier précepte de Fart du boxeur est de se tenir constam- 
ment couvert avec un avant-bras en demi-flexion, tandis que 
Faulre bras doit porter de vigoureux coups de poing à l’adversaire. 
Il arrive souvent qu’un coup bien appliqué fait jaillir le sang, 
qu’on appelle, en termes de boxe, du clairet ; c’est le nom que les 
Anglais donnent aussi au vin de Bordeaux. Tant que l’un des 
deux champions n’a pas demandé merci, le combat continue, à 
moins qu’il ne soit jeté à terre par un coup violent ; mais un des 
caractères les plus saillants et en même temps les plus curieux 
de la boxe, c’est le sang-froid et l’impassibilité des boxeurs. En 
France, si deux hommes du peuple, à la suite d’une vive alterca- 
tion, en viennent aux voies de fait, il est rare qu’elles ne soient 
pas accompagnées d’injures réciproques, de gros mots exhalés 
par la colère ; en Angleterre, c’est tout différent. Un homme se 
croit-il offensé par un autre ; sans mot dire, sans récrimination, 
il se met en devoir de boxer, et l’offenseur, qui observe le même 
mutisme, se met aussitôt en posture ; tous deux se portent en 
pleine poitrine ou en plein visage des coups de poing à assommer 
un bœuf; ils les reçoivent avec une placidité, avec un silence 
qu’interrompent tout au plus quelques aoh ! ou un énergique 
goddam. Le combat terminé, chacun replace son chapeau sur sa 
tête, essuie le sang qui coule de ses blessures et s’en va ; à moins 
que le nombre ou la force des coups reçus par le plus faible ne 
l’ait mis dans l’impossibilité de remuer, ce qui arrive quelquefois. 
Ce sont des gentlemen qui se sont expliqués, dit la galerie, et on 
se contente de porter le moribond à la pharmacie la plus voisine. 

L’art de boxer s’apprend à Londres, comme à Paris l’escrime, 
et des professeurs renommés enseignent, par la théorie et la pra- 
tique, la manière de se défendre ou d'attaquer à coups de poing. 
Un bon boxeur jouit en Angleterre d’une position tout exception- 
nelle ; il . compte des admirateurs fanatiques, enthousiastes de son 
talent, et il ne tarde pas à s’amasser une fortune, en démontrant 



26 



LA BOXE FRANÇAISE 



par principe ce bel art que l’Anglais place au-dessus de lous les 
arts d’agrément. 

Si la boxe n’était en usage que comme moyen de défense ou de 
répression, il n’y aurait aucun motif pour lui préférer le duel à 
l’épée ou au pistolet, au contraire ; mais, ce qu’il y a de déplo- 
rable dans cette habitude de pugilat, c’est qu’on est arrivé a en 
faire un spectacle public, un jeu sanglant, une lutte sauvage, à 
l'occasion de laquelle des paris importants sont engagés, tout 
comme s’il s’agissait d’une course de chevaux ou d’un combat de 
taureaux. Ici, c’est le sang humain qui coule, à la grande satis- 
faction des parieurs,, qui font des vœux pour que Tom soit assommé 
en cinq minutes, ou que John' crache sa langue et ses dents au 
second coup de poing. Hourra ! pour le solide boxeur qui a cou- 
ché tous ses rivaux à terre ; un grognement pour le pauvre diable 
qui, en perdant la vie dans la lutte, a fait perdre en même temps 
mille guinées à ses partenaires. 

« En vain les lois anglaises défendent-elles expressément les 
combats de cette nature, dit M. de la Clôture, tous les jours elles 
sont éludées, parce que l’esprit national, rendu plus fort qu’elles 
par une longue durée, ne peut s’habituer à leur obéir. En outre, 
la certitude de l’impunité vient perpétuer l’abus. Le ministère 
public ne peut, en effet, dans la Grande-Bretagne, ni poursuivre 
ni connaître légalement d’un délit, s’il n’y a dénonciation expresse 
et préalable, signée par un certain nombre de personnes recom- 
mandables. Aussi les feuilles publiques annoncent-elles ouverte- 
ment que tel jour, à tel endroit et à telle heure, il doit y avoir 
assaut entre deux boxeurs célèbres, et jamais la police n’inter- 
vient pour empêcher cette violation scandaleuse des lois, parce 
que, de mémoire d’homme, aucun cas de dénonciation ne s’est 
produit. Bien plus, des seigneurs, l’élite de la nation, élèvent 
chez eux des hommes qu’ils destinent à ces sortes de combats, 
qui attirent de nombreux spectateurs parmi les plus hautes classes 
de la société, à tel point que souvent on voit de riches gentlemen 
faire quinze et vingt lieues à cheval afin d’assister à ce spectacle, 
qui pour eux va de pair avec les courses de chevaux. » 

L’auteur de V Anglais à Paris , après s’être demandé s’il devait 
comprendrë dans les nobles exercices du sport le vulgaire et cruel 



INTRODUCTION 



27 



boxmg, s’écrie : Oui et non. Oui, parce que les hommes du plus 
grand monde assistent, comme toutes les autres classes de la so- 
ciété, à ces hideuses et sanglantes prouesses de la force brutale, 
et les encouragent, les sanctionnent ainsi de leur présence. Non, 
parce qu’il n’y a que des malheureux, des plus infimes rangs so- 
ciaux, qui, moyennant quelques poignées d’or, descendent dans 
une ignoble arène pour s’y faire affreusement mutiler et souvent 
pour y recevoir ou donner la mort. 

Outre la cruauté d’un pareil jeu, il faut encore déplorer l’in- 
fluence pernicieuse qu’une semblable coutume ne peut manquer 
d’exercer sur les masses, en entretenant chez elles une froide in- 
sensibilité pour les souffrances les plus vives, et en les habituant 
à voir couler le sang avec indifférence, presque avec satisfaction. 
C’est surtout à ce point de vue que les moralistes se sont élevés 
contre l’usage de la boxe ; mais ils ont toujours prêché dans le 
désert : l’habitude en est trop profondément enracinée chez le 
peuple anglais pour que les remontrances ou les exhortations des 
écrivains aient le pouvoir de la détruire. 

La boxe était déjà en honneur en Angleterre du temps du roi 
Alfred, et l’histoire cite les coups de poing de Richard 111. On pour- 
rait même remonter plus haut, car, dans ses notes d’Ivanhoë, 
Walter Scott raconte que Richard I er , étant prisonnier en Alle- 
magne, fut provoqué par le fils de son geôlier à une lutté à coups 
de poing et tua son antagoniste en le frappant sur l’oreille. 
Shakspeare, qui a mis en scène ce Richard I er , nous le montre 
aussi gagnant le cœur et la main d’une jeune princesse pour avoir 
fait convenablement le coup de poing en sa présence. Mais, en 
vérité, ce n’est guère qu’au commencement du xvm e siècle qu’on 
vit les boxeurs se disputer une somme d’argent fournie par les 
souscriptions d’amateurs. Les règles suivies jusqu’à ce jour et qui 
déterminent les conditions de la lutte sont l’œuvre de Jack 
Broughton, habile pugiliste, qui les composa et les fit adopter par 
le monde du sport, le 10 août 1743. Les exhibitions de combat à 
l’épée avaient commencé à décliner sous le règne de Georges I er ; 
la boxe les remplaça dans la faveur publique. 

C’est Jack Broughton qui obtint le premier, des suffrages de la 
foule, le titre très recherché depuis lors par ses descendants, de 



28 



LA BOXE FRANÇAISE 



champion de V Angleterre (Champion of England). J1 mourut 
eu 1789. 

Après lui, ce titre échut à Tom Johnson, dont le premier assaut 
date de 1783. Mais Johnson, qui possédait une vigueur muscu- 
laire surprenante, ne déploya jamais J’élégance d’un de ses suc- 
cesseurs, John Jackson, auquel on donna le surnom de gentleman 
de la boxe (gentleman-boxer). Jackson était répandu dans le 
meilleur monde; on voyait même l'héritier de la couronne d’An- 
gleterre assister quelquefois à ses assauts. Lord Byron, qui affec- 
tionnait la boxe, se vante, en plusieurs endroits de ses ouvrages, 
d'avoir eu pour maître cet habile artiste. 

Les partisans de la boxe en Angleterre sont fort nombreux, ils 
se comptent par milliers, et la boxe y est presque regardée 
comme une institution nationale. C’est là seulement qu’on trouve 
des boxeurs de profession, c’est-à-dire des hommes qui se distin- 
guent par une force prodigieuse de muscles, une insensibilité 
aux coups qui passe toule croyance, une sapté magnifique, qui 
résiste à des chocs terribles, sous lesquels succomberaient les 
hommes ordinaires; et ce n’est point, comme on le croit généra- 
lement, l’habitude des combats qui leur donne ces avantages, 
car les débutants qui s’essayent pour la première fois à ces luttes 
sanglantes ressemblent, sous ce rapport, aux sujets vieillis pour 
ainsi dire dans la pratique. C’est par des préparations préalables, 
par une éducation spéciale, par le régime, en un mot, que ces 
hommes arrivent pour ainsi dire à se faire un nouveau corps et 
de nouveaux organes. Ce régime spécial a reçu le nomgénérique 
d’entraînement, jet, dans le vocabulaire des boxeurs anglais, celui 
de Condition. C’est grâce à l’entraînement que le boxeur se met 
en mesure de pouvoir vaincre un homme d’une force supérieure à 
la sienne, de même qu’un cheval de course bien entraîné est à 
même de battre les plus fins coureurs. L'Encyclopédie du xix c 
siècle rapporte que ce régime se compose de deux opérations dis- 
tinctes et successives : d’abord, débarrasser le corps de la graisse 
et du superflu des liquides abreuvant le tissu cellulaire, but au- 
quel on arrive par les purgatifs, les sueurs et la diète. Ainsi le su- 
jet sera purgé cinq ou six fois, à deux jours d'intervalle, pour être 
soumis les autres jours àl’ensemble des moyens les plus énergique- 



INTRODUCTION 



29 



ment sudorifiques, tels que bains de vapeur, boissons Jchaudes, 
aromatiques et stimulantes, tandis qu’on l'entoure et le surcharge 
de couvertures de laine, à la sortie desquelles il se trouve soumis 
à des frictions générales, ainsi qu'au massage des membres et 
aux mouvements répétés des articulations. Mais si l’on se bornait 
à cette opération première, il est évident que l’on arriverait 
promptement à spolier de toutes ses forces l'homme le mieux 
portant. Aussi passe-t-on bientôt à la seconde partie du régime, 
ayant pour but de développer les muscles et d’imprimer plus 
d’énergie aux fonctions nutritives, ce qui s'obtient par un exer- 
cice graduel et régulier, entrant en combinaison avec un sys- 
tème convenable d’alimentation composé surtout d’éléments qui, 
sous un petit volume, fournissent aux organes des matériaux 
essentiellement réparateurs ; c’est-à-dire, en définitive, qu'après 
avoir évacué les parties inutiles, on reporte durant quelque 
temps le mouvement nutritif sur les muscles, ne s’occupant plus, 
pour ainsi dire, que d’eux seuls. Les dispositions morales, enfin, 
sont aussi l’objet d’un soin particulier; l’homme que l’on en- 
traîne, par exemple, est constamment accompagné de son direc- 
teur, qui s’occupe de l’amuser par des histoires gaies et plair 
santés, d’écarter de lui toutes les circonstances pouvant susciter 
de l’impatience ou de la colère. En un mot, on lui apprend le 
sang-froid, le courage, l’égalité d’âme, qualités que l’expérience 
nous démontre chaque jour être d’une aussi grande importance 
dans un combat que la force musculaire elle-même. Il y a, en 
Angleterre, des entraîneurs tout aussi fameux que leurs, élèves^ 
eux-mêmes. 

On voit qu’il n’est pas aussi facile de s’improviser boxeur 
qu’on pourrait le supposer de prime abord, et qu’il faut avoir 
de véritables dispositions naturelles pour s’astreindre volontaire- 
ment aux conditions et prescriptions corporelles que ce pénible 
métier exige. Il est vrai que, grâce aux bienfaits de l’entraînement, 
un homme répare lui-même la parcimonie ou l’indifférence que 
la nature lui avait témoignée en le formant : ses membres aug- 
mentent de volume, ses muscles acquièrent de la dureté, devien- 
nent saillants, élastiques au toucher et se contractent avec une 
force extraordinaire, sous l’influence du choc électrique ; toute 



30 



LA BOXE FRANÇAISE 



sa personne se modifie et se pare des attributs de la force; l’abdo- 
men s’efface, la poitrine se bombe; la respiration, ample, pro- 
fonde, est capable de longs efforts ; l’épiderme est devenu ferme, 
lisse, nettoyé de toute éruption pustuleuse ou squammeuse. Mais 
le signe particulier et obligatoire du boxeur, c’est d’avoir la 
peau d’une transparence extraordinaire : placée devant une bou- 
gie allumée, la main d’un boxeur convenablement préparé doit 
être pour ainsi dire diaphane et rosée; l’uniformité de coloration 
est exigée absolument, parce qu’elle indique une régularité parfaite 
dans lacirculation du sang. Un autre résultat à l’obtention duquel 
tendent les efforts des entraîneurs est celui de la fermeté der- 
moïde de la région axillaire. Il faut que lescôtes de la poitrine ne 
tremblotent pas pendant les mouvements des bras, et que les tis- 
sus paraissent complètement adhérents aux muscles sous-jacents. 

L’entraînement est donc d’une nécessité impérieuse pour les 
boxeurs, et l’un d’eux, le célèbre Brougthon, un des plus vail- 
lants champions de l’Angleterre, fut vaincu en 1740, après seize 
années de continuelles victoires, pour avoir refusé de se soumet- 
tre de nouveau à l’entraînement. Un coup qu’il reçut sur le 
front le mit hors de combat, en produisant sur-le-champ un gon- 
flement de la face qui l’empêcha d’ouvrir les yeux. 

Autrefois, l’annonce d’une séance de boxe se faisait dans les 
journaux de sport, entre autres dans le Bells'Life, dont un des 
rédacteurs était presque toujours choisi pour referee (arbitre). 
Dès que cette annonce était faite, les paris s’engageaient et attei- 
gnaient parfois le chiffre de 3.000 à 4.000 francs. L’argent était 
généralement versé au bureau du Bells’Life. 

Aujourd’hui, les combats de boxe sont organisés le plus sou- 
vent par des particuliers, mais les plus importants le sont par le 
« National Sporting-Club », et généralement les cc Référées » (ar- 
bitres) sont membres de ce club. Les enjeux sont déposés soit au 
Club, soit à l’un des journaux desports, il y en a plusieurs, le plus 
important est le Sporting Life, qui est le Bells’Life d’autrefois. 

Voici de quelle façon se passe une représentation de boxe : on 
établit dans une plaine un carré de six mètres en tous sens ; l’en- 



INTRODUCTION 



31 



ceinte étant ainsi préparée, et le public rangé tout autour, les 
champions entrent dans l’arène ; ils sont généralement du même 
poids et proportionnés l’un à l’autre ; tous deux sont suivis de 
quelques amis portant des bouteilles d’eau fraîche, des citrons et 
du vinaigre.- 

Les boxeurs doivent avoir la tète découverte et se mettre nus 
jusqu’à la ceinture ; c’est dans la lice même qu’ils quittent leurs 
habits. Le juge donne le signal détinitif : aussitôt les boxeurs, 
suivis respectivement de leurs témoins, s’avancent au milieu de 
l’arène et se donnent la main. Les deux premiers témoins les imi- 
tent, et les quatre personnages se placent de manière à former 
une croix ; ensuite chacun des deux adversaires se pose, se met 
en garde, observe son antagoniste et cherche à lui porter des 
coups. Lorsque les deux hommes se serrent de près, les deux bras 
sont constamment en action ; de l’un ils tâchent de frapper leur 
antagoniste, tandis que de l’autre ils s’appliquent à se couvrir le 
corps et à parer les coups qui leur sont portés; toutefois, le poing 
qui paraît destiné à garder la défensive prend souvent l’offensive 
et porte des coups aussi terribles qu’imprévus. Aucun coup ne 
doit porter au-dessous des hanches. Lorsqu’un des combattants 
a été renversé, ses témoins le relèvent et le font asseoir sur leurs 
genoux; les adjoints agissent également en lui faisant boire de 
l’eau fraîche et du jus de citron : ils le lavent avec une éponge et 
l’encouragent; mais tout cela doit se faire avec une extrême 
prestesse, car il n’est accordé à quiconque est renversé ou étourdi 
par la violence du coup qu’une minute de répit pour reprendre 
ses sens ; quand la minute est écoulée, il a le droit de se relever 
et de recommencer la lutte, mais s’il dépasse les soixante secon- 
des, il a perdu l’enjeu de la boxe. 11 est, au reste, d’usage qu’a- 
près chaque coup violent on profite de la minute accordée pour 
reprendre haleine, et il n’est pas rare de voir deux boxeurs s’ar- 
rêter ainsi trente ou quarante fois dans un combat qui dure une 
heure et demie. La durée de la lutte ne se définit pas à l’avance ; 
elle varie selon la force des boxeurs, et aussi selon l’importance 
des coups échangés ; on a vu des combats durer cinq minutes, 
d’autres se continuer des heures entières. On cite une lutte dont 
le souvenir est resté dans la mémoire de tous les cockneys de 



32 



LA BOXE FRANÇAISE 



Londres et qui dura quatre heures trois quarts, pendant lesquel- 
les l’un des boxeurs tomba, étourdi, cent quatre-vingt seize fois. 
Quand un champion avoue qu’il est vaincu, il présente la main 
à son adversaire, un de ses témoins prend l’éponge et la jette en 
l’air. C’est le signal de la défaite. 

Les coups les plus dangereux sont ceux qui frappent le dessous 
de l’oreille, l’entre-sourcils et l’estomac. Le coup porté entre 
l’angle de la mâchoire gauche et le cou est le plus sensible, 
parce qu’en cet endroit existent des vaisseaux sanguins qui amè- 
nent le sang du cœur à la tête; ces vaisseaux venant à s’engorger 
par suite de la violente compression réagissent sur le cerveau, ce 
qui fait perdre connaissance, pendant que le sang coule abon- 
damment des oreilles, du nez et de la bouche. Celui qui vise en- 
tre les sourcils est à peu près sûr de la victoire, car la pres- 
sion entre deux corps durs, tels que le poing et l’os frontal, 
produit une forte ecchymose qui envahit immédiatement les 
paupières ; celles-ci, d’un tissu très lâche, incapable de résister à 
ce débordement, se gonflent aussitôt, et ce gonflement obscurcit 
la vue. Dans ces conditions, un lutteur se trouve entièrement à 
la merci de son adversaire. Aussi ne manque-t-il pas, pour faire 
disparaître le gonflement qui s’est produit et qui le rend aveugle, 
d’v pratiquer une incision à l’aide d’un canif. Cela fait, il imbibe 
ses paupières de vinaigre — et est prêt à recommencer. Un autre 
avantage du coup porté entre les sourcils, c’est qu’il rend furieux 
d’ordinaire celui qui le reçoit. Or, le principe du vrai boxeur est 
de garder son sang-froid. « Tant qu’il sourit, dit-on, un boxeur 
n’a pas perdu. » Si, par malheur, un combattant se luxe les 
jointures de la main en voulant porter une trop vigoureuse atta- 
que, il prend un peu de cire qu’il tient entre ses doigts fermés 
pour les soutenir. Mais l’usage de la cire seule est autorisé. 
Quand les témoins aperçoivent un autre objet, le boxeur coupa- 
ble a immédiatement perdu. 

Voici maintenant plusieurs combats extraits du Boxiana, 
traité spécial de boxe anglaise, et de Y International. 

« Deux champions, Iiumphries et Mendoza, combattirent 
ensemble le 20 septembre 1790. Iiumphries était très renommé 



INTRODUCTION 33 

depuis une victoire qu’il avait remportée sur le boxeur Martin, 
lé 3 mai 1786, en présence du prince de Galles, du duc d’York 
et du duc d’Orléans, qui se trouvait alors à Londres. 11 était 
regardé comme supérieur à tous ses contemporains, lorsqu’on 
songea à lui opposer un nouveau rival qui faisait concevoir les 
plus belles espérances : c’était un juif nommé Mendoza. La ren- 
contre eut lieu à Odiham dans le Hampshire. Le billet d’entrée 
était d’une demi-guinée. La foule des spectateurs attirée par cette 
rivalité était trop considérable pour l’enceinte; des pugilistes 
gardaient l’entrée contre l’invasion populaire : ils furent renver- 
sés, et un torrent de curieux se rua malgré eux autour du petit 
théâtre où parurent bientôt les deux anlagonistes. On les accueil- 
lit l’un et l'autre avec de grands applaudissements. Humphries 
était galamment vêtu ; ses bas étaient de soie à coins brodésen or ; 
des nœuds de couleur ornaient ses chausses de fine flanelle. 
Mendoza était au contraire d’une grande simplicité ; il porta le 
premier coup ; mais en se retirant il glissa et tomba sur le dos. 
Humphries le laissa se relever. Mendoza le frappa de nouveau et 
le jeta à terre. Les partisans d’Humphries. commencèrent à 
craindre. Cependant après plusieurs avantages partagés, après 
des coups furieux portés dans les yeux, dans l’estomac et sur les 
reins, Mendoza, tout défiguré et renversé, perdit connaissance. 
On l’emporta dehors; c’est là un des accidents les plus ordinaires 
et les moins fâcheux de ces luttes barbares. La défaite de Men- 
doza augmenta sa célébrité loin de la diminuer. On avait remar- 
qué en lui des qualités qui le distinguaient d’Humphries. S’il 
n’avait pas autant de grâce et d’élégance que ce dernier; s’il 
n’avait pas son sang-froid et sa force, il savait, en revanche, mieux 
se mettre en garde, il avait plus de vivacité; et, en somme, 
les vrais amateurs lui accordaient beaucoup de science; car 
boxer, aux yeux des Anglais, n’est pas seulement un art, mais 
une science. Pour exceller dans ce genre d’escrime, il ne suffit 
pas d’avoir de l’inspiration, d’être armé de muscles vigoureux, il 
faut savoir faire usage de ces qualités suivant les règles. Après 
son triomphe, Humphries écrivit à un gentilhomme qui le pro- 
tégeait, M. Bradye, ce billet laconique : « Monsieur, j’ai battu le 
juif et je me porte bien. Humphries. » Ce combat eut un grand 



34 



LA BOXE FRANÇAISE 



retentissement en Angleterre, et il fut l’occasion d’une sorte de 
renaissance du pugilat, qui était en décadence depuis quelques 
années. 

Le héros du deuxième combat est Tom-Crig. Il était né à Bitton. 
à quelques milles de Bristol. A l’àge de treize ans, il quitta son 
pays et vint à Londres. Là, il fît successivement plusieurs 
métiers manuels. De temps à autre il boxait, tantôt sérieuse- 
ment, tantôt en artiste. Peu à peu il trouva la profession 
lucrative, et, s’adonnant tout entier à la science des coups de 
poing, il devint célèbre à sa manière. Une victoire qu’il remporta 
sur un nommé Jean Belcher le plaça au premier rang parmi 
les pugilistes. Les plus célèbres affaires de Crig, depuis qu’il était 
parvenu au faîte delà gloire pugiliste, furent celles où il triom- 
pha de Molineaux, en 1811. On avait aussi une grande opinion 
de ce dernier ; c’était unhomme de couleur ; il avait assez bonne 
grâce, et, après Crig, il ne craignait personne. Le dernier combat 
de ces deux champions eut lieu à Thistleton-Gap, dans le comté 
de Rutland, devant vingt mille spectateurs. La liste de pairs 
d’Angleterre, des généraux, des gentlemen illustres qui étaient 
dans cette immense assemblée, occuperait une page entière. 
Lalutte eut onze parties ou tours (rounds). Au second coup, Crig 
eut la bouche ensanglantée ; au troisième, ileutunœil tout bleu; 
autour suivant, il fut plusieurs fois renversé ; mais à la fin il 
reprit l’avantage, et dès le septième tour on prévit aisément la. 
défaite du mulâtre Molineaux ; celui-ci perdit bientôt ses forces, 
etdes applaudissements universels, mêlés d’exclamations de vive 
Crig ! annoncèrent la fin du duel. On rapporte, chose à peine 
croyable, qu’il y eut presque des émeutes dans un quartier de 
Londres, pour s’informer des détails de cette affaire. Le gain de 
Crig, dans cette journée, fut de dix mille francs ; et celui de son 
patron, le capitaine Barclay, de plus de vingt-cinq mille francs : 
les paris s’élevèrent à un million. L’éditeur d’un journal, YEdin- 
burghStar , fit remarquer à cette occasion qu’une souscription 
ouverte en faveur des prisonniers anglais en France n’avait pas 
produit une aussi forte somme. Les amateurs de pugilat don- 
nèrent un grand dîner à Crig; il occupa le siège d’honneur, 



INTRODUCTION 



35 



reçut le titre si envié de Champion d’Angleterre ; des ducs et des 
comtes -lui adressèrent des harangues, et la compagnie, avant de 
se séparer, lui vola une coupe d’argent du prix de cinquante 
guinées. Hâtons-nous de dire cependant que'ces rémunérations et 
ces honneurs exagérés sont des exceptions fort rares dans la 
carrière des boxeurs. La plupart de ces malheureux athlètes 
reçoivent tôt ou tard dans ces luttes terribles des blessures dont 
ils meurent presque toujours. S’ils parviennent à sauver leur 
existence, ils sont bientôt oubliés et méprisés quand ils ont perdu 
leurs forces, et leur vieillesse est presque toujours misérable ; car 
il est fort rare qu’ils aient assez de raison pour conserver sur 
leurs énormes bénéfices de quoi la rendre indépendante, 

Voici un troisième combat emprunté à V International : 

« Edward Wilmot et un autre pugiliste de renom s’étant ren- 
contrés dans un public-house résolurent de se battre sur les lieux 
pour disputer un prix de deux cents francs. Hommes et femmes 
se rangèrent autour de la salle, et les deux combattants en vin- 
rent aux mains. La lutte fut des plus acharnées. Les coups pou- 
vaient comme grêle de part et d’autre. On se cassait une dent 
par ci, une mâchoire par là, et les spectateurs, les femmes sur- 
tout, applaudissaient avec enthousiasme chaque fois qu’on enten- 
dait résonner un coup de poing sur la figure de l’un des deux 
pugilistes. Le combat dura une heure et quart. Les deux boxeurs 
étaient encore debout, couverts de sang des pieds à la tête, mais 
faisant vaillamment leur devoir. Minuit venait de sonner ; il fallut 
quitter le public-house. Mais les combattants ne pouvaient pas 
se séparer sans avoir vidé la question. On se trouvait non loin de 
Waterloo-Place à l’extrémité de Regent-Street. Entre le Mail çt 
Charing-Cross est une rue sans issue qu’on appelle Carlton-Gar- 
dens, et habitée par l’aristocratie anglaise. Les deux boxeurs 
s’arrêtèrent près de la maison de M. Gladstone, à deux pas de la 
colonne du duc d’York, et recommencèrent leur combat de bêtes 
féroces. Il va sans dire que les spectateurs du public-house les 
avaient suivis sur le terrain. La lutte recommença plus terrible 
que jamais. Elle dura une heure environ. La vue du sang les 
avait exaspérés tous les deux; ils combatlaient avec une sorte 



36 



LA BOXE FRANÇAISE 



de rage; le réverbère éclairait de loin leurs faces ensanglantées, 
ils s’essuyaient de temps en temps le visage, afin de -pouvoir 
se distinguer l’u.i l’autre. Wilmit luttait avec frénésie; enfin 
il reçut sur le crâne un coup si formidable qu’il s'affaissa tout 
de son long comme une masse, en poussant un soupir : il était 
vaincu. On le transporta à l’hôpital sans connaissance ; deux 
heures après, il était mort. Son cadavre avait été si horriblement 
mutilé dans la lutte, que sa femme ne put reconnaître son iden- 
tité que par ses vêtements ! C’est le jeudi 11 octobre, en l’an de 
grâce 1866, à deux pas du Strandetde Regent-Street, les rues les 
plus populaires de Londres, que cette scène a eu lieu ! » 

Comme complément à ce qui précède, nous allonsfaire assister 
le lecteur au service funèbre d’un célèbre pugiliste. R en ne sera 
plus propre à lui donner une idée des mœurs britanniques. Un 
matin du mois de novembre 1865, Londres et toute l'Angleterre 
apprirent avec stupeur la mort du célèbre boxeur Tom Sayers ; 
toute la presse britannique s’émut, et nous ne voudrions pas 
affirmer que certains journaux de Londres ne s’encadrèrent pas 
de noir ; mais ce que nous pouvons assurer pertinemment, c’est 
que tous consacrèrent des articles de fond à rappeler les formi- 
dables coups de poing de « ce dernier des gladiateurs », ainsi que 
se plaisait à le nommer le Daily Telegraph. 

Tom Sayers, quelque peu enclin à l’ivrognerie, comme tout 
bon Anglais doublé d'un, boxeur, s’éteignit dans toute sa gloire, 
à l’âge de trente-neuf ans, au moment même où l’illustre lord 
Palmerston, qui fut aussi un pugiliste à sa manière, rendait le 
dernier soupir. Londres fit de splendides funérailles aux deux 
grands hommes ; mais si l’on vit un extravagant jeter des dia- 
mants et des anneaux d’or dans le tombeau du ministre, 30.000 
visages mélancoliques accompagnèrent le char qui portait à sa 
dernière demeure celui dont les coups de poing restaient gravés 
dans tous les cœurs. La procession funèbre, disait le Telegraph , 
rappelait celle de lord Wellington, et s’étendait sur un espace de 
trois milles dans les rues de Londres. On a peine à croire aux 
démonstrations qui eurent lieu au cimetière deHighgate. «Il faut 
venir en Angleterre, lisons-nous dans V International de Londres, 
pour assister à de pareils spectacles, où se trouve réuni tout ce 



INTRODUCTION 



37 



qu’impose de respect la mort qui passe et tout ce qu’inspire de 
tristesse la conduite d’une foule immense accourue pour rendre 
honneur au favori du public anglais.» Tom Sayers était mort à 
Camden-Town, chez un bottier de ses amis ; c’est de là que partit 
le cortège funèbre. Le corps avait été placé sur un char traîné 
par quatre magnifiques chevaux ; immédiatement suivait le til- 
bury du défunt ; dans ce tilbury, si connu par ses excentriques 
couleurs et par ses ornements de mauvais goût, était assis le 
chien, l’ami fidèle de Tom. La pauvre bête avait un crêpe autour 
du cou et regardait mélancoliquement toute cette foule qui criait 
et poussait des groans e n guise de soupirs; puis venaient des 
voitures de deuil dan*§ lesquelles avaient pris place la fille et les 
deux fils de Tom Sayers ; une bande de musiciens faisaient entendre 
la marche de Saül; enfin, suivaientà pied lesenthousiastes admi- 
rateurs de la boxe et du pugilat. Toutes les fenêtres étaient gar- 
nies de monde ; plusieurs fois il y eut bataille, et les policemen 
durent demander des renforts pour empêcher la foule d’envahir 
le char. Ce fut bien pis lorsqu’on arriva au cimetière. A la foule 
qui précédait, entourait ou suivait le cortège, venait se joindre 
la foule non moins grande qui stationnait aux abords de Highgate. 
Il est impossible de décrire la scène qui en résulta. Les grilles du 
cimetière sont arrachées ; les plus agiles sautent par dessus les 
tombes, renversent leurs voisins, font le coup de poing (et quels 
coups de poing ! des coups de poings inspirés par la circonstance 
et qui sont un hommage au défunt), font le coup de poing, disons- 
nous, avec la force constabulaire ; tout cela pour pouvoir jeter un 
dernier regard sur le cercueil de Tom Sayers. Des cris, des jurons, 
voilà ce que l'on entendait. Enfin, vers six heuresdu soir, lafoule 
consentit à se disperser et à laisser le pauvre mort dormir en paix. 
Bref, cet homme coup-de-poing, qui avait vécu en ivrogne et 
était mort de même, eut des funérailles accompagnées de plus de 
marques de sympathie de la part du bas public anglais que celles 
du duc deWellijigton et de lord Palmerston. « Si l’illustre guer- 
rier, disait le Telegraph, était le iron duke (le duc de fer), on peut 
dire que Tom Sayers avait, lui aussi, du fer dans les veines. » Mais 
nous n’avons pas tout conté : aujourd’hui, dans l’un des plus 
beaux cimetières de Londres, dans Highgate, s’élève un magnifi- 



38 



LA BOXE FRANÇAISE 



que monument en marbre. Il a la forme d’une tour massive. Le 
médaillon du défunt en orne la façade; au pied est couché un 
chien. Ce splendide monument est élevé à la mémoire de Tom 
Saye'rs, le célèbre boxeur. Les frais en ont été faits par le moyen 
d’une souscription publique, qu’ont ouverte les amis et les admi- 
rateurs du défunt. L’Angleterre ne pouvait moins pour la mé- 
moire du héros du duel terrible qui eut lieu à Fanborough, le 
17 avril 1860, duel dont d'univers entier s’est un moment occupé, 
et qui a été célébré par un poème épique, la Tommiade, duel 
dans lequel l’Amérique, on le* sait, était aux prises avec l’An- 
gleterre. 

On raconte que le philosophe Gavarni, traversant un samedi 
soir — jour de paye — la place Maubert, s’écria en considérant 
un chiffonnier ivre étendu dans le ruisseau : « L’homme, roi do 
la création ! » On se demande naturellement l’exclamation qu’il 
aurait poussée s’il avait assisté à la boucherie du public-house et 
aux funérailles nationales de l’immortel Tom Sayers. 

Grâce aux liens qui unissent la Grande-Bretagne au continent, 
cet exercice de combat et de gymnastique ne pouvait se locali- 
ser en Angleterre; il a donc, comme tant d’autres importations 
d'Outre-Manche, passé le détroit et acquis son droit de cité en 
France. C’est ainsi que, pour une certaine partie de notre jeu- 
nesse, les exercices de la salle d’armes se complètent par ceux de 
la boxe et on l’a admise comme partie intégrante de toute bonne 
éducation civile. Avec cette humour qui la caractérise, notre jeu- 
nesse n’a même pas hésité à la définir ainsi : « La boxe est le che- 
min le plus court pour aller d’un poing à un autre ». On ne traite 
plus dédaigneusement ce moyen de défense naturelle qu’on a 
longtemps regardé comme devant être le partage exclusif du bas 
peuple; aujourd’hui, le charme est rompu et les professeurs de 
boxe comptent parmi leurs élèves assidus les plus grands person- 
nages du monde aristocratique, artistique et financier. Comment 
la dextérité et la souplesse française triomphent-elles, à cette 
heure, de la force dont les Anglais sont si vains? C’est ce que nous 
allons dire dans la troisième partie de notre introduction. Frappés 
des causes physiques de l’infériorité des Français, des professeurs 
habiles sont parvenus à égaliser les chances des lutteurs en pana- 



INTRODUCTION 7 



39 



chant agréablement la boxe anglaise de quelques éléments de 
notre ancienne savate, et de la fusion de ces deux moyens d’at- 
taque et de défense combinés est née enfin la boxe française, qui 
affirme de prime-saut sa suprématie sur son aînée. 

Désormais, le poing perfide de la « perfide Albion » n’est 
plus à redouter : ce que le poing des « vaincus de Waterloo » ne 
pouvait toucher jadis, le pied l’atteint maintenant avec une 
grâce, une élégance et une sûreté de jeu qui défient toute com- 
paraison . 



MICHEL DIT PISSEUX 



Ce professeur célèbre connu sous les noms bizarres de Michel 
dit Pisseux, était né à la Courtille en 1794; fils de boulanger et 
boulanger lui-mème, il habitait ce quartier. A cette époque, il y 
avait, dans les barrières de Paris, de nombreux établissements : 
cabarets, bals et bouges fréquentés par une population de bas 
étage des plus à craindre; on s’y battait constamment et il fallait 
avoir bons poings, bons pieds et bons yeux, avec cela du courage 
et surtout de l’audace pour s’aventurer dans un milieu aussi dan- 
gereux. Michel Pisseux était un de ceux qui ne craignaient pas 
de fréquenter ces lieux si dangereux pour les gens paisibles et 
honnêtes. Il devint même la terreur de ce quartier. 

Le comte d’AHon-Shée, dans ses mémoires si curieux sur les 
premières an nées du règne de Louis-Philippe(i), a esquissé le por- 
trait de ce Michel. Il l'appelle Michel Casseux. « Il pouvait avoir, 
dit-il, trente-six ans; son visage était terne et marqué de peti!e 
vérole, ses yeux gris pleins de ruse; ses membres étaient longs 
et osseux; ses grandes mains et ses doigts noueux semblaient 
avoir la dureté du bois; ses gestes rapides et désarticulés rappe- 
laient les mouvements de l’ancien télégraphe. Il portait une veste 
et un large pantalon en drap brun, une casquette d’où pendait 
sur le côté un énorme gland... » 

Quoique habitué qu’il était au milieu de ces gens batailleurs et 
de mauvais àloi, craint et très redouté dans le quartier de la 
Courtille, il était d’un caractère très doux et n’aimait ni les dis- 



( 1 ) Mémoires du vicomte d’Aulnis. 



42 



LA BOXE FRANÇAISE 



putes ni les batteries, il les évitait le plus souvent qu’il pouvait. 
Intelligent, il avait profité du contact de cette ignoble population, 
pour en observer les différents coups qu’elle pratiquait dans leurs 
combats ainsi que leurs différentes manières de se battre. Il en fit 
un résumé, classa les coups qui lui paraissaient les pluspratiques, 
et en composa une théorie appelée « l’Art de la savate ». 11 ouvrit 
une salle dans son quartier et donna le premier des leçons de ce 
nouveau sport. 

A la suite des succès qu’il obtint, il quitta la eourtille pour 
prendre une nouvelle salle dans un quartier mieux fréquenté; 
c’est ainsi qu’il s’installa rue Buffaut, faubourg Montmartre. La 
vogue de la savate battait son plein. La classe riche, les célébrités 
artistiques et littéraires, accouraient prendre des leçons ; la savate 
était devenue à la mode. 

Il donna aussi des leçons de canne; nous avons dit ailleurs qu’il 
avait publié une théorie de la savate, ainsi qu’une théorie de la 
canne. On le disait de première force à ces deux exercices, ainsi 
qu’au bâton. 

On cite parmi ses élèves les plus marquants : le duc d’Orléans 
et lord Henri Seymour. 

A propos de lord Henri Seymour, fort connu sous le surnom 
de Milord l’Arsouille, nous trouvons, dans les mémoires du comte 
E. Dalton-Shée, un portrait qui ne ressemble en rien à celui que 
la légende lui a fait, à tort ou à raison, par rapport aux excentri- 
cités qu’on lui a attribuées. 

« Le Jockey-Club fut fondé en 1833. Pour en faire partie, il 
fallait être membre de la société d’encouragement qui avait pour 
but : l’amélioration de la race chevaline en France. 

« Chaque membre du cercle payait à son entrée 450 francs, et 
300 francs, les années suivantes. 

« Le premier comité fut composé des fondateurs de la société 
d’encouragement. 

« MM. Henri Seymour, président, prince de la Moskowa, Rieus- 
sec, Delamarre, Maxime Caccia, comte Demidoff, Fasquel, Charles 
Lafitte, chevalier de Machado, de Normandie, comte de Cambio, 
écuyer du duc d’Orléans, Ernest Leroy. 



LA BOXE FRANÇAISE 



43 



(( Le Jockey-Club occupa d’abord le premier étage de la maison 
formant l’angle du boulevard et de la rue du Helder. 

« Henri Seymour, second fils de la marquise d’Harford, lord 
par courtoisie, avait été élevé à Paris, près de sa mère. 

a Quoiqu’il parlât purement le français, il avait tous les goûts 
de la gentry anglaise : les exercices du corps, les courses et la 
manie des paris. 

« Petit, mais vigoureux, doué d'une adresse extraordinaire, 
bon cavalier, de première force à l’escrime, à la boxe, il avait 
acquis un développement musculaire qui n’était plus en rapport 
avec sa taille. 

« Il n’avait jamais voulu aller dans le monde, mais à sa majo- 
rité, vers 1824, un revenu de trois cent mille francs et une indé- 
pendance absolue lui avaient donné une position à part : sa salle 
d’armes était un centre de camaraderie, ses écuries de course un 
luxe alors inusité. 

« Il s’était trouvé à la tête d’amis trop nombreux pour être sin- 
cères; on avait usé et abusé de sa confiance, et n’ayant pas en lui 
l’indulgence des natures supérieures, il avait tourné à la misan- 
thropie; il supposait le mal par vanité de ne pas être dupe ; aussi 
fallait-il distinguer entre ses actes et ses paroles, celles-ci mé- 
chantes, n’épargnant personne, ceux-là honnêtes, charitables, 
souvent généreux. 

« Dans les paris et les courses, c’était avec passion qu’il voulait 
gagner, l’enjeu lui était indifférent. 

« Deux traits compléteront le personnage : afin d’être sans rival 
en quelque chose, il avait exercé pendant des années le petit doigt 
de sa main droite au point avec ce seul doigt de lever un poids 
de cent livres à la hauteur de son épaule, de telle sorte que sa 
main entière eût porté à peine davantage; dans le même but, il 
avait étudié à fond les difficultés grammaticales de la langue 
française et proposait à tout venant des paris sur l’orthographe 
de certains mots. 

« Il fumait sans cesse, et a puissamment contribué par son 
exemple à généraliser en public la mode du cigare. 

« La physionomie intéressante deM. de Normandie mérite ici 
quelques lignes en passant. 



44 



4. A HOXE FRANÇAISE 



«c En 1835, lord Seymour avait donné sa démission, un vote de 
l’assemblée générale désigna comme président M. de Normandie. 

« Après un Anglais, un Anglomane. 

« Non seulement Normandie parlait la langue avec l’accent 
d’un insulaire, montait excellemment à cheval, et courait avec 
succès comme gentleman rider , mais il avait les manières, le 
sang-froid, le physique, et jusqu’à la chevelure- rousse d’un An- 
glais de théâtre; il était aimable, gai en dedans. 

« Une personne l’ayant présenté un soir dans un intérieur de 
la bourgeoisie parisienne comme un nouveau débarqué d’Albion 
qui ne savait pas un mot de français, de jolies dames l’examinèrent 
avec curiosité, chuchotèrent d'abord entre elles, puis, enhardies 
par son flegme imperturbable, firent peu à peu tout haut sur 
l’étranger les réflexions les plus singulières. 

« Il échangeait, de loin en loin, quelques mots d’anglais avec 
son introducteur. 

« Enfin, une gentille étourdie étant venue lui offrir une tasse 
de thé, il la remercia en français, et, au milieu de la consternation 
générale; prit dès lors part à la conversation. 

« Avec une grande simplicité il possédait le vrai courage : un 
mari ayant à se plaindre de sa femme et de lui, le provoqua, 
l’injuria et le frappa en plein boulevard; Normandie refusait de 
se battre; quelques membres du Jockey, se mêlant de ce qui ne les 
regardait pas, jugèrent qu’il y avait sujet à réparation. 

« Soit! dit Normandie, et allant sur le terrain il essuya, le 
sourire sur les lèvres, le feu de son adversaire, mais il refusa de 
tirer. 

« Cette fois les plus raffinés durent convenir que l’honneur 
était satisfait. 

« Le 24 février 1836, M. de Normandie a été remplacé par Jo- 
seph-Napoléon Ney, prince de la Moskowa, élu par 36 voix sur 
59 votants; les 23 autres voix données au marquis de Boisgelin, 
qui fut nommé vice-président, ainsi que le comte de Cambis. » 



Nous avons dit que la classe riche, les célébrités littéraires for- 
maient la clientèle habituelle de Michel Pisseux. 11 en fut de 
même pour les professeurs qui vinrent à la suite. Nous ne cite- 



LA BOXE FHANÇA1SE 



45 



rons pas les noms de tontes les personnes aristocratiques qui sui- 
virent les cours de la savate, ce que nous devons constater, c’est 
la misère dans laquelle sont morts tous les professeurs de cetle 
époque. Michel Pisseux a été du nombre de ceux-là, ri eut une 
fin si malheureuse qu’il fut dans la nécessité de recourir à la bien- 
faisance de ses anciens élèves. 

Vers 1 864, il habitait encore à Montmartre, dans une petite 
maison ancienne, où Gavarni, le célèbre dessinateur, envoyait de 
temps en temps son jeune fils porter un louis à son ancien pro- 
fesseur. Plusieurs anciens élèves de Michel Pisseux agissaient de 
même envers lui. 

C’était à ce moment un grand vieillard à cheveux blancs et 
barbe blanche, il pouvaitavoir t m 75 environ. Il mourut quelques 
années après, oublié de sa génération et presque inconnu de la 
nouvelle, il avait alors 75 ans. 




CHARLES LECOUR 



Jean-Antoine-Charles Lecour est né le 12 mai 1808 à Oissery, 
commune de l’arrondissement de Meaux, département de Seine- 
et-Marne. Il commença très jeune à prendre des leçons de savate, 
il eut pour professeur le célèbre Michel Pisseux, fort réputé à celte 
époque. C’était en 1824, il avait alors 16 ans, et était, paraît-il, 
très fort pour son âge. Ses aptitudes et sa passion pour ce genre 
d’exercice, lui firent faire des progrès rapides. En 1830, il était 
professeur et tenait une salle, rue du Faubourg-Montmartre; 
plus tard, il la quitta pour prendre celle du Passage des Pano- 
ramas, que nous avons bien connue. 

Sur ces entrefaites, arrivèrent à Paris deux professeurs de pro- 
vince, Loze de Toulouse et Leboucher de Rouen. C’est avec ce 
dernier que Charles Lecour prit des leçons de canne et de bâton, 
qu’il enseigna ensuite de pair avec la savate. 

Au temps de ses débuts, Paris ne pouvait opposer aucun adver- 
saire sérieux aux boxeurs anglais. Les Parisiens d’alors ne con- 
naissaient guère que la « savate », sport peu noble, mais indis- 
pensable aux viveurs de 1830, qui, lord Seymour et le vicomte 







LA BOXE FRANÇAISE 



do Labattut à leur tète, fréquentaient les bals populaires et la 
descente de la courtille. Il y avait des luttes épiques entre les 
beaux de la barrière et les beaux du boulevard ; et malheur à qui 
n’eût pas su lancer le coup de pied dans les règles. 

Aussi les jeunes gens du monde cultivaient-ils la savate ou le 
chausson. Un « savetier » célèbre en ce temps-là, Michel Pisseux, 
allait donner des leçons chez le duc d’Orléans et chez lord Seymour. 

Un jour Charles Lecour figura chez lord Seymour dans un as- 
saut de savate contre la boxe anglaise ; il se mesura avec le célèbre 
boxeur anglais Owen-Swift. L’Anglais, très habitué au ring, prend 
sur Charles Lecour une supériorité immédiate telle, qu’il n’est 
plus possible au champion français de placer un seul coup. (Dans 
un assaut semblable, aussi chez lord Seymour, Loze eut le même 
sort que son collègue). Cette défaite loin de décourager Lecour, 
bien au contraire, lui indique qu’il y a tout à changer dans la 
méthode en faveur de l’époque, il se décide à prendre de sérieuses 
leçons d’un boxeur expérimenté : justement arrivait à Paris un 
professionnel anglais nommé Adams, qui devait se rencontrer 
dans un match avec Owen-Swift ; le combat eut lieu dans le bois 
de Vincennes, Swift, sortit vainqueur de ce pugilat qui ne dura 
pas moins d’une heure et demie. 

Charles Lecour, présent à ce combat, se rçndit compte immé- 
diatement qu’en alliant les deux méthodes, la savate et la boxe 
anglaise, on formerait un ensemhle des plus sérieux comme 
moyens de défense. C’est alors qu’il se fit présenter à Adams qui 
était resté àParis, et put ainsi prendre aveclui un certain nombre 
de leçons. Grâce à ces leçons de boxe anglaise réunies à la savate, 
Charles Lecour forma ce que l’on appela à juste titre la boxe 
française. Nous tenons de Charles Lecour lui-même les lignes 
qui précèdent, c’est donc par erreur qu’Alexandre Dumas, dans 
un de ses ouvrages, le fait aller prendre des leçons de boxe en 
Angleterre. Ce qui est incontestable (sans être toutefois l’impor- 
tateur des coups de poing en France), c’est qu’il a apporté un per- 
fectionnement à la vieille méthode, car Michel Pisseux, Loze, 
Leboucher et d’autres encore, enseignaient déjà à cette époque 
le travail des poings. C’est aussi -à tort qu'on a prétendu que les 
anciens professeurs enseignaient, à titre de coups de poing, le 



48 



LA 130X15 FRANÇAISE 



coupde la .Musette, « coup porté avec la paume de la main pour 
relever le nez de l’adversaire » ; c’étaient les gens de barrière qui 
s’en servaient dans leurs combats. 

Charles Lecour fit bientôt florès à Paris. Aucune salle d’armes 
ne compta plus de noms aristocratiques que la salle du passage des 
Panoramas, où venaient régulièrement « travailler », en vareuse 
de flanelle rouge, MM. le duc . de Mouchy, le prince Etienne de 
Beauvau, le comte de Boisgelin, marquis de Noailles, marquis de 
Üreux-Brézé, baron Gourgaud, comte Clary, Nestor Roqueplan, 
comte de la Rochefoucault, comte Vigier, comte Walewski, baron 
de Bazancourt, Théophile Gautier, Marc-Carthy, comte d’Alton- 
Shée, Léon Darlu, comte de Niewkerke, Victor et Henri Cuvillier, 
les frères Guérin, etc. 

C’est vers cette époque qu’il donna des leçons à Eugène Sue qui, 
dans son roman « les Mystères de Paris », parle de lui et de sa mé- 
thode enseignée au principal personnage le prince Rodolphe, « les 
terribles coups delà fin ». Il allait aussi professer en ville, notam- 
ment chez lord Seymour, rue Taitbout, et chez Alphonse Karr, 
dans son pavillon de la rue de la Tour-d’ Auvergne. Théophile Gau- 
tier assistait aux leçons en tenue truculente, un bonnet à gland 
d’or posé sur des longs cheveux. 

Taillé en herculp, le poète avait un poing proportionné; et 
Banville, dans ses Odes funambulesques , a célébré la vigueur de 
ce poing, 

Qui, sur la tête du More, 

Fait cinq cent vingt pour son écot. 

En 1846 et 1847, il prit part aux grands assauts de boxe qui se 
donnaient au cirque et qui faisaient fureur (nous donnons plus 
loin des comptes-rendus de ces assauts). Les champions anglais 
étaient : Thomas Kay, TomCribb etLazarus. Ils tiraient ensemble. 
Les champions français étaient Charles Lecour, Hubert Lecour et 
Charles Latois. Ils tiraient également ensemble. 

En même temps, d’autres assauts étaient donnés, par Leboucher 
et Loze, salles de la Redoute, Montesquieu et Valentino. 



LA BOXE FRANÇAISE 



49 



CIRQUE OLYMPIQUE 

BOXE. BATON ET SAVATE 

- 

On vient de donner au cirque Olympique un spectacle qui, s’il 
avait lieu le soir, attirerait tout Paris. 

Nous voulons parler des assauts de la représentation diurne où 
ont figuré Charles Lecour et son frère, Thomas Kay, Charles La- 
tois et autres boxeurs anglais ou américains. 

La savate, puisqu’il faut l’appeler par son nom, passe, ou du 
moins a longtemps passé pour un genre de combat crapuleux, où 
pouvait seul s’exercer 

. Le pâle voyou, 

Au corps chétif, au teint jaune comme un vieux sou. 

En effet, on n’avait guère vu que d’affreux bandits en bourgerons 
troués, en casquette arrachée, en chaussure éculée faire, avec les 
mains, ces gestes mystérieux et sinistres, effroi du citadin paisible, 
ces mouvements du pied, qui forçaient la patrouille surprise à 
s’asseoir au milieu des ruisseaux. 

M. Charles Lecour a réduit en art cette escrime des truands, 
cette boxe de la cour des Miracles ; il l’a élevée du premier coup à 
la hauteur de la boxe anglaise. 

Revus et corrigés par lui, ces gestes ignobles ont pris de l’élé- 
gance et de la grâce ; à l’aide de la statique et de la dynamique, 
il a augmenté la force des coups, trouvé des retraites et des pa- 
rades inattendues. 

Un homme instruit dans la boxe française se défend des pieds 
et des mains, et frappe avec les quatre membres comme avec 
quatre fléaux. 

Avec cet art, plus de surprise nocturne ; on peut oublier sa 
canne, ses pistolets de poche, mais l’on n’oublie jamais ses jambes 
ni ses bras. 

Comme gymnastique, et en dehors de toute idée de lutte, les 



50 



LA BOXE FRANÇAISE 



exercices deM. Lecoursont excellents, en ce qu’ils emploient éga- 
lement toutes les parties. 

L’épée grossit le bras droit aux dépens du gauche, qui ne tra- 
vaille pas. 

Ce spectacle a commencé par un assaut de canne entre Lecour 
et son frère. 

Le public a été émerveillé de cette rapidité inouïe, de cette 
dextérité sans égale, de ces attaques et de ces ripostes promptes 
comme l’éclair ; et il a compris qu’entre les doigts des frères Le- 
cour, la canne valait l’épée de saint Georges. 

A l’assaut de canne avait succédé un assaut de boxe, entre Tho- 
mas Kay et un autre boxeur américain, avec toutes les forma- 
lités usitées en Angleterre. 

Aux deux angles de la plateforme, sur laquelle se passait lalutte, 
se tenaient les deux parrains des champions, qu’ils recevaient 
un genou enterre et soutenaient entre les bras après chaque prise. 

Ces boxeurs étaient des gaillards herculéens et bien plantés, 
dont les muscles faisaient saillie sous les maillots roses ; et ils se 
portèrent des coups qui auraient obtenu l’approbation des maîtres 
et, sans les gantelets rembourrés, causé de terribles contusions. 

Dans. le combat de savate et de boxe, les frères Lecour ont été 
souples, gracieux, agiles et forts comme des tigres : leurs panta- 
lons orange rayé de noir rappellent le costume de Saltabadil ; les 
zébrures ont un singulier caractère de sauvagerie et de férocité 
qui conviennent aux félins, aux barbares et aux gladiateurs : la 
savate ainsi comprise est presque de la danse commé l’entend 
Perrot. 

Seulement, chaque entrechat fait une meurtrissure, si le pied 
qui voltige àhauteurd’œil *ne rencontre pas en route le poing d’un 
adversaire. 

Un charmant combat est celui qui a lieu entre Thomas Kay, le 
colosse aux formes athlétiques, et Charles Latois, jeune homme 
élégantet mince, et en apparence beaucoup moins robusteque son 
adversaire. 

D’un côté, c’était la force, et, de l’autre, l’adresse. Ici la pureté 
classique; de l’autre, un jeu hardi, imprévu, étincelant, plein 
d’illuminations romantiques. 



LA BOXE FRANÇAISE 



51 



Thomas Kay porte des coups terribles, mais Charles Latois n’en 
reçoit jamais. 

Vous voyez un coup de poing lui arriver en plein sur sa figure 
fine et distinguée. 

Vous croyez qu’il va avoir le nez aplati, ou l’œil poché, pas du 
tout. 

Avec une légère inflexion du corps en arrière, le cnup est évité 
et le poing ne frappe que l’air. 

L’antagoniste a beau se fendre, Latois a Féchine plus flexible 
que l’autre n’a le bras long; d’ailleurs les muscles déliés ont, 
quand ils se détendent, la raideur de ressorts d’acier et ce lutteur 
élégant, qui semblejouer et voltiger, ne touche pas un corps sans 
y laisser toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. 

La représentation s’est terminée par un exercice au bâton à 
deux par les frères Lecour. 

0 brave caporal Trimm ! qui te figurais avoir tracé en l’air une 
arabesque bien compliquée avec le bout de ta canne, que fuserais 
humilié et ravi en voyant le bâton de M. Lecour faire des huit, 
des seize et des lacs à désespérer les plafonneurs de FAlhambra ? 

Théophile Gautier. 

La Presse, lundi 16, mardi 17 août 1847. 



CIRQUE DES CHAMPS-ÉLYSÉES 

PUGILAT. ASSAUTS DE CANNE ET DE BATON 

PAR LES FRÈRES LECOUR DE PARIS. ASSAUT DE BOXE 

PAR DES BOXEURS AMERICAINS ET ANGLAIS 

Il faut du nouveau, toujours du nouveau, tel est le refrain sem- 
piternellement jeté dans les oreilles du directeur du cirque, que 
tiraillent les concurrences de toute espèce. 

D’abord MM. les grands seigneurs de l’Hippodrome, puis les 
cirques de Saint-Pétersbourg, de Londres, de Madrid ; ajoutez à 
cela Mabille, le Châleau-Rouge, Enghien, le Château des fleurs, 



52 



LA BOXE FRANÇAISE 



et tous les concerts, cafés-concerts, etc , qui s’organisent chaque 
jour autour de ce bel établissement. 

Aussi ce bon M. Gallois se met-il en quatre; il entend lutter 
avec son collègue S. M. l’Empereur de toutes les Russies, qui, 
comme chacun sait, s’est fait directeur de cirque; il vient de lui 
arracher M lle Caroline et les frères Loisset, et il lui prépare plus 
d’un tour de sa façon que nous ne révélerons pas, dans la crainte 
que leterrible autocrate n’attente aux jours de son brave collègue. 

Quand on a des empereurs pour rivaux, sans compter tous les 
autres, le métier devient rude et il faut toujours être sur le qui- 
vive si on ne veut être distancé. 

On est tenu d’avoir des idées, ce qui, autrefois, était chose tout 
à fait de luxe pour les directeurs de manège. 

Donc, M. Gallois a eu une idée ! Il s’est dit qu’à une époque où 
il n’était plus permis de se servir d’une épée, où, de par la Cour 
de cassation, on était condamné à supporter une injure sans 
pouvoir en tirer vengeance, il serait peut-être bon d’offrir à 
notre jeunesse dorée un spécimen de la façon dont les lords 
anglais éclaircissent leurs discussions et un aperçu de la ma- 
nière en usage chez les titis parisiens pour arranger leurs dif- 
férends. 

Donc, jeudi dernier, nous étions convoqués au cirque : hâtons- 
nous de dire que nous avons été témoins d’un spectacle merveil- 
leux qui fera courir tout Paris. 

On ne peut se faire une idée de la beauté de la salle du cirque 
vue de jour : le soleil frappant sur les fenêtres éclaire çé palais 
mauresque de la façon la plus coquette ; ses rayons passant à tra- 
vers les vitres coloriées chatoient, miroitent et vous renvoient 
toutes les couleurs de l’arc-en-ciel ; la salle est mille fois plus 
jolie, plus brillante, éclairée ainsi par les dix mille becs de gaz 
du firmament qu’elle ne le serait éclairée par le luminaire pyro- 
technique le plus complet. 

Les exercices ont commencé par un assaut de canne exécuté 
par les frères Leçon r. 

Chapeaux bas ! Messieurs, s’il vous plaît ! 

M. Lecour est un homme de génie, rien que cela. 

Il a p r is un art en enfance, la savate, le chausson, puisqu’il 



LA ROXE FRANÇAISE 



53 



faut l’appeler par son nom, et il a créé des principes, des règles, 
un code, puis il s’est mis à enseigner. 

Voulez-vous savoir quels ont été ses élèves? MM. les membres 
du Jockey-Club, le duc , Alexandre Dumas, Théophile Gau- 

tier, qui, lorsqu’il rencontre un homme impoli, lui enlève genti- 
ment son chapeau avec le bout du pied ; M. le duc d’Orléans, 
qui était arrivé à une force remarquable ; enfin vingt autres, et 
des plus illustres, dont la litanie serait trop longue à placer ici. 

Mais qu’est-ce donc que la savate que l’affiche appelle puérile- 
ment pugilat parisien? C’est la boxe française. 

Écoutons Alexandre Dumas, voici la définition comique qu’il 
en donne : « Quand je faisais partie de la garde nationale, et que 
mon sergent, avec grand’peine, m’avait fait faire demi-tour à 
droite, il s’arrêtait, haletant, s’essuyait le front avec son mou- 
choir, puis me disait d’une axu’x lente, accentuée et solennelle, 
afin de rendre la démonstration plus lucide : « Maintenant, Mon- 
sieur Dumasse, demi-tour à gauche est exactement la même 
chose que demi-tour à droite, excepté que c’est tout le contraire. 
Allez ! » 

Eh bien ! pour me servir de la démonstration de mon sergent, 
qui m’a toujours paru la figure la plus claire de l’école de peloton, 
je redirai après lui : « La boxe est exactement la même chose que 
la savate, excepté que c’est tout le contraire. Allez ! » 

En effet, l’Anglais dans la boxe — la boxe est la savate de l’An- 
gleterre — a perfectionné l’usage des bras et des poings, tandis 
qu’il n’a considéré les jambes et les pieds que comme des ressorts 
destinés à rapprocher ou à éloigner le boxeur de son adversaire. 

Tout au contraire, dans la savate, qui est la boxe de la France, 
le Parisien avait fait de la jambe et du pied les agents principaux, 
ne considérant les mains que comme armes défensives. 

Il en résulte que l’Anglais perd toute la ressource qu’il peut 
tirer des pieds, tandis que le Français perdait toute l’aide qu’il 
pouvait espérer des mains. 

Charles Lecour entreprit de réaliser cette splendide utopie, ce 
suprême perfectionnement de fondre ensemble la boxe et la sa- 
vate : il étudia la boxe anglaise, et de ses études est née la 
savate contemporaine ; avec cet art terrible qui met l’homme qui 



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LA BOXE FRANÇAISE' 



Je possède en état de lutter non seulement avec un homme plus 
fort quelui, maisavec quatre hommes d’une puissance supérieure 
à la sienne. 

Ce qu’Alexandre Dumas, ce que d’autres que leur goût, leurs 
études conduisent à tout étudier, à tout apprendre, avaient vu, 
le public est maintenant appelé à l’admirer à son tour ; ce spec- 
tacle, pas plus que celui des boxeurs anglais, dont nous parle- 
rons tout à l’heure, n’a rien d’effrayant, rien de repoussant. 

MM. Lecour sont vêtus de jolis pantalons rayés et de chemises 
roses ; ils ont le sourire sur les lèvres avant, pendant et après le 
combat, et si grande est leur adresse, leur agilité, leur prestesse à 
parer les coups, qu’on n’a pas un moment de crainte. 

Ils ont exécuté un assaut de canne, une lutte de savate et un 
assaut de bâton, et dans les trois exercices, ils ont été couverts 
d’applaudissements. 

Le salut avec la canne est vraiment merveilleux ; la rose cou- 
verte est la plus jolie arabesque dessinée au bâton que l’on puisse 
voir ; les voltés, les écarts de côté, les coups de travers pleuvent 
drus comme grêle ; l’œil ne peut suivre le bâton qu’on entend 
siffler et avec lequel, à coup sûr, on tiendrait en échec un déta- 
chement de soldats armés. 

Quant à la savate, c’est impossible à expliquer, c’est une suc- 
cession de coups étourdissants qui, s’ils n’étaient retenus, tueraient 
un homme sur la minute, quand la jambe s’arrête, les mains 
marchent, puis mains, pieds et jambes fonctionnant, les deux 
hommes fondent l’un sur l’autre, tourbillonnent, et après s’être 
roulés gracieusement dans la poussière, ils saluent le public en 
souriant. 

Maintenant voici les boxeurs anglais : 

N’ayez pas peur, il n’y aura ni œil poché, ni dents cassés, ni 
yeux arrachés; — MM. Kay, Percy et Latois sont de rudes joueurs, 
mais ils ont pris dans leur force même, dans leur profonde science, 
le moyen de représenter au public parisien une véritable boxe, 
sans attrister en rien ce spectacle ; ils se donnent de terribles 
coups, mais leurs mains sont gantées; leurs figures sont fré- 
quemment et bien violemment atteintes, mais la peau des boxeu s 
ne ressemble pas à la nôtre : elle est à l’épreuve du coup de poing. 



LA BOXE FRANÇAISE 55 

Nous avons donc enfin de véritables boxeurs dans toutes les 
conditions du genre, des boxeurs entraînés ; — un boxeur s’en- 
traîne comme un cheval ; — dès qu’un homme a traité avec un 
boxeur, il lui donne un entraîneur qui ne doit plus le quitter ni 
le jour ni la nuit, et ce, pendant six semaines, pour surveiller 
l’entraînement. 

Le sujet en train doit se lever à 6 heures et se coucher à 
9 heures ; au sortir du lit, il prend un œuf cru, sans défaire le 
jaune, dans un demi-verre de vin de Xérès — puis il fait une 
promenade de trois kilomètres avant de déjeuner et u*ne pareille 
après. 

Les promenades au pas doivent être entremêlées de petites 
échappées de 200 mètres à toute vitesse pour amener une suée 
que l’entraîneur sèche immédiatement en frottant énergiquement 
le pugiliste. 

Après cette promenade, on doit, disent les préceptes de l’en- 
traînement, se livrer à un exercice modéré, tel que bêcher Ja 
terre, rouler une brouette, sonner des cloches. 

Si par hasard un peu de fatigue arrivait, une heure de som- 
meil est autorisée. 

Pour l’alimentation, les spiritueux, le lait, les soupes, tous les 
ragoûts et les aliments épicés, les viandes grasses sont rigoureu- 
sement interdits. 

L’entraîneur surveille avec soin tout ce que le sujet en train 
consomme, et il le pèse tous les jours pour diminuer proportion- 
nellement l’alimentation , car il faut, avant tout, arrivera un 
poids de condition : — deux pugilistes doivent être de poids rigou- 
reusement égal, une livre de moins donne une infériorité réelle ; 
les champions de l’Angleterre, qui sont les boxeurs de Londres, 
accordent cependant aux boxeurs de province cinq livres de plus, 
ce qu’on trouve énorme. 

L’entraîné ne doit point fumer, ni entrer dans les endroits où 
l’on fume ; il ne doit point être marié, et l’entraîneur couche 
dans sa chambre pour en interdire l’entrée à toute femme. 

La boxe, comme chacun sait, fut toujours en grand honneur 
en Angleterre. 

Parmi les amateurs, on cite le roi Georges IV, le comte Eldon, 



56 



LA BOXE FRANÇAISE 



qui futchancelier, lord Byron, le duc de Wellington, le marquis 
de Waterford, le comte de Munster, sir Robert Peel. 

Au couronnementde Georges IV, sa majesté voulut que la prin- 
cipale entrée de Westminster fût gardée par les premiers boxeurs 
de Londres, sous le commandement de Oribb, célèbre champion 
d’Angleterre, à l’exclusion de la force militaire ou de la police. 

Un célèbre professeur de boxe,M. Gully, a été nommé membre 
du parlement par un collège nombreux. 

La force pour la boxe n’est pas la quali té la plus essentielle. 

Noon Owen, Swifï (le prodige), Gurtis (le favori), qui passent 
pour les plus habiles boxeurs, ne pesaient en moyenne que 112 
livres chacun; le fameux Head, qui ne fut jamais vaincu, ne pesait 
que 125 livres, et il battit Gregson, dont le poids était de 188 livres 
et la taille de cinq pieds huit pouces. 

Le cirque a voulu nous donner une idée complète de la boxe. 
. Deux boxeurs d'égale force, d’égale taille, en même condition, 
se sont présentés assistés de leurs parrains et d'un arbitre ; puis, 
après s’être serré la main, ils ont commencé. 

Dire la quantité de coups qu’ils se sont administrés est chose 
impossible. 

L’attaque, le contre-simple, le puer riposter, le coupé dessous, 
le double-contre, se succédaient sans intermittence; les pugilistes 
ont fait trois pauses, assis sur les cuisses de leurs 'parrains. 

D’après la règle de la boxe, ils ne doivent se reposer que trente 
secondes ; aussi avons-nous entendu l’arbitre crier time, et la 
lutte a trois fois recommencé : M. Kay est incontestablement 
plus fort ; il a battu M. Percy. 

Après M. Percy est venu M. Latois. 

M. Latois est petit, maigre, il a vingt ans tout au plus ; à la 
puissance, à la force de M. Kay, il oppose un système de boxe 
tout à fait particulier; il est charmant de légèreté, d’agilité et 
d’audace à la fois ; il exécute des retraites et des feintes d’attaques 
de la façon la plus originale et la plus habile à la fois ; aussi quoi- 
que vaincu, a-t-il été constamment applaudi. 

Nous sommes convaincus que ce spectacle est appelé à avoir un 
grand succès et nous ne saurions trop engager M. Gallois à ajouter 
ces exercices au spectacle du soir ; dans le jour les femmes n’iront 



LA BOXE FRANÇAISE 



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pas au cirque, et tout spectacle où ne viennent pas les femmes 
est mort-né. 

Véritablement, ce serait grand dommage. 

Charles de Matharel 

Le Siècle, lundi 16 août 1847. 

Les frères Victor et Henri Cuvillier étaient des élèves assidus de 
la salle, ainsi que les frères Guérin, dont l’un, taillé en hercule, 
était maire de Saint-Germain. Ils se réunissaient en groupes et 
allaient dans les barrières chercher des types et les inviter à venir 
faire de la savate à la salle avec eux ; tout le monde gardait ses 
chaussures de ville, on se flanquait alors des coups atroces. Ceci 
se passait bien entendu en l’absence du professeur, qui un jour 
rentra au moment où on ne l’attendait pas. Il se fâcha à un tel 
point et s’exprima de telle sorte à l’égard de ses élèves, que ceux- 
ci, très nombreux, quittèrent la salle et allèrent chez Leboucher ; 
il faut avouer qu’ils n’en furent pas satisfaits. 

En 1848, Charles Lecour céda sa salle à son frère Hubert, pour 
se mettre dans l’industrie. Néanmoins il conserva quelques leçons 
particulières à la salle d’armes Pons, ainsi qu’au cercle des éclai- 
reurs dont les chefs étaient : le général Ney d’Elchigen, le comte 
Ferry d’Esclands et l’académicien Legouvé". 

En 1875, de la fusion du cercle des éclaireurs et de la salle Jacob 
on forma l’Ecole d’escrime française. Charles Lecour fut nommé 
professeur de boxe française. 

Il avait à ce moment pour élèves : le jeune duc de Luynes, le 
duc de Rivière, le prince de Béthune, le baron Préménil, de Cop- 
pens, le vicomte de Coubertus, le comte de Chevillé, le comte de 
Lyonne, le marquis de Sassenay, le vicomte de Pully, Goupil, 
Louis Gaillard, Corthey, G. Laroze, etc., etc. 

En 1884, il quitta l’école d’escrime française et cessa complète- 
ment de donner des leçons. Il fut remplacé par Jules Leclerc ; sa 
carrière était terminée, il mourut àEpinal, le 19 juin 1894, âgé 
de 86 ans. 




LEBOUCHER 

Leboueher (Louis-Amand- Victorin), est né à Rouen, département 
de la Seine-Inférieure, le 14 septembre 1807, fils d’un huissier 
rouennais, dit-on. Personnellement, ses exploits n’étaient guère 
portés du côté de la procédure, sa plume à lui c’était la canne ou 
le grand bâton. Taille 1 m 65, presque imberbe, petite moustache, 
cou un peut court, épaules droites. Bien musclé, poignets et mains 
assez affinés, pieds petits, cambrés. Il en était quelque peu fier, 
et portait de préférence le soulier mi-découvert sur lequel tombait, 
les jours de grande sortie surtout, un pantalon noir à la hussarde. 
Il faut dire qu’avec sa longue redingote noire, son chapeau haute- 
forme à la crâne, il avait un peu l’allure de ce qu’on appelait sous 
l’empire un Décembriseur. Le masque avec cela n’était pas enchan- 
teur, et sans avoir absolument une tête de boule-dogue, il y avait 
de cela. Il n’avait pas non plus une voix de ténor, il s’en manquait 
de quelque peu. 

Leboueher sous ses formes assez rudes cachait un cœur 
excellent, il était charitable, très serviable, et de relations 
agréables. Il y avait en lui deux contrastes : la brute et le sen- 
timental. Un peu de bonne musique et il s’attendrissait jus- 
qu’aux larmes, il était susceptible de repentir. 

C’est comme professeuret tireur de canne qu’il apparut surtout 



LA BOXE FRANÇAISE 



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à notre sens, incomparable, brillant, on peut dire le mot. A son 
arrivée à Paris, il s'installa d'abord rue de la Michodière, puis en 
1855, il succéda au père Larribeau, un des survivants du radeau 
de la Méduse, une vieille réputation en canne eten boxe, d’ancienne 
école, mais qui n'était pas sans mérite. Lorsqu’il reprit cette salle 
qui se trouvait située, 13 bis , passage Verdeau, l’ancien professeur 
avait placé à la porte une enseigne composée de petits bonshom- 
mes mobiles, en bois et habillés, représentant les divers exercices 
qu’on enseignait à la salle, canne, boxe, sabre et escrime. Lebou- 
cher ne voulut pas de ce genre d’affiche assez ingénieux ; je ne 
veux pas de pantins ici, disait-il, enlevez-moi ça, et les donnant à 
Auguste, fils du gymnasiarque Poirier : — Tiens, voila pour faire 
Guignol. — Il fut, croyons-nous, le premier qui abandonna la 
canne extra-légère des anciens tireurs. Il est vrai qu’à cette époque 
on avait la mauvaise habitude et l’imprudence de tirer sans 
masque, commesi la canne n’était pasavant tout une armesérieuse 
de défense, et nullement faite simplement pour chatouiller ses 
adversaires, souvent nocturnes. Sa canne de démonstration, à lui, 
était un énorme cornouiller, très lourd et dont la sensation devait 
être fort désagréable à quiconque l’éprouvait, et qui, on peut le 
dire, en sentait tout le poids. Il était vraiment superbe, sa... trique 
à la main; il était flamboyant. Déplus, findémonstrateur, presque 
savant. A ce moment, il n’était plus le même homme ; au résumé, 
sa méthode presque neuve consistait à tirer à fond, par dévelop- 
pement, il ne touchait pas toujours doucement. Il enseignait la 
défense dite du voyageur, en trois leçons, et beaucoup d’étrangers, 
de passage à Paris, venaient à la salle pour apprendre rapidement 
à se mettre en état de défense. Nous avons vu chez lui des person- 
nages très marquants, et il comptait au nombre de ses élèves des 
célébrités de tous genres ; nous y avons notamment vu. le grand 
maître Rossini. 

Il donnait souvent, dans la salle du passage Verdeau, des soi- 
rées qui étaient très recherchées par les amateurs comme Théo- 
phile Gautier, Pierre Dupont, Darcier, etc., etc., et là, en petit 
comité, il produisait des talents divers, tels que tireurs, lutteurs 
et hommes forts. 

Vers 1852, Reboucher avait un excellent prévôt nommé Lecomte 



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LA BOXE FRANÇAISE 



qui le quitta à cette époque pour ouvrir une salle à son compte. 
Il s’installa d’abord 20, rue du Vert-Bois, et donnait ses leçons 
dans la salle du jeu de Siam. Il changea ensuite, pour aller s’éta- 
blir rue du Château-d’Eau, au bal Saint-Jean, qui devint plus 
tard : le xix e siècle. Contrairement à son professeur qui était très 
dur pour les élèves, Lecomte était, lui, très doux, bon démonstra- 
teur, très aimé des élèves qui préféraient prendre la leçon avec 
lui. Fort tireur à la canne et à la boxe, d’une grande agilité, ti- 
rant le jeu haut et le jeu bas très bien. Il commença avec un petit 
nombre d’élèves, parmi lesquels: Charles Deburau, legrand mime 
du théâtre des Funambules, Alexandre Guillon, artiste des Va- 
riétés, Buisselet, l’homme à la boule, de l’Hippodrome, et Auguste 
Massin, ingénieur mécanicien, plus tard surnommé le Roi des 
bras tendus. 

Il paraît que le célèbre mime, Jean-Gaspard Deburau, que 
Jules Janin, appelait le plus grand comédien de l’époque, a 
donné des leçons de boxe et de canne à ses acteurs des Funam- 
bules, ainsi qu’à son fils Charles lorsque celui-ci était jeune. 
Voici une petite anecdote de circonstance le concernant : 

Deburau père était allé un jour se promener â Romainville, en 
compagnie de sa femme ; en rentrant le soir, il fut attaqué par 
trois vagabonds ; par bonheur sa canne ne le quittait jamais et il 
s’en servit en maître; un des trois assaillants fut tué d’un coup de 
canne. La police lui reprocha cet accident et l’inquiéta à ce sujet. 
Mais grâce à l’intervention de hautes influences, il n’y eut pas 
de suites désagréables pour lui. 

L’argument qui servait de reproche était celui-ci : étant donné 
votre supériorité à cette arme, vous auriez dû vous contenter de 
vous défendre et ne pas frapper ainsi que vous l’avez fait. 

Ce même reproche fut adressé un jour à Gharlemont fils, qui, 
attaqué par deux adversaires armés de cannes, se défendit modé- 
rément; néanmoins le cornouiller qu’il avait à la main était d’un 
poids suffisant pour abîmer ses adversaires tout en restant pour 
ainsi dire sur la défensive. On lui disait que, comme professeur, 
il aurait dû se contenter de parer. Il faut être fort ignorant des 
exercices de défense et des moyens de combat, pour croire qu’il 
suffit de parer les coups des adversaires pour en avoir raison et 



LA BOXE FRANÇAISE 



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les mettre soit en fuite, soit hors de combat. Eh bien, il est re- 
grettable de le dire, il existe des personnes pour tenir des raison- 
nements semblables. Gomme boxe, Leboucher fut pour ainsi dire 
le novateur de la boxe de combat ; son enseignement était brutal 
et instinctif ; on allait chez lui surtout pour apprendre à se défendre 
contre les rôdeurs de barrières, ou autres personnages de même 
acabit; il vous enseignait la manière de vous défendre contre un 
goujat, de corriger un cocher brutal; il connaissait à fond (nous 
ne voudrions pas dire pour les avoir pratiqués) tous les coups plus 
ou moins canailles de ces drôles; il avait contre eux des parades 
inattendues, des ripostes étonnantes et il vous les apprenait à 
merveille. 

Il engageait ses élèves pour faire la pratique (c'était son mot) 
à aller de temps en temps dans les bals publics mal famés et y 
essayer de se casser la g.... avec quelques voyous (c’était très pra- 
tique). Un amateur bien connu et que nous citerons encore, parce 
que son nom revient chaque fois qu’on parle d'exercices du corps : 
M. Eugène Paz nous racontait que le soir, lorsque Leboucher 
voyait arriver ses habitués à sa salle du passage Verdeau, il ne 
manquait pas de demander aux plus robustes, à ses préférés : 
« Eh bien! s’est-on battu un peu hier? vous savez, mes enfants, 
sans cela, vous n’arriverez jamais à rien. » 

Il a été en grande partie le promoteur des rentrées violentes, 
des passements de jambes, des enfourchements, etc. Le eoup de 
pied de pointe de devant, proscrit à cette époque et encore aujour- 
d’hui en salle, était un de ses coups favoris, et vraiment de sur- 
prise. Il introduisit beaucoup de coups de poing dans sa méthode. 
Il démontrait aussi quelque peu la boxe anglaise pure; il n’y 
était pas très fort, il était un peu court de taille et ne voulait se 
produire que là où il était et se sentait remarquable. C'est pour 
cela que, quoique démonstrateur de premier ordre pour cette 
époque, il ne tirait pas en public. Sa méthode un peu brutale était 
aussi dangereuse pour lui que pour les autres; avec un homme 
très fort, de haute taille, il s’engageait trop, et le corps à corps 
pouvait ne pas lui réussir. 

S'il avait été un peu moins brutal, il aurait fait fortune ; ce ne 
fut pas son cas. Il y avait grand nombre de caboulots dans le fau- 



62 



LA BOXE FRANÇAISE 



bourg Montmartre, où il portait toutes ses économies, et quand la 
dive bouteille avait illuminé son petit nez vermillonné de boxeur 
anglais, ça allait mal pour le client, la leçon devenait dure (lui 
prononçait: sévère). Plus d’un lâchait la suite de l’enseignement 
après avoir payé les nombreux cachets qu’il avait eu soin de faire 
prendre d’avance. Notre ami Cœurderoi, quoique solide et résis- 
tant, fut de ceux-là; néanmoins tenant à écouler son reliquat de 
cachets, il se promenait souvent dans le passage Verdeau, avec 
l’espoir d’y rencontrer son professeur, ce qui arriva naturelle- 
ment. — Leboucher : — voyons, Monsieur Edouard, vous m’en 
voulez donc; — Vous n’en voulez donc plus? Bast! Cœurderoi se 
laissa faire et reprit ses leçons, mais alors bien décidé à lui rendre 
coup pour coup et avec usure. 11 faut dire que cet échange d’ama- 
bilités ne rappelait en rien le jeu Charlemont et Chauderlot de 
gracieuse mémoire, ça manquait d’élégance. Voilà que le père 
Leboucher n’en voulait plus. C’était, disait-il, Cœurderoi qui était 
le brutal. Pour un comble, c’en était un, passons. 

Nous avons sous les yeux une caricature du célèbre Daumier, 
accompagnée d’un texte qui donne bien l’idée de l’enseignement 
donné par lui; intitulée : une leçon de boxe chez Leboucher en 

1853. 

Leboucher: il fallait parer! .. il fallait parer!... Ce coup-là 
vous a été démontré tout à l’heure... C’est le coup du prince Ro- 
dolphe... je vous l’avais expliqué et j’avais pourtant bien mis les 
points sur les i... — Sacristi!... vous auriez bien dû ne pas me 
les mettre sur les yeux... enfin c’est peut-être votre manière de 
marquer vos cachets !... 

Malgré cela, il était très soucieux de son art, et lorsqu’il orga- 
nisait des assauts, longtemps à l’avance il se préoccupait de les 
rendre intéressants, et ne négligeait rien pour s’assurer le concours 
des professeurs les plus renommés, et les amateurs les plus remar- 
quables; d’escrime, de canne, de boxe et d’exercices de force. 

Ces assauts donnés dans les salles Montesquieu, Valentiuo, la 
Redoute, au Casino des Arts et chez Markowski, obtenaient tou- 
jours beaucoup de succès. 

Leboucher était aussi un grand amateur et fin oonnaisseur en 
matière de lutte ; nous savons tous que la lutte est un exercice 



r,A BOXE FRANÇAISE 



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spécial, et qu’il faut chercher loin pour trouver un homme de 
lutte, de canne et de boxe. Un seul à notre connaissance a été un 
peu tout cela ; y compris les exercices de force; c’est Rambaud, 
dit la Résistance, qui avait sa salle rue des Ecuries-d’Artois ; de 
second ordre comme démonstrateur, mais un rude gars; grand, 
bien fait du haut en bas, intelligent; s'est fait admirer et payer 
largement à la cour d'Egypte. Béni soit le ventre de la mère qui 
t'a porté lui disait un jour le kédive (Ismaïl Pacha). Il avait été 
le professeur de Henri Joignerey, ancien hercule, qui tenait encore 
dernièrement, à Montmartre, une salle d’exercices de force. Il avait 
conservé pour la Résistance une admiration et un culte persis- 
tants. Leboucher aussi le tenait en haute estime. 

Cœurderoi nous racontait, qu’en 1876, il avait rencontré la Ré- 
sistance à la Chaux-de-Fonds, en Suisse. 

« Il n’était plus jeune, un peu coloré par ceci et cela, un peu 
« boursouflé ; il avait bien aimé beaucoup de choses ; à son retour 
« du Levant il avait fait de la lutte en Grèce, et était resté deux 
« ans à bien boire, bien chasser et bien manger son gibier; il 
« ne s’était arrêté qu’à la fin de ses capitaux. Quand il le rencon- 
« tra, à la sortie de la gare de cette ville, il était habillé en marin 
«. et montrait à cette population très horlogère, mais peu mari- 
« time (1000 mètres au-dessus de la mer), quoi? un poisson 
« quelconque empaillé, ratatiné, qu’il appelait un Raquin. Les 
« naturalistes ayant la mauvaise habitude deprononcer : Requin, 
« mais la Résistance, n’y regardait pas de si près. Entre temps, 
« il faisait quelques poids, et encore assez proprement et gracieu- 
« sement. C’était encore un vigoureux reste. » 

Peu de temps après, Charlemont le rencontrait en Belgique, à 
Anvers, il tenait une baraque, à la foire de cette ville. En effet, 
il eût été difficile de reconnaître en lui l’homme superbe qu’il 
avait été. 

Revenons à Leboucher et à la lutte, qu’il adorait, théorique- 
ment. Il fut le découvreur, le lanceur d’Arpin, surnommé le ter- 
rible Savoyard, l’homme au fameux coup de lutte dit : le coup 
d’Arpin. 11 l’utilisa et l’exploita même à outrance. En somme il 
réveilla la lutte endormie, oubliée, organisa de nombreuses et 



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LA BOX K FRANÇAISE 



formidables séances à Montesquieu où il produisit et mit en relie! 
les Rabasson, les Crest, dit le Taureau de la Provence, Rivoire 
l’homme de marbre, Pujol dit Pile de Pont (le marin célèbre de 
la Belle-Poule). Marseille le vieux (le premier tombeur d’Arpin), 
puis plus tard Etienne le Pâtre, Richoux (rudes hommes),etc., etc. 
Avec sa compétence, ses souvenirs et son imagination, l’ami Joi- 
gnerey nous a souvent parlé de ces magnifiques luttes. Là aussi, 
à Montesquieu, on vit de brillantes parties de boxe plus ou moins 
fantaisistes, pas très savantes, mais puissantes et gracieuses ; les 
exécutants étaient Rambaud dit la Résistance déjà cité, Louis 
Vigneron qui fut plus tard surnommé : f homme-canon de l’Hip- 
podrome de Paris, dont nous donnons plus loin la biographie. 

Les deux hommes étaient remarquables de puissance, de plas- 
tique. C’était vraiment une belle chose. 

Un des plus beaux assauts de boxé, parmi ceux qui eurent lieu 
au Casino des Arts, en 1850, sous la direction Leboucher,fut sans 
contredit celui de la Résistance et de Bernard de Bordeaux. Ce 
dernier, grand, bien proportionné, était hercule et lutteur comme 
son adversaire. Dans le midi de la France, on le surnommait le 
Roi des lutteurs. Comme professeur de boxe à Bordeaux il jouis- 
sait d’une grande réputation. 

L’assaut fut des plus intéressants et fit grande sensation dans 
la salle. Du commencement à la fin, les deux champions combat- 
tirent avec une ardeur égale, il eût été difficile de préjuger du 
résultat final. Ce fut la Résistance, qui, par un magnifique coup 
d’arrêt, termina ce mémorable assaut. Bernard touché en pleine 
poitrine alla tomber à terre, à la grande surprise des spectateurs 
qui applaudirent à outrance. 

Un autre assaut moins important eut lieu àlasalleMontesquieu, 
en 1853, entre Arpin le terrible Savoyard et la Résistance. Arpin, 
qui avait été vaincu à la lutte pour la première fois l’année précé- 
dente, par Marseille aîné, espérait-il se rattraper à la boxe? en 
tous cas, il avait mal choisi son adversaire, car il fut battu com- 
plètement. 



r,A BOXE FRANÇAISE 



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LA DÉFAITE D’ARPIN 

DIT LE TERRIBLE SAVOYARD, A LA SALLE MONTESQUIEU 

EN 1852 

Il y a quelque temps on voyait à Paris une réunion d’hommes 
réputés pour les plus forts lutteurs et athlètes du midi de la 
France, du reste tous ces hommes pour la plupart avaient acquis 
une célébrité justement conquise. 

On remarquaitparmi eux, comme lutteurs : Arpin, ditle terrible 
Savoyard, considéré, à juste titre, comme le plus fort, le plus 
élégant, le plus gracieux et le plus savant. 

On remarquait en seconde ligne, Blas, l’Espagnol, dit Sans-Pi- 
tié, brun, surnommé pour son ardeur et son intrépidité à la lutte. 

Rabasson, dit le Petit-Paysan, lutteur infatigable ; 

Bouyard, dit le Tailleur de pierre de Rémoulins ; 

Creste, dit le Taureau de la Provence; 

Anthelme, dit Baboula ; 

Plantevin, dit le Roi des lutteurs ; 

Rivoire, de Lyon, dit le Corps de fer ; Henri, de Paris ; L’Océan, 
Bacquet, l’ Artilleur, etc. 

Mais le plus redouté était Arpin. 

11 avait par ses succès répandu une telle terreur autour de son 
nom, qu’il n’était aucun mortel qui osât se mesurer avec lui ; il 
avait été proclamé le roi des vainqueurs. 

Mais cependant vint un jour où un jeune téméraire jeta un défi 
au terrible Savoyard. 

Ce jeune homme n’était autre que Marseille, le héros de sa ville 
natale, qui lui donna son nom, l’enrichit de ses faveurs. 

Aussitôt qu’Arpin fut informé qu’un rival lui était arrivé de la 
Provence, il se hâta de faire savoir au jeune présomptueux qu’il 
tenait à sa disposition 200 francs, s’il parvenait à le renverser dans 
les règlements etconditions de la lutte, mais Marseille, repoussant 
l’offre d’Arpin, lui fit répondre qu’il tenait non pas 200 fr. mais 
500 francs à sa disposition ou à celle de tout autre qui parvien- 
drait à le renverser. 



66 



LA BOXE FRANÇAISE 



On fixa un jour, et comme on pense grand bruit parmi les ad- 
mirateurs d’Arpin ; on n’était plus habitué à voir défier le terrible 
Savoyard. 

Enfin, le jour fixé, à dix heures précises, Arpin paraît dans 
l’arène, le regard fier, la tête haute. Arpin est un colosse, un cou 
de taureau attaché à ses épaules d’une largeur et d’un modèle 
admirables, des bras vigoureux et solidement attachés, un torse 
d’hercule, en un mot l’image de la force et de la vigueur, c’est 
vraiment le terrible Savoyard. 

Marseille paraît à son tour; c’est un jeune homme mince et ner- 
veux qui semble chétif auprès de son adversaire, enfin le Gladia- 
teur, et l’Hercule Farnèse — tout est prêt 

Tous les cœurs battent d’émotion à la vue de ces deux hommes; 
toutes les poitrines sont haletantes, bientôt les deux rivaux se 
donnent la main, et la lutte s’engage. 

Arpin saisit Marseille entre ses bras puissants, mais celui-ci 
se glisse comme un serpent, et se précipite sur son adversaire 
avec une impétuosité sans égale. 

Arpin semble étonné de le voir si résolu, et respirant à pleins 

poumons, ils se tordent se baissent se relèvent tout ce 

qu’il y a de ruses, de feintes, de souplesse et d’adresse sont dé- 
ployés par ces deux rudes jouteurs des gouttes de sueur ruis- 

sellent sur le corps nu d’Arpin, tandis que le corps de Marseille 

semble un marbre il y a 45 minutes qu’ils sont auxprises et la 

victoire n’est pas encore décidée. 

Qui l’emportera du terrible Savoyard ou du Meunier de laPalu? 
l’on respire à peine 

Tout à coup unhourrah retentit dans l’enceinte ! L’un des deux 
adversaires a roulé dans la poussière... 

C’est le vainqueur des vainqueurs ! ! 

C’est Arpin J ! ! 

Les luttes furent bientôt défendues par la police de l’Empire. 
Sous prétexte de quelques accidents, comme par exemple celui 
arrivé à la salle Valentièo, où la Résistance boxant à la française 
contre Dickson, boxeur anglais, Rambaud assailli par une grêle de 
coups de poing, s’était précipité sur son adversaire, l’avait littéra- 



LA BOXE FRANÇAISE 



67 



lement envoyé à terre à la volée d’un coup de hanche en tête, 
mais l’épaule du fils d’Albion était déboîtée. Après tout il n’y avait 
pas eu mort d’homme, mais il y avait paraît-il autre chose ! ! ! 

L’impératrice Eugénie trouvait les luttes schoking ; les beaux 
athlètes qui s’y faisaient admirer portaient ombrage à Madame, 
son impérial époux ne pouvant montrer des formes aussi splen- 
dides, ni ressembler de près ni de loin à un Apollon ; la jalousie 
(qualité essentielle d’une Espagnole de race) lui rongeait lecœur, 
elle fit interdire les luttes publiques, voilà !... 

De ce contact avec les lutteurs, Leboucher avait encore tiré 
parti de quelques coups ou passes qu’il introduisit dans sa mé- 
thode, car, nous le répétons, c’était un fin, très fin observateur, et 
homme d’assimilation ; du reste, il n’était pas Normand pour 
rien. 

Leboucher a formé quelques élèves d’une certaine force, entre 
autres Alexandre Colmant, qui fut aussi un mécanicien de génie 
(ce n’est pas trop dire) ; on vint le chercher rue Turgot, pauvre 
petitconstructeur, pour fabriquer l’aiguille du chassepot. Elève 
des écoles du soir, il s’était fait lui-même. Sa situation créée par 
les Soubeyran, Baricant, etc., se traduisit, au bout de trois ans, par 
trois cent vingt mille francs versés comptant à Colmant. Mais le 
cerveau avait trop donné, il mourait fou trois mois après; c’était 
un ami intime de Cœurderoi, toujours vivant; lorsque venait 
minuit, après cinq à six bocks, Colmant parlait mécanique, ren- 
trait chez luiet travaillait. Gaillard vigoureux, faisant proprement 
61 livres à bras tendu, gros, fort et intelligent, très compétent et 
fin appréciateur d’hommes et d’exercices. Nous devons lui rendre 
cet hommage mérité. Comme boxeur, Alexandre Colmant tirait 
un peu bas, jamais très haut, mais sévèrement comme disait le 
maître. 

Fréquentaient encore la salle : D r Edward, Principe, Ladislas 
Joicki, de Castro, Eugène Paz, Cœurderoi, etc., etc. 

Leboucher était le démonstrateur par excellence, malheureuse- 
ment il n’était ni travailleur ni patient ; il ne pouvait pas tenir 
longtemps un élève, ça l’ennuyait; aussi, s’en débarrassait-il, 
d’une manière ou d’une autre; surtout il avait le soin de se faire 
payer d’avance un grand nombre de cachets, l’élève pouvait 



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LA BOXE FRANÇAISE 



ensuite s’en aller. Trop souvent absent de sa salle, ses prévôts, le 
plus souvent bien médiocres, ne pouvaient le remplacer avanta- 
geusement, cela lui causait un grand préjudice. 

Le dernier grand assaut donné par Leboucher eut lieu le 10 
avril 1866, Salle du xix e Siècle, rue du Château-d’Eau, à 8 h. 1/2 
du soir. 

Louis Mérignac, tort jeune à cetle époque, et sous le surnom 
de : le tireur noir, représentait l’escrime ; la boxeetlacanne étaient 
représentées par : Gilbert, 1 er maître au bataillon des chasseurs de 
la garde impériale, et son prévôt; Papy 1 er maître aux zouaves 
de la garde, et son prévôt ; J. Charlemont, 1 er maître, au 99 e régi- 
ment de ligne, et son prévôt; la lutte : Antoine Dornier et Pierre 
le Savoyard (cocher de son métier); la gymnastique : Alfred Per- 
rier ; la démonstration de la canne : par le jeune fils de Leboucher 
âgé d’une dizaine d’années environ. Un orchestre complétait l’at- 
traction de la soirée. 

Trois mois après, il donnait aussi son dernier assaut intime 
dans sa salle du passage Verdeau. A propos de ces deux derniers 
assauts, voici une petite anecdote qui complétera bien le portrait 
et le caractère de celui qui, quoi qu’on en dise, fut un chercheur, 
un novateur. 

Le 25 mars 1866, Leboucher écrivait à Charlemont, caserné au 
fort d’Aubervilliers, le priant de venir le voir; il avait, disait-il, 
à lui parler au sujet d’un assaut qu’il organisait. Ce dernier se 
présenta à la salle, et fut reçu parDevost, le prévôt de l’établis- 
sement, qui lui dit que son maître était en ce moment chez un 
marchand de vins de la rue de la Grange-Batelière, et que s’il y 
allait, de vouloir bien lui dire qu’un élève M. *** sujet anglais, l’at- 
tendait pour prendre sa leçon. Charlemont fit la commission. 
Leboucher lui répondit : lepantre peut attendre, j’ai son pogne! ! 
Ce n’est pas ça, j’organise un grand assaut pour le 10 du mois 
prochain, — veux-tu y tirer? — Quelles sont vos conditions? — 
Je te donnerai vingt francs. — C’est entendu. Monsieur Leboucher, 
vous pouvez compter sur moi. — Alors bois un verre avec moi. 
Sur ce, il fit venir une excellente bouteille du meilleur bordeaux, 
c’était, disait-il, pour sceller le contrat verbal ; l’élève attendait 
toujours. Il proposa à Charlemont de venir se promener avec lui 



LA BOXE FRANÇAISE 



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(il faisait beau temps) ; il prendrait une voiture à l’heure et on 
reviendrait dîner au Palais-Royal. C’est lui qui paierait. Celui-ci 
remercia, ses affaires l’attendaient. 

Le jour de l’assaut vint, la soirée fut fort brillante, et bien 
réussie; il y eut beaucoup de monde. Jl était à peu près 11 heures, 
la sortie était effectuée; il fallait régler les comptes : c'était le 
service de police, les pompiers, le droit des pauvres (prélévation 
sur la recette brute, exigence qui nous paraît fort injuste), la 
musique (et ses droits d’auteur), les affiches et circulaires, les 
tireurs, les lutteurs, enfin la salle, legazet le personnel. On cher- 
chait partout le directeur de l’assaut; il était disparu. On le cher- 
cha longtemps mais on n’alla pas à l'église, persuadé qu'on ne 
l’y trouverait pas ; c’est chez un marchand de vins qu’on le 
découvrit, attablé devant une jolie bouteille et un verre plein. 
Ses amis le pressèrent, lui disant que tout le monde l’attendait, 
les sergents de ville, les tireurs de l'armée devaien t ren trer à l’heure, 
les zouaves à Saint-Cloud, les chasseurs à Versailles; on le fit 
dépêcher à venir régler ses affaires. Ah ! il n'était pas content, le 
père Leboucher ; il fallait l'entendre jurer et tempêter, — il n'y 
avait, plus d’amis, on ne pouvait plus lui rendre service, tout le 
monde voulait de l’argent. 

En fin de compte, les maîtres de l’armée, obligés de prendre le 
dernier train, partirent et en furent pour leurs frais. 

Dans le mois de juin de la même année, Charlemont reçut une 
lettre du prévôt de Leboucher, Devost, lui disant que son maître 
allait donner un assaut à son bénéfice, et le priait de vouloir bien 
lui prêter son concours. Charlemont lui répondit que si l’assaut 
était vraiment à son bénéfice, il n’hésiterait pas un seul instant à 
lui être agréable, mais sachant de bonne part que le bénéfice 
était pour Leboucher, il le priait de dire à celui-ci, qu’il se tenait 
à sa disposition pour celte soirée, moyennant un cachet de vingt 
francs, plus la remise du cachet qu’il lui devait pour l’assaut du 
10 avril dernier ; le tout payé avant de travailler, bien entendu. 
La réponse se fit longtemps attendre, et ce n’est que l’avant-veille 
de l’assaut que Leboucher prévint Charlemont qu’il acceptait ses 
conditions et qu'il comptait sur lui. Le jour de l’assaut et à l’heure 
dite, Charlemont était prêt, en tenue, ses gants aux mains ; il 



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LA BOXE FRANÇAISE 



était dans le vestiaire attendant son tour, ce moment approchait ; 
il dit à Devost d'aller prévenir son maître, qui était dans la salle, 
qu’il ne tirerait pas si ses deux cachets ne lui étaient pas comptés 
d’avance, ce qui était convenu ; dans le cas contraire, il entrerait 
dansda salle et expliquerait au public pourquoi, étant prêt, il ne 
tirait pas. Sur ce,Leboucher tout grognant arrive dans le vestiaire. 
Alorstu ne veux pas tirer, Charlemont ? — Si, Monsieur Leboucher ! 
vous le voyez bien, je suis prêt, à mon poste, mais, chose convenue, 
chose due. — Alors il faut que je te paye d’avance? — Naturel- 
lement, puisque vous ne voulez pas me payer après. Tiens, lui dit 
Leboucher, en faisant une horrible grimace et prenant deux louis 
dans sa poche, — tiens, prends, et je ne les regrette pas. Merci, 
Monsieur Leboucher, je vais les gagner sans bouder. 

Cette petite anecdote n’est pas isolée, dans son genre; presque 
toutes les personnes qui ont eu affaire à Leboucher la connaissent 
par expérience. C’était vraiment un homme original, presque 
inexplicable; ainsi, par exemple (ce qui lui arrivait souvent), il 
rencontrait un ami, un camarade, eh bien ! il ne regardait pas à 
la dépense : déjeuners, dîners et soupers, voiture de luxe (il disait 
qu’on était mieux qu’en fiacre), café, théâtre, bal, etc., etc., cela 
lui coûtait cent francs, deux cents francs, il n’y regardait pas, il 
aimait à s’amuser, mais pour payer une pièce de cinq francs qu’il 
devait, c’était le diable pour la faire sortir de sa poche, tout le 
monde savait cela ; au fond un bon homme ne manquant pas d’es- 
prit. Il avait parfois de bons mots. Un jour, dans un assaut qu’il 
donnait à Montesquieu, Louis Vigneron faisait des exercices de 
force, parmi lesquels il en exécutait un qu’il nommait : le déses- 
poir des bras tendus; cela consistait àtenir à bras tendus, latéra- 
lement et horizontalement, un poids de 25 kilos dans chaque 
main et assis sur une chaise ; comme i 1 restai t très longtemps dans 
cette position, un Monsieur, qui se trouvait tout près de Leboucher 
lui demanda pourquoi Vigneron restait si longtemps dans cette 
position? — C’est parce que, répondit celui-ci, il attend que quel- 
qu’un soit assez fort pour venir le remplacer. 

Une anecdote nous revient en mémoire. Un jour, en 1862, 
après une représentation du Cirque d’été, Leboucher se trouvait 
attablé au café du Cirque, avec Henri Foucart, professeur de gym- 



LA BOXE FRANÇAISE 



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nastique, père des trois petites Foucart qui travaillaient au cirque. 

Henri Foucart était d’une assez grande force musculaire, et 
d’un caractère assez violent. Ce soir-là, la conversation était en- 
gagée sur la boxe française ; Leboucher vantait les avantages du 
coup de pied, il prétendait que, un coup de pied bas bien lancé 
pouvait mettre immédiatement un homme hors de combat. Fou- 
cart avec vivacité prétendait le contraire, et offrait à Leboucher 
d’en faire l’expérience sur-le-champ, ce qui fut aussitôt accepté 
par celui-ci ; ils se mirent en garde, et le temps de le dire, Fou- 
cart s’affaissa en poussant un cri. On le releva le tibia brisé d’un 
coup de pied bas que Leboucher lui avait porté. 

Nous nous rappelons aussi une autre anecdote d’un ordre un 
peu plus gai. Leboucher, assez noctambule, etboulevardier par 
excellence, rentrait un jour après minuit, après avoir sonné plu- 
sieurs fois à sa porte, son concierge, homme de petite corpu- 
lence, et de force au-dessous de la moyenne, vint lui ouvrir. Le- 
boucher, furieux d’avoir attendu, le gronda fortement, et fît un 
geste comme pour le frapper ; le concierge, qui ordinairement re- 
doutait son locataire et craignait de recevoir des coups, étendit 
instinctivement le bras ; son poing rencontra l’œil de Leboucher, 
et le lui contusionnasi fortement que le lendemain, le célèbre pro- 
fesseur avait un poche-œil des plus caractérisés. Ce petit accident, 
qui en était un gros pour son amour-propre, fut bientôt connu 
dans toutes les salles, et l'on en rit beaucoup. Leboucher fut plus 
de quinze jours sans sortir de chez lui. — Nous nous- rappelons 
que nous allions lui rendre visite, et qu’il nous dit avec des lar- 
mes dans les yeux : « Croyez-vous qu’il n’est pas terrible et hu- 
miliant pour un des premiers professeurs de France d’être pa- 
reillement touché par un pipelet... » 

Pendant ce temps le pauvre concierge, tout tremblant dans sa 
loge, déléguait nombre de personnes auprès de Leboucher pour 
s’excuser et obtenir de lui son pardon, qu’il lui octroya gra- 
cieusement le premier jour qu’il sortit, ce qui ne surprit per- 
sonne, car il n’était pas aussi méchant qu’il en avait l’air. En 
somme c’était une personnalité très remarquable, et depuis qu’il 
est disparu, on n’a pas revu un professeur de canne qui puisse 
lui être comparé. 



72 



LA BOXE FRANÇAISE 



En 1843, Leboucher publia un petit traité de canne très inté- 
ressant, composé de 25 leçons, orné de 37 planches dont le por- 
trait de l'auteur, format petit in-8 de 54 pages, édité à Paris. 
Puis en 1855, il fit paraître une petite théorie de la boxe fran- 
çaise, grand in-8 de 40 pages, ornée de 16 planches, éditée à Bru- 
xelles. En 1853, il fit une 2 e édition de la boxe française, revue 
et augmentée, format in-16 de 36 pages, ornée de 36 planches, 
éditée à Paris. 

Leboucher mourut à Paris, passage Verdeau, n° 13 bis, le 7 
septembre 1866, âgé de 59 ans. Il laissa deux jeunes enfants : un 
petit garçon et une petite fille qui furent élevés par la charité. 
Aujourd’hui ils font tous deux partie des ordres religieux. 



HUBERT LEGOUR 






Hubert Lecour était, comme son frère Charles, originaire de 
Oissery, petite commune de l’arrondissement de Meaux (Seine-et- 
Marne). Né le 30 mai 1820, il avait douze ans de moins que son 
frère. 

Il fit son apprentissage dans la gravure, mais ne pratiqua pas 
son métier; il commença très jeune à travailler, avec son frère, 
les exercices auxquels celui-ci s’était adonné. Vigoureux, mais 
surtout très souple, il était merveilleusement doué pour pratiquer 
ces exercices qui demandent agilitéetvitesse. 11 partagea l’engoue- 
ment de son frère pour les exercices de défense, s’assimila rapide- 
ment les principes que son aîné avait déjà posés et, très épris de 
la perfection, s’efforça avec lui de compléter cette méthode qui 
tendait à^donner à chaque coup son maximum d’efficacité et de 
vitesse en éliminant les mouvements inutiles et dangereux. C’est 
cette méthode que les deux frères résumaient ainsi : « attaque 
sans préparation ; jeu de face. » 

Un jour il partit pour Saint-Quentin, avec un nommé Bataille 
(nom prédestiné) auquel il s’associa pour mon 1er une salle de boxe 
dans cette ville. Ils donnèrent un assaut d’ouverture dans lequel 
ils tirèrent ensemble; Hubert Lecour obtint un grand succès. Si 
l’assaut fut brillant, les affaires de la salle ne le furent pas; il 



74 



LA ROXË FRANÇAISE 



dut revenir à Paris auprès de son frère, et ce n’est que plus tard 
qu’une réunion d’amateurs passait annuellement un traité avec 
lui pour qu’il vînt se fixer à Saint-Quentin pendant quelques 
mois. Une salle était mise à sa disposition et un minimum de 
recette lui était assuré. Chaque année il organisait un assaut 
auquel prenaient part ses plus forts élèves. Charles Lecour venait 
ordinairement y tirer avec son frère. Là ne se bornait pas le pro- 
gramme ; Hubert Lecour aimait énormément la musique; il était 
doué d’unejolie voixet possédaitaussi le don de bien dire la chan- 
sonnette. Avec plusieurs amateurs de la ville, il entremêlait les 
exercices de boxe et de canne d’intermèdes musicaux et ces séan- 
ces mixtes prenaient le nom d’assauts-concerts. Nous avons sous 
les yeux lecompte-rendu d’une de ces réunions, que nous publions 
plus loin, à laquelle 800 personnes avaient assisté dans la salle des 
Variétés, à Saint-Quentin, et nous y trouvons l’écho de la sympa- 
thie que Hubert Lecour avait su en peu d’années s’attirer de la 
part de tous. 



ASSAUT-CONCERT 

Des assauts de boxe, des voltiges de cannes, des chansonnettes, 
des romances, avec cela faire une soirée, est-ce possible? C’est ce 
que toute notre ville se demandait depuis quinze jours ; oui, une 
soirée complète, commençant à huit heures, et de laquelle 800 
personnes ne sortaient qu’après minuit ; et cette soirée nousl’avons 
eue, lundi dernier, à la salle, des Variétés. 

11 y a cinq ans à peu près, un artiste modeste, sans protection, 
sans autre ressource que l’amour du travail, vint s’établir à 
Saint-Quentin. 

Qu’avait-il donc pour assurer son avenir ? 

La boxe et la canne. 

S’il s’était annoncé, s’il avait écrit : Avec ce que je sais, je pré- 
tends gagner de quoi vivre ; je me ferai de tous mes élèves des 
amis intimes, qui seront cités pour leur excellente conduite, 
qui consentiront à se montrer en public; j’arriverai à réunir, pour 



LA BOXE FRANÇAISE 



75 



nous voir, ce qu’il y a de plus honorable dans notre ville, on 
aurait répondu : C’est la prétention d’un fou. 

Eh bien ! voilà ce que M. Lecour est parvenu à réaliser. 

Le pauvre de plus le trouva toujours prêt à venir solliciter la 
charité publique ; nous voudrions qu’il nous permît de mention- 
ner, en dehors même des concerts, pour lesquels onlui doit de la 
reconnaissance, des actes cle bienfaisance qui lui font le plus 
grand honneur. 

Empressons-nous de le constater : la salle des Variétés a pré- 
senté lundi un aspect de jeunesse et de gaîté. 

Tous ceux qui avaient été à même de reconnaître en M. Lecour 
un homme de cœur, et un beau talent, ont voulu, sans espoir de 
s’amuser beaucoup, lui donner une marque réelle de sympathie, 
et lui prouver combien on regrettait son départ. 

La foule qui se pressait lundi pour trouver une place aux Va- 
riétés doit inspirer le désir d’imiter M. Lecour, d’arriver à obtenir 
une semblabble ovation, et personne, nous le certifions, n’a re- 
gretté ni son temps, ni son argent; la soirée a été belle. 

Maintenant rendons compte de ce que nous avons vu, et sur- 
tout supprimons les initiales des noms de ceux que nous avons 
applaudis, pour donner entièrement leurs noms, ils nous en vou- 
dront peut-être, toute la ville nous en remerciera. 

Le rideau se lève. 

Des collégiens nous saluent, se saluent, se menacent du poing, 
s’attaquent; et la salle de s’écrier : des collégiens si gentils, si 
adroits, si pétulants, ne seront jamais des sots. 

Ce sont les jeunes Gervoise, Museux, Geoffroy et Descaudins. 

Viennent ensuite voltiger avec les cannes, MM. Amédée d’Es- 
trées, Stuard, Decaudins, Jules Dournel, H. Mercier; tous ont 
exécuté les exercices les plus plaisants, les plus extraordinaires, 
les plus difficiles, avec un ensemble de grâce, de légèreté, de 
vivacité, tel qu’on se demandait pourquoi on avait pu jusqu’alors 
délaisser un talent qui devrait avoir incontestablement une grande 
et salutaire influence sur la santé et le caractère des jeunes gens, 
et en les fortifiant, les mettre à même de répondre à tous les faux 
braves, aux misérables qui voudraient les attaquer. 

Couverts les uns après les autres d’applaudissements unanimes 



76 



LA BOXE ERANÇAISE 



réitérés, ces messieurs -ont pu voir comment ils avaient été ap- 
préciés et jugés. 

Jeunes hommes bien placés dans la société, ayant reçu une 
belle éducation, l’élan est maintenant donné par vous. 

C’est à qui voudra figurer, se montrer dans nos fêtes publiques. 

L’union fait la force; l’union profite aune ville; les artistes, 
les hommes de talent et de mérite sont dans toutes les classes de 
la société. 

Particulièrement MM. H. Mercier et Jules Dournel, ont fait de 
la gymnastique ; et sur ce point, ils nous ont montré qu’on ne 
peut plus rien leur apprendre. 

Nous avons eu du bonheur à crier bravo, bravissimo, et toute 
la salle a fait comme nous. 

Les frères Lecoursur la boxe et sur la canne sont passés maîtres; 
c’était connu ; à Paris ils avaient fait leurs preuves; mais à qui 
ne les avait pas vus travailler, il aurait été impossible de se faire 
une idée de ce qu’ils sont, de ce qu’ils savent. 

On s'anime, on s’impressionne, on craint, on admire quand ils 
se saisissent, quand ils se frappent, quand ils font voltiger leurs 
cannes, quand ils parent les coups. 

C’est l’éclair, la foudre ; les bras, les mains, les jambes, les 
pieds, la tête, les yeux, tout agit, tout marche en même temps. 

D’ailleurs il est facile de s’en convaincre, une distraction, même 
dans le jeu, pourrait devenir terrible. 

La salle s’est émue, et d’une triple salve d’applaudissements 
nous avons tiré cette conséquence: les deux frères Lecour réussi- 
ront en tous lieux. 

On pouvait se contenter de nous montrer comment on boxe, on 
voltige, et Dieu merci ! le public n’aurait pas eu à se plaindre. 

Mais notre ami M. Lecour est aussi un chansonnier à part ; 
sans imiter en rien Levassor,il estpresque aussi original, presque 
aussi plaisant que lui. 

lia créé les Orphéonistes; nous les avons entendus chanter 
avec une précision, un accord parfait, un de nos plus beaux 
chœurs. 

11 n’est pas possible, après ce chant, de croire que notre Or- 
phéon cessera d’exister, si M. Lecour quitte Saint-Quentin. 



LA BOXE FRANÇAISE 



77 



Des applaudissements ont accueilli M. Rigault, à son entrée 
sur la scène, et jamais sa belle voix de baryton n’a eu ni plus de 
puissance, ni plus d'entrain. 

Le roi de la Montagne, à chaque couplet s’échauffait, et une 
triple salve d’applaudissements lui a prouvé la place qu’il occu- 
pait aujourd’hui dans l’estime de ses concitoyens. 

Ami de M. Lecour, il devait se placer au premier rang dans 
cette soirée, et il n’y a pas manqué. 

Et ce concerto de flûte de M. Armand Patuzet, qui nous a fait 
connaître, dans ce jeune instrumentiste un véritable talent de 
plus dans notre ville, forçant l’orchestre et la salle à l’applaudir. 

Et ce concerto de trombone de M. Daub ; instrument qu’on 
penserait ne devoir jamais articuler que quelques sons d’accom- 
pagnement. 

Une seule fois nous avons entendu un concerto de trombone 
au Conservatoire, par un des élèves qui gagna le prix, il ne l’a 
point exécuté aussi bien que M. Daub. Cette soirée nous a en- 
core révélé la présence, dans notre cité, d’un pianiste distingué, 
d’un ancien professeur au Conservatoire de Rouen, M. Barré. 

Après avoir fait connaissance avec nos chanteurs il est parvenu 
à les diriger, à les maintenir, à prouver ce que vaut un bon ac- 
compagnateur. 

Un professeur de piano nous manquait, la place est prise. 

Nous avons enfin entendu deux chansonnettes de M. Lecour, 
malgré des exercices si fatigants de boxe et de canne ; jamais il 
ne fit autant de plaisir. 

A minuit, après une Promenade aux Champs-Elysées, l’excel- 
lent artiste fait ainsi, avec simplicité, avec émotion, avec âme, 
ses adieux, à toute la ville, sur un de nos airs les plus populaires, 
sur l’air de Muse des bois : 

Cinq ans... déjà? quittant le grand village, 

Sans autre appui qu’un bâton à la main, 

Marchant tout droit, portant léger bagage, 

Leste et joyeux j’arrive à Saint-Quentin ; 

On m’accueillit, je travaille, j’espère, 

Et l’amitié m’enchaîne à ce pays. 



78 



LA BOXE FRANÇAISE 



Il faut partir : tout finit sur la terre. 

Je reviendrai, n’est-ce pas, mes amis? 

Je reviendrai, n’est-ce pas mes amis? 

Au loin, partout je veux peindre nos fêtes, 

Gomment j’appris à goûter le bonheur ; 

Je chanterai vos airs, mes chansonnettes, 

Le souvenir soulagera mon cœur. 

Plus d’une fois, en rêve, je l’espère, 

Je reverrai ce généreux pays, 

Et je dirai : tout finit sur la terre, 

Je reviendrai, n’est-ce pas, mes amis? 

Je reviendrai, n’est-ce pas, mes amis? 

Oui, c’est ici ma première patrie, 

J’y reviendrai, c’est là mon seul désir ; 

Je reverrai la bonne Picardie, 

J’y reviendrai pour ne plus en partir, 

Le pauvre artiste, oh ! du moins il l'espère, 

Saura gagner le choix de son pays ; 

Et je dirai : tout finit sur la terre. 

Je reviendrai, n’est-ce pas, mes amis ? 

Il faut partir... Au revoir mes amis ! 

Ces derniers mots à peine prononcés, toute la salle applaudit. 
Les élèves et les amis de M. Lecour l’entourent, lui serrent la 
main, et disent assez haut pour être entendus : 

Vous ne nous quitterez pas. 

Ainsi s’est terminée cette véritable fête de famille. 

G. 

Le Courrier, journal de Saint-Quentin, 23 mai 1847. 

Peu de temps après être revenu se fixer à Paris, il succédait à 
son frère qui abandonnait en partie l’enseignement delà boxe, 
pour se livrer à l’ihdustrie dans laquelle il y gagna beaucoup 
d’argent. C’était en 1848. 

Il prit part aux assauts du cirque Olympique, en compagnie 



LA BOXE FRANÇAISE 



79 



de son frère, ainsi qu’à d’autres assauts donnés à la Redoute, à 
Montesquieu, à Valentino, et à la salle Saint-André (aujourd’hui 
Théâtre Mondain). Il y tira souvent avec succès, mais il échoua 
devant plusieurs tireurs dont la réputation était justement établie, 
tels que : Bernard de Bordeaux, Gabriel de Nîmes, La Résistance 
et Cadet de Moissac ; ces derniers devaient leur avantage autant 
à leurs moyens physiques, qu’à leur jeu varié. 

Lorsque nous avons connu Hubert Lecour, en 1865, il avait la 
taille d’un mètre 68 centimètres ; deux centimètres de plus que 
son frères Charles; moins trapu que lui, plus élancé, plutôt mai- 
gre, bien équilibré pour être le tireur vif que nous avons connu ; 
il était brun, portait toute sa barbe ainsi que de longs cheveux ; 
myope, il se servait de lunettes; agréable au physique et très affa- 
ble. Il avait pour prévôt un nomméEtienne Méki, sujet Maltais ; 
vieux, petit, maigre, les cheveux très noirs, épais et longs, portait 
la raie fort de côté ; la barbe également noire, longue et peu four- 
nie ; les yeux noirs vifs et brillants. Il était courageux, et mar- 
chait la pointe des pieds complètement en dehors ; il avait la 
démarche exagérée des maîtres de danse. Affligé de hernies, il ne 
futjamais tireur ni de canne ni de boxe, ses moyens physiques ne 
lui permettaient pas ; malgré cela, il rendait de grands services 
à la salle, car il donnait très bien la leçon. 

Vers 1852, Hubert Lecour épousa une excellente pianiste avec 
laquelle il chantait des duos dans les soirées. A partir de ce 
marnent, il ne parut plus dans les assauts publics ; uneconvention 
passée entre lui et sa femme le lui interdisait, mais chaque 
année il donnait un assaut dans sa salle du passage des Panora- 
mas, au bénéfice de son prévôt Etienne ; un certain nombre de 
tireurs étaient convoqués à y prendre part. 

Jusqu’en février 1867 Hubert Lecour eut deux salles à Paris, 
l’une passage des Panoramas (galerie Montmartre, n° 27), l’autre 
dans le quartier des écoles, rue de Tournon, n° 9. La liste serait 
longue de tous les noms qui y ont défilé pendant cette période 
d’environ vingt années, de toutes les personnalités marquantes 
qui ont fréquenté les salles ou pris des leçons particulières avec 
Hubert Lecour. 

Parmi les derniers que nous avons connus, nous citerons : 






80 LA BOXE FRANÇAISE 

MM. .A. Cuvillier, Eugène Paz, Crété de Paluel, de Rajon, Fer- 
nand Eggly, Rivaud, Hubert Brierre, Bernard deSéramont, Jules 
Planquette, sculpteur et son fils Robert, l’auteur des Cloches de 
Corneville qui fut longtemps le prévôt de Hubert, puis un bour- 
sier bien connu que ses amis appelaient : le Grand Louis. Long, 
maigre, nerveux, avec des jambes démesurées, le Grand Louis 
était un jouteur redoutable. Excellent boxeur, possédant une 
détente incroyable, son coup de poing cinglait l’air comme un 
coup de fouet, et dans l’assaut, il rugissait comme un Arabe. 
Enfin, le docteur Menière, le plus fort et le plus savant entre tous. 

Sa bonne éducation, ses manières d’hommedumeilleur monde 
n’avaient pas peu contribué àfaire tomber les préventionsqui s’at- 
tachaient encore à la canne et surtout à la boxe française, aux 
exercices dérivés de l’ancienne savate. Il mit à profit ses nom- 
breuses relations pour s’efforcer de faire comprendre l’importance 
alors trop méconnue des exercices physiques. Il fut aussi l’un des 
plus chauds promoteurs du mouvement qui commençait alors à se 
dessineret devaitprendre tant d’importance après laguerredel870. 

Grâce en grande partie à .lui, la boxe et la canne prenaient 
rang parmi les sports les plus aptes à favoriser le développement 
de la jeunesse. C’est ainsi qu’après avoir été admis dès 1853 
comme professeur au collège Chaptal et dans plusieurs grandes 
institutions, il était appelé, en novembre 1865, à donner ses leçons 
au collège Rollin et à partir de décembre 1866 à l’Ecole poly- 
technique. 

Il dut alors renoncer à sa salle de la rue de Tournon, n’ayant 
plus assez de temps à y consacrer. Mais il conserva sa salle du 
passage des Panoramas. 

Hubert Lecour est mort prématurément à l’âge de 51 ans, le 2 
juillet 1871, des suites d’une fluxion de poitrine. 

Sa salle fut reprise par un professeur sortant de l'armée, qui se 
nommait Raynal. Il la conserva pendant quelques années, puis 
quitta le professorat de la boxe pour reprendre son ancien métier 
de peintre en voituye. Cette salle est aujourd’hui occupée par une 
académie de peinture dirigée par lesympathique Rodolphe Julian, 
un ancien, un vrai amateur de lutte et de boxe. 



CHARLES DUCROS 



Charles-Jean-Antoine Ducros était né à Montpellier (Hérault), en 
1824, taille moyenne 1 mètre 67 centimètres environ, d’allnre un 
peu épaisse; c’était un bon professeur, il faisait des élèves solides, 
il avait aussi une bonne leçon de défense, mais nous devons le 
dire, plus méthodique, plus raisonnée que celle de Leboucher. 

11 avait eu pour professeur un nommé Surgis qui, orphelin très 
jeune, vendait des contre-marques à la porte des théâtres de 
Paris, puis il suivit des saltimbanques dans les foires; ceux-ci 
lui apprirent la boxe, la canne et le bâton; il était petit, très 
musclé et fort solide; il était un de ceux qui osèrent se mesurer 
avec le fameux boxeur anglais Torn-Cribb. Sa salle se trouvait au 
coin de la rue Saint-Denis et de la rue de Rivoli, chez la mère 
Lesage, qui tenait un commerce devins, à l’emplacement même 
occupé aujourd’hui par les magasins de nouveautés « A Pygma- 
lion ». Sa salle était surtout fréquentée par les porteurs et les 
forts de la halle ; on y pratiquait la boxe et la canne, mais beau- 
coup le bâton. Charles Ducros nous racontait qu’en assistant 
comme élève aux assauts intimes donnés par son professeur à la 
salle, lorsqu’on tirait le bâton, on entendait souvent des avertis- 
sements de ce genre prononcés parles spectateurs : gare les gam- 



82 



LA BOXE FRANÇAISE 



billes! — Gare la tronche!.. Aïe! (C’était gare les jambes et 
gare la tête). 

Surgis mourut à l’Hôtel-Dieu, à la suite d’un refroidissement ! 
Charles Ducros succéda à son professeur et transporta le siège de 
la salle, rueSaint-Antoine, n° 100. Peu de temps après, il s’installa 
définitivement, rue Beautreillis, n° 9, où nous Lavons connu. Il 
cumulaitdeux professions : entrepreneur de peinture en bâtiment, 
une partie de la journée, et professeur de boxe, canne, etc. le soir. 
Tenon, professeur d’escrime, était attaché à l’établissement. Parmi 
les principaux élèves de la salle Ducros,nousciterons : les artistes 
peintres Castellani, Roll Alfred, Beaufeu Pierre, Arthur Ranc, 
sénateur aujourd’hui ; Mallet, marchand de meubles, faubourg 
Saint-Antoine, grand et fort, un vrai colosse, très redoutable, 
surtout à la boxe anglaise; Durupty Eugène, ouvrier typographe, 
taille moyenne, élancé mais très solide, ne paraissant pas ce qu’il 
était; Princhette, également ouvrier typographe, grand, très solide 
et en même temps très savant; Blazioski, fabricant de robinets, 
les frères Buquet, Auvray, Caquet Eugène, Fritz, Dalmas, Leroy, 
Marius Martin, May, Guillemin Casimir et Lacaisse. 

Ce dernier était en même temps élève du célèbre Arpin, pour 
la lutte. Il débuta en 1862, place Maubert, chez Bertrand, direc- 
teur de luttes dans les foires. Il avait alors 18 ans. Elancé, souple, 
d’une agilité surprenante, il joignait à ces différentes qualités une 
force musculaire peu commune. A 24 ans, il levait, en deux temps, 
un haltère pesant 165 livres et faisait des bras tendusavecdes poids 
de 25 kilos. Peu scrupuleux dans le choix des moyens pour com- 
battre un adversaire, il était devenu aussi redoutable que redouté. 

En 1867, Eugène Paz organisa de grandes luttes, dans son 
gymnase, 34, rue des Martyrs. On voyait figurer sur l’affiche les 
noms des premiers champions français, tels que: Béranger, le 
bel athlète parisien, Crest, le taureau de la Provence ; Lacroix, 
Alfred, le beau modèle parisien ; Lacaisse, Jems, Charpentier, 
Dumortier, l’agile Lyonnais ; Pujol, le colosse de la Gironde et 
enfin, Arpin, le terrible Savoyard. 

Il nous souvient, et d’autres ont dû en conserver le souvenir, 
qu’à la première séance, Deligne et Lacaisse luttèrent ensemble 
et qu’au moment où ils se disposaient à entrer dans l’arène, Crest, 



LA BOXE FRANÇAISE 



83 



régisseur des lattes, vint dire au dernier des deux de se laisser 
tomber ce jour-là, que Deligne tomberait la prochaine fois. 
Lacaisse refusa net de se prêtrer à toute combinaison réglée à l’a- 
vance, ajoutant qu'il préférait être vaincu sérieusement plusieurs 
fois, que de tomber seulement une fois son adversaire dans une 
lutte de convention. Les deux rivaux étaient à peine en garde, 
que Deligne passa un collier de force à son adversaire ; celui-ci, 
pour se faire lâcher, lui mit les doigts sur les yeux. La seconde 
reprise fut en tous points semblable à la première et M. Paz dut 
intervenir. A la troisième reprise, nouveau collier de force de la 
part de Deligne ; cette fois son adversaire lui appuya fortement 
ses doigts sur les yeux; Deligne lâcha priseet se retira de l'arène. 

Le collier de force n’étant pas admis dans une lutte courtoise, 
le lutteur a le droit de se servir de tous les moyens propres à s'en 
débarrasser. 

Peu de temps après, Lacaisse était compris parmi les premiers 
champions de la lutte, et surnommé le « lutteur d’acier », il tom- 
bait le terrible boulanger chaque fois qu’il luttait avec lui. 

Impressario des Folies-Bergère, il présenta Pietro en 1884, 
Tom Cannon en 1889, et le Turc Yousouf en 1895. 

La plupart des élèves cités ci-dessus tiraient dans les assauts 
publics et à la salle; mais Mallet et Durupty étaient les seuls de 
la salle pouvant tirer avec le professeur. 

Les assauts annuels donnés à la salle se composaient générale- 
ment de plusieurs parties. 1° Les assauts de boxe française et an- 
glaise; 2° assauts d'escrime, sabre et canne sous la direction de 
Tenon, professeur à la salle. La soirée se terminait le plus souvent 
par une séance de lutte, la salle était alors aménagée à cet effet. 
Nous avons vu parfois la jeune fille de Charles Ducros faire assaut 
de fleuret avec son professeur, Tenon, qui, lui, faisait ensuite 
assaut de canne et de sabre avec le sympathique Tessier qui assis- 
tait à tous les assauts publics ou privés donnés à Paris. Charles 
Ducros ne donnait pas d’assauts publics, mais il y paraissait lui 
et ses élèves. Nous l’avons vu tirer plusieurs fois dans des assauts 
où il prêtait son concours; c’était d’abord dans la salle Chef, rue 
du Harlay, au Marais, puis au salon des Folies de Belleville dans 
un assaut donné par Louis Vigneron , le lundi 25 décembre 1865, 



84 



LA JîOXE FRANÇAISE 



jour de la fête de Noël, au bénéfice de Théophile Darche qui s’était 
brisé un pied, et de Tessier. Une autre fois c’était à la salle Mo- 
lière, 159, rue SaintrMartin, encore au bénéfice de Tessier èt de 
Théophile Darche, c’était en 1868. La dernière fois, nous l’avons 
vu dans un assaut d’armes donné par le maître Rugé, à la salle 
de la Redoute, rue Jean-Jacques-Rousseau. Ce soir-là, il tirait 
avec son prévôt Durupty ; il fallait être connaisseur pour distinguer 
le plus adroit du maître ou de l’élève. Durupty fît un second 
assaut de boxe française avec Princhette, un excellent tireur avec 
lequel il faisait jeu égal. 

Peu de temps après, Hubert Lecour donnait un assaut à la salle 
de la rue de Tournon; trois élèves représentaient la salle Ducros ; 
c’était Durupty, Charles Buquetét Princhette ; ils se sont mesurés 
avec les premiers élèves de Lecour pour la boxe française. Les qua- 
lités presqueidentiques des tireurs ont fait valoir la bonne méthode 
des deux professeurs, à la satisfaction générale des amateurs dis- 
tingués présents à cet assaut. 

. Un assaut remarquable eut lieu au gymnase Gesel, actuelle- 
ment dirigé par Césari. Durupty se mesura à la boxe anglaise 
avec Raynal, successeur de Hubert Lecour. « D’abord un mot sur 
Durupty. Vers 1873 il était dans toute la puissance de ses moyens, 
la boxe anglaise était son sport favori, il était devenu pour ainsi 
dire insensible aux coups ; ses poings et ses avant-bras étaient 
tellement durcis par l’exercice et par leur développement naturel, 
qu’il était pénible de prendre la leçon ou de faire assaut avec lui ; 
ses parades, ou ses ripostes lorsqu’elles étaient parées, vous meur- 
trissaient les bras, il en résultait que la plupart des élèves préfé- 
raient prendre la leçon avec Princhette qui était moins dur. » 
Cette petite dissertation était nécessaire pour expliquer les inci- 
dents de l’assaut dont nous parlons. 

L’assaut fut mené vigoureusement de part et d’autre; la reprise 
ne le céda en rien au début et finalement Raynal, qui était pour- 
tant un solide gaillard et dur aux coups, se sentantpar trop serré 
par son adversaire, lui fit un passement de jambe et le renversa; 
l’assaut se termina ainsi, le jury en ayant décidé la cessation. 
Comme la boxe anglaise n’est en quelque sorte qu’une question 
d’endurance, l’on n’avait pu, sur le moment, se faire une opinion ; 



LA BOXE FRANÇAISE 85 

mais quelques jours après, Durupty, accusé par Raynal d'avoir mis 
du plomb dans ses gants, alla le trouver à sa salle ; ce dernier 
maintint le propos ajoutant que tous les coups qu’il avait reçus 
sur son corps étaient marqués. Durupty protesta de sa loyauté et 
provoqua son adversaire à un combat à poings nus devant un 
nombre de témoins déterminé, lui laissant le choix de l’époque de 
la rencontre. Raynal refusa, son médecin lui- ayant interdit tout 
assaut. — Ainsi se termina cette affaire des poings durs. 

Charles Ducros était le seul de nos professeurs qui ait pu se 
mettre en face des boxeurs anglais. Un jour, à l’étonnement gé- 
néral, il fit égalité avec le célèbre Cribb. 11 était un peu rageur. 
C’est lui qui, à la salle Montesquieu, jeta ses gants au visage de 
ce colosse de Vigneron qui, abusant de sa force, ne s’était pas ar- 
rêté après un coup touché. La scène fut comique. 

« Vous étiez touché, vous deviez annoncer le coup, Monsiéur Vi- 
gneron, s’écria Leboucher, qui dirigeait l’assaut. — Vous, répon- 
dit Vigneron, je vous en rends dix-huit de vingt. — Je crois bien, 
riposta Leboucher de sa voix au timbre enchanteur, parce que 
vous avez de grandes jambes ! » Charles Ducros et Vigneron fini- 
rent par s’embrasser, aux applaudissements du public. Ducros a eu 
beaucoup de bons élèves, dangereux, surtout au coup de poing, en 
raison de l’étude approfondie qu’ils faisaient de la boxe anglaise. 

Son premier succès, et qui le posa en réputation, fut un assaut 
remarquable avec le fameux boxeur anglais Cribb. Les deux cham- 
pions, face à face, se mesuraient de l’œil, mais il était difficile pour 
le champion anglais de surveiller son adversaire en le regardant 
dans les yeux, car Ducros louchait très fort d’un œil. 

Dans la première partie, Ducros fut battu et reçut un coup de 
poing formidable qui le renversa à terre étourdi. Cribb appela son 
second, lui ht prendre une éponge et du vinaigre et donna à son 
adversaire lessoins que nécessitait son état. La deuxième partie fut 
plus favorable cette fois au champion français. Il se tenait bien et 
portait de nombreux et violents coups à son adversaire. Malgré son 
sang-froid apparent, il rageait comme de coutume. Cette fois, il 
prit le dessus et termina par un terrible coup de poing qui renversa 
son adversaire à terre. Aussitôt, il prit l’éponge et le vinaigre et 
rendit à Cribb courtoisie pour courtoisie. Le public cria : bravo FL, 



86 



LA HOXrc FRANÇAISE 



Voici comment Martin devint un élève de Ducros. Martin était 
modèle chez les artistes peintres, et très apprécié dans sa profes- 
sion ; doué d’une grande force physique, très batailleur, cherchant 
noise par agrément, un mauvais coucheur, quoi. Un jour il pro- 
voqua dans la rue un jeune homme dont les apparences le trom- 
pèrent, car au moment où il levait le bras de haut en bas pour le 
frapper, il reçut de celui-ci et directement un coup de poing d’une 
détente si vigoureuse qu’il # fut littéralement assommé et ne put 
continuer le combat. Un instant après, il demandait à son adver- 
saire, tout en lui faisant remarquer qu’il paraissait bien moins 
robuste que lui, comment il avait pu lui porter un pareil coup, 
qu’il s’était souvent battu, mais qu’il n’avait jamais reçu un coup 
semblable. Son adversaire, qui n’était autre que Durupty, se mit 
volontiers à sa disposition pour lui expliquer le coup direct dont 
il s’était servi, en ajoutant qu’il était élève de Charles Ducros, et 
que ce coup .n’était un secret que pour les personnes qui ne fai- 
saient pas de boxe, qu’à la salle, on le démontrait à tous les élèves. 
A partir de ce jour, Martin devint un fervent de la boxe chez Du- 
cros, et ne fut plus batailleur. C’est Martin lui-même qui plus tard 
nous racontait l’incident et son étonnement du terrible coup di- 
rect qu’il avait reçu. 

Nous avons dit que Mallet était le plus redoutable des élèves 
de Ducros, à la boxe anglaise. Il mesurait 1 m 85 et pesait 110 
kilos, avec cela fortement musclé : vous voyez d’ici le colosse. 

Un jour deux boxeurs anglais, de passage à Paris, adressent un 
double défi à Ducros et à Mallet; ceux-ci acceptent; rendez-vous 
fut pris, la rencontre eut lieu au gymnase Thévelin, rue de Berri. 

Le premier assaut commença par Mallet et le plus fort des deux 
boxeurs étrangers. L’Anglais, beaucoup plus vif que son adver- 
saire,!^ portait de nombreux coups que celui-ci recevait fort bien, 
mais qui le gênaient beaucoup ; néanmoins il reprit l’avantage 
par une série de coups des plus sérieux et termina par un coup 
si terrible que l’Anglais fut jeté en bas de l’estrade, tellement 
étourdi qu’il resta longtemps à se relever et abandonna la partie. 

Le deuxièmeassaut entre Charles Ducros etle denxièmeboxeur 
anglais allait commencer ; ils étaient en train de mettre leurs 
gants, lorsque l’Anglais, apprenant qu’il avait devant lui le pro- 



LA BOXE FRANÇAISE 



87 



fesseur de celui qui venait de vaincre son camarade, serra la 
main à Ducros et ne voulut pas boxer, pour essuyer, disait-il, une 
défaite certaine. 

Ducros allant un matin à Bercy commander une provision de 
vin pour entretenir ses muscles, alla déjeuner dans une gargote 
où les débardeurs, les ouvriers du port avaient l’habitude de 
prendre leurs repas. Un débardeur réputé pour la terreur de 
Bercy se trouvait là; voyant un monsieur bien mis qui paraissait 
le regarder d'un mauvais œil (nous avons dis que Ducros lou- 
chait très fort), le prit à partie par des plaisanteries de mauvais 
goût. Ducros, qui était aussi hargneux que rageur, prit la balle 
au bond et dit à celui qui se moquait de lui : je vous ai bien enten- 
du ; je vois aussi très clair et suis prêt à vous le prouver. En même 
temps il se levait. Le débardeur voulut se lancer sur lui et reçut 
un formidable coup de poing sous le menton qui le fit culbuter 
pardessus une table ; rendu furieux, il se relève et veut se jeter 
de nouveau sur son adversaire, mais cette fois, il reçut une cor- 
rection telle qu’il ne put se relever. Ducros dut battre en retraite 
en bon ordre, car tous les débardeurs se préparaient à lui faire 
un mauvais parti. 

« Il n’y a qu’un Dieu, un soleil et un Lucioni. » 

Beaucoup doivent se rappeler encore cette annonce aussi ori- 
ginale que prétentieuse qu’on voyait au fronton d’une baraque à 
la foire au pain d’épice. 

Lucioni, un Corse, avait été, disait-il, premier maître au 8 e 
régiment de zouaves. 11 pouvait avoir 1 m 70, blond; comme 
barbe il portait l’impériale ; il avait la physionomie militaire, 
bien musclé, il paraissait assez fort. Il tenait annuellement une 
baraque à la foire au pain d’épice, à la barrière du Trône 
(actuellement place de la Nation). Il provoquait les professeurs, 
maîtres, prévôts et amateurs, à venir se mesurer avec lui (ou bien 
avec des compères), soit à l’épée, au sabre, à la canne, à la boxe 
et à la lutte ; il connaissait un peu chaque exercice, mais n’é- 
tait fort à aucun d’eux. C’était en réalité un saltimbanque dans le 
sens vrai du mot. 

Il avait comme salle d’armes une baraque sous les arcades du 

6 



88 



LA BOXE FRANÇAISE 



chemin de fer de Bastille-Vincennes, rue de Lyon. Un débit de 
vins et liqueurs faisait partie de l’établissement; cela lui rappor- 
tait sans doute plus que les leçons, car si l’on y voyait quelque- 
fois des curieux et des pochards,on n’y voyait pas souvent d’élèves. 
Là, il donnait des représentations comme à la foire, avec parade à 
la porte. Un jour, par fanfaronnade (car s'il était Corse de nais- 
sance, il était plutôt Gascon par tempérament), il eut la malen- 
contreuse idée d’adresser un défi à Ducros et à ses élèves, en leur 
offrant une prime de 500 francs. Le professeur et ses deux pre- 
miers élèves Mallet et Durupty acceptèrent le défi et se rendirent 
chez Lucioni, et à la canne comme à la boxe lui donnèrent une 
telle leçon, qu’il dut s'en rappeler longtemps. 

Ces messieurs réclamèrent la prime avec l’intention de la ver- 
ser au profit des pauvres du quartier, mais ils ne purent l’obte- 
nir. 11 y eut scandale, on alla chez le commissaire de police, mais 
on ne put rien obtenir, étant donné que Lucioni ne possédait pas 
la sommede 500 francs. 

Il disparut de Paris peu de temps après ; depuis on n’eut plus 
de ses nouvelles. 

Charles Ducros aimait son art, non seulement à cause des 
avantages qu’il en retirait, mais aussi pour lui-même. Toujours 
au milieu de ses élèves, souvent il arrêtait un assaut et donnait 
des conseils aux adversaires. C’était un cours improvisé qu’il fai- 
sait à ses élèves. Il était le plus heureux des hommes lorsqu’il 
voyait, dans lés assauts entre élèves, une belle série de coups don- 
nés à propos ; par ses leçons sous forme de conseils, il était toujours 
intéressant, et souvent ses élèves se trouvaient à faire cercle autour 
de lui sans s'en apercevoir ; aussi était-il aimé d’eux ! Par exem- 
ple, s’il se trouvait dans la salle un élève par trop paresseux ou 
manquant de dispositions physiques, il lui disait carrément : 
mon cher garçon, restez ici si vous voulez, mais je dois vous 
prévenir que vous perdez chez moi votre temps et votre argent. 
Cela juge bien l’homme. 

Atteint d’une maladie de poitrine, il cessa de donner des leçons 
et quitta sa salle en 1879. Il mourut le 1 er octobre 1880, âgé de 
5G ans. 




LOUIS VIGNERON 

Louis Vigneron est né à Paris le 11 avril 1827 ; son père était 
ouvrier menuisier et avait fait les campagnes d'Espagne, dans les 
dragons, sous Napoléon 1 er . Ce dernier fit apprendre à son fils le 
métier de tourneur mécanicien. Dès lors, ouvrier, Vigneron tra- 
vailla de son état à Belleville, chez M. Bréval, ingénieur, ami de 
M. Damoy, l’artiste peintre paysagiste bien connu. Il faisait, parait- 
il, l’admiration de ses camarades, pour sa force naturelle. 

Il prit ses leçons de savate avec Guérineau, au grand déplaisir 
de son père, qui, malgré une grande antipathie pour cet exercice, 
était très fier de le voir tirer dans les assauts, et applaudir par le 
public. Avec ce sentiment d’orgueil paternel, il disait alors : 
c’est mon fils ! 

En raison de la faiblesse de sa vue, Vigneron dut quitter son 
métier de mécanicien. C’était en 1848, il alla à Rueil, prit une 
petite salle chez un marchand de vins, et donna ses premières 
leçons à raison de 25 centimes la leçon, au 6 e bataillon de la 
garde mobile, troupe composée de 24 bataillons. Créée, a-t-on dit, 
en vue de la révolution de Juin, cettetroupe fut en effet licenciée 
peu de temps après. Vigneron revint à Paris et reprit momenta- 
nément son premier état ; il ouvrit une salle de boxe chez 



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LA BOXE FRANÇAISE 



M. Rognon, marchand de vins, au coin de la rue Crussol et de 
la rue de Malte ; il y donna des leçons le soir, et tous les mois, il 
donnait des petits assauts intimes. Les élèves payaient les frais 
de la soirée. 

Dans l’intérêt de la boxe, il est nécessaire de rétablir la vérité 
sur un incident qui a toujours été mal interprété. On a dit que 
Vigneron, en faisant assaut, avait d’un coup de pied jeté son 
adversaire par une fenêtre, il y a erreur. Voici les faits exacts : 
Louis Vigneron se trouvait un jour, et par hasard, avec plusieurs 
de ses amis, Chaussée Ménilmontant, près du bal portant pour 
enseigne : « Au galant jardinier », chez un marchand de vins, 
nommé Viscardi. Il y avait deux salles au premier ; la seconde 
donnait derrière sur les jardins et avait deux étages; le terrain 
étant en contre-bas de ce côté, on peut encore le voir aujourd’hui, 
rue Etienne-Dolet. Toutes les maisons de la rue Ménilmontant sont 
semblables et construites sur une colline ; c’est dans cette seconde 
salle qu’étaient réunis Vigneron et ses amis : c’était simplement 
une petite salle de marchand devins, avec quelques tables pour 
boire ; on n’y faisait jamais ni boxe ni autres exercices ; Vigneron 
et ses amis ne se réunissaient que pour causer, rire et boire; rien 
de plus. A un moment, on plaisanta, en s’amusant. Charles Neveu, 
un ami de Vigneron, le saisit aux jambes et fit des efforts pour le 
renverser à terre. Vigneron, plus grand, le saisit à bras le corps, 
l’enleva et le lança derrière lui ; l’autre trébuchant en arrière, 
passa par une fenêtre ouverte dont la rampe était trop basse ; le 
malheureux alla tomber sur un baquet de blanchisseuse, et mou- 
rut six heures après. Il eut le temps de faire une déposition en 
faveur de son ami Vigneron, déclarant qu’aucune raison de haine 
ni de vengeance n’avait pu être le mobile de sa chute mortelle et 
que le résultat de l’accident incombait à lui seul ; il ne voulut pas 
qu’on poursuivit son ami, mais ce dernier ne put éviter quinze 
jours de prévention. Les parents n’en voulurentjamais à Vigneron, 
qui du reste devait plus tard épouser la sœur de son infortuné 
ami. Le mariage n’eut pas lieu, la jeune fille mourut d’unemaladie 
de poitrine. La boxe n’est donc pour rien dans cet accident; 
c’est ce que nous voulions constater. 

C’est à partir de 1850, que la réputation de Vigneron commença 



LA BOXE FRANÇAISE 



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à naître ; Leboucher avait à ce moment la vogue pour les assauts 
de la salle Montesquieu, qui faisaient fureur. Il y avait foule, on 
voyait, stationnant à la porte de la salle, un grand nombre d’équi- 
pages de toutes sortes. Il vint un jour voir Vigneron, à sa petite 
salle delà rue Grussol :deux élèves, prévôts de Vigneron, tiraient 
ensemble et faisaient un assaut fort beau, c’étaitLucet et Philippe. 
Leboucher demanda à Vigneron de vouloir bien les inviter à 
prendre part, comme tireurs, à son prochain assaut, ce qui fut 
décidé, et en même temps, comme il n’avait pas de tireur capable 
pour mettre en face de Rambaud, dit la Résistance, il demanda à 
Vigneron s’il voulait tirer avec lui ; celui-ci accepta en adressant 
un défi à la Résistance. 

Rambaud, qui avait pris ce surnom bizarre de la Résistance, 
était ouvrier boulanger. Beau garçon, grand, bien découplé; 
c’était la grâce dans la force. La Résistance fut le favori du public 
jusqu’au jour où parut Louis Vigneron, qui lui adressa le défi 
dont nous parlons plus haut. 

Ils tirèrent trois fois ensemble, en trois séances séparées à une 
semaine d’intervalle. Les résultats des deux premiers assauts 
furent indécis ; au troisième Louis Vigneron battit complètement 
son adversaire et termina par un de ses admirables revers de pied 
dont les amateurs se souviennent encore. 

Les deux prévôts de Vigneron tirèrent à ces trois séances et 
furent fort applaudis. 

Vigneron était le tireur le plus redoutable qu'on eût connu ; sa 
haute taille, sa force colossale, le mettaient hors de pair. On lui 
reprochait d’avoir le jeu large et de manquer de vitesse ; il est 
certain qu’il paraissait moins rapide que Hubert Lecour, Ducros 
et Charlemont, le dernier venu ; mais ses partisans répondaient 
qu’obligé, en raison de sa force extraordinaire, de modérer la dé- 
tente de ses coups, il ne pouvait donner toute sa vitesse (Ils 
avaient sans doute raison). 

La vérité est qu’en raison de la force de Vigneron il aurait fallu 
le voir dans un combat sérieux, en face d’un tireur de sa taille et 
de son poids. 

En 1852, le directeur de l’Hippodrome de Paris fit construire 
comme succursale « les Grandes Arènes Nationales », rue de 



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LA BOXE FRANÇAISE 



Lyon, près de la place delà Bastille. Cette immense arène popu- 
laire ne donnait que deux représentations par semaine, le diman- 
che et le lundi. En dehors des exercices du cirque, on y faisait 
de la boxe française et de la lutte à mains plates. Les champions 
delà boxe étaient : Vigneron, la Résistance et Blanc ; ceux de la - 
lutte : Antoine Dornier et le fameux Arpin, le terrible Savoyard. 

Un jour que M. Arnaud, le directeur de l'arène, se désolait de 
ce que la Résistance, indisposé, ne pouvait tirer ce jour-là avec 
Vigneron, n’ayant personne pour le remplacer, Arpin lui dit : Si 
vous voulez, je le remplacerai, je connais mon ^affaire, à la boxe 
je ne crains personne. Le directeur satisfait en informa Vigneron 
qui accepta avec plaisir. 

Si Arpin était à cette époque le roi de la lutte, il n’était pas celui 
de la boxe. Il a pu illustrer un coup de lutte qui porta son 
nom, mais à la boxe il ne pouvait illustrer que les coups qu’il 
recevait. 

Lorsque le combat commença, il eut beau faire des bonds 
extravagants, des attaques insensées, et déployer toutes les res- 
sources dont il se croyaitcapable ; vains efforts. Vigneron, toujours 
calme, le recevait chaque fois par des coups d’arrêt, en pleine poi- 
trine ou à la figure; plusieurs fois il l’attaqua par ce qu’il appelait 
la dix-huitième (chassé croisé) et le faisait sauter en bas de l’estrade, 
sur laquelle ils tiraient ; tout ce que pouvait faire Arpin, c’était de 
remonter sur l’estrade, pour en redescendre presque aussitôt, aux 
grands éclats de rire des spectateurs qui s’amusaient beaucoup 
de cette partie acharnée. Mais quelqu’un qui ne riait pas, c’était 
une belle Marseillaise, qui vendait des gâteaux et des oranges 
aux spectateurs: l'amie d’Arpin, rendue furieuse par la dé- 
faite de son ami, et ne pouvant contenir sa colère, résolut de le 
venger. 

Pendant que nos deux athlètes faisaient le tour de l’arène dans 
un char romain pour recevoir les bravos des spectateurs, la belle 
Marseillaise se cacha derrière la loge où s’habillait Vigneron ; 
elle s’était armée d’un grand sabre de gendarme, servant à la 
pantomime de RoTiert Macaire et Bertrand. Au moquent où Vi- 
gneron allait entrer dans sa loge, elle leva le sabré en l’air pour 
le frapper, lorsqu’un piqueur, qui avait tout vu, prévint Vigneron 



LA BOXE FRANÇAISE 93 

qui n’eut que le temps de rentrer dans sa loge au moment même 
où le coup fendait la porte. 

Le personnel accourut ainsi que le directeur qu’on s’était em- 
pressé d’aller prévenir; on expulsa immédiatement l’irascible et 
orgueilleuse Marseillaise. 

En 1853, Vigneron commença à donner de grands assauts à 
Belleville, les principaux tireurs étaient ses prévôts : Lucet, Phi- 
lippe, Blanc et Baptiste, quatre des meilleurs tireurs de cette 
époque, paraissant dans tous les assauts ; l’un d’eux, Blanc, un 
brave ouvrier monteur en bronze dans les appareils d’éclai- 
rage, fut tué par une explosion, tandis qu’il travaillait de son 
métier. 

En 1854, Leboucber donnait des assauts à la salle Valentino. 
C’est lui qui eut l’idée de mettre en face de Vigneron le fameux 
boxeur anglais Dickson, qui prétendait battre les boxeurs fran- 
çais avec leurs moyens, c’est-à-dire avec leurs bras et leurs jam- 
bes. Beaucoup d’anciens amateurs ont encore présent à la mé- 
moire le magnifique assaut de Vigneron, tirant à la boxe fran- 
çaise contre Dickson à la boxe anglaise, dans la salle Valentino. 
Présent à cet assaut, il nous souvient que dans le vestiaire, avant 
l’assaut, nous vîmes Dickson, un homme magnifique de taille 
et de muscles, paraissant sourire en voyant Vigneron habillé, 
mais changeant d’attitude lorsque celui-ci mit son torse à nu. 
Néanmoins, il disait en anglais à quelques-uns de ses compatriotes 
qui se trouvaient là, que Vigneron ne tiendrait pas trois minutes 
devant lui ; on répéta le propos à Vigneron qui devint très pâle et 
paraissait ému ; mais il reprit aussitôt son assurance et ne tarda 
pas à prouver à Dickson, aux applaudissements frénétiques 
de la salle, la supériorité de la boxe française sur la boxe 
anglaise. 

Nous publions ci-dessous une pièce de vers composée à l’occa- 
sion de ce mémorable assaut ; elle dépeint bien toutes les phases 
de la rencontre. 



LA BOXE FRANÇAISE 



COMBAT 

ENTRE DICKSON ET VIGNERON 
A LA SALLE VALENTINO 

Dickson, boxeur anglais, orgueilleux des succès 
Qu'il avait mérités près du public français, 
Dédaignait les combats qu’à Paris on démontre. 
Vigneron le premier provoque une rencontre. 
Chacun des deux tireurs devra, dans ce combat, 
User de ses moyens pour ce grand pugilat. 

Des partisans zélés, en eux pleins de confiance, 
Mesurent à prix d’or l’Angleterre et la France. 

Les juges sont choisis... les champions élus 
S’avancent sans trembler, bras et poitrines nus; 
Ils sont fiers et dispos, sans signe d’arrogance, 
Respectant en secret leur mutuelle vaillance. 

Ils se serrent la main, immobiles et froids, 

Ainsi que ces athlètes modèles d’autrefois. 
L’élégance et la force est leur double partage. 

Ils ont le même poids et presque le même âge. 
Dickson, jarrêts tendus, les bras en raccourcis, 
Observe, suit de l’œil les gestes ennemis. 
Vigneron, de son pied jouant avec adresse, 
Eblouit son rival par sa grande souplesse. 

En vain de ses deux bras il éloigne de lui 
Ce pied provocateur qui toujours le poursuit ; 

Il se découvre enfin, en laissant un passage 
Au coup qui le soufflète au milieu du visage. 

« Bravos pour le Français! » retentit aussitôt 
Des camps si différents dans tout Valentino. 
L’impassible Dickson veut venger sa défaite ; 

Il charge avec transport, toujours le pied l’arrête. 
Soit au flanc, soit au front, ce pied rapide et fort 
Du poing bien exercé paralyse l’effort. 



LA. BOXE FRANÇAISE 



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Un choc dans l’estomac fait craindrepour sa chute. 
Jamais riches et lords présents à cette lutte 
N’avaient pris intérêt aux droits de leurs pays. 
Gomme ils s’intéressaient à de simples paris. 
L/Anglais s’épuise en vain devant son adversaire 
Qui, toujours souriant, domine sa colère, 

Et finit le combat par le plus brillant coup 
Qu’il frappe adroitement derrière le cou. 

Dickson chancelle alors en renversant sa tète ; 
Vigneron généreux, dans sa chute l’arrête. 

Le public satisfait proclame le vainqueur, 

Le maître sans rivaux par l’adresse et le cœur. 
Depuis, l’Anglais vaincu voulait une vengeance ; 

Il choisit pour boxer Rambaud, la Résistance, 

Qui se sentant battu malgré tous ses efforts, 

Contre les droits prescrits veut lutter corps à corps, 
Seul moyen d’esquiver les poings de l’adversaire, 
Dont le bras se demet en mesurant la terre. 

Les spectateurs surpris, ignorant ce malheur, 
Saluent de leurs bravos la chute du boxeur. 
Vigneron aussitôt s’élance dans la lice, 

Provoquant le vainqueur contre toute justice. 

Il veut venger Dickson ! ! Rambaud, par son refus, 
Semble avouer à tous qu’il se tient pour vaincu. 
Depuis ce jour, Paris admire un champion. 

La Résistance aussi le voit dans Vigneron. 

S’il voulait protester, qu’il tente l’aventure. 

Le public au plus digne offrira la ceinture. 



Comme on peut le voir dans les huitderniers vers ci-dessus, il 
y eut une deuxième rencontre entre Dickson et la Résistance ; elle 
se termina par un coup de lutte que ce dernier porta à Dickson, 
et lui cassa l’épaule. On lui reprocha cet acte de brutalité, étant 
donné qu’il était un peu coutumier du fait ; nous l’avons vu par- 
fois agir brutalement, et bien peu généreusement avec des ama- 
teurs peu expérimentés. 



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LA BOXE FRANÇAISE 



Nous avons vu tirer Vigneron à la salle Montesquieu, à la salle 
Barthélemy, à la Redoute, ainsi qu’au Waux-Hall, avec tous les 
tireurs de cette époque ; il avait toujours la supériorité sur tous 
les professeurs, prévôts ou amateurs. Blas, l’Espagnol, dit « sans 
pitié », qui était plutôt lutteur que boxeur, était fort brutal ; son 
emportement et sa violence faisaient que beaucoup de tireurs 
refusaient de tirer aveclui ; Currel,un petit méridional, très leste 
mais tireur ordinaire ; Gabriel de Nîmes, qui fut tué à la bataille 
d’Inkermann, était maître au 6 e régiment de ligne, un fort et 
adroit tireur qui fit subir un échec à Hubert Lecour. Dans un 
assaut à la salle Montesquieu, il tira avec Vigneron qui lui infligea 
une défaite complète. Rambaud dit « la Résistance » était, par sa 
force, le seul tireur susceptible de tenir tête à Vigneron. 

Nous avons souvent entendu dire que Vigneron avait été à Lon- 
dres pour boxer, ou bien qu’il n’avait pas voulu boxer avec les 
Anglais ; dernièrement encore quelqu’un nous affirmait l’avoir vu 
boxer à Londres et être battu, à une époque où Vigneron était à 
Paris ; il n'y a rien de vrai dans tout ceci. 

C'était en 1855, pendant l’exposition du Palais de Cristal, à 
Londres. Leboucher, qui a toujours été remuant, était parti pour 
Londres, avec l’intention d’y organiser des assauts. Il avait en 
effet demandé à Vigneron de venir de suite l’y rejoindre, mais ce 
dernier, qui connaissait bien son homme, pour être par trop inté- 
ressé, partit avec son matériel et se mit lui-même en relation avec 
un directeur de salle. Ils ne s’entendirent pas, et il revint à Paris, 
sans avoir rien fait à Londres. On aurait prétendu que Leboucher, 
qui flairait une bonne affaire, en faisant boxer Vigneron avec les 
Anglais, le lui aurait demandé et que* celui-ci aurait refusé. Ce 
point, nous n’avons pu l’éclaircir, mais en tous cas, si Vigneron 
avait refusé, dans les conditions où il se trouvait, il aurait eu 
parfaitement raison et aurait, en cette circonstance, fait preuve 
d’une grande clairvoyance. Voici pourquoi : 1° on lui aurait mis 
en face de lui un boxeur de sa taille et de son poids, mieux exercé 
que lui à la boxe anglaise et entraîné pour le combat. 2° Il n’au- 
rait peut-être pas trouvé de boxeurs anglais qui eussent accepté 
qu’il se servît de ses jambes. A notre point de vue, il eût fallu que, 
dans les deux cas, Vigneron fût entraîné d’une manière spéciale, 



LA BOXE FRANÇAISE 97 

comme le sont les Anglais pour le combat. A notre sens, il aurait 
eu raison de refuser dans les conditions où il était. 

Il a donc été à Londres, sans boxer, ni refuser de boxer. 

D’ailleurs Vigneron ne se méprenait pas sur sa valeur en boxe 
anglaise. Il nous racontait qu’un jour, Guningbam, boxeur 
anglais, de quelque célébrité, avec qui il était en grande intimité, 
lui avait dit : « Vigneron, votre travail de boxe anglaisé est peu 
sérieux, si je boxais avec vous, je voudrais vous faire asseoir sur 
vos banquettes, dans les quatre coins de votre salle, et cela dans 
l’ordre que je vous indiquerais à l'avance pour chacun des quatre 
coups. » — « Je voudrais bien voir cela, lui dit Vigneron. » — 
L’assaut eu lieu aussitôt, et Vigneron alla s’asseoir quatre fois aux 
endroits désignés par son ami Cuningham. 

De cet assaut très intime, il en avait laissé ignorer les détails 
à presque tous les membres de sa salle. Il nous l’avait raconté 
pour nous confirmer dans notre opinion sur la sévérité du jeu 
anglais, et la fantaisie de presque tous les coups applaudis par le 
public. 

C’est vers 1856 que Vigneron se maria, et ouvrit sa salle de la 
cité du Waux-IIall. Avant d’en donner la description, nous allons 
conter une petite histoire survenue par suite de cette ouverture. 

Lorsque Vigneron voulut ouvrir sa salle, il eut une affaire avec 
M. Mirabeau, la terreur de Bel levi lie et du canal Saint-Martin, 
dont on lui avait conseillé de se concilier la bonne volonté, sans 
laquelle il lui aurait été impossible de tenir fructueusement et 
sans danger une salle dans le quartier. Une entrevue ménagée 
entre eux se termina par une rixe sans témoins, sur le bord désert 
du canal. 

Voici comment: Vigneron invita M. Mirabeau à dîner, lui témoi- 
gnant ainsi de sa condescendance ; il lui proposa d’abord l’apéritif 
et, pour cela, l’emmena dans un endroit écarté et lui dit : « Mira- 
beau, c’est ici que nous allons trinquer ensemble », puis il se mit 
en garde. L’autre fort surpris, mais confiant dans sa grande force, 
dit: « c’est comme ça, eh bien! à nous deux. » La bataille com- 
mença; Mirabeau levait les jambes très haut, Vigneron en profita 
et maltraita tant son adversaire, que celui-ci l’assura dès lors de 
son bon vouloir, mais ils ne se fréquentèrent jamais. 



98 



LA BOXE FRANÇAISE 



Lorsque Mirabeau vint au milieu de ses camarades, les yeux 
pochés, la figure déformée, ceux-ci lui demandèrent qui l’avait 
arrangé ainsi, lui affirmant que, pour le venger, ils allaient faire 
l’affaire à l’autre. — « C’est Vigneron, dit-il ! il est mon maître 
et je vous défends à tous de toucher à un cheveu de sa tête: res- 
pectez-le comme moi-même, sinon gare à vous. » — Ils se le tin- 
rent pour dit, et Vigneron ne fut jamais inquiété par eux. 

Les ressources avouables de M. Mirabeau provenaient de la 
subvention que lui faisaient quelques jeunes filles qu’il couvrait 
de sa protection, mais comme il avait de grands besoins d’argent, 
que le canal n’était pas couvert à cette époque, il pratiquait fré- 
quemment le coup du frère François, et en pêchant à la ligne, il 
cherchait le macchabée pour lequel une prime lui était payée. Un 
jour il fut pris; il était en train de pêcher tranquillement comme 

de coutume, lorsque M. M commissaire de police du quartier, 

vint à passer par hasard . «Eh bien, Mirabeau, ça mord-il? — Non, 
monsieur le commissaire, ça ne mord pas. » — Mais où sont donc 
vos asticots? avec quoi pêchez-vous donc? Et en même temps, il 
prenait des mains de Mirabeau sa ligne après laquelle il n’y avait 
que, pour la forme, un bout de fil, sans hameçon, ni asticot. 
« Venez avec moi, dit le commissaire, ça va mordre, » et en même 
temps il fit signe à quatre agents de la sûreté (qui se trouvaient 
là comme par hasard) ; ceux-ci arrêtèrent M. Mirabeau. Arrivé au 
commissariat, on ouvrit une porte, un monsieur parut et dit : 
« c’est lui », en désignant Mirabeau. « Eh bien, ça mord-il? » lui 
dit le commissaire. — Je suis pris, dit Mirabeau. » Le Monsieur 
qui venait de paraître avait été à moitié assommé et jeté au canal, 
la veille au soir, mais très vigoureux, et fort nageur, il avait tra- 
versé le canal entre deux eaux et avait attendu, avant d’en sortir, 
que ses noyeurs fussent partis, pour aller chez le commissaire 
faire sa déposition. C’est le monsieur que Mirabeau cherchait, en 
pêchant sans hameçon ni asticot. 

Mirabeau fut condamné au bagne et y mourut. 

La salle Vigneron était située, cité de Waux-Hall, n° 6. Cette 
cité se fermait la nuit par une grille de fer ; un côté donnait rue du 
Marais, l’autre rue du Château-d’Eau ; plus tard elle fut raccour- 
cie par la percée du boulevard Magenta, de sorte que l’établissement 



LA BOXE FRANÇAISE 



99 



Vigneron se trouvait à l’entrée de la cité près dudit boulevard. La 
salle se trouvait au rez-de-chaussée, une entrée particulière yétait 
ménagée pour y pénétrer. On entrait généralement par le café ; 
c’était quelquefois une raison de se rafraîchir avant d’avoir 
chaud, et aussi pour faire voir aux passants qu’on allait prendre 
ses leçons, cela posait. A la porte, des tableaux représentaient 
des boxeurs et des hommes forts. En entrant, le comptoir était 
à gauche ; à droite quelques tables et un billard, qui disparut 
plus tard. Devant soi, la petite salle; pas grande, en effet! 
6 mètres 40 centimètres de longueur, 3 mètres 87 centimètres 
de largeur et 3 mètres 13 centimètres de hauteur. Ce qui n’em- 
pêchait pas que les jours d’assauts intimes, cent personnes y 
trouvaient place. Comment?... Des banquettes simples, en bois, 
peu larges tenaient lieu de sièges ; les élèves y plaçaient en des- 
sous leurs petites boites marquées d’initiales et contenant leurs 
vêtements de travail. Quelques paires de fleurets, sabres, cannes, 
gants de boxe et de canne, garnissaient les murs, ainsi que trois 
énormes bras moulés en plâtre, ceux de Vigneron, Wolf et Louis 
le mécanicien. Ces bras sont aujourd’hui dans la salle Charlemont. 

Deux anneaux, un trapèze et une barre fixe avec ses deux mon- 
tants, qu’on hissait au plafond, au moyen d’une petite poulie. 
C’était amusant d’y voir Vigneron exécuter des. échappements de 
jarrets, étant donné son grand corps et le peu de hauteur du pla- 
fond. Un coussin fixé au mur servait aux élèves à s’exercer les 
bras et lesjambes. 11 y avait aussi un tableau dont nous donnons 
ci-dessous le texte. 

«Les Anglais et lès Français, chacun de leur côté, prétendent 
à la supériorité de leur système ; M. Louis Vigneron, confiant dans 
la boxe française, porte un défi à tout boxeur anglais qui voudrait 
tenter l’expérience ; il se tient constamment à leur disposition. 
Signé : Louis Vigneron. » Du fond de la salle à gauche on passait 
dans un petit endroit occupé par une grande table ronde, sur 
laquelle les élèves se faisaient servir des rafraîchissements. Les 
douches, peu appréciées à cette époque, manquaient à la salle. 
Tout à côté, une petite salle vitrée et sablée dans laquelle on fai- 
sait des exercices de force, à l’aide d’haltères et de poids de toutes 
sortes. 11 y avait aussi une magnifique barre fixe en acier, prove- 






100 LA BOXE FRANÇAISE 

nant de lord Seymour (dit milord l’Arsouille) et la pièce de canon 
posée sur deux tréteaux. 

Le logement du maître se trouvait au-dessus. C'est M. Frédéric 
Lahaye, ancien élève et ami de Vigneron, qui occupe actuellement, 
pour son commerce de peaux, l’ancienne salle de son professeur. 

Nous avons dit que le dessous des banquettes était garni par les 
boîtes contenant les vêtements de travail des élèves, et marquées 
de leurs noms en entier, ou seulement de leurs initiales, ce qui 
donnait lieu à d’aimables plaisanteries. On complétait les initiales 
par d’autres lettres qui formaient des rébus, des jeux de mots de 
circonstance. Personne ne s'en fâchait; au contraire. Si on tra- 
vaillait sérieusement, à la salle, on s’y amusait également, et 
cela dans les termes de la plus franche camaraderie. 

En 1858, Vigneron débuta à l’Hippodrome, place et avenue 
d’Eylau, actuellement avenue Victor-Hugo, près l’arc de triomphe 
de l’Étoile. 

Comme hercule,' 11 était aussi remarquable que comme boxeur; 
cependant au commencement de sa carrière, il levait si mal une 
haltère de 44 kilogs, que, pour empêcher la poignée de lui glisser 
dans la main, il la rayait au préalableà l’aide d’un burin. Par un 
constant exercice, il était parvenu à développer sa force d’une 
manière exceptionnelle. C’est à celte époque que nous l’avons 
connu ; il était dans toute la plénitude de sa force et de son agilité. 
Il était grand de taille: l in 80 environ, bien fait, pesant 98 kilogs, 
un peu voûté et gaucher ; il avait le côté gauche sensiblement 
plus fort que le côté droit, ce qui ne l’empêchait pas, ufie fois en 
garde, d’avoir une splendide attitude; affable, d’une physionomie 
agréable et sympathique. Il levait de son bras gauche, à la volée, 
trois poids de 20 kilogs pesant exactement 120 livres, ce qui cons- 
titue un véritable tour de force, et demande une force musculaire 
d’ensemble très rare. 

Quant aux exercices de bras tendus avec des poids de 20 kilogs 
entourés de 13 kilogs de plomb, il ne les réussissait qu’en trichant 
un peu, c’est-à-dire en engageant les poids sur les poignets; en 
réalité il ne faisait bien à bras tendus que des poids de 25 kilogs, 
ce qui d’ailleurs est fort difficile. Il levait aussi en deux temps un 
haltère de 81 kilogs au-dessus de sa tète. 11 portait sur son épaule 



LA BOXE FRANÇAISE 101 

une pièce de305kilogs avec laquelle il marchait, et la faisait par- 
tir étant toujours sur son épaule. 

C’est avec cette série d’exercices extraordinaires qu’il fut engagé 
à l’Hippodrome et qu’il fit ses débuts. Il eut un brillant succès. 
Il était magnifique avec cette pièce de canon sur son épaule; il 
paraissait si bien à son aise, qu’on aurait dit que la pièce et lui 
ne faisaient qu’un. Malheureusement l’objet de son triomphe fut 
plus tard celui de son malheur. Ici se place un incident. A une 
représentation de l’Hippodrome, au moment où il tira son canon, 
sur son épaule, un spectateur, négociant en grains à Avignon, 
tomba en bas de l’estrade où il était placé et se démit l’épaule ; 
il attribuait cet accident à la bourre du canon, qui d’après lui 
l’aurait frappé à l’épaule. D’autres prétendaient au contraire qu’il 
n’avait pas été touché, que la peur l’avait fait tomber à terre, où 
il se blessa. Des expériences eurent lieu et démontrèrent que la 
bourre ne pouvait pas porter à cette distance. Il en résulta un 
long procès que Vigneron perdit ; il fut condamné à 10.000 fr. On 
Rendit son matériel et tout ce qu’il possédait ; son père racheta le 
tout et le lui rendit. 

De 1858 à 1859, Vigneron fit une tournée en province, en com- 
pagnie et sous la direction de l’inimitable impressario : Rossignol- 
Rollin, sa pièce de canon l’accompagnait partout; il lui dut de 
nombreux succès galants. En son absence, son prévôt Lucet diri- 
geait la salle. 



VIGNERON A LYON 

On lit dans la Gazette Lyonnaise : 

Les luttes qui ont lieu à l’Alcazar, sous la direction de M. Ros- 
signol Rollin, continuent d’attirer les amateurs de ce genre de 
spectacles qui sont nombreux à Lyon, et les athlètes font de leur 
mieux pour exciter l’enthousiasme et obtenir les bravos du public. 
Mais cette année M. Rossignol Rollin a voulu rendre son spectacle 
plus attrayant, et il a eu la bonne fortune d’engager M. Vigneron 
connu sous le nom de l’Homme Canon. M. Vigneron ne s’ex- 



102 



LA BOXE FRANÇAISE 



plique pas : C’est la force physique portée à un degré encore 
inconnu. On peut dire de lui avec vérité: il faut le voir pour le 
croire. L’Etoile des Hercules du Nord et des autres points cardi- 
naux a pâli ; leurs bras de fer sont surpassés par les muscles d'acier 
de M. Vigneron ; jamais en effet on n’avait traité les kilogs les plus 
lourds avec tant de légèreté et de laisser aller ; jamais on n'avait 
songé à jongler avec des boulets d’un pareil calibre, joints à d’autres 
exercices tout aussi extraordinaires ; enfin le spectacle se termine 
par une pièce qui a fait beaucoup de bruit, une pièce de canon à 
laquelle M. Vigneron sert d’affût, pendant que le coup part, sans 
éprouver la moindre commotion. Demain M. Vigneron, par suite 
d’un pari, doit ajouter à ses exercioes un tour de force que per- 
sonne n’a exécuté avant lui ; il a parié de marcher en portant sur 
sa main, le bras tendu perpendiculairement, un sac de farine du 
poids de 125 kilogrammes. Voici de quelle façon M. Rossignol 
Rollin a annoncé ce nouvel exercice, au risque de se faire échar- 
per pour ses affreux jeux de mots. 

Après le son du canon viendra le tour de la farine, et M. Vigne- 
ron s’en tirera sans être moulu. On peut prédire que le caissier 
aura le sac. Nous ne savons si le caissier a eu le sac, ce que nous 
savons c’est que Vigneron a enlevé le sien, aux chaleureux applau- 
dissements des spectateurs : il avait gagné son pari. 

Quelques jours après, Vigneron était à Toulon. Le directeur de 
l'administration des bagnes de cette ville vint le voir et l’invita à 
venir chez lui, l’informant qu’il avait un fils âgé de 25 ans telle- 
ment fort au chausson (sic) qu’il n’avait jamais trouvé de tireur 
capable de le battre et qu’il ne croyait pas qu’il pût y en avoir, 
que son fils mettait toujours un enjeu de 1000 francs contre qui 
voudrait accepter. Sur le moment, Vigneron fut assez surpris de 
la proposition ; après avoir réfléchi que 1000 fr. étaient une 
somme onéreuse pour le perdant, mais aussi une aubaine pour le 
gagnant, il accepta le pari, à condition toutefois que, s'il perdait, 
il ne prendrait pas de revanche (naturellement), laissant à son par- 
tenaire la même liberté de se retirer s’il perdait. Le rendez-vous 
fut pris pour le lendemain matin. Vigneron fut présenté au jeune 
homme ; la réception fut très courtoise et des plus sympathiques. 



LA BOXE FRANÇAISE 



103 



Rossignol Rollin fut un des témoins en compagnie de plusieurs 
officiers de marine; une dizaine de personnes invitées étaient pré- 
sentes. Les conditions présentées et acceptées de part et d'autre, 
l’assaut commença. Vigneron fort émotionné, non pas qu’il n’eût 
pas confiance, mais la somme élevée qu’il espérait posséder en 
était cause. Vigneron gagna : les témoins étant tous d'accord, on 
lui remit de suite les 1000 fr. A la demande de son adversaire il 
lui accorda autant de revanches que celui-ci le voulut, de sorte 
qu'ils firent dix assauts que Vigneron gagna.. La journée se ter- 
mina par un magnifique souper offert à toute la société, puis 
Vigneron emporta ses dix mille francs, les éloges et les sympa- 
thies de son adversaire ainsi que des personnes présentes. ( Récit 
d'un officier de marine .) . 

Vigneron revint à Paris ; à partir de ce moment, il donna de 
nombreux assauts à la salle du Waux-Hall (Bal Pilodo), rue de la 
Douane. 11 donnait aussi des petits assauts dans les environs de 
Paris : Saint-Germain, Ghatou, Asnières et autres localités. 11 
rayonnait dans toute sa gloire. 

Son jeu de combat se composait des coups de pied bas, des 
coups d’arrêt, de la 18 e (que nous nommons chassé-croisé) et des 
coups de poing. Il n’enseignait le coup de pied haut et le dégagé 
(coup de pied tournant) que pour assouplir ses élèves et leur per- 
mettre de briiler dans les assauts contre des adversaires moins 
forts. Il s’est toujours refusé à admettre les coups de bas ventre 
prisés par la population interlope des bords du canal Saint-Martin. 
Il attachait une grande importance aux coups de poing qui, disait- 
il, peuvent se placer dans un théâtre, dans un salon, lieux où l’es- 
pace trop restreint ne permet pas de porter des coups de pied ; ces 
derniers se remplaçaient par ce qu’il appelait la grêle (série de 
coups de poing de figure, de poitrine, de revers, au flanc et sous 
l’oreille). 

On a souvent fait à Vigneron le reproche d’avoir comme clien- 
tèle des gens mal cotés. En effet. Vigneron, à ses débuts comme 
professeur, avait conservé des relations avec une certaine quantité 
d’athlètes et de lutteurs dont la pluparl laissaient fort à désirer 
sous le rapport de la tenue, mais il faut dire aussi qu’il cherchait 

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LA BOXE FRANÇAISE 



le plus possible à évincer cette clientèle. Il nous souvient que la 
présence de certains individus donnait souvent lieu à une scène 
qui, quand on en était témoin pour la premièrefois, paraissait in- 
quiétante pour la sécurité du maître de la maison. Voici ce que 
c'était: d’aimables vauriens, souteneurs pour la plupart, mais 
tous très solides, qui se tenaient dans le petit café précédant la salle 
de boxe, demandaient à y pénétrer pour s’y amuser un peu. 
Vigneron, très poli, leur répondait invariablement : « Messieurs, 
cela m’est impossible de vous laisser entrer, vous devez le com- 
prendre. Les personnes qui sont là sont des gens bien, qui ne 
veulent pas être mêlés, à la fripouille. » Les souteneurs avalaient 
ce compliment sans la moindre protestation. En un mot, il tenait 
à la tenue de sa salle et à la moralité de ses élèves ; il ne recevait 
pas tout le monde. 

Les assauts qui se donnaient à cette époque n’avaient pas le 
caractère de la spécialité ; presque tous les exercices de défense et 
autres y étaient représentés : épée, sabre, canne, bâton, boxe 
française et anglaise, lutte, force, gymnastique, équilibres, fléau, 
bilboquet. Vigneron était très adroit dans la plupart de tous ces 
exercices. Leboucher avait même introduit, dans plusieurs de ses 
assauts, la défense du fantassin armé du fusil, baïonnette au ca- 
non, contre le cavalier monté sur son vrai cheval et armé du sabre 
de cavalerie. 

C’est en raison de la diversité des exercices qui figuraient dans 
les assauts, que nous sommes obligés de citer quelques noms, 
qui sont en dehors de la boxe. Nous citerons au hasard, parmi 
les noms des élèves de Vigneron, ceux dont les noms nous re- 
viennent à la mémoire. 

MM. le baron Emile Erlanger, banquier, qui, en dehors de ses 
leçons, faisait une petite renie viagère de 60 fr. par mois à son 
professeur. En raison de la confiance qu’il avait en lui, il lui re- 
mettait souvent des sommes assez importantes (4.000 fr.) pour 
distribuer aux pauvres. Michel Chevalier, sénateur, professeur 
d’économie politique, et son frère, Auguste Chevalier, député ; le 
fils du duc de Persigny, ministre de Napoléon Ilf ; le fils Pineau, 
chapelier de l’Empereur Napoléon III ; le colonel Hubert de la 
Hayrie, mort dernièrement général de division en retraite; Henri 



LA BOXE FRANÇAISE 



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de Pêne, rédacteur en chef du P avis- Journal ; Charles Dindeau, 
artiste peintre, ex-préfet, actuellement député de l’Ardèche, au- 
teur du tableau représentant Vigneron, le torse nu. Ce tableau 
se trouve à la salle Charlemont. De Maupas ; le commandant Ri- 
gaud, du 20 e bataillon de chasseurs à pied ; les frères Alfred et 
Jules Bernheim, manufacturiers ; Gendrop, marchand boucher, 
amputé d’une jambe à la suite d’une piqûre de mouche charbon- 
neuse et son ami Rigaud ; Ludovic, Richer de Forges, Georges 
Barré, comptable; Auguste Combe, dit Mulhan, employé de 
commerce; Frédéric Lahaye, négociant en cuirs; Picart, comp- 
table ; Alfred Roll, l’artiste peintre bien connu, auteur de la 
« Grève des mineurs » et de « la Fête du 14 juillet. » 

Parmi les élèves qui prenaient part aux assauts publics et in- 
times, nous nous souvenons de quelques-uns qui tiraient très 
bien : Emile Lamand, taille moyenne, trapu et solide, était très 
dur, il répétait souvent la théorie de la boxe ou de la canne, 
avec Vigneron. Son frère, Eugène Lamand, était plus petit mais 
très gracieux ; Eugène Bastien, taille moyenne, un beau tireur, 
souple, très correct, a été nommé 1 er maître en arrivant au 11 e 
régiment de ligne. Emile Rive, un tireur peu commode tirant 
fort bien, mais rageur comme son camarade Augustin Grégoire ; 
Jules Dufour, un des bons élèves de la salle, grand et beau gar- 
çon, très fier du reste de montrer les doubles muscles de ses bras, 
et son biceps étonnant. Très fort sur les haltères èt la barre fixe, 
personne ne faisait mieux que lui les rétablissements en avant et 
la traction d’un bras. 11 s’est fait aéronaute, et a eu, sous le pseu- 
donyme de Duruof,des aventures célèbres. C’est lui qui, en com- 
pagnie de sa femme* a été sauvé par des marins, en pleine mer 
du Nord, où son ballon, après des péripéties sans nombre, était 
allé tomber. Rs furent sauvés par le capitaine en premier Baskan 
et son second Oxlex. Auguste Gaulet, fondeur en cuivre, et son 
ami Léon Guyénot, deux bons et sérieux tireurs ; Joanny Deli- 
que, industriel, tireur élégant, fin et doux; Plet. qui mourut 
d’un coup de pointe de sabre reçu dans un assaut ; Ferdinand 
Jean, chimiste distingué, excellent tireur de grande vitesse; 
Edouard, employé de commerce, beau tireur, belle tenue; Vavas- 
seur, dit « Trompette »; Alexandre Dudouie, comptable, tirant 



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LA BOXE FRANÇAISE 



très bien, et faisant souvent, dans lesassauts, l’exercice du fléau ; 
Alfred Bernheim, tireur sérieux et vif, fut très heureux un jour 
de savoir la boxe pour battre un lutteur bien connu pour sa force 
et son adresse, et marchand de contre- marques aux Délasse- 
ments ; Tessier, ouvrier passementier, un des bons tireurs de la 
salle Montesquieu, froid et très dangereux ; Guérineau, camion- 
neur aux chemins de fer, avait été le professeur de Vigneron, 
grand, sec, voûté, très fendu ; il manquait de grâce dans son jeu, 
mais il était dangereux par sa manière de lancer des coups de 
pied droits, qu’il dirigeait au creux de l’estomac, avec une vi- 
tesse extraordinaire ; de caractère assez vif, il était redouté dans 
le quartier de la Çourtille, où plusieurs fois il avait mis des hom- 
mes hors de combat d’un seul coup de pied. Guérineau n’était 
pas un professeur savant ; Gustave Refauvelet, bijoutier, un des 
meilleurs élèves de la salle ; Théophile Darche, dit Toto, qui 
avait eu autrefois une salle, rue du Harlay, au Marais ; Tenon, 
tambour de la garde nationale; Pécoul, Bareiros, qui faisait tou- 
jours des entrechats en tirant le sabre et la canne ; Chapelle, un 
fort tireur à la canne, aussi laid qu’il tirait bien, ce qui prouve 
qu'il ne faut pas se fier aux apparences. Parmi les amateurs de 
la salle Vigneron, il y avait une pléiade d’hercules de première 
force, dont les exploits suffiraient à remplir un fort volume; nous 
en citerons quelques-uns : 

Bruneau, dit Bonneau, encore vivant, était tueur aux abattoirs 
et inventeur du masque employé dans les tueries municipales ; il 
dut à son invention du masque une grande fortune. Ce grand 
amateur d’exercices était un très beau garçon, bien taillé, qui, 
durant douze ou quinze ans, représenta le dieu Mars dans le cor- 
tège du bœuf gras. Doué d’une force herculéenne, il jouait agréa- 
blement du piano et chantait des romances sentimentales. Un 
autre chanteur à la voix fluette, Auguste Massin, dit le Roi des 
bras tendus, chantait des airs de Pierre Dupont avec un poids de 
25 kgs dans chacune de ses mains, ses bras horizontalement 
tendus; Louis le teinturier, un honnête ouvrier dont nous ne 
nous souvenons pas du nom de famille, égalait presque Massin, 
mais nechantait pas ; Anatole Leperdriel, dit Vigneron fils ; Char- 



LA BOXE FRANÇAISE 



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les de Paris, dit le Cocher, Lioult de son nom de famille; Darcier, 
le chanteur bien connu, fort comme un athlète, qui écrivait son 
nom sur la muraille avec un poids de 20 kilos ; David Davant ; 
Louis, le mécanicien, l’homme aux essieux de voitures, le plus 
fort entre tous, mais aussi le plus paresseux ; Gerbault Cœurde- 
roi ; Chabot, l’homme à la pierre ; Jules Lefebvre, qui tient le 
gymnase de la Madeleine, cité du Retiro ; Louis de Lyon, bien 
connu à Paris; Paul Flamion, l’homme au tonneau; il était ca- 
pable de manger sa contenance. Charles Letouzé, du plateau des 
buttes Chaumont; Alexandre, dit Alexandrini, l’homme au bil- 
boquet, un bel homme fort et adroit ; il devint un équilibriste 
hors ligne, fit fortune en voyageant. Il eut la malencontreuse 
idée d’abandonner ses exercices d’équilibre, pour inventer le truc 
de l’obusier, qui consistait à recevoir dans les deux mains un 
obus pesant six livres environ. Alexandrini eut une fin malheu- 
reuse. Faisant partie d’un grand cirque de passage à Manches- 
ter, il avait pris place, avec son obusier et un caisson contenant 
la poudre, dans une cavalcade, se promenant à travers les rues. 
Une étincelle de cigare tomba dans ce caisson et Alexandrini fut 
à son tour changé en obus. Il mourut sur le coup. Comme son 
professeur Louis Vigneron, il est mort au champ d’honneur. 

Mansuy, gymnasiarque ; Couture, l’homme serpent du Cirque 
d’hiver; Ernest Merret, équilibriste amateur, très distingué, fai- 
sant ses exercices de bilboquet sur des échasses. 

Un grand nombre de tireurs de l’armée prenaient part aux 
assauts; parmi les meilleurs: Papy et Renaud, des zouaves de la 
garde; Gilbert et Maurice, des chasseurs à pied de la garde; Par- 
gon, du 1 er grenadiers; Barrère et Gairaud, du 1 er voltigeurs de la 
garde; Roessel, Laurent et Meffray, du 2 e voltigeurs; Arnaud et 
Giraud, du 3 e voltigeurs; Pellé, Augé, Ponsolle, Gastet Gouteron, 
du 4 e voltigeurs de la garde; Chauderlot, Duchêne, Mouret, Gé- 
rard et Bazin, des chasseurs à pied; Derotte, caporal clairon; 
Etienne, Fournier. Des différents régiments de ligne : Cauvain, 
Galgan, caporal, Bouillet, Cornu, Choffin, Hivard, Lacour, Morin, 
Chauvelot, Faucon, Pellemer, Comte, Roux, Doryal, Bugnot, 
Liébin, Cabat, Lepetit, Goalirat, Lansoeigne, Vachet, Noël, Dau- 
tiez, François, Bosqui, sapeur au 78 e de ligne et Verdier, du 14 e 



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LA BOXE FRANÇAISE 



de ligne (Le maître d’armes de ce dernier régiment se nom- 
mait : Fleuret, nom prédestiné). D’autres dont les noms nous 
échappent. 

De 1860 à 1870, il y eut une belle période, les exercices ne chô- 
maient pas. En dehors des grands assauts que Vigneron donnait 
à Paris, il en organisait aussi à la campagne, l’été. Le dimanche 
ce n’était pas le moindre attrait; nous nous souvenons de plusieurs 
belles réunions auxquelles nous avons pris part, à Chatou, As- 
nières, Saint-Germain, etc. On partait le matin de bonne heure, 
dans un immense char-à-bancs dont le milieu était garni d’une 
grande planche dans toute la longueur de la voiture; une deuxième 
planche, qui superposait lapremière, était percée de grandes ouver- 
tures, servant àyplacerles bouteilles et les verres quine pouvaient 
ainsi se renverser. On cassait la croûte en route et on se rafraî- 
chissait car il faisait chaud, c’était au printemps. C’était aussi 
le nôtre; c’est avec plaisir que nous nous rappelons ces heureux 
moments; il faisait bon vivre, on était jeunes, gais et dispos, et la 
belle pièce de canon nous accompagnait toujours. 

Une de ces belles journées, c’était à Saint-Germain. L’assaut 
devait avoir lieu à 3 heures après-midi, dans le manège des cui- 
rassiers de la garde impériale, misgraeieusement par le colonel de 
ce régiment à la disposition de Vigneron. Pendant qu’on déjeune 
dans la forêt, on fait promener en ville la pièce de canon et les en- 
gins que Vigneron devait enlevef. A deux heures et demie, on an- 
nonce l’ouverture des bureaux par trois coups de canon, comme 
l’indiquait le programme. La toiture du manège n’était qu’un 
grand vitrage composé de petits carreaux qui donnaient le jour à 
l’intérieur. Lorsque Vigneron fit partir sa pièce de canon sur son 
épaule, comme de coutume, il ne resta presque pas de carreaux 
en entier; heureusement il y avait tout autour de la toiture une 
partie couverte en bois, et comme les specta'eurs s’étaient retirés 
en arrière pendant qu’on tirait le canon, ils furent garantis et per- 
sonne ne fut atteint par les éclats; Vigneron qui pourtant se trou- 
vait au milieu ne fut pas atteint; il fit même le tour de la piste, son 
canon sur l’épaule, resta un moment sur une jambe et jeta son 
canon à terre. A ce moment il était comme atterré de voir tant de 
débris de verre couvrant le sol. Le colonel des cuirassiers, présent 



LA BOXE FRANÇAISE 109 

à l'assaut, le consola en lui disant qu’il prenait à sa charge les 
carreaux cassés. 

On dîna bien et de bon appétit, on fit de belles promenades et 
on revint à Paris le soir, toujours dans la grande voiture, satisfait 
d’avoir passé une excellente journée où l’hygiène avait bien eu sa 
part. Quelques-uns de la société restèrent à Saint-Germain, c’était 
la fête des Loges. Heureux temps! qu’êtes-vous devenus et com- 
bien en reste-t-il de ceux qui étaient de la fête avec nous? 

Le nombre des assauts donnés par Louis Vigneron est telle- 
ment grand, qiie nous ne possédons qu’une faible partie des pro- 
grammes de ses différents assauts. Nous ne voulons pas les repro- 
duire en entier, mais nous rappellerons, pour mémoire, les exercices 
exéculés par Vigneron dans chacun de ces assauts. 

Dimanche, 21 juin 1863, Salon des Folies de Belîeville. 

Dans cette séance, Vigneron fait répéter sa théorie de canne; il 
fait ensuite un assaut de boxe française, exécute une série d’exer- 
cices de force et termine par le double coup de canon tiré sur son 
épaule (poids de la pièce, 305 kilogs), et l’enlèvement de ladite 
pièce, montée sur son affût, (poids, 1122 kilogs). 

Mardi, 8 mars 1864, Salle du Waux-Hall. 

Vigneron fait répéter sa théorie de canne par Valentin, son 
élève, âgé de 13 ans, et sa théorie de boxe française, par Eugène, 
également son élève. Ensuite il exécute une série d’exercices de 
force de la plus haute difficulté, dont : la promenade autour de 
l’enceinte, avec la pièce de canon sur l’épaule et le double coup 
de canon tiré également sur l’épaule. Enfin il termine en enlevant 
sur le dos, cette pièce montée sur affût; poids total, 1122 kilogs, 
y compris l’homme chargé de faire feu. M. Vigneron maintiendra 
ce fardeau à 40 centimètres du sol, pendant 20 secondes, sans 
qu’aucun appareil ne se trouve dessous. 

Dimanche 18 septembre 1864, fête de Ménilmontant, dans la 
salle de bal de M. Willis. 

Vigneron exécute un assaut de boxe française et un assaut de 



110 



LA BOX K FRANÇAISE 



canne, puis toutes ses séries de tours de force ; il termine en tirant 
le canon sur son épaule et par l’enlèvement de la pièce montée sur 
son affût. 

Mardi 15 novembre 1864, Salle du Waux-IIall. 

A cette séance, la pièce de canon se repose. Vigneron n’enlève 
ni ne tire le canon. Cette fois il exécute une série de six exercices 
de force, parmi lesquels l’enlèvementd’une demi-pièce de vin, du 
poids de 115 kilogs à bout de bras, développée sans secousse. 

La personne qui exécutera ce tour comme lui aura le droit 
d’emporter la barrique, elle pourra ainsi, au lieu de porter des 
canons, en boire. 

Vigneron fait répéter sa théorie de canne par M. Jules, âgé de 
11 ans; sa théorie de boxe française par M. Eugène, ses élèves, et 
fait un assaut de boxe française. 

Samedi 18 février 1865, grand salon de M. Gelin, chaussée 
Ménilmontant, 4. 

Cette fois encore la pièce de canon est au repos. Vigneron exé- 
cute toutes ses séries de tours de force, fait répéter sa théorie de 
canne par M. Marius, son élève, âgé de 14 ans, fait ensuite deux 
assauts, l’un de canne, l’autre de boxe française, avec M. Eugène 
Bastien, son prévôt. 

Mardi 11 avril 1865, salle du Waux-Hall. 

Vigneron fait deux assauts, un de boxe française et un de canne. 
11 exécute ensuite huit exercices de force, dont la promenade avec 
la pièce sur son épaule et le double coup de canon tiré également 
sur son épaule. 

Lel ei juin 1865, salle Vigneron, cité du Waux-Hall, 6. 

Grande soirée donnée au bénéfice deM Pécoul, professeur à la 
salle. Exercices : pointe, contre-poinle, canne, boxe française, 
exercices de force et de gymnastique. 

Dimanche 16 juillet 1865,placedu Trône, cours de Vincennes, 
Paradis des Roses, ancien Jardin des Délices. 



LA BOXE FRANÇAISE 



111 






Louis Vigneron parait dans deux assauts différents, un de canne 
et un de boxe française, avec M. Eugène Bastien, maître. 

Il continue par les exercices de force, entre autres l'enlèvement 
de la demi-pièce de vin dont nous avons déjà parlé. 

Il tire trois fois la pièce de canon sur l’épaule et se tient dix 
secondes sur une seule jambe. Conditions du défi qui lui a été 
porté par M. John Williams, directeur du cirque de New-York. 



Le dimanche 30 juillet 1865, fête de Pantin, sous la tente du 
bal de M. Voisin. Louis Vigneron fait deux assauts, un de canne 
et un de boxe française, puis des exercices de force. A onze heu- 
res du matin l’ouverture de la fête a lieu par un coup de canon tiré 
sur l’épaule de M. Vigneron. A 3 heures, un second coup de 
canon annonce l’ouverture de l’assaut, et à 5 heures, un double 
coup de canon clôture cette magnifique représentation. 

Le canon est tiré sur l’épaule de M. Vigneron. 



Dimanche 20 août 1865, fête de Vincennes, Hippodrome Olym- 
pique; carré Marigny, près du fort. 

Un coup de canon annonce l’ouverture des bureaux. 

Louis Vigneron exécute ses exercices de force et termine par le 
double coup de canon tiré sur son épaule. 

Dimanche 10 septembre 1865, fête de Ménilmontant, sous la 
tente du bal de M. Willis. Louis Vigneron fait deux assauts, un 
de canne et un de boxe française, il continue par les exercices de 
force et termine par le double coup de canon tiré sur son épaule. 

Toute personne qui enlèvera, séance tenante, la pièce de canon 
debout par la culasse, sera invitée à dîner avec M. Louis Vigneron. 

Dimanche 24 septembre 1865, salon de l’Elysée-Montmartre. 

- Grandassaut extraordinaire, sous la direction deM. Louis Vigne- 
ron, au bénéfice deM. Eugène Bastien, son prévôt, soldat de la 
classe. La séance se termine par des exercices de force et par le 
double coup de canon tiré sur l’épaule de M. Louis Vigneron. 



Mardi 28 novembre 1865, grand salon de M. Perrot, 9, Grande 
Rue de la Chapelle. 



112 



LA BOXE FRANÇAISE 



Assaut d’armes et grande séance de caisse donnée par les tam- 
bours du 9 e bataillon de la garde nationale de la Seine. Louis 
Vigneron prête son concours et exécute des exercices de force. 

Lundi 25 décembre 1865 (fête de Noël), salon des Folies de 
Belleville, au bénéfice de MM. Théophile et Tessier. 

Louis Vigneron fait assaut de boxe française avec Charlemont, 
et un assaut de canne avec Eugène Bastien. 11 termine par les 
exercices de force. 

Dimanche 19 mai 1867, salon des Folies de Belleville. 

L. Vigneron fait un assaut de canne avec E. Bastien, et un 
assaut de boxe française avec Charlemont, le phénix de la boxe 
française. Il continue en exécutant six tours de force extraordi- 
naires, dont le double coup de canon tiré sur l’épaule, puis le 
double coup de canon, la pièce montée sur l’affût (poids 1.122 
kilogs): 

Dimanche 8 décembre 1867, Arène Athlétique, 51, rue Le Pele- 
tier. 

Louis Vigneron fait assaut de boxe française avec Charlemont 
et cède à celui-ci son titre de premier champion de la boxe fran- 
çaise, ensuite il tire le double coup de canon sur son épaule. 

Mardi 17 décembre 1867, Arène Athlétique, 51, rue LePeletier. 

Louis Vigneron fait répéter sa théorie de boxe française, par 
M. Emile, un de ses premiers élèves, puis un assaut de boxe fran- 
çaise et termine par les trois coups de canon tirés sur son épaule. 

Mardi 10 novembre 1868, salle Molière, 159, rue Saint-Martin. 

Grand assaut offertà la typographie parisienne, par MM. Tessier, 
Tenon et Théophile Darche, avec le concours de MM. Louis Vigne- 
ron, Charles Ducros, Vincent de Lyon et Charlemont. 

Louis Vigneron fait un assaut de boxe française ? avec Chauder- 
lot et un assaut de canne avec Tessier. 



LA BOXE FRANÇAISE 



113 



Mardi 4 mai 1869, salle Pilodo et Waux-Hall. 

Dans cet assaut, Vigneron fait répéter sa théorie de boxe fran- 
çaise, il fait ensuite un assaut de canne, et termine par un assaut 
de boxe française. 

Cet assaut avait été donné à l’occasion d’un défi porté par 
Vigneron à tous les professeurs et amateurs de Paris. Ce défi s’a- 
dressait particulièrement à la salle Lecour qui n’y répondit pas. 
C’est la salle Ducros qui releva le gant et fut battue en la personne 
de son représentant M. Malet, le plus fort élève de la salle; Char- 
lemont, qui était le champion, soutenant le défi, fut vainqueur et 
remporta la médaille d’or. 

Mardi 18 mai 1869, salle Pilodo et Waux-Hall. 

Louis Vigneron fait répéter sa théorie de boxe française, et fait 
deux assauts, un de canne et un de boxe française. 

Cbarlemont fils, âgé de 6 ans, exécute une démonstration de la 
canne et de la boxe française. 

M. Chapelle, élève de M. Vigneron, reçoit son brevet de prévôt. 

Mardi 21 septembre 1869, salle Vigneron, 6, cité du Waux-Hall. 

Grand assaut donné à l’occasion du départ de M. Chauderlot. 
Deux médailles, dont une en or, sont disputées entre MM. Gilbert, 
des chasseurs delà garde, et Chauderlot. 

Des brevets de prévôts sont décernés à MM. Dudouieet Edouard. 

Louis Vigneron fait répéter sa théorie de canne'par M. Chapelle, 
son élève, qui reçoit son brevet de maître, et termine par un assaut 
de boxe française avec M. Charlemont. 

Louis Vigneron donna encore deux assauts à Paris, dont un aü 
bénéfice des blessés de la guerre, qui eut lieu au manège véloci- 
pédique, boulevard de la Villette. 

11 partit ensuite pour Boulogne-sur-Mer où il devait donner une 
série d’assauts. Le troisième assaut qu’il donna, le mardi 22 août 
1871, fut son dernier. 

Dans l’énumération que nous donnons ci-dessus, nous voulons 
indiquer combien l’exercice de la pièce de canon était familier à 



114 



LA BOXE FRANÇAISE 



Vigneron. Malgré ce travail herculéen, il ne s’en tenait pas là. 
Dans presque tousses assauts, nous le voyons paraître trois, qua- 
tre et même cinq fois, faire répéter sa théorie de boxe et de canne, 
et faire assaut de chacun de ces deux exercices, puis les tours de 
force et presque chaque fois la pièce de canon. 

Gomme on le voit, il ne manquait pas d’énergie. 

Vigneron avait comme un pressentiment de l’accident qui devait 
lui arriver plus tard. Peu de temps avant, il ne voulait plus quit- 
ter Paris, pour faire des tournées, et paraissait bien décidé à ne 
plus faire d’exercices de force, tout au moins son canon, et se 
consacrer uniquement aux exercices d’adresse. Il commençait à 
réfléchir et avait en partie perdu ses illusions de jeunesse. Les 
applaudissements du Cirque, de l’Hippodrome, et du Waux-Hall, 
le laissaient pour ainsi dire froid ; il entrevoyait que cela ne le 
mènerait pas à la fortune. En effet, de l’adrçsse, on peut encore 
en faire longtemps, mais de la force on ne peut pas en faire toute 
la vie, et ça ne rapporte pas. La force est le contraire de la sou- 
plesse et de l’agilité ; on ne peut pas être très longtemps très fort, 
très souple et très vif. Vigneron s’en apercevait bien, ses bras 
commençaient à s'ankyloser par suite des grands efforts qu’il 
faisait ; il perdait en souplesse et en agilité. Il aurait dû cesser plus 
tôt ses exercices de force. D’ailleurs son médecin l’avait prévenu 
qu’ayant un anévrisme au cœur, il était dangereux de faire de 
grands efforts. 

Au mois d’août 1871 , Vigneron fut engagé par un barnum, 
M. Delahaye pour une tournée de 8 jours, et chargé de former 
la troupe pour les représentations. Les personnes qui en faisaient 
partie étaient : Vigneron, Eugène Bastien, Ferdinand Estrade 
dit l’Arpète; Charles de Paris dit le Cocher; François Villiers, 
dit le Rouget; PerretetBerthon, marchandsde vins. Les représen- 
tations devaient avoir lieu, dans l’ordre suivant : Boulogne-sur- 
Mer, Folkestone, Douvres, Calais el revenir à Boulogne-sur-Mer. 
Il partit de Paris lesamedi 19 août 1871 pour Boulogne. La pre- 
mière représentation eut lieu le dimanche 20, la seconde le lundi 
21 ; cesdeux premières séances avaient eu un succès complet; la 
troisième devait avoir lieu le mardi 22, jour où il fut tué. Ce jour- 



LA BOXE FRANÇAISE 



115 



là toute la troupe partit le matin prendre un bain à la mer. 
Vigneron et Bastien seuls savaient nager; ils partirent tous deux 
en pleine mer pendant que les autres se baignaient au bord. Ils 
s’arrêtèrent à une bouée pourso reposer un peu. Tout en seremet- 
tant en route et en se mettant sur le dos, Vigneron dit à Bastien : 
« regardez donc comme je fais bien le mort. » 11 ne savait pas, le 
malheureux, qu’il le ferait réellement, le soir, à 5 heu resrCe jour-là, 
Vigneron déjeuna avec un marchand boucher qu’il avait connu à 
Paris pendant le siège. Après le déjeuner, on se rendit au casino, 
les représentations se donnaient sur la plage. 11 faisait un temps 
superbe, tout le monde était content, rien ne faisait prévoir la 
terrible catastrophe. 

Il y eut d’abord une série d’assauts qui se termina par un assaut 
de boxe française entre Vigneron et Eugène Bastien. Puis vinrent 
les exercices de force et enfin l’exercice du canon fait par Vigne- 
ron. Quatre hommes le lui mirent sur l’épaule, à l’aide de deux 
barres de fer, l’une à la gueule, l’autre à la culasse ; on procédait 
ainsi habituellement. Une fois bien placé et son canon bien posé, 
Vigneron commanda : Charles, feu! Charles, feu, feu ! Charles, 
qui probablement n’était pas prêt, ne mit pas le feu au premier 
commandement, ce ne fut qu’au deuxième qu’il le mit précipi- 
tamment et au lieu d’allumer la mèche par le bout, il mit proba- 
blement le feu juste à la lumière du canon, car le coup partit 
aussitôt que Charles posa son cigare. Vigneron, n’entendant pas 
fuser la mèche, voulut regarder en arrière ; il déplaça un tant soit 
peu son équilibre et fut surpris parle coup. On le vit aussitôt 
chanceler, tout en essayant, d’après cé qu’on a cru voir, de faire 
passer son canon par dessus la tête ; mais arrivé au milieu, de la 
chute, Vigneron vomit un flot de sang et s’affaissa directement 
dans la position où il était. La culasse du canon lui fit éclater la 
tète, sans la lui écraser; une des oreilles du canon avait porté 
à terre et avait ainsi fait basculer le canon. Vigneron s’étendit 
tout de son long, sans un mouvement de raideur ; on envoya de 
suite chercher un médecin qui vint presque aussitôt, le docteur. 
Bazin, croyons-nous. Devant cet épouvantable accident, tous les 
spectateurs furent complètement anéantis. On nesavait que faire ; 
Bastien prit un seau d’eau et une éponge et lui lava le visage. 



116 



LA BOXE FRANÇAISE 



Aussitôt Vigneron tressaillit et se raidit. On dit au docteurBazin : 
« il n’est peut-être pas mort puisqu’il remue. » Celui-ci répondit : 
« Si », en faisant voir que le crâne était déboîtéet brisé ; en même 
temps, il faisait remuer la partie supérieure de l’œil et tout le 
derrière de la tête. C’était fini. On attribue cet accident à la rup- 
ture d’un anévrisme au cœur. On télégraphia au père de Vigneron, 
qui vint chercher le corps de son fils et le fit revenir à Paris. Il 
fut inhumé le 25 août 1871, au cimetière du Père Lachaise, 62 e 
division, 3 e ligne, face à la 63 e division, n° 6, dans un modeste 
tombeau élevé par souscription, sur lequel est posée une pièce de 
canon en pierre, symbolede ses succès et de son malheur. On 
aurait pu graver dessus : — Celle qui le faisait vivre l’a fait 
mourir. 

Ainsi se termina la trop courte carrière de cet homme excep- 
tionnellement superbe, travailleur courageux, doux, bon et sans 
vanité. Tous ses amis, ses élèves et tous ceux qui l’ont connu, 
l’ont tenu en haute estime, il n'a laissé que de bons souvenirs et 
des regrets. Nous qui avons été ses amis intimes, malgré le 
temps qui nous sépare de ce malheur, c’est le cœur serré que 
nous écrivons les dernières lignes de sa biographie, qui doit con- 
sacrer sa mémoire et le faire revivre dans l’histoire et dans le 
cœur de ceux qui l’ont connu et aimé. 



ANECDOTES 

LE DYNAMOMÈTRE A VIGNERON 

C’était en 1865, on construisait une très grande maison, boule- 
vard Magenta, à l’entrée de la cité du Waux-Hall, près de la salle 
Vigneron. De nombreux ouvriers et compagnons maçons y étaient 
occupés; ils vinrent un jour demander au professeur de vouloir bien 
leur permettre de visiter la salle, ce qui leur fut accordé, à condi- 
tion toutefois que ce fût dans un moment où il n’y aurait pas d’é- 
lèves. Quand les maçons entrèrent dans la salle, Vigneron était 
assis sur la banquette, à côté du coussin sur lequel Charlemont était 



LA BOXE FRANÇAISE 



117 



entrain de s’exercer. Les maçons témoignèrent le désir d’essayer 
leur force. Vigneron y consentit et dit à Gharlemont : Montrez 
donc aces Messieurs comment on donne un coup de poing. Com- 
mencez, je vais marquer les points ; il était monté debout sur la 
banquette, regardant en haut du pilier en pierre sur lequel était 
adossé en bas ledit coussin. « Très bien», dit il à Charlemont !... 
120 ! à vous, monsieur !... 90 ; ah! vous n’êtes pas fort! — Un au- 
tre ah ! mieux, 99 !... Voyons, messieurs, vous êtes bien plus forts 
que Charlemont, vous vous y prenez mal, voyez son truc ! en don- 
nant son coup de poing, il appuie en portant le poids du corps en 
avant; essayez : très bien ! 115, etc. Les maçons s^escrimaient de 
toutes leurs forcesà qui donnerait les plus fameux coups. Ils y pas- 
sèrent tous. Naturellement ils frappaient à faux, le plus souvent, 
car après avoir frappé, ils se tenaient le poignet, ce qui indiquait 
qu’ils se faisaient mal. Enfin ils cessèrent, épuisés, ruisselants de 
sueur. Pendant cette séance, les paris marchaient bon train et les 
bouteilles de bordeaux aussi. Assis toutautourde la grande table 
ronde, ils discutaient à qui mieux mieux sur leur supériorité, 
s’échauffaient très fort, et se promettaient une revanche. Vigneron, 
assis à côté d’eux, les écoutait sans rien dire ; il se leva, monta de 
nouveau surla banquette et leur dit: «Messieurs, ne vous dispu- 
tez pas inutilement ; vous êtes tous aussi forts les uns que les 
autres; approchez-vous, je vais vous mettre tous d’accord : regar- 
dez!... En même temps il leur montrait un petit objet ; voyez, 
messieurs, ce que vous avez pris pour un dynamomètre est tout 
simplement un gazomètre qui n’a rien de commun avec le cous- 
sin, il sert à constater les fuites de gaz. Dire la figure étonnée, 
penaude, stupide que faisaient ces maçons, est inexplicable ; ils 
étaient stupéfaitset paraissaient hébétés en se regardant les uns 
les autres. Ce moment passé, ils prirent la chose en riant, se pro- 
mettant bien de se venger sur d’autres qui ne connaissaient pas 
encore le dynamomètre. 

Cette farce dura longtemps ; les élèves s’en servirent pour faire 
payer force bouteilles de bordeaux à leurs amis qui venaient visi- 
ter la salle pour la première fois. 



LA BOXE FRANÇAISE 



118 

LE BICEPS DE VIGNERON 

Nous avons dit qu’à la salle de boxe de Vigneron, était attenant 
un petit café où Ton venait se rafraîchir après la séance. Les nou- 
veaux élèves se faisaient un plaisir d’offrir une consommation au 
maître. Comme après les exercices violents, la soifest ardente, les 
consommations étaient demandées avec beaucoup d'eau ; à cet 
effet on servait une grande carafe dont le ventre rebondi contenait 
plusieurs litres de liquide. Vigneron prétendait un jour que son 
biceps était aussi gros que la carafe, chacun se récria, les paris 
étaient ouverts; on mesura les deux objets : 42, centimètres pour 
la carafe, 42 centimètres pour le bras de Vigneron. Le pari était 
gagné et largement arrosé. 

UN HOMME BIEN ENNUYE 

Un jour Vigneron entrait dans un café, accompagné de cinq de 
ses amis ; ils prirent place à une table à côté de laquelle uûe autre 
table était occupée par six individus. On causait d'exercices et de 
boxe à la table de Vigneron etplusieurs fois son nom fut prononcé. 
A la table à côté on se mit à l’unisson ; on parla, force, adresse, 
boxe; les uns disaient : on dit que Vigneron est un des plus forts 
boxeurs de France et en même temps un hercule remarquable ; 
les autres affirmaient qu'il ne ferait pas bon s’y frotter. Lorsqu’un 
des six, qui se trouvait justement auboutde la table, près de Vigne- 
ron et sur la même banquette que lui, se mit à dire à ses cama- 
rades qui parlaient en bien de Vigneron, qu’ils ne connaissaient 
que par entendre dire : « Vous me faites mal de vous entendre 
parler ainsi, car il n’est ni si fort ni si adroit que vous le dites, 
c’est une réputation surfaite, puisque moi, tel que vous me voyez, 

je lui ai cassé la figure, etc. » Ses camarades assez étonnés lui 

dirent : « eh bien tu es un rude lapin. » Jusque-là Vigneron et ses 
amis riaient de bon cœur entreeux, mais comme le héroscherchait 
à convaincre ses camarades du haut fait dont il se vantait, Vigne- 
ron, qui était à son côté, se tourna versluietlui touchant l’épaule : 

« Pardon, monsieur, vous avez dit que vous aviez cassé la g 

à Vigneron !... alors, comme le disent vos amis, vous êtes un fameux 



LA BOXE FRANÇAISE 



119 



lapin! eh bien, moi je suis un de ses élèves, voulez-vous me la 
casser à moi aussi, vos succès seront augmentés. » Notre homme, 
très surpris de cette proposition à laquelle il était loin de s’atten- 
dre, s’excusa de n'avoir aucune raison ni rien à démêler avec lui. 
Vigneron lui demanda de quel Vigneron il voulait parler et s’il le 
connaissait bien. — Celui-ci sans se troubler : « Monsieur, il n’y 
en a pas deux, c’est bien de Louis Vigneron, l’homme-canon de 
THippodrome de Paris, dont j’ai parlé ; il a sa salle cité du Waux- 
Hall. » 11 fit même d’une manière exacte la description de l’éta- 
blissement et celle delà personnalité du célèbre professeur. Pen- 
dant ces explications les amis de Vigneron riaient aux éclats ainsi 
que ceux de notre gascon qui se doutaient qu’il s’était fourvoyé. 
Vigneron se leva, se plaçaen face de son casseur supposé : « puis- 
que vous me connaissez si bien, me reconnaissez-vous? Car c’est 
bien moi Louis Vigneron, l’homme-canon de l’Hippodrome de 
Paris, etc. » — « Ob non, monsieur! balbutia l’autre, ce n’est pas 
vous, etc. » Il ne savait plus comment sortir de cette impasse. 

« Monsieur, vous êtes un farceur, lui dit Vigneron ; à l’avenir vous 
ferez bien d’être plus prudent et ne pas vous vanter d’un fait dont 
vous êtes incapable d’être l’auteur, parce que vous pourriez rencon- 
trer d’autres personnes qui n’auraient pas la même indulgence. » 

Les amis de notre blagueur le voyant si confus et ne sachant pas 
comment se tirer d’affaire, le forcèrent, pour réparer sa vantardise 
maladroite, à payer à dîner à toute la société ; il s’y prêta d’assez 
bonne grâce, ce qui lui coûta cent vingt francs. 

C’est le patron de l’établissement, qui vit encore, qui nous raconta 
cette amusante histoire, nous affirmant que c’était la première fois 
que Vigneron venait chez lui, et affirmant qu’il voudrait bien le 
revoir chaque jour. 

COMMENT, CE JOUR-LA, VIGNERON NE PARTIT PAS 
EN ANGLETERRE 

Vigneron avait trouvé un barnum anglais qui l’avait décidé à 
l’accompagner en Angleterre. Le jour fixé pour le départ, l’An- 
glais et Vigneron dînèrent ensemble et comme ils devaient prendre 

un train de nuit, ils firent, pour tuer le temps et gagner l’heure du 

8 



120 



LA BOXE FRANÇAISE 



dépari, d’assez nombreuses stations dans les cafés des environs 
de la place de la République. Ils finirent par échouer, vers une 
heure du matin, dans un débit, encore ouvert à cette heure indue, 
où ils prirent le coupde l’étrier. C’était à qui des deux amis régle- 
rait cette dernière consommation, le porle-monnaie à la main; des 
individus à allures louches, qui étaient à ce moment près du 
comptoir, avaient remarqué la manœuvre des porte-monnaie et 
constaté qu’ils étaient bien garnis, aussi lorsque Vigneron et son 
Anglais sortirent du débit, ils ne s’aperçurent pas que les indivi- 
dus, au nombre de huit, les suivaient en se dissimulant de leur 
mieux. 

Arrivés entre le théâtre de l’ Ambigu et celui de la Porte Saint- 
Martin, sur un signal, les huit rôdeurs tombèrent sur Vigneron et 
l’Anglais. A cette attaque imprévue, les deux amis y font face 
courageusement, Vigneron avec ses pieds et ses poings, l’Anglais 
avec une canne plombée. Dans la mêlée, Vigneron reçoit de l’An- 
glais un coup de canne plombée, ce qui ne l’empêche pas de jeter 
par dessus la rampe du boulevard un des rôdeurs et quand la 
place fut nette, il descendit quatre à quatre les marches, ramassa 
le rôdeur sur la chaussée et le colla d’un formidable coup de poing 
contre le mur. Remonté sur le boulevard pour voir ce que son 
Anglais était devenu, il tomba entre les bras des agents. L’Anglais 
avait filé et des huit rôdeurs éclopés et rossés il n’en restait plus 
qu’un qui avait une bonne raison pour ne pas quitter la place, 
puisqu’il était mort. On emmena Vigneron au poste; lelendemain 
tout s’expliqua au commissariat ; Vigneron mis en liberté rentra 
à sa salle et n’entendit plus jamais parler de son Anglais. 

LES CHAPEAUX DE LOUIS VIGNERON 

Nous avions remarqué que lorsque Vigneron quittait le costume 
de salle, chemise de flanelle et pantalon de coutil (ce qui lui arri- 
vait rarement), pour endosserla redingote, il avait Iechef couvert 
d’un superbe chapeau haut de forme dont les initiales M.C., mar- 
quées en lettres d’or sur la coiffe, nous intriguaient fort. Un jour 
qu’on le questionnait sur les initiales, il répondit qu’un sénateur 



LA BOXE FRANÇAISE 



121 



se chargeait de le pourvoir de chapeaux et il raconta que le vieux 
Michel Chevalier, sénateur, son élève en boxe, lui avait confié qu’il 
en voulait fort à un de ses collègues du Sénatet que sans arriver à 
une voie de fait qui ferait scandale, il voudrait bien trouver le 
moyen de lui jouer un méchant tour. — « C’est très facile, lui dit 
Vigneron, faites-lui le coup du chapeau ! Quand vous rencontrerez 
votre adversaire dans un couloir, tirez-lui un grand coup de cha- 
peau, de façon à ce que l’arête du haut de votre chapeau vienne 
frapper votre collègue à la naissance du nez! » 

La leçon ne fut pas perdue ; quelques jours après, le moment 
propice étant arrrivé, le sénateur reçut de Michel Chevalier un for- 
midable coup de chapeau qui l’étendit sans connaissance. Personne 
n’y vit rien et le malheureux sénateur, revenu à lui, se figura avoir 
été frappé par une congestion. C’est depuis ce temps que Vigneron 
héritait des chapeaux du célèbre économiste. 

LA TABATIÈRE A VIGNERON 

Qui n’a pas connu cette grande boîte, de dimensions excentri- 
ques^ l’intérieur de laquelle les doigts de son propriétaire parais- 
saient ne pas pouvoir pénétrer et que les élèves faisaient remplir à 
tour de rôle? Quand Vigneron se trouvait en tête à tête avec un de 
ses intimes élèves, ou un ami, et voulait causer, il allait prendre 
lafameuse tabatière qui était toujours perchée dans quelqueendroit 
connu de lui seul. Eh bien ! comment allez- vous, Monsieur un tel ? 
Savez-vous quelque chose de neuf? en même temps il faisait sau- 
ter le couvercle et lui offrait une prise de tabac ; il en prenait une 
lui-même avec ses gros doigts et la portait à son nez en baissant 
le haut du corps en avant et en portant fortement la tête du côté 
gauche, comme s’il en voulût faire entrer tout le tabac dans la 
même narine, et la conversation commençait. Ah la bonne pâte 
d’homme que c’était ! 11 ne prisait ni ne fumait par habitude. 

Vigneron avait parmi ses élèves deux frères établis marchands 
bouchers à la Chapelle, jeunes gens très forts, surtout l’un d’eux. 
Quelque temps après avoir terminé leurs leçons de boxe, ils ins- 



122 



LA BOXE FRANÇAISE 



tallèrent derrière leur étal une salle d’amateurs où se firent des 
exercices de force, de gymnastique et de la boxe. Ilsconviaient par 
petites affiches à la main les amateurs de la Villette, et particu- 
lièrement les bouchers de l’abattoir. 

J3ur une de ces affiches, il était dit qu’un des frères ferait plus 
fort que Vigneron, qu’il exécuterait le même exercice avec un 
haltère de 110 kilogs, au lieu de 88 kilogs. On vint prévenir 
Vigneron de ce qui se passait ; furieux il partit de suite les trou- 
ver et leur dit vertement sa façon de penser, ajoutantavec raison: 
«vous êtes bouchers, vous vivez de votre commerce et moi de 
mon métier, pourquoi donc par gloriole seulement, sans aucun 
autre profit, cherchez-vous à me porter préjudice et me diminuer 
dans l’esprit public ? Je vous défends expressément de faire figu- 
rer mon nom, surtout sur vos affiches, annonçant vos exercices, 
et comme le mal est fait pour aujourd’hui, je prétends que vous 
rétablissiez les faits par une nouvelle affiche, et ce soirdevant votre 
public déjà invité, j’enlèverai votre fameux haltère » (ce qu'il fit), 
mais nous devons à la vérité de dire qu’il ne le fit qu’avec peine; 
on crut un moment qu’il n’y parviendrait pas. 11 s’y prit à trois 
fois, tandis que le boucher l’enleva du premier coup ; bien râblé, 
il était d’ailleurs plus jeune que Vigneron, qui, croyons-nous, 
avait déjà passé l’âge des exercices de grande force. Enfin les 
bouchers s’excusèrent et rachetèrent leur faute, tout involon- 
taire, disaient-ils, en offrant un excellent souper, largement 
arrosé de vins généreux. 

Incontestablement Vigneron était un hercule coté parmi les 
plus forts, mais il était aussi de première force à la boxe et à la 
canne dont l’enseignement aurait pu être pour lui assez rémuné- 
rateur, sans se livrer en public aux exercices de force, ce qui lui 
retirait le prestige vis-à-vis de la société choisie, c’est-à-dire la 
classe riche. Mais il ne voulait rien entendre, et n’admettait pas 
que l’on fasse plus fort que lui. Nous disons : il n’admetlait pas, 
c’est une simple réflexion et une opinion personnelle que l’on 
pouvait avoir de lui, mais ce n’était pas un homme à dire cela. 

Quand Charles Roussel fit le canon à l’Hippodrome, Vigneron 
fit tout pour arriver l’année suivante à obtenir un engagement. 



LA BOXE FRANÇAISE 



123 



en faisant plus fort ; il réussit. Ensuite il proposa à M. Arnaud, 
directeur de l’Hippodrome, de faire un engagement avec lui par 
lequel il devait, dans un temps déterminé, faire le tour de la petite 
piste, un taureau sur son dos; il disait qu’il s’entraînerait tous 
les jours en prenant la bête toute jeune, il en avait la ferme con- 
viction. On pèut juger par cela de la confianee qu’il avait dans sa 
force ; car il n’était ni poseur, ni blagueur ; il joignait à cela un 
jeu gracieux, toujours souriant ; sa physionomie était des plus 
sympathiques, ses mouvements étaient sans affectation et don- 
naient de suite le sentiment de sa force etde son adresse. 

Un soir, sortant d’un assaut, accompagné d’un ami, en passant 
rue de Bondy, cet ami lui proposa de faire une partie de pyra- 
mide ; ils étaient un peu surexcités par le champagne offert 
après la représentation. Cet établissement, situé rue de Bondy, 
était un vrai tapis franc, fréquenté par des souteneurs et la base 
pègre; c’était une souricière ouverte une partie de la nuit; 
c’était aussi, croyons-nous, le seul endroit où se jouait au bil- 
lard ce jeu de pyramide avec 25 ou 30 petites billes de diverses 
couleurs. On pouvait y jouer plusieurs, comme à la poule; à 
part les habitués, on allait là plutôt par curiosité, comme 
chez le père Lunette, au Lapin blanc et chez Paul Niquet. Enfin 
deux ou trois étrangers ou habitués étaient de leur jeu; un 
de ces individus, taillé en hercule, discuta un des coups de 
Vigneron ; tous deux échangèrent quelques mots vifs. Un des 
types dit en parlant de Vigneron: «Tu ne te frotterais pas à 
celui-là, tout mangeur d’hommes que tu es. » — « Tu crois 
cela, ah malheur! tiens, regarde! » et il allongea un formidable 
coup de poing à Vigneron qui l’esquiva et riposta d’un fameux 
coup de pied qui envoya rouler l’individu au bout de la salle. Le 
patron del’établissementsuivi de nombreux garçons intervinrent 
et conseillèrent à Vigneron de se retirer (ce qu’il fit), pendant 
qu’on ferait sortir l’autre par une autre porte. Comme Vigneron 
rentrait chez lui, en débouchant de la rue de Lancry, au coin de 
celle du Château-d’Eau, il vit de l’autre côté de la rue une bande 
de sept à huit individus dont l’un dit : «le voilà, aux surins. » 
Les couteaux brillèrent, les assaillants commençaient à traverser 



124 



LA BOXE FRANÇAISE 



la rue ; Vigneron prit la canne de son ami, courut sur eux, frappa, 
en jeta deux à terre, puis enveloppé, il se dégagea en faisant des 
moulinets et des voltes sur quatre faces ; deux autres sont jetés à 
terre, tout cela avec la rapidité delà foudre;son amiarrivait, mais 
le restant delà bande prit la fuite à toutes jambes. 

Dans l’année 1861, nous nous trouvions en compagnie de Vigne- 
ron et d’un nommé Petit, professeur d’escrime et de boxe, il était 
petit comme son nom, mais un gaillard rudement solide; il avait, 
nous disait-il, une salle en Amérique. De passage à Paris pour 
divers achats, il nous raconta une anecdote, que, dans l’intérêt du 
lecteur, nous croyons bon de reproduire. 

Nous croyons que Petit n’avait pas de salle à Paris, qu’il don- 
nait des leçons à domicile et dans les collèges ; il nous raconta en 
ces termes ce qui suit : — J’avais, parmi mes élèves, des Américains 
de la Louisiane qui meconseillaient d'aller là-bas monternne salle, 
m’assurant quej’y ferais fortune; je leur répondis que mon ambi- 
tion n’allait pas ju?que-là, mais comme mes leçons paraissaient 
se faire de plus en plus rares à Paris, je ne risquais rien d’es- 
pérer mieux, d’autant plus que je parle suffisamment l’anglais. 
Je me décidai donc, et muni de lettres de recommandation, 
je me rendis à la Nouvelle-Orléans, où je fus bien accueilli. 
Je passe tous les détails et péripéties de toutes sortes, pour abor- 
der mon sujet. Voici mes débuts: accompagné d’un des Améri- 
cains auquel j'avais été adressé, nous cherchions dans la ville un 
local convenable pour une salle de boxe et d'escrime ; je venais 
d’en arrêter un ; nous passâmes dans un quartier assez populeux, 
et nous entrâmes dans un bar où l’on nous servit de la bière; là, 
nous parlions de mon nouveau local, quand, dans un groupe placé 
comme nous près du comptoir, un individu, allongeant le bras, 
prit mon verre, en but la moitié et le remit à ma place. Je lui dis: 
« Monsieur, vous vous êtes trompé, je suppose, ce verre était pour 
moi, à moins toutefois que ce soit volontairement et en vue d'une 
provocation, en ce cas nous allons bien voir. » L’individu tourna 
le dos, froid, ironique, continuant sa conversation avec ses amis. 
Je dis au garçon : ce verre est maintenant pour monsieur, donnez- 
m’en un autre. » L’Américain qui étaitavec moi me dit tout bas : 



LA BOXE FRANÇAISE 



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« laissons ces gens pour ce qu’ils valent, je le reconnais, c’estun 
spadassin, un chenapan. » Tout en écoutant, je guettai mon type 
du coin de l’œil ; tout à coup, il prend de nouveau ledernier verre 
apporté, y trempe ses lèvres et le remet à ma place ; il n’avait pas 
encore dégagé son bras, que je lui portais un maître coup de 
poing dans la figure (il fallait cette promptitude, car il était d’u- 
sage et admis à la Louisiane, que le seul geslede la main sur quel- 
qu’un, malgré l’injure, autorisait à se servir de revolver) ; il tomba 
à terre évanoui, la mâchoire brisée. 

Avec un grand sang-froid je tirai de mon portefeuille une de 
mes cartes et j’ajoutai au crayon l’adresse de ma nouvelle salle et 
posant cette carte sur la poitrine du bonhomme, je dis : s’il y a 
quelqu’un qui veuille prendre la défense de ce sacripan, voici mon 
adresse, je me tiens à sa disposition. Personne ne bougea. 

Une fois dehors, mon cicérone me dit : bravo ! -mais il est 
fâcheux que, pour vos débuts, vous ayez eu affaire à cette canaille; 
il est la terreur du pays, il a déjà tué plusieurs adversaires en 
duel, ce sont des assassinats, car il n’y a personne ici de sa force 
à l’épée ; je répondis : « quand il voudra, je vengerai peut-être 
les autres ; il y a déjà un commencement, et puis c’est au con- 
traire l’occasion d’être quelqu’un dans le pays. » 

J’installai ma salle et fis beaucoup de publicité, aidé d'ailleurs 
par mon aventure qui courait déjà la ville, d’autant mieux que, 
paraissait-il, je l’avais si bien touché, qu’il était obligé de garder 
le lit. 

Enfin les leçons arrivaient en grand nombre ; il y avait trois 
semainps environ que cette affaire s’était passée, je n’y pensais 
plus, lorsque étant occupé à donner une leçon, le domestique vint 
me dire qu’un monsieur demandait à me parler de sui te ; j’abrégeai 
ma leçon et me rendis au salon. Dans le demi-jour, je ne reconnus 
pas le type. — « Vous désirez, monsieur? » Il répondit : — «Vous ne 
me reconnaissez pas, je suis celui que vous avez si lâchement frappé. 
— Permettez, dis-je, vous m’avez insulté, je vous ai corrigé, nous 
sommes quittes. — Vous croyez cela! c’est ainsi que vous pra- 
tiquez l’escrime, vous avez peur d’un homme qui connaît son 
affaire !» — Je haussai les épaules en riant : — « Gela ne vous 



126 



LA L50XE FRANÇAISE 



suffit pas, vous y tenez absolument. » Je sentais la moutarde me 
monter au nez mais restais toujours maître de moi. « — Allons ! 
dit-il, pas de phrases, il y a trop longtemps que vous vivez, c’est 
tout de suite, j’ai mes témoins, prenez les vôtres et partons! » 
— Tout cela dit en criant; je le priai de parler moins haut. 

« — Eh bien! oui, au fait; il serait bon de débarrasser Je pays 
de votre personne. » Mon élève, homme sérieux et bien posé à la 
Nouvelle-Orléans, était encore à la salle; il accepta d’être mon 
témoin et d’en prendre un second en route ainsi qu’un médecin. 
Il proposa aussi, comme lieu de combat, sa propriété, aux portes 
de la ville et dont le grand jardin était très favorable à une ren- 
contre. 

Une fois arrivés, nous primes nos dispositions de combat. Mon 
adversaire était plus grand que moi, sec, nerveux, il paraissait 
avoir une grande confiance en lui (parbleu d’après ses succès 
antérieurs). 

Malgré une méthode surannée, il tirait bien au début, mais fut 
ensuite visiblement troublé par un jeu probablement nouveau 
pour lui. Les premières passes furent terribles et témoignaient la 
haine de mon adversaire; nos deux épées s’engageaient avec une 
violence inouïe; sous l’impétuosité de mes attaques, je l’obligeai 
constamment à rompre, tout en ne faisant que des feintes, atten- 
dant le moment propice, car forcément, de la façon dont il procé- 
dait, il devait se fatiguer vite. Quand je vis qu’il avait dépensé une 
partie de ses forces en attaques inutiles et qu’une plus grande 
irritation allait se produire, je levai énergiquement la poignée de 
l’épée et la pointe ferme et droite, j’allai chercher sa poitrine avec 
une ardeur tout inattendue pour lui et qui le déconcerta. Il avait 
beau aller et venir, multiplier ses coups et fouetter l’air de son 
épée impatiente et furieuse, partout, de tous côtés il rencontrait 
mon arme; une suprême angoisse s’était emparée de lui, sa poi- 
trine battait avec force, il ne parait plus que faiblement, mon 
épée lançait des éclairs, je ne lui laissai ni trêve, ni repos, et enfin, 
passant impétueusement à travers l’incertitude de ses parades, je 
me fendis à fond et lui plongeai ma lame dans la poitrine, près 
du cœur. 

Il lâcha son épée en tombant et me montra le poing en disant : 



LA BOXE FRANÇAISE 



127 



— « Canaille, tu me paieras cela. » Cinq minutes après il était 
mort. 

Dire le succès et la réputation que cette affaire me fit, n’est pas 
croyable, ceux même qui étaient ses amis, probablement parla 
crainte qu’il leur inspirait, en furent satisfaits. 

Mais je lui dois d’avoir fait plus vite mon affaire en lui réglant 
la sienne. 




J. CHARLEMONT 



C’est à Lesdain, petit village du département du Nord, qu’en 
1839,1e 12 avril (minuit venait de sonner à l’église delà paroisse), 
Joseph-Pierre Charlemont vit le jour, ou plutôt la nuit ; on pour- 
rait même dire qu’il ne voyait ni l’un ni l’autre, car à cet âge-là 
il ne voyait pas encore clair. Ses parents, mi-tisserands, mi-cul- 
tivateurs, n’étaient pas heureux.il y avait trois enfants: deux 
garçons et une fille, Charlemont était le plus jeune des trois. En 
1810, ils partirent pour Paris, croyant y trouver la poule au pot, 
mais comme le bon roi Henri IV n’était plus à cette époque qu’un 
roi de bronze, paradant sur le Pont-Neuf, ils y trouvèrent la mi- 



LA BOXE FRANÇAISE 129 

sère,ce qui arrive généralement aux pauvres gens de la campagne 
qui se figurent qu’à Paris les alouettes tombent toutes rôties. 

Les chemins de fer n’existant pas encore, il fit la route en dili- 
gence de Cambrai à Paris, dans les voitures de Gaillard-Laffite 
et C ie dont l’administration était rue du Bouloi. 

Il a toujours cru se souvenir qu’en descendant de diligence, il 
avait vu des gardes municipaux à cheval ou des carabiniers avec 
leurs casques et leurs costumes étincelants, qui montaient la garde 
au Palais-Royal. 

Pendant 16 ans, il Habita dans le quartier du faubourg Saint- 
Antoine, rue de Charonne, n° 139, une vieille maison à deux 
étages, qui existeencore aujourd’hui, la famille habitaitledeuxième 
étage lambrissé. 

Comme ses parents n’étaient pas heureux, il fut élevé avec des 
pommes de terre et des torgnioles, c’est peut-être ce qui lui a 
donné un avant-goût de la boxe. 

Quoique né à la campagne, il était vif et ne manquait pas 
d’adresse; fort espiègle avec cela, il était toujours un des premiers 
lorsqu’il s’agissait de jeux remuants ou de quelques farces à faire. 
Il est vrai qu’il n’était pas seul de cette trempe, la graine de ga- 
vroche ne manquant pas à Paris. Les maraîchers du quartier en 
ont vu de dures : leurs cloches et leurs châssis cassés avec des pierres, 
leurs citrouilles chipées, les sonnettes des portes ornées d’un chat 
vivant accroché par la queue, dérangeaient ces pauvres jardiniers 
qui croyaient toujours à des visites de clients. Que de pêches, de 
prunes ou de poires dévalisées et d’arbustes abîmés; mais aussi que 
de raclées, d’oreilles allongées! dame, c’est tout ce que pouvaient 
faire ces pauvres croquants, se payer sur la bête. D’autre part, 
ces pauvres petitsmioches n’avaient jamais de friandises à se mettre 
sous la dent, ni fruits, ni gâteaux; ils n’avaient pas même le né- 
cessaire, toujours affamés, un boyau vide avec une place attendant 
toujours un cornet de pommes de terre frites, aussi Charlemont 
savait bien que le maître charron qui demeurait dans la maison, 
et qui lui permettait de jouer sur ses gros arbres, avait souvent 
besoin de faire tirer son soufflet de forge et d’envoyer chercher son 
tabac à fumer, il n’était jamais loin, et comme par hasard il était 
toujours là au bon moment, et surtout très vif à faire sa commis- 



130 



LA liOXE FRANÇAISE 



sion ; d’abord ses vêtements ne le gênaient guère : comme souliers, 
la chaussure du père Adam, un pantalon court à corsage, la che- 
mise passant par la fente ménagée derrière pour les nécessités 
journalières, voilà pour le costume; une tète blonde rappelant 
une quenouille de chanvre emmêlée. 

Le plus important et ce qui le stimulait le plus, c’était le cornet 
de pommes de terre frites qu’il rapportait chaque fois, il savait 
bien que c’était pour lui, quoique le brave charron faisait sem- 
blant d’en manger une ou deux pour lui faire croire qu’il les avait 
envoyé chercher pour lui-même ; en lui remettant le cornet il lui 
disait : « petit, ne va pas auprès des autres, ils te les prendraient, 
mets-toi dans ce coin et mange le reste »; le reste c’était tout.Char- 
lemont se régalait, mais ce qui le gênait fort, c’étaient les paillettes 
de fer enflammées qui sautaient de son côté pendant que le char- 
ron forgeait. 

Un jour allant à l’asile chez le père Eugène, faubourg Saint- 
Antoine, il s’arrêta rue de Montreuil pour jouer à la marelle, il 
déposa à terre son petit panier garni de deux petites tartines 
de beurre et fromage, blanc ; quand il voulut le reprendre pour 
s’en aller à l’école, le panier avait disparu et fut introuvable, ce 
qui ne le fut pas, c’est l’implacable tripotée en rentrant à la 
maison. 

Gomme instruction, le père Eugène montrait au* enfants à 
faire des petites constructions dans le jardin, avec des petits bouts 
de bois qu’il découpait avec son couteau. 

Souvent il envoyait un petit garçon lui chercher trois sous de 
tabac en carotte. 

Charlemont ne savait pas ce que c’était, il croyait que ce de- 
vait être très bon à manger, puisque le père Eugène en mettait 
dans sa bouche et le suçait, aussi dési rait-il pouvoir être appelé à 
faire la commission ; ce jour vint enfin et Charlemont, tout heu- 
reux, allait pouvoir goûter cette gourmandise. Le père Eugène 
lui donna trois sous ; il partit chez le marchand de tabac ; aussi- 
tôt servi, il sortit et entra dans une allée, prit dans le paquet un 
petit morceau qui avait parfait le poids, le mit vivement dans sa 
bouche et sortit dans la rue ; il fit une grimace affreuse et cracha 
le morceau, bien convaincu que ce ne pouvait pas être ça que le 



LA BOXE FRANÇAISE 



131 



maître suçait. Un jour, dans la classe, étant au tableau d’alpha- 
bet, il vit le maître retirer quelque chose de sa bouche, et le je- 
ter dans le coin du calorifère; cette fois, pensa notre gourmand, 
je suis bien sûr de ne pas m’être trompé ; il guetta le moment 
propice, alla ramasser l'objet et le mit de suite dans sa bouche, 
c’était la chique du père Eugène ! A partir de ce moment il n’in- 
sista plus, convaincu que c’était mauvais;_en s’informant du 
reste, il apprit que les hommes chiquaient le tabac. 

On était nombreux dans la famille Charlemont : le père, la 
mère, trois filles et trois garçons, cela faisait huit; il y en avait 
trois petits, qu’il fallait ou bercer pour les endormir ou leur don- 
ner la bouillie, souvent on mangeait la bouillie, c’était plus tôt 
fait, puis on allait jouer. On s’esquivait quelquefois pour aller 
jouer, ruais on le payait en rentrant; il fallait aussi se mettre au 
rouet, pour dévider de la laine ou du coton, On ne pouvait pas 
aller jouer, c’était ennuyeux. 

La table était généralement garnie d’un grande soupière de 
soupe aux légumes, et quelquefois d’un morceau de fromage de 
brie, ou bien encore d’un grand plat de légumes fricassés. Quand 
le fond de la marmite avait un peu brûlé la fricassée, on appelait 
ça le gratin, c’était à celui des mioches qui l’aurait. Ce n’était 
pas bon, mais cela garnissait le ventre. Pour boisson, dans un 
coin de la chambre, le grand pot-à-eau, avec une jatte en terre 
dessus, jouant l’office de verre. Quand Pierre se levait de table 
pour aller boire, Paul disait : « apporte-m’en une jatte. » Le 
dimanche, on mettait le pot-au-feu, on buvait une chopine de 
vin entre tous. Quelquefois, on montait à la barrière, ou bien on 
allait faire une promenade dans les champs ; on buvait une cho- 
pine, rarement deux, le vin n’était pas cher et il était bon, mais 
les salaires étaient très faibles. On ne rentrait jamais pompette. 

En ce temps-là, il n’y avait pas d’eau dans les maisons ; il y 
avait bien des puits, mais l’eau n’était pas potable, il fallait l’al- 
ler chercher loin, à la grande fontaine du coin de la rue Basfroid, 
à au moins mille mètres de la maison. C’était dur pour de jeunes 
enfants contraints de porter deux seaux d’eau, surtout l’hiver, les 
mains étaient gelées, l’eau se répandait sur les jambes. Il y avait 
bien quelquefois un Jean Valjean quelconque qui vous portait 



132 



LA BOXE FRANÇAISE 



un peu vos seaux, mais c’était rare. Les charbonniers vendaient 
bien de l’eau, mais les malheureux ne pouvaient pas en acheter. 
Aujourd’hui c’est le contraire, c’est du vin que vendent les char- 
bonniers, mais les pauvres ne peuvent pas en acheter. 

Lorsqu’on déménageait, il n’y avait pas besoin de déménageurs 
ni de voitures, toute la maisonnée était de lafête, petits et grands. 
Le trop simple mobilier était transporté à bras (gare la casse). 
Gela ne coûtait pas cher, mais quelles suées et quelles courba- 
tures, il y en avait pour huit jours à se remettre de cet assaut. 

Nous avons dit plus haut que dans la maison habitée par la 
famille Charlemont, il y avait un puits garni de sa grosse corde 
en écorce et de son seau de bois en forme de petit baril. C’était là, 
hiver comme été, le cabinet de toilette du père et des trois fils. 
Un jour après s’être bien lavé la tête de savon noir, et pour se 
rincer, Charlemont avait introduit sa tête dans le seau, mais vou- 
lant la retirer il ne put y parvenir, et commençait à s’asphyxier, 
lorsqu’il eut l’idée de se rouler à terre. Une bonne femme, qui se 
trouvait près de là, vint à son secours, le releva avec son seau 
toujours sur la tête, mais l’eau s’étant écoulée il pouvait respirer. 
On ne pouvait toujours pas lui retirer la tête du seau : il fallut 
que le père Golpin, le menuisier, démolisse le seau en le sciant, 
pour pouvoir délivrer Charlemont de sa gênante coiffure. C’eût 
été drôle de le voir se noyer dans un seau d’eau, lui qui était déjà 
fort nageur et qui ne trouvait pas la Seine assez large. 

Si les liards étaient rares, les sous l’étaient encore plus; Char- 
lemont n’en désirait pas moins jouer aux billes et à la toupie. 
Alors quand sa mère lui envoyait chercher un sou d’oignons ou 
de poivre, il se faisait bloquer les billes par un autre, espérant 
gagner, mais n’ayant pas de chance, il perdait toujours, l’autre 
ramassait le sou, et lui, les huit billes; les oignons étaient sor- 
tis, mais il fallait rentrer à la maison, alors les torgnioles pleu- 
vaient, la mère allait reprendre le sou à l’autre en lui rendant ses 
huit billes. Le plaisir n’était pas de longue durée pour notre ga- 
min. Une autre fois c’était une toupie qu’il avait trouvée etqu’on 
venait réclamer presque aussitôt à ses parents; nouvelle distribu- 
tion. Lorsqu’il avait le bonheur d’en posséder une pour de bon, 
il lui manquait un fouet pour la faire marcher, cela coûtait un 



LA BOXE FRANÇAISE 



133 



sou, il ne l’avait pas ; l’épicier d’à côté en avait bien un paquet 
pendu à sa porte, il était facile d’en prendre un, il n’y avait qu’à 
tirer, mais ce qui n’était pas facile, c’était de ne pas faire remuer 
les autres, qu’on apercevait alors de l’intérieur du magasin ; ne 
songeant pas à cela, notre gosse se sauvait, entraînant le fouet ; 
il était à peine rentré chez sa mère, tenant encore en main le 
corps du délit, que l’épicier, un être importun, venait réclamer 
sa ficelle, encore une ration de taloches et ainsi de suite. 

Au premier étage de la maison, il y avait un ménage de gens 
très bien, le père petit employé de l’Etat, achetait souvent des 
jouets à ses petits garçons qu’il ne laissait jamais jouer avec les 
autres petits vauriens comme Charlemont. Il avait acheté pour ses 
petits garçons une belle comédie. Un jour notre gavroche, descen- 
dant l’escalier, aperçut la porte des voisins du premier ouverte, il en- 
tra et vit dans un petit cabinet, la fameusecômédie. Sans hésiter il 
s’installe et joue avec la belle comédie, parlant à haute voix aux 
petits pantins qu’il faisait danser! un accordéon se trouvait sous 
sa main, ravi de la nouvelle trouvaille, il se mit à faire delà mu- 
sique à tour de bras, lorsque tout à coup il lui tomba, à titre d’ac- 
compagnement, pour ses goûts artistiques, une grêle de calottes 
sur les oreilles. C’était la ménagère de l’appartement des gens 
bien, qui ne pouvait admettre qu’un petit vaurien entrât dans son 
appartement et y jouât la comédie en musique avec les jouets de 
ses chers enfants. Il prend ses jambes à son cou, se sauve chez lui 
le petit malheureux croyant y être à l’abri, sous la protection de 
ses parents, il se trompait, la dame du premier ayant à peine ra- 
conté le crime du môme, qu’une seconde grêle de calottes lui 
tomba sur la tête, celle-là lui fut infligée par sa mère qui pensait 
que la première ne suffisait pas, et puis elle était peut-être con- 
vaincue que cela ferait plaisir à la dame bien du premier, en lui 
montrant qu’elle n’encourageait pas ses enfants à mal faire. 

Le propriétaire de la maison était aussi grêlé que méchant ; il 
ne pouvait souffrir les enfants dans sa cour, aussitôt il leur don- 
nait la chasse et nos oiseaux se sauvaient en criant à pleins pou- 
mons et en se moquant de lui. Lorsqu’il pouvait en attraper un, 
il le réglait pour les autres en lui allongeant les oreilles, mais il 
avait fort à faire, c’était, entre eux et lui, une guerre acharnée, 



134 



LA BOXE FRANÇAISE 



* 



dans laquelle il n’était pas toujours vainqueur. Ils lui en faisaient 
voir de toutes les couleurs.il y avait deux cours séparées par une 
grande porte avec portique ; on pénétrait dans la première par la 
porte de la rue, et dans la seconde, par la porte au portique; dans 
cette dernière demeurait le propriétaire, à un premier, auquel on 
arrivait par un escalier de bois scellé au mur. Les gamins fai- 
saient exprès du bruit pour le mettre en colère et se sauvaient ; le 
grêlé les poursuivait à toutes jambes, et au moment où il passait 
sous le portique, il recevait sur la tête une vieille marmite en 
terre remplie d’eau, que les gamins avaient préalablement placée 
en haut de la porte ; celle-ci en s’ouvrant faisait tomber 1a. mar- 
mite. 

Une autre fois, à la nuit tombante, c’était une corde qu’ils 
avaient attachée en travers de sonescalier,puis ils faisaient leur cha- 
rivari et le proprio ne manquait pas de descendre quatre à quatre, 
se prenant les pieds dans la corde, et palatrac, vous voyez d’ici la 
jolie culbute, et les gosses de rire aux éclats. C’étaient des pièges à 
l’infini, à tel point que las d’être toujours dupé, il ne se déran- 
geait plus de peur de tomber dans de nouvelles embûches. 

Les gamins purent alors jouer tranquillement dans les cours; 
le grêlé se rendit, il était vaincu. 

Les vignes de Charonne, les belles pêches de Montreuil et les 
succulentes reines-claude de Bagnolet, recevaient souvent les vi- 
sites de notre petit maraudeur ; les attentions touchantes qu’il por- 
tait à ces beaux fruits, jusqu’au moment où ils étaient mûrs, 
auraient pu faire croire qu’ils étaient sa propriété, il n’est pas 
bien sûr qu’il ne le croyait pas lui-même. 

Il paraît qu’il ne fut jamais pris, ce n’est pas qu’on ne lui fit 
pas la chasse plus d’une fois. Un jour entre autres, étant entrés à 
plusieurs gamins dans une vigne, pour goûter si le raisin était 
mûr, un paysan les aperçut et vint se placer près de l’ouverture, 
ayant à la main l’échalasque ceux-ci avaient arraché pour passer ; 
il se cacha et les attendit, mais nos maraudeurs le virent et comme 
ils ne pouvaient passer que par le même chemin, ils s’y décidè- 
rent, en passant l’un après l’autre, par intervalle, mais avec une 
vitesse telle, que trois y passèrent sans être atteints. Le paysan 
tenant à deux mains son échalas levé au-dessus de satête, frappait 



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à tour de bras et aurait brisé en deux les reins des mômes s’il les 
eût atteints; heureusement qu’à chaque fois, il frappait trop tard 
et à terre. Les trois autres avaient eu le temps de faire le grand 
tour et de s’échapper. Quant à poursuivre les gamins, il ne fallait 
pas y songer, autant vouloir courir après la lune, ceux-là avaient 
comme bicyclettes leurs pieds nus. 

Un jour qu’il avait fait une razia fructueuse, il eut l’idée d’aller 
sur les fortifications pour être bien à son aise, à se délecter; au 
moment où il se disposait a se régaler, quatre pioupious, qui fai- 
saient une ronde, se mirent à sa poursuite. Croyant qu’on allait 
l’arrêter à cause de sa maraude, il commença à battre en retraite 
à toute vapeur, mais ses jambes n’étaient pas aussi grandes que 
celles des troupiers, et puis ils le cernèrent. Serré de près et se 
voyant pris, il monta sur le sommet et descendit le talus qui s’ar- 
rête en haut du mur d’enceinte mais avec une telle rapidité qu’il 
ne put s’arrêter ; il eut assez de sang-froid pour poser les pieds sur 
le mur, assurer son point d’appui et sauter en bas dans le fossé. 

La hauteur des murs des fortifications est très élevée. 

Heureusement qu’à cette placeil avait été déposé des ordures et 
du fumier, qui tout en ne diminuant pas sensiblement la hauteur, 
diminuaient la dureté du sol, dureté d’ailleurs relative dans le fossé. 
Il ne se fit aucun mal et resta un moment étourdi de ce saut extra- 
ordinaire etaussi du danger auquel il croyait avoir échappé. Les 
soldats étaient fort effrayés d’avoir été la cause involontaire de ce 
qu’ils croyaient être un accident, ils n’avaient voulu que chasser 
l’enfant de dessus les fortifications, puisqu’il était défendu d’y 
monter. Ils coururent jusqu’à la porte de Montreuil, descendirent 
dans le fossé et trouvèrent le môme qui, à leur vue, crut avoir 
échappé à un danger pour retomber dans un autre. Ils le rassu- 
rèrent en lui expliquant sa méprise et en lui faisant presque des 
excuses de lui avoir fait involontairement courir un danger ; lui 
se trouva assez satisfait d’en avoir été quitte pour la peur. 11 ren- 
tra assez tard, la nuit tombait* il déposa sur la table une partie 
de son butin et raconta non sans une pointe de fierté le saut qu’il 
avait fait; ses parents s’attendrirent et ne le battirent pas, les 
fruits étaient si savoureux, qu’on lui accordait un certain mérite 
pour le choix qu’il avait fait. Ces fruits ne furent peut-être pas 



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LA BOXE FRANÇAISE 



étrangers à l’apaisement des parents qui eux aussi se régalèrent. 

On le trouvait fort espiègle, mais on avouait qu’il ne manquait 
pas d’intelligence. Aussi résolut-on de le mettre à l’école commu- 
nale, chez le père Maltaire. 

C'était une excellente école communale celle que dirigeait 
M. Maltaire, rue de Charonne, et qui se trouve actuellement rue 
Keller. 

Nous ne croyons pas qu’il en ait existé d’autres aussi bien tenues, 
avec autant d’ordre et de discipline, tout y était organisé mili- 
tairement. 

Nous pensons ne pas nous distraire du cadre de nos souvenirs, 
en en donnant une description aussi complète que possible. 

Le maître était vraiment un homme sérieux, capable, ayant une 
grande influence sijr tous et inspirant le respect le plus absolu. 

Cinquante ans environ, détaillé moyenne, gras, ventre rebondi, 
tête presque chauve, couronnée des tempes à l’occiput par des 
cheveux 'presque blancs; complètement rasé, sauf deux petits 
favoris également blancs, figure fraîche, honnête et sévère. Comme 
costume, il portait toujours le pantalon et la jaquette noirs, gilet 
blanc, cravate blanche, pantoufles de cuir noir, d’une propreté 
exemplaire. 

L’établissement se composait : au rez-de-chaussée, d’un préau 
de forme rectangulaire, d’une grande cour sablée et plantée d’ar- 
bres; au premier éfage, la salle des classes, plus longue que le 
préau. L’école pouvait contenir trois cents élèves. 

Le préau était entouré d’une petite banquette pour permettre 
aux élèves de s’asseoir ; à un mètre au-dessus, une planche pour 
placer les paniers à provisions. Deux grandes banquettes doubles 
et à dossiers divisaient le préau en trois parties, dans la lon- 
gueur; celle du milieu plus large que les autres. Sur un des côtés 
et vers le milieu un bassin en pierre avec robinets d'eau. Au fond 
à gauche la portedu jardin et un peu plus loin, dans le coin gauche, 
les cabinets et les urinoirs. Dans le fond et au milieu, un largo 
escalier qui, plus haut, se divisait en deux parties formant un Y, 
conduisait à la classe par deux portes placées l’une à droite, l’aulre 
à gauche. En entrant, de suite à droite ou à gauche l’estrade, au 
milieu de laquelle était le pupitre du maître ; à droite et à gauche, 



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les pupitres des moniteurs généraux. La classe était occupée pour 
les deux tiers au moins dans toute sa longueur et dans le milieu 
par des rangées de tables pupitres avec leurs banquettes fixes, il 
y en avait de trois dimensions, pour les petits, les moyens et les 
grands. Un passage était ménagé au milieu et d’un bout à l’autre 
de la classe. 

Autour de la classe, à distance égale sur le mur, des tableaux 
noirs; devant chacun d’eux ét^it incrusté, dans le parquet, un 
demi-cercle de fer, servant à placer une dizaine d’élèves devant 
chaque tableau. Au bout de la classe, une porte conduisait à 
l’appartement du maître. Quand M me Maltaire (une bonne per- 
sonne) passait dans la classe, les enfants étaient contents, ils 
allaient lui souhaiter le bonjour. Dans le jardin qui servait pour 
les récréations, il y avait un portique avec ses agrès pour les exer- 
cices de gymnastique; à cet effet, un professeur venait deux fois 
par semaine pour exercer les enfants. 

L’ouverture de l’école se faisait à 8 h. 1/2, mais les élèves pou- 
vaient entrer à partir de 8 heures et attendre dans le préau. A 
8 h. 3/4, le maître descendait du grand escalier, grave, imposant; 
tout bruit cessait alors, on aurait entendu voler une mouche. 

Les élèves se plaçaient alignés tout autour du préau, les manches 
des vêtements retroussées jusqu’aux épaules, le pantalon relevé 
au-dessus du genou ; les bras allongés en avant, les mains ouver- 
tes, le mouchoir de poche apparent. Aussitôt l’inspection de pro- 
preté commençait. 

Le maître, accompagné d’un moniteur général et de deux autres 
moniteurs, passait d’abord devant et ensuite derrière les rangs, 
regardant de haut en bas, la figure, le cou, les oreilles, les bras et 
les mains, ensuite les jambes et quelquefois les pieds. Lorsqu’un 
élève avait oublié de se laver, on l’envoyait au bassin, où un moni- 
teur de service le débarbouillait ou le faisait débarbouiller avec 
une grosse éponge destinée à cet usage. Un autre moniteur était 
chargé d'accompagner chez eux ceux qui n’avaient pas nettoyé 
leurs chaussures, afin de les leur faire cirer. Un moniteurqui sui- 
vait l’inspection avait pour devoir de prendre note de ceux qui 
avaient oublié leur mouchoir de poche et d’aller chez les parents 
le chercher. 



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LA BOXE FRANÇAISE 



L’inspection terminée, les élèves se rangeaient par classe, et 
montaient dans la salle d’étude. Les cours commençaient à 
9 heures. 

Il y avait des moniteurs généraux, des moniteurs aspirants et 
de simples moniteurs. Le maître se chargeait de l’instruction des 
moniteurs généraux, ceux-ci de la première classe ; les moniteurs 
aspirants de la 2 e classe et les moniteurs de la 3 e classe. 

Gomme on le voit, il n’y avait en réalité de professeur que le 
maître, accompagné des moniteurs généraux qu’il avait formés; 
en dehors de l’instruction qu’il leur donnait, il ne faisait que sur- 
veiller l’ensemble des cours. Une fois montés dans la classe, les 
élèves se plaçaient à leurs pupitres, on faisait la prière et on com- 
mençait les cours. Ceux-ci comprenaient : l’écriture, la grammaire, 
l’histoire et la géographie. 

A chaque rangée de pupitres, il y avait un moniteur chargé de 
la surveillance des élèves et de faire les corrections. Les moniteurs 
généraux étaient répartis dans chaque classe pour la correction 
des leçons, Lorsque le cours était terminé, le moniteur distribuait 
un bon point au plus méritant de sa rangée. C’était le plus souvent 
un de ses camarades qui obtenait le bon point (Partout le favori- 
tisme). 

On allait ensuite se placer en demi-cercle devant les tableaux 
noirs qui entouraient la classe. On y faisait la lecture, l'arithmé- 
tique et la géométrie. Un moniteur à chaque tableau dirigeait le 
cours à la fin duquel l’élève qui se trouvait le premier du groupe 
recevait un bon point. Toutes les marches et changements de cours 
s’exécutaient en chanlantdeschants moraux et patriotiques. Dans 
ce cas les élèves marchaient en file, l’un derrière l’autre, les deux 
mains placées sur les épaules de celui qui précédait. Un moniteur 
monté debout sur un banc, une baguette à la main, était chargé 
d’indiquer le titre de la chanson, de donner le ton avec le diapason 
qu’il tenait à la main et débattre la mesure avecla baguette, sur 
une planche placée à cet effet sur le pupitre. 

Pendant les cours, un moniteur général avait la surveillance 
et la police de la classe ; un second moniteur avait pour fonctions 
de se promener dans toute la classe et de délivrer des petites 
marques en bois à ceux qui en demandaient pour satisfaire un 



LA BOXE FRANÇAISE 



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besoin. Il y en avait pour les cabinets et pour les urinoirs. Un 
autre moniteur était de garde aux cabinets et avait pour attribu- 
tion de ne laisser entrer que les élèves munis de la petite marque 
en bois indiquée ci-dessus ; il la retirait à l’entrée, et la remettait à 
la sortie. Cette mesure avait pour but de ne pas laisser flâner les 
élèves en dehors des cours d’étude. 

A midi, on descendait au préau pour dînera les uns mangeaient 
ce qu’ils avaient apporté de chez eux, dans leurs paniers ; les 
autres pour un sonde petites gamelles contenant, soit des haricots, 
des lentilles, pois, pommes de terre en purée ou à l’huile, des pru- 
neaux ou une tablette de chocolat. La mère Botte, la concierge'de 
l’école, avait ce petit monopole ; elle étslit aidée par son mari, un 
grand diable qui avait été soldat dans la garde royale ; il avait un 
œil crevé, et un doigt de moins; il chiquait et bien des fois on 
disait qu’il avait laissé tomber sa chique dans les lentilles, parce 
qu’elles sentaient le tabac. Charlemont ne connaissait pas beau- 
coup le goût des légumes, car lorsqu’il avait un sou pour son 
dîner, il n’attendait pas midi pour le dépenser. Le matin, en 
allant à l’école, il s’arrêtait chez la mère Aubry, rue Saint-Bernard, 
il achetait un sou de crottes de biche (on en avait 12) ou bien un 
petit singe montant au mât de cocagne, ou encore, une image. A 
midi il mangeait son pain sec, à moins toutefois, ce qui arrivait 
assez souvent, qu'un de ses petits camarades l’invitât à partager 
son dîner. En échange, il lui promettait sa protection au cas où 
un autre voudrait lui faire du mal. 

En été, le moniteur désigné pour le bassin et le lavage des 
élèves était chargé de distribuer à ceux qui avaient soif de l’eau 
mélangée de vinaigre. 

Après le dîner, on passait dans le jardin, c’était la récréation. 
Souvent le maître choisissait parmi les plus habiles et leur faisait 
faire des exercices et des jeux, il donnait des bons points pour la 
course et les sauts. C’était un brave homme. 

La récréation terminée, on remontait à la classe, toujours en 
chantant, et on reprenait les études. 

A quatre heures, on faisait de nouveau la prière, mais cette fois 
on chantait, soit le domine fac salvum Philippum, soit lefac sal- 
vam rempublicam, ou Imperatorem,cela dépendaitde la forme du 



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LA BOXE FRANÇAISE 



gouvernement. Nous avons assisté à un de ces changements, 
aujourd’hui on chantait le premier, demain le second. Ensuite 
chacun s’en retournait chez soi. 

Le père Maltaire avait une palette, il la nommait le juge de 
paix. C’est avec elle qu’il tranchait tous les différends; elle avait 
à peu près la forme d’un cuira rasoir, avec une langue de cuir 
au bout (ça pinçait dur). Il poussait le luxe de la faire faire soit 
en palissandre, soiten acajou ; le plus plaisant, c’est que c’étaient 
les parents des élèves qui étaient ébénistes qui fournissaient la 
palette au père Malt aire, à titre de cadeau. 

En dehors de la distribution annuelle des prix, tous les trimes- 
tres il y avait des récompenses, qu’on donnait en échange des 
bonspointsobtenuspendant le courant du trimestre. C’étaient des 
objets pour écrire, pour s’amuser et aussi des vêtements. 

Tous les ans, le maître prenait des vacances. Son remplaçant, 
un M. Tasdecrin, dont la figure était grêlée comme une écumoire, 
était aussi méchant qu’il était laid, ce qui n’augmentait ni son 
influence ni son autorité sur les élèves ; il est vrai que ceux-ci ne 
faisaient rien pour gagner ses sympathies, il n’y avait pas de 
farces qu’on ne lui fît. 

11 avait, en guise de palette, une baguette de jonc qui cinglait 
fort les doigts. On avait imaginé que de l’ail frotté dans la main 
ferait casser la baguette, on se faisait punir exprès pour expéri- 
menter le système, mais on ne réussissait qu’à se faire faire plus 
de mal encore. 

En résumé c’était une excellente école, qui a du reste produit 
de bons et savants élèves (il n’est pas question de Cbarlemont, 
bien entendu). Nous nous souvenons que d’anciens élèves occu- 
pant certaines situations venaient rendre visite au père Mallaire 
et le remercier de ses bons soins. 

Ainsi un homme seul pouvait instruire trois cents élèves, c’est 
merveilleux. 

C’était une belle et excellente école que celle du père Maltaire, 
rue de Charonne, mais pour Charlemont, qui avait un tempéra- 
ment spécial, elle ne valait pas les belles baignades des Deux Lions, 
un charmant petit endroit sur les bords fleuris et pittoresques de 
la Seine, entre Bercy et Charenton, là il était permis de s’y bai- 



LA BOXE FRANÇAISE 



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gner. En lace, était le magnifique château de Bercy, au milieu 
d’un immense parc très boisé, où on allait cueillir des noisettes, 
dénicher des nids de pinsons et couper des baguettes de noise- 
tiers pour faire des rossignols. Cinq jours sur six, c’est là qu’il 
allait à l’école, l’été. 

«. C’est vers l’année 1860, que l’on commença à démolir le 
magnifique château de Bercy, que l’on vendit ses boiseries 
splendides, ses marbres précieux, ses tableaux de haut prix et sa 
riche bibliothèque, et que l'immense parc, dessiné par Lenôtre, 
fut mis en coupe réglée. 

« Le tout: château, meubles et boiseries, parc èt futaies, au prix 
d’ailleurs énorme et capable pour bien des gens de calmer toutes 
les douleurs, au prix de 10.500.000 fr. 

« M. Péreire et le Crédit mobilier durent acheter d'abord au 
prix convenu de 9.500.000 francs. Un simple délai de réflexion 
fut demandé pour 24 heures par , M. Péreire, et pendant ces vingt- 
quatre heures tout lui échappa. 

« Une société, dont faisaient partie MM. de Morny et Aucous- 
ton, celui-ci menant l'affaire, arriva, et marché fut conclu pour 
10.500.000 francs. 

« A peine cette vente était-elle faite que les plus beaux béné- 
fices se réalisaient par te morcellement des terrains : « Déjà l’on 
« m’assure, écrivait, le 15 juillet 1860, un reporterde Vlndépen- 
« dance belge, que les acquéreurs ont vendu pour plus de 12 mil- 
« lions de terrains et qu’il leur en reste pour plus de 15. » 

« Le propriétaire était M. de Nicolaï, comte de Bercy. 11 n'y 
venait guère, mais il v tenait beaucoup, et il fallut, pour le déci- 
der à cette vente, que le chemin de fer de Vincennes vînt à tra- 
verser son parc et effleurer son château jusqu’au perron (1). » 

Une fois, il y eut un mois de vacances pour réparations à l’école, 
il n’en dit rien à la maison, mais le trentième jour il prévint ses 
parents qu’il n’y avait pas d’école le lendemain ; les parents, qui 
doutaient, allèrent s’informer à l’école; là ils apprirent qu’il y 
avait un mois que les vacances duraient; notre écolier avait passé 
un mois aux Deux Lions à prendre des bains (comme un bour- 
geois), aussi était-il devenu fort nageur. 

(1) Chroniques et légendes des rues de Pans, par Edouard Fournier. 



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LA BOXE FRANÇAISE 



Cette fois, il fut conduit à l’école par son père, qui, en présence 
des autres élèves et du maître (qui s’interposa), lui administra une 
correction complète ; il se consolait en pensant qu’il savait piquer 
des têtes, faire la planche et tirer sa coupe. 

L’hiver c’était le canal Saint-Martin, pris par la glace, qui était 
le lieu de ses distractions et qui l’attirait ; là encore, il trouvait 
des jouissances inconnues à l’école du père Maltaire, en même 
temps c’était aussi pour lui une source de taloches, car à force de 
glisser sur le canal et de donner le coup de patin, ses sabots se 
trouaient et se cassaient en un rien de temps. 

Lorsqu’il n’.y avait pas de glace, on montait sur des radeaux, 
des plats-bords servant de communication, du bord de l’eau aux 
bateaux; c’était amusant, maisaussi gare en rentrantà la maison, 
les sabots cassés, les vêtements mouillés, la mère n'entendait 
d’autres raisons pour les raccommoder et les sécher, qu’une bonne 
râclée, ce qui n’empêchait pas d’en recevoir une seconde quand le 
père rentrait le soir et que la mère lui avait fait le récit des ex- 
ploits de son fils pendant la journée. Lorsqu’il croyait avoir droit 
à une correction, il ne rentrait que le soir, au moins il n’en rece- 
vait qu’une, quelquefois elle pouvait compter pour deux, mais il 
aimait mieux cela. 

Un soir que ses parents se désolaient de ne pouvoir rien en faire, 
il leur avoua qu'il préférait travailler (c’était un précurseur de ses 
aptitudes), parce qu’on gagnait de l’argent et qu’on pouvait alfer 
le dimanche aux Funambules voir jouer Débureau, Vautier et 
Deruder. Le père Gharlemont prit avec lui son fils à l’atelier, il 
lui fit garnir sesnavettes, puisil trouva un brave tisserand qui vou- 
lut bien le prendre avec lui et lui faire pousser la navette; il lui 
donnait 50 centimes par jour. L’ouvrier était content de l’enfant, 
et lui donnait 5 sous de pourboire, le dimanche ; les parents s’em- 
pressaient de lui prendre son argent et de le mettre de côté pour, 
soi-disant, acheter une belle blouse au gamin ; comme les ventres 
étaient plus pressés que la blouse, on achetait du pain. 

On essaya de le mettre à l’école du soir, chez les frères; mal- 
heureusement il y avait, tout à côté de l’école, la mère Boivin qui 
vendait des pommes de terre frites, qu’on mangeait dans une 
petite salle, où l’on fumait aussi des feuilles de noyer ou de tilleul; 



LA BOXE FRANÇAISE 143 

on s’y amusait bien jusqu’à 10 heures, l’heure de la sortie de 
l’école. 

Comme Charlemont ne pouvait pas aller à la messe le dimanche 
puisqu’il travaillait jusqu’à midi, on le raya de l’école, il ne la 
regretta que pour la petite salle de la mère Boivin. 

A cette époque, à Paris, le travail était dur pour les enfants; 
dès 7 ou 8 ans on les envoyait à l’atelier, un morceau de pain sous 
le bras et 4 sous dans la poche, 2 sous pour déjeuner à 9 heures, 
2 sous pour diner à 2 heures. On commençait à 6 heures le matin 
et on finissait à 10 heures le soir, hiver comme été ; il fallait par- 
tir de bonne heure car il y avait loin, pour aller à l’atelier. Paris 
a toujours été grand pour les malheureux, et se coucher tard c’était 
dur pour des enfants de cet âge. La mère donnait à son fils une 
veste d’artilleur qu’on lui avait donnée et qui lui descendait sur 
les jarrets, les manches dépassaient ses mains de 25 cent.; l’enfant 
paraissait tout honteux d’être affublé ainsi et hésitait à s’en aller; 
alors la mère lui disait : « Va, mon fieu, tu n’auras pas froid avec 
ça » et le môme partait. L’hiver était rude, il y avait près de 6 
heures de veillée; on allumait les quinquets vers 4 heures. Quand 
les enfants fatigués sommeillaient, les patrons les réveillaient avec 
une bonne calotte ; ils n’étaient ni humains ni doux de ce temps- 
là, ceux qui occupaient les enfants; en revanche ces pauvres petits 
mioches ne les aimaient pas et paraissaient déjà prendre en grippe 
la société qui les traitait si mal. Si faibles qu’ils étaient, ils accep- 
taient la lutte et ils étaient souvent vainqueurs, ils se vengeaient 
comme ils pouvaient. 

Le moment où l’on allumait les quinquets pour la veillée 
durait de 15 à 30 minutes, suivant que les ouvriers mettaient plus 
ou moins de temps pour boire leur demi-setier; pendant ce temps- 
là les gamins allaient flâner près de la barrière où ils trouvaient 
presque tous les jours deschopines de vin à passer. Voici comment 
ils procédaient : On avait le droit de passer à la barrière une 
seule chopi ne parpersonne; ceux qui voulaienten passerplusieurs 
s’adressaient à un gamin qui se trouvait toujours présent avec 
intention, car son flair le trompait rarement. — a Veux-tu me pas- 
ser une chopine, mon petit garçon? — Oui, madame. »La personne 
passait la barrière, descendait le faubourg du Temple, et allait 



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LA BOXE FRANÇAISE 



attendre un peu plus loin le gamin et la chopine; elle le remer- 
ciait simplement. 

Le gamin passaitalors la barrière, prenait à gauche le chemin 
de ronde, allait repasser en dehors à la barrière de l'Orillon, qui 
se trouvait à 150 mètres environ de là, où il vidait la chopine 
avec ses camarades qui l’attendaient. La dame aussi l’attendait, 
mais vainement. Comme ce manège se répétait souvent, les per- 
sonnes qui avaient été dupes rencontraient quelquefois les ga- 
mins, qu'elles pensaient reconnaître et les interpellaient! — « Ce 
n’est pas toi, mon petit garçon, à qui j’ai remis une chopine hier 
soir pour la passer à la barrière?... » Quelle naïveté, comme si le 
gamin allait dire oui ; la réponse était toute prête ! — « Non, ma- 
dame, ce n’est pas moi ! — Mais il me semble bien te reconnaître! 
— Vous vous trompez !... d’ailleurs maman ne veut pas que je 
fasse des commissions... » La farce était jouée ; à qui le tour? 

Nous disions que les ouvriers qui occupaient des enfants n’é- 
taient pas très bons, c’était sans doute l’époque qui voulait cela, 
car aujourd’hui on se garde bien de maltraiter les enfants. Il y 
eut dans la partie du châle (métier Jacquart) un individuqui était 
bien connu pour sa brutalité, il lançait avec force et de travers 
les navettes qui piquaient les doigts des enfants et déterminaient 
des panaris. Les parents ne disaient rien. Il fut pourtant con- 
damné à plusieurs années de prison pour avoir tué un enfant en 
le frappant ; cela ne l’avait pas adouci, car il était toujours aussi 
brutal qu’avant, Charlemonten sait quelque chose. 

Un jour un patron qui occupait six ouvriers et autant de gamins 
déménagea son atelier et occupa ouvriers et gamins à cette corvée. 
Il chargea ces derniers de traîner une voiture à bras, chargée de 
pavés utiles pour les métiers ; notre futur professeur se trouvait 
aux brancards; à un moment la charge glissa brusquement en 
arrière, il en résulta des avaries à la voiture ; le patron la lui fit 
conduire à réparer et lui retint, sur sa semaine, les frais de répa- 
ration, 3 francs sur 7 qui lui revenaient. Du coup il n’osa plus 
rentrera la maison, c'était le dimanche, que faire?... Il alla à la 
fête de Belleville, voir l'homme sauvage (il n’avait pas besoin 
d'aller jusque-là pour cela), il faut bien se distraire quand on est 
seul et triste. 



LA BOXE FRANÇAISE 



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Le soir, il alla aux Funambules pour quatre sous ; il mangea 
un chausson aux pommes, deux sous de marrons et un verre de 
coco, et après! il était une heure du matin, il fallait aller se cou- 
cher, il y alla, mais ce fut sous le péristyle de l’ Ambigu, où deux 
agents vinrent troubler son sommeil et le conduisirent au poste, 
de là chez le commissaire qui le questionna, fit venir son père, 
auquel il conseilla de ne pas maltraiter son fils, qui en somme 
avait été modeste en ne dépensant que soixante centimes dans 
toute sa journée. Pour faire la fête, c’était peu. 

La foire au pain d’épices, barrière du Trône, approchait; rien 
n’intéressait autant les gamins de Paris; c’était leur fête. On ne 
pouvait pourtant pas y aller les poches vides, il fallait avoir de 
l’os, au moins un sou; comment faire pour se le procurer? voilà! 
on démolissait des bateaux au bord de la Seine ou du canal, on 
ramassait les vieux clous et quelquefois un objet qui n’était pas 
un vieux clou, on le mettait avec, cela pesait plus lourd, le chif- 
fonnier d’à côté donnait un sou, rarement deux, cela suffisait 
pour aller à la barrière du Trône. On aurait de la peine à s’ima- 
giner ce que quatre ou cinq bambins ayant chacun un sou peu- 
vent faire pour s’amuser dans une fête pareille. 

C’est un tour de force, un travail d’imagination, que seuls les 
gamins peuvent réaliser. Le sou était divisé autrefois en quatre 
liards ; nos cinq ou six fêtards partaient, décidés et joyeux, les 
yeux grands ouverts, leurs blouses aussi étaient ouvertes aux coudes 
et les pantalons aux genoux; leurs têtes blond filasse ressemblaient 
à des chardons, cela ne fait rien, ils marchaient en jabotant 
comme des pies et racontant tous ce qu’ils avaient fait l’année 
précédente ; cela les aidait pour la présente fête. Les voici 
arrivés. Ils viennent de loin, ils ont beaucoup marché et ont 
chaud et soif. Vite voilà le célèbre marchand de coco avec sa fon- 
taine luisante, ses grands gobelets d’argent et sa belle sonnette. 
Un verre M’sieu, le gobelet mousse, il est appétissant, chacun se 
le passe et en boit une lampée, tout le monde est rafraîchi et cela 
coûte un liard. On gobe les parades, on regarde les jeux et les 
magasins, on jabote toujours, on est content. Mais on casserait 
bien une croûte, le marchand de pain d’épice est à côté ; quatre 
petits cochons ou un cornet de petits pavés, on boulote, on n’a 



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LA BOXE FRANÇAISE 



plus faim. On va aller dans les bascules, pour cela on attend que 
le maître du manège vous appelle pour faire le poids ; on monte 
pour rien. Aux chevaux de bois, on fait la même chose, ou bien 
encore, on attend que tout le monde ait payé les places, s’il y a des 
chevaux de libres, on saute vivement dessus au moment où ils 
commencent à tourner, en ayant soin de ne pas se faire prendre, 
et en route !... 

Maintenant l’estomac est vide, c’est l’heure du dîner ; on sent 
l’odeur de friture, le marchand de pommes de terre frites n’est 
pas loin, vite deux sous de frites en deux cornets (on en a davan- 
tage), on se fourre de la graisse jusqu’aux oreilles, cela ne fait 
rien on a bien dîné , avec deux verres de coco pour tous, cela fait 
le compte. Tout va bien, la fête bat son plein, un bruit d’enfer 
vous brise le tympan, ce sont les comédiens sur leurs estrades 
avec leur musique infernale. Il faut aller voir les lutteurs, les 
hommes forts ! Laroche, les frères Masson, Ancelin et Dubois de 
Saint-Denis, toutes les célébrités de l’époque. 

On s’approche tout près, la séance est commencée, on entend 
les... bravos ! l’amateur, et des... il n’y est pas! il y est, ce sont 
les luttes : « allons voir ça les autres, n’est-ce pas, ehMachin » ; on 
cherche un trou à la toile de l’établissement, on en fait un s’il 
n’y en a pas, parfois on reçoit à travers la toile un énorme coup 
de poing sur le nez ; on saigne, la foule s’amasse, on discute, on 
dispute, on va se laver et c’est fini : on a vu tout de même. On 
peut aussi passer sous la toile lorsque tout le monde est occupé à 
regarder et on sort par la même porte. On se place aussi sur l’es- 
trade, tout près du barnumqui dirigela parade et fait l’annonce; 
il vous fait mettre sur la tête une grosse tête de carton pour faire 
la parade, alors il vous fait entrer pour rien dans la baraque, on 
a le soin en bon frère de lui dire : M’sieu, mes camarades sont là ! 
— Eh bien! qu’ils entrent aussi, et alors tout le monde va à la 
comédie. C’est grande fête. Nous ne suivrons pas les gamins dans 
toute la fête, ce que nous savons, c’est qu’ils ne dépenseront 
pas leurs liards mal à propos ; en tirant àla loterie, ils savent très 
bien qu’on ne gagne presque jamais, ou alors c’est un objet qui 
coûte un liard et qu’on paie deux sous tout en gagnant. Cela n’a 
pas de charme, il vaut encore mieux deux sous de berlingots, on 



LA BOXE FRANÇAISE 



147 



se régale et cela dure longtemps. Enfin avec un sou chacun, ils 
passent une des plus belles journées de leur existence et qui fait 
époque ; ils s’en souviennent toute leur vie. 

Si on s’amusait bien à la foire au pain d'épice, il y avait encore 
d’autres plaisirs qui avaient aussi leurs charmes et ne coûtaient 
rien. En sortant de l'école, .on se détournait de son chemin ; on 
allait à la Bastillle jouer dans le grand éléphant, dont parle l’il- 
lustre poète Victor Hugo, dansses Misérables. On racontait des his- 
toires de voleurs qui vous donnaient lachairde poule. On affirmait 
qu’il en venait coucher toutes les nuits, que Fradiavolo en était 
le chef; on regardait où ils avaient bien pu laisser des traces, on 
croyait en voir partout dans les coins sombres, on avait des émo- 
tions. Mais en rentrant à la' maison ilétait tard, onfaisait connais- 
sance avec le martinet et on allait coucher sans souper, c’étaient 
aussi des émotions. 

Place de la Bastille, on allait aussi voir le grimacier, qui ven- 
dait du poil à gratter et vous en fourrait dans les oreilles. Le 
casseur de cailloux, hein! s’il vous flanquait un coup de poing 
comme ça sur le nez, disait-on, est-ce qu’il vous l’aplatirait?... 
mince !Le père la Pêche nous avait aussi pour clients; on faisait 
lalulte à deux, nez à nez, bouche à bouche pour attraper le petit 
pavé en pain d’épice suspendu à sa ligne ; parfois il y avait un 
petit garçon et une petite fille qui luttaient ensemble, il fallait 
alors entendre les réparties du père la Pêche : à la bonne heure ! 
jeune homme, vous avez au moins de la galanterie pour Made- 
moiselle, vous savez qu’elle a oublié son mouchoir et vous lui 
essuyez le nez avec votre langue ; en échange elle a failli vous 
mordre le nez tout à l’heure, et tant d’autres plaisanteries qui 
nous amusaient. Il nous faisait jouer le puits artésien, qui con- 
sistait à prendre quelques petits pavés dans une mesure de litre 
en bois, pendant qu’il frappait dessus avec une baguette de jonc. 
Des spectateurs nousen régalaient d’un cornet de temps en temps. 
C’était une aubaine, le père la Pêche nous disait alors : ouvrezvos 
magasins, c’était les bouches qu’il voulait dire. On voyait aussi 
(toujours sur la place de la Bastille) l’homme aux pavés, mais 
ceux-ci n’étaient pas en pain d’épioe. Les escamoteurs qui faisaient 
disparaître Rotomago, dans une carafe, avec de la poudre de per- 



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LA BOXE FRANÇAISE 



linpinpin ou celle de patagon, une poudre miraculeuse, qui avait 
la vertu de faire courir les filles après les garçons, comme les 
chiens après les coups de bâtons. On voyait aussi le chanleurdont 
le violon était faitd'une vessie, et pui s Beaumester qui composait 
et chantait ses chansons joyeuses et patriotiques, qu'un garçon 
ayant un œil crevé, accompagnait en tournant l’orgue de barbarie. 
La place de la Bastille paraissait être une fête permanente, celle 
du Château-d’Eau aussi. Là on voyait la baleine, à côté, des her- 
cules enlevant des poids de 200kilogsà bras tendus, poids qui ne 
pesaient que quinze livres. Un qui était intéressant alors, c’était 
Pradier, l’adroit et l’inimitable bâton iste. Le tour quenousaimions 
le plus à lui voir faire, et qu’il exécutait si bien, c’était lorsqu'il 
plaçait debout sur son nez un bâton au bout duquel une pile de 
50 pièces de 2 sous se tenait en équilibre ; d'une main, il don- 
nait un coup de baguette sur le bâton, et les 50 pièces de 2 sous 
tombaient toutes sans exception dans le gousset de son gilet. 
Voilà un tour que nous eussions voulu pouvoir faire, parce que 
nous aurions eu desphénomènes en poche. On appelait ainsi unsou, 
par rapport à sa rareté dans nos poches. 

Les places de la Bastille, du Château-d’Eau, du Châtelet, de la 
Madeleine, du Pont d’Austerlitz, du Pont Neuf et les Champs- 
Elysées, étaient autant de lieux d’amusement pour les flâneurs, on 
y voyait de tout. C’étaient des jongleurs avec desplats, des poi- 
gnards et des boules en cuivre ; des danseurs de corde qui dansaient 
aussi la polka sur des œufs; le cheval savant qui désignait Ja 
demoiselle la plus jolie et la plus amoureuse de la société ; 
c’était encore l’homme caoutchouc ; l’homme sauvage, capturé par 
le capitaine d’un bateau lavoir dans H le de la Grande-Jatte, qui 
mangeait du feu et des peaux de lapins; le petit bossu, qui faisait 
passer sa bosse par devant, moyennant la somme de dix sous; 
l’avaleur de sabres. 

11 y avait aussi un individu qui faisait disparaître dans son nez 
de grands clous de charpentier. Plus inléressant était le mar- 
chand de plumes qui écrivait et dessinait fort bien avec son pied : 
il n’avait pas de bras. Il y avait encore le montreur d’ours des 
Pyrénées ; les chiens et les rats savants, les chanteurs, les pano- 
ramas, les guignols, la lanterne magiqueet les somnambules qui 



LA BOXE FRANÇAISE 



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disaient ce quevous aviez dans vos poches, pendant que d'autres 
dans la foule vous débarrassaient de votre bourse et autres objets. 

Au carnaval, à la mi-carême, on suivait les chars en courant, 
d’un bout à l’autre de Paris, toujours chaussés des souliers du 
père Adam, c’était moins gênant, on ne faisait pas de faux pas. 
On criait à la chienlit, on courait après de petits bonshommes de 
pain d’épice ou des poignées de dragées que les masques je- 
taient, on rigolait, on était heureux. Il y avait aussi, pendant le 
carnaval, le père Leroy, costumier dans le passage delà Boule- 
Blanche, bien connu des gavroches du faubourg Saint-Antoine, 
costumé et monté sur sa rossinante; on eût dit d’Artagnan fai- 
sant son entrée dans Paris. Il parcourait ainsi tout le quartier 
Saint- Antoine, suivi de plusieurs centaines de gamins qu’il fai- 
sait chanter : « Ah ! mardi gras, n’t’en va pas sans des crêpes, 
etc... » Il leur jetait des dragées et les faisait pêcher à la ligne 
avec des pains d’épice et parfois des harengs saures. C’était une 
cohue et des bousculades impossibles. On était heureux à cet âge; 
ces plaisirs- là ne coûtaient rien ; le soir on rentrait à la maison, 
avec une faim, je ne vous dis que ça. On vous tortillait un tro- 
gnon de pain sec, comme on eût fait d’une brioche, nul besoin 
de brosse à dents après ; c’était le temps des bonnes mâchoires. 
On allait aussi à la revue du Champ-de-Mars^ on vendait sa place, 
et puis au feu d’artifice, on rapportait des baguettes. 

Un autre vrai régal, c’était le petit théâtre du père Aucler, 
dans une boutique non louée, il y faisait noir comme dans un 
four, on jouait les ombres chinoises ; c’était la Tentation de saint 
Antoine, les Brigands de la Calabre. Lorsqu’on remuait la feuille 
de tôle qui servait de tonnerre, on frissonnait et on trouvait ça 
beau. 

Mais lorsqu’on avait quelques ronds, on se lançait dans le 
grand, on se payait le petit Lazari, un charmant petit théâtre, 
boulevard du Temple; on payait trois sous au paradis et huit 
sous aux premières loges. On y jouait de belles pièces : Les Chif- 
fonniers et les Balayeurs, la Lisette de Béranger, la Prise de 
Silistrie, pièce militaire en 10 tableaux, où l’on voyait un géné- 
ral, deux cosaques, une cantinière, un pékin et sa fille, et deux 
soldats français qui se trouvaient là on ne sait comment. Lors- 






150 LA BOXE FRANÇAISE 

qu’on n’avait pas le sou, on attendait à la porte, à l’en tr’ acte : 
M’sieu, donnez-moi votre contre-marque, s’il vous plaît. Ceux qui 
ne voulaient pas remonter au théâtre nous donnaient leur contre- 
marque. On voyait encore un peu la pièce. 

Avant l’heure d’entrer, il fallait faire la queue, si on voulait 
être des premiers et avoir les meilleures places. On ne s’y en- 
nuyait pas à la queue ; on y voyait toujours de drôles d’inci- 
dents, on faisait la causette, on racontait les pièces précédentes, 
on les analysait, on faisait montre de connaissances et de goûts 
artistiques, on appréciait les acteurs. Chacun avait ses préférés : 
moi j’aime mieux celui-ci, disait l’un ; moi, j’aime mieux celui-là, 
disaitl’autre. Puis le marchand de berlingots passait, le père la 
Prise avec ses sucres d’orge à 2 liards, 2 pour 1 sou; on préten- 
dait qu’il prenaitses prisesde tabac au-dessusde ses sucres d’orge ; 
on assurait même qu’ils en avaient le goût, mais cela ne faisait 
rien, on les suçait et le temps semblait moins long. 

A l’intérieur, on se payait un petit pain au beurre ou un chaus- 
son aux pommes, on se régalait et on se garnissait l’estomac. Le 
marchand de coco était là aussi, car il fait soif dans les théâtres; 
à la fraîche qui veut boire? limonade fraîche et bonne, 2 liards le 
verre, 1 sou le carafon; on prenait le carafon parce qu’il tenait 
3 verres, c’était une économie. C’est de l’eau de puits disait-on; 
on riait, on criait, on était content, c’était le bon temps, le temps 
des gosses ! 

Quand on était riche, on allait à côté de Lazari, au théâtre 
des Funambules, cela coûtait 4 sous; ce fut le théâtre favori de 
Charlemont ; quand il avait le sac il se payait les deux représen- 
tations du soir. On y voyait jouer Débureau, Paul Legrand et Kal- 
pestry, dans les rôles de Pierrot; Deruder dans celui d’ Arlequin et 
Vauthier dans Polichinel. On y jouait de magnifiques pièces 
Pierrot en Afrique, Pierrot, marchand de salade, Pierrot et les deux 
lutins ; Pierrot valet de la mort. Fradiavolo, une pièce de bri- 
gands. 11 y avait de la musique, un orchestre d’au moins quatre 
musiciens. Débureau et Paul Legrand déployaient des prodiges 
de souplesse et d’agilité dans leurs farces et leurs trucs. C’était 
merveilleux, on en parlait pendant 15 jours. Le lendemain à la 
maison Charlemont représentait la pièce de la veille, forçait sa 



LÀ ËOXË FRANÇAISE 



m 



mère à faire Golombine et lui faisait subir les farces que la pièce 
comportait. Sa mère n’était pas très satisfaite de son rôle, elle 
riait et envoyait son fils promener en l’appelant l’Arlequin, 
nom qui lui resta, on ne l’appelait plus qu’ainsi dans la famille. 

Pendant ce temps-là, la politique ne chômait pas, paraît-il, car 
un jour on se trouva en révolution : c’était le 24 février 1848. 
Alors plus rien à faire, les ateliers fermèrent, on ne travailla 
plus, il fallut pourtant s’occuper à quelque chose* Charlemont 
s’amusa à faire des barricades, mais comme on ne peut pas tou- 
jours en faire et qu’au tour il y avait des buttes de sablé, il valait 
mieux, avec ses petits camarades, faire des culbutes sur le sable, 
des sauts et aussi le poirier. Ce qui était très amusant, c’était le 
jeu de la carotte, qui consistait à faire une pëtite butte de sable, 
compacte, superposée d’un petit drapeau au sommet; à tour de 
rôle il fallait couperavec un couteau un petit morceau de la butte, 
et cela sans faire tomber le petit drapeau, sinon on était con- 
damné à retirer avec les dents un couteau enfoncé ? entièrement 
dans le sable, le bout du manche seul étant visible, C’était très 
amusant, maison ne pouvait cependant pas ne se livrer qu'à ce 
jeu-là. Heureusement, la révolution terminée avait fait naître 
•dans le cerveau des petits Parisiens des idées belliqueuses, on se 
mit à faire la guerre. On se battait à coups de pierres, quartier par 
quartier, rue contre rue, école contre école, l’école des frères 
contre l’école communale qui n’était pourtant pas laïque à cette 
époque puisqu’on y enseignait la religion ; les écoles françaises 
contre les écoles étrangères, les écoles payantes contre les non- 
payantes. Les écoliers se servaient de leurs ceintures du côté des 
boucles pour frapper. Les buttes Chaumont furent transformées 
en champ de bataille; il s’y est livré des combats sanglants, 
on se servait de frondes pour lancer des pierres à longue distance 
et avec beaucoup de force ; il y eut de nombreux blessés et même 
des tués. Lorsqu’on faisait des prisonniers on leur coupait, sans 
exception, tous les boutons de leurs vêtements, puis on les laissait 
libres. Ce fut comme un intermède entre les révolutions de février 
et juin 1848. 

A ce moment la misère était grande, l’industrie languissait, un 
grand nombre d’ouvriers étaient sans travail. 

10 



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LA BOXE FRANÇAISE 



Le gouvernement, sentant venir la révolution, profita de la 
situation faite à la population ouvrière de Paris, prit un prétexte 
pour créer des enrôlements volontaires pour les jeunes gens de 
17 à 25 ans, dont il forma 24 bataillons sous le titre de « gardes 
mobiles » (1). Cette formation était composée d’enfants de Paris ; 
à côté de ceux-ci il y avait un grand nombre d’individus de la 
pire espèce. Aussi le gouvernement savait bien ce qu’il faisait, il 
retirait ainsi des rangs de l’insurrection 24 bataillons dont il 
allait se servir pour la combattre ; il mettait ainsi les fils en face 
de leur père, de leur mère et de leurs frères, c’était du propre. — 
Aussi dans cette dernière révolution, les gardes mobiles se dis- 
tinguèrent d’une manière féroce ; on les avait créés en vue de 
la dernière révolution, a-t-on dit, cela paraissait vraisemblable, 
puisqu’on les a licenciés peu de temps après. Pendant la dernière 
révolution, pour stimuler leur zèle, onavaitfait circuler parmieux 
des légendes de mobiles, pris, brûlés sur des tas de paille et surdes 
bûchers, puis d'autres sciés entre deux planches. En 1871, on fit 
aussi courir des légendes semblables qui permettaient à la répres- 
sion d’agir vigoureusement et de donner libre cours aux ven- 
geances personnelles. Nous avons ditque lesgardes mobiles étaient 
tous des enfants de Paris ; après la révolution, ils étaient campés 
un peu partout, à la place du Trône; les gamins allaient manger 
la soupe avec eux. Le peuple n’est vraiment pas méchant, vain- 
queur ou vaincu, il n’a pas de haine et ne paraît pas se souvenir 
du passé. Il y eut pas mal d’orphelins après la révolution. 

Charlemont continua encore à pousser la navette, ce qui ne lui 
paraissait pas être un avenir brillant. Il essaya ensuite un peu 
de tout ; en apprentissage, les patrons lui faisaient faire des courses 
ou des corvées qui ne lui apprenaient pas à travailler. Il essaya 

(1) La garde mobile fut formée en vertu d’un décret du gouvernement 
provisoire, le 25 février 1848, à 7 heures du matin,. signé : Garnier-Pagès, 
Lamartine. 

Les enrôlements volontaires commençaient le même jour à midi, dans 
les douze mairies de Paris, pour les jeunes gens de 17 à 25 ans. La solde 
était de 1.50 par jour ; ils étaient logés, habillés, armés et équipés aux 
frais de l’Etat. 

Après la révolution de Juin r on les- surnomma : les bouchers de Cavaignac. 



LA BOXE FRANÇAISE 



133 

chez un fabricant d’articles de ménage ; celui-ci l’envoyait livrer 
des marchandises et prendre des commandes dans tous les quar- 
tiers les plus éloignés de Paris et la banlieue, avec une voiture 
à bras très chargée qu’il fallait traîner jusqu’à 9 heures du soir. 

Il voulut essayer autre chose, servir les maçons, mais la force 
lui manquait, pour montera l’échelle une auge pleine de plâtre 
et d’eau sur la tête, le cou fléchissait et l’auge tombait en bas; 
c’est très lourd une auge de plâtre mouillé ;les camarades se subs- 
tituaient bien à cette corvée, pour lui en faire faire d’autres, mais 
les patrons ne l’entendaient pas ainsi, il ne put continuer ; il ga- 
gnait 2 francs par jour à ce métier, c’était le prix. 

Il essaya de faire des déménagements, chez Bailli, place Saint- 
Sulpice ; c’était très dur, il était trop faible et ce n’était pas un 
métier, puis on n’était pas payé quand il n'y avait pas de démé- 
nagements à faire, et pour être les premiers s’il arrivait du travail, 
il fallait coucher dàns les écuries avec les chevaux ; on partait 
parfois la nuit pour aller dans les environs de Paris, assez loin. 
Entrer en apprentissage, il ne fallait pas y compter, on ne pou- 
vait pas donner plusieurs années pour apprendre sans être payé ; 
il fallait manger. Ne sachant plus où donner de la tête, il eut 
l’idée de partir pour la Crimée faire la guerre ; il demanda à un 
colonel dont le régiment était à Vincennes et qui partait pour la 
Russie, de vouloir bien l’emmener; cet officier ne voulut pas 
prendre cette responsabilité, le trouvant trop jeune. Il .végéta 
encore quelque temps pour atteindre ses dix-sept ans. Alors ce ne 
fut pas long, il s’engagea pour 7 ans. Comme les zouaves étaient 
les premiers soldats du monde, il voulut en être et au 1 er zouaves; 
seulement, comme il n’y avait pas de place au premier, il dut se 
résigner pour le 2 e régiment. 

Le jour de son départ, il fit ses adieux à sa famille ; pour lui 
donnér du cœur, jsonpàrelui dit que s’il avait été raisonnable, il 
lui aurait donné quelque argent pour faire sa route, mais le cons- 
crit ne songeait guère à l’argent ; en ce moment, il allait quitter 
une vie de misères et rde luttes sans fin , il allaitêtre libre, il allait 
être un homme ; c’est tout ce qu’il désirait. 

Il alla rejoindre son régiment en Algérie, à Oran.; il avait juste 
17 ans. Il; fit la traversée de Marseille à Oran , sur- le vapeur: le 



154 



LA BOXE FRANÇAISE 



Cheliff. Très heureux de voir la mer, il n’avait pas peur, il savait 
nager. Dans le golfe de Lyon, il y eut une tempête effroyable, ce 
qui n’est pas rare dans ces parages ; notre volontaire ne craignait 
pas de faire naufrage, au contraire il l’eût presque désiré, pour 
mettre à l’épreuve ses qualités de nageur ; mais il fallut en ra- 
battre, le mal de mer lui enlevait toute son énergie, il dut aban- 
donner ses illusions belliqueuses et rester allongé sur le pont, 
malade et anéanti. Quatre jours après, il débarquait en bonne 
santé, à Mers-el-Kebir ; deux heures après, il était à Oran, au 
camp Saint- Philippe. 

Noire volontaire, qui se figurait qu’il suffisait d’avoir de la 
volonté et du courage pour arriver, perdit encore cette illusion ; 
il s’aperçut seulement qu’il ne savait ni lire ni écrire. Cela lui fit 
faire des réflexions. Il ne se rebuta pas, bien convaincu qu’il ferait 
sa carrière dans l’armée. Il commença par employer une partie 
de sa solde (65 centimes par prêt) pour acheter cahiers de papier, 
plumes, crayons, modèles et livres. Il alla trouver un instituteur 
à qui il conta son cas, ses espérances et ses désirs. Le maître 
d’école fit un sympathique accueil au jeune zouave et consentit 
de bon cœur à lui donner gracieusement quelques leçons, et des 
devoirs à faire au régiment. Il lui en envoya même par corres- 
pondance, quand il était parti dans les bamps; il poussa encore 
la délicatesse jusqu’à ajouter quelques timbres-poste pour per- 
mettre à celui-ci d’écrire souvent et l’aider dans ses petites dé- 
penses scolaires. Au bout de quelques mois,. Charlemont savait 
parfaitement lire et écrire, ses quatre règles d’arithmétique et 
quelques autres notions diverses d’instruction. 

Aussi Charlemont conserva-t-il toute sa vie la plus grande 
reconnaissance au père Muller, cet homme de bien qui fut son 
maître d’étude et son bienfaiteur tout à la fois; de sa vie, il ne 
ressentit une plus grande douleur que le jour où il apprit la mort 
de ce brave et digne homme. 

Il était assez rare à cette époque de voir des soldats sachant 
lire et écrire correctement, même parmi les gradés (sous-officiers 
et caporaux). 

A ce sujet, l’ami Louis Noir nous racontait un jour que le colo- 
nel du 72 e de ligne ne pouvant trouver de caporaux ou de ser- 



LA BOiXE FRANÇAISE 



155 

gents dans son régiment pouvant faire un fourrier, s’était 
un jour adressé aux caporaux et sergents du 2 e régiment de 
zouaves, en leur demandant d’entrer dans son régiment avec un 
grade supérieur au leur. Laréponse générale, fut celle-ci : Mon 
colonel, nous nous sommes engagés pour les zouaves, ce n’est pas 
pour entrer dans la ligne (1). 

Comme nous l’avons dit, Charlemont partit comme engagé 
volontaire pour 7 ans, rejoindre en Afrique, le 2 e régiment de 
zouaves: il avait alors 17 ans juste, l m 66 de taille, assez bien pris, 
blond comme les blés mûrs et la figure poilue comme un œuf. Il 
paraissait tout au plus 14 ans, un vrai gamin. A ce moment il 
était certainement un des plus jeunes soldats du régiment et se 
trouvait au milieu d’anciens dont la plupart avaient fait les cam- 
pagnes d’Afrique et de Crimée ; justement, en raison de son âge 
et de ses allures de gamin, ceux-ci voulaient le traiter comme 
tel. Lui ne l'entendait pas ainsi et prétendait être soldat au même 
titre qu’eux, faire son devoir, rien de plus. A plusieurs qui lui 
intimaient comme un ordre de faire une corvée qui ne lui incom- 
bait pas, il répondait : Je suis engagé volontaire pour faire 
mon service et non le vôtre, je ne suis pas votre domestique. Je 

(1) Nous n’entreprendrons pas de raconter les campagnes de Charlemont 
pendant le cours des quelques années qu’il passa au 2e régiment de 
zouaves, ce serait beaucoup trop long ; un volume entier ne saurait conte- 
nir ses impressions, ses souvenirs et tous les faits qui se sont passés 
autour de lui. 

D’ailleurs nous nous écarterions beaucoup trop de notre sujet qui doit 
n’avoir pour but que ce qui a trait à sa carrière de professeur de boxe. Il 
nous suffira de dire qu’après avoir fagit ses classes d’instruction militaire, 
et passé au bataillon de guerre, il fit les campagnes suivantes : 

Prise de la grande Kabylie en 1857, du 9 avril au 24 juillet ; la cam- 
pagne d’Italie, du 25 avril au 1 er août 1859 ; et l’expédition du sud OranaiS 
(aux Béni-Snassen), du 3 septembre 1859 au 11 janvier 1860. 

Dans les intervalles de ces expéditions, à Oran, Tlemcen, Sidi-Bel-Abbès, 
Arzew, ou dans les camps de Raschgoun et d’Ain-Kial, il était employé à 
des travaux du génie militaire : création de puits ou fontaines, travaux de 
défense ou de route, tels qu’on les exécute ordinairement dans toutes les 
colonies. 



LA BOXE FRANÇAISE 



116 . 

ne vous refuse pas un service demandé poliment, en camarade, 
mais par force et injustement, je ne ferai rien, zut! 

Les grandes barbes se fâchaient et Charlemont recevait des piles ; 
ils les. lui donnaient dans des conditions de loyauté qui ne leur 
faisaient pas honneur. La première qu’il reçut, c’était pendant 
l’expédition de la grande Kabylie, le jour même de l’assaut des 
positions des Benis-Raten, le 24 mai 1857, vers deux heures du 
matin. On avait fait faire le café la veille pour n’avoir pas à allu- 
mer de feux le lendemain matin et ne pas donner l’éveil aux 
Kabyles, qu’on devait attaquer avant le jour. Les sacs et le cam- 
pement avaient été empaquetés, ficelés pendant la nuit, pour être 
portés ados de mulets. A ce moment, une dispute s’éleva entre 
Charlemont et un de ses camarades d’escouade ; ce dernier, profi- 
tant que celui-ci avait un paquet de sacs derrière lui, le poussa, le 
fit tomber à terre et le bourra de coups de poing. Tous les cama- 
rades regardaient faire et ne disaient rien ; ils paraissaient au con- 
traire satisfaits devoir le gamin étrenner. Avaient-ils peur du vain- 
queur qu’ils n’osaient pas lui reprocher sa brutale déloyauté? 
peut-être!... on voit parfois de ces courages-là. Plus tard Char- 
lemont se vengea. 

La deuxième pile qu’il reçut se passa à peu près dans les mêmes 
conditions de loyauté que la première ; ils se mirent à plusieurs 
contre lui et n’eurent même pas scrupule de le frapper à terre. 
Les autres regardaient toujours et ne disaient rien. L’homme est 
ainsi fait : l’eau va toujours à la rivière, lui va généralement du 
côté du plus fort ; ce n’est pas un noble sentiment, mais c’est 
comme cela. Nous verrons plus tard se produire ce sentiment en 
faveur du gamin. 

Doué d’un caractère énergique mais plutôt doux et timide que 
querelleur, Charlemont avait oublié ses piles, maison ne lui laissait 
pas oublier les menaces journalières; à la moindre plaisanterie 
de sa part, ou à un juste refus de faire la corvée d’un autre, il 
entendait ce refrain trop connu ; je vais te f... sur la g... Je vais 
te f... ma main sur la g... Je vais te casser la g... ! Fatigué de 
ces menaces aussi incessantes qu’énervaptes, il en parla à ses 
camarades de Paris qui étaient dans d’autres bataillons ou com- 
pagnies ; ceux-ci lui dirent : « Voyons, tues solide, pas manchot, 



LA BOXE 'FRANÇAISE - 



m 

et pas poltron, ne te laisse pas manquer de respect, tape donc 
dessus. Si on abuse de la force ou du nombre, eh bien ! nous nous- 
en mêlerons : ouvre l’œil, sans quoi tu ne serais plus des nôtres, 
tu entends! tape dessus et n’aie pas peur, a Le conseil était for-, 
mel, ses camarades étaient plus âgés, plus forts et plus expéri- 
mentés que lui. Chaque fois qu’ils recevaient de l’argent .de leurs 
parents, ils l’invitaient à venir en profiter avec eux en faisant 
la fête, cela leur arrivait souvent, aussi comme lui ne recevait 
jamais d’argent de ses parents , il ne voulait . pas perdre des cama- 
rades aussi précieux à tous les points de vue ; il promit bien 
qu’à la première occasion, il profiterait de leurs conseils, ce 
qui ne tarda pas, car peu de temps après, en 1858, à Tlemcen, 
jolie petite ville de la province d’Oran, le 3 e bataillon dont il fai- 
sait partie était chargé de travaux de terrassement à un bassin 
touchant les murs de la ville. Charlemont se trouvait en pantalon 
de toile, en bras de chemise, manches relevées, la pioche à la 
main, lorsqu’à propos d’une futilité, un homme de son escouade 
le menaça comme de coutume ; Charlemont se redressa et lui dit 
avec calme mais froidement : « Il y a assez longtemps que tu 
m’embêtes, eh bien ! c’est moi qui vais te régler ton compte. » 
L’autre, plus fort, fut fort étonné de cette brusque mise en demeure, 
mais croyant avoir facilement raison de son adversaire, il se 
jeta sur Charlemont, qui le reçut par un terrible coup de poing 
direct sur l’œil gauche, qui l’envoya rouler à terre ; le coup 
avait été tellement sec, que l’œil était fendu à deux places, on 
aurait dit deux coups de couteau. Il revint à la charge ; Char- 
lemont, conservant son sang-froid et cette précision qui en fit plus 
tard un boxeur sérieux, le reçut de nouveau par le même coup, 
mais cette fois sur le nez, d’où le sang jaillit comme d'un arrosoir ; 
l’homme alla rouler à terre pour la deuxième fois. Il se releva 
pourtant et se jeta encore sur Charlemont qui, cette fois, tant il 
était effrayé d’avoir porté des coups aussiforts, ne fitaucun effort 
pour empêcher son adversaire de le prendre à bras-le-corps ; il se 
laissa ceinturer, mais lorsque celui-ci l’enleva pour le jeter a 
terre, Charlemont, qui a toujours eu l’intuition delà lutte, donna 
à son corps une impulsion rotative de manière que ce fut son 
adversaire qui en tombant se trouva dessous. Enfin i épuisé de ses. 



158 



LA BOXE FRANÇAISE 



efforts inutiles étourdi, écrasé parle poids de Charlemont, qui 
était tombé dessus etle maintenait un genou sur la poitrine, la 
main gauche serrée au col, le poing droit levé et prêta frapper, 
lui dit : « Est-ce fini ? en as-tu assez? » l’autre ne disait rien, il 
était anéanti. Les camarades n’intervinrent que faiblement par 
des paroles, pour faire cesser le combat, et ne s’interposèrent pas 
d’une manière effective ; avaient-ils peur de Charlemont? peut- 
être bien, la bôte lâche reparaissait-elle?... c’est possible, dans 
tous les eas, le sentiment contraire se produisait comme pour les 
deux piles données antérieurementà Charlemont, ils se rangeaient 
du.côté du [dus fort, du vainqueur. Les vaincus perdent leur pres- 
tige lorsqu’ils en ont. C°qui est vrai, c'est qu’en présence du cou- 
rage, du sang-froid qu’il avait montré en cette circonstance, et 
surtout de la précision avec laquelle il détendait ses vigoureux 
coups de poing, ils étaient tombés en admiration devant lui, le 
complimentèrent et le questionnèrent ainsi: — « Tu sais donc te 
battre toi? » — Ils le croyaient déjà un maître de la boxe ; leur 
ignorance pouvait le leur faire croire, alors qu’il n’en avait 
aucune notion. 

Charlemont fut-il grisé par son premier succès, nous l'ignorons. ; 
voulut-il poursuivre son œuvre en frappant un grand coup pen- 
dant qu’il était en veine, c’est probable. En rentrant du chantier, 
il alla trouver le sergent major et lui raconta ce qui venait de se 
passer, ajoutant qu’il désirait provoquer son adversaire pour le 
contraindre à aller sur le terrain. Celui-ci l’emmena au rapport 
chez le commandant, auquel il expliqua ce qui venait de se pas- 
ser en ajoutant : — « Mon commandant, Charlemont est engagé 
volontaire, sa conduite ne laisse rien à désirer, tant au point de 
vue de son service, de sa tenue et de sa bravoure, c’est lui que le 
général de Mac-Mahon nomma premier soldat pour acte de bon 
service devant l’ennemi. Mais en raison de sa jeunesse, il se trouve 
en butte aux tracasseries d’une partie de ses camarades, aujour- 
d’hui il prend la résolution de faire cesser cet état de choses ; il 
vient vous prier, mon commandant, delui accorder la permission 
d’aller se battre en duel avec son adversaire. » Le commandant 
lui dit: — « Mon garçon, vous irez sur le terrain, vous avez raison 
de vous faire respecter, vous appartenez à un régiment qui honore 



LA. BOXE FRANÇAISE 1Ï59 

l’armée française, il ne faut pas lui laisser porter aucune atteinte, 
en commettant une lâcheté, allez !» 

Le lendemain matin, à 3 heures, on vint réveiller Charlemont 
qui dormait profondément, comme on dort à cet âge-là et qui ne 
pensait guère à son déjeuner à la fourchette. Vite ! Vile ! debout, 
lui dirent ses témoins déjà prêts ; cinq minutes après, les deux 
adversaires partaient, accompagnés de leurs témoins, du sergent 
major, du maître d’armes et de son prévôt. Plusieurs zouaves, 
curieux d’assister à un duel, chose rare à celte époque, se diri- 
gèrent sur le lieu du combat, mais par des chemins détournés. 
Ce terrain se trouvait dans le bois de Boulogne, assez éloigné de 
la ville. Pour y arriver, il y avait une longue route bordée de 
chaque côté par de vieux et grands arbres qui formaient comme 
une voûte au-dessus de la route. 

Il faisait frais malgré la chaleur déjà forte à cette heure mati- 
nale. Toute la troupe marchait sans bruit, sans parler, grave, 
réfléchie, comme ayant conscience qu’on allait assister à un drame 
sérieux. Charlemont très émotionné réfléchissait ; il pensait.pro- 
bablement avoir fait une boulette et regrettait d’avoir été si loin 
en provoquant cette affaire. De temps en temps, il jetait .un 
regard furtif sur son adversaire qui ne paraissait pas vouloir se 
dérober au combat, ni être émotionné; il l’était pourtant plus que 
lui, il avait été fortement battu la veille à la boxe, ce n’était pas 
pour lui inspirer confiance; il avait appris les armes et ne 
manquait pas de courage. 

Charlemont n’avait jamais pris qu’une leçon de fleuret, celle 
qu’il prit la veille avec le maître d’armes du 72 e régiment de ligne 
qui se trouvait logé dans la même caserne que lui (caserne Gour- 
melat), à qui il s’adressa en ces termes : — « Sergent, je dois me 
battre en duel demain matin, je n’ai jamais pris de leçon, je ne 
connais les fleurets que pour en avoir vu de loin dans les pano- 
plies, je n’en ai de ma vie tenu entre Les mains. Je désirerais 
pourtant n’avoir pas l’air si bête, voudriez-vous avoir l’obligeance 
de me montrer ce que je dois faire pour cela ? » Le maître fit le 
nécessaire pour la circonstance. Tout en marchant, Charlemont 
réfléchissait toujours ; il y avait peu de temps il avait lu des romans 
de cape et d’épée, et se souvenait de certains duels qu’il compa- 



LA RpXR PRA^ÇAISJS.:; 



i m. 

rait au sien ; il avait la conviction que son affaire serait sérieuse 
el qu’il y aurait mort d’homme. . 

Absorbé-par ses pensées, il leva la tête et vit une éclaircie dans 
le feuillage formant voûte, au travers de laquelle le soleil venait 
lancer ses vifs rayons ; une volée de petits oiseaux gazouillant, 
chantant à plein gozier, « comme si c’était décent dans un pareil 
moment. » C’était bien ce qu'il avait lu, il y. avait comme de la 
poésie dans les duels, donc c’était sérieux. 

' On marchait toujours dans le plus grand silence, troublé de 
temps en temps des coua-coua de crapauds ou de grenouilles qui 
habitaient les fossés de la route; c’était lugubre, mais on marchait 
toujours, c’était loin. Enfin la route fait un angle à gauche et se 
continue très loin encore. Charlemont espère toujours sur l’im- 
prévu et se disait : pendant qu’on marche on ne se tue pas. Mais 
à ce moment le maître d’armes crie : halte ! c’est ici,' en mon- 
trant une espèce de pelouse dénudée et rôtie par, le soleil ; son 
sang ne fit qu’un tour car il aperçut, dans un coin du terrain, un 
tas de terre fraîchement remuée^ à côté d’un trou ressemblant à 
une fosse, c’était bien ainsi qu’il pensait : ta fosse était faite d’a- 
vance, celui qui sera tué sera enterré séance tenante, les autres 
s’en iront et tout sera dit. — Enlevez vos vêtements, mettez-vous 
nus jusqu’à laceinture. Charlemont, voyantqu’il ne devait comp- 
ter que sur lui-même, reprit alors son sang-froid. Les témoins 
font le salut, prennent les distances, placent les deux adversaires, 
engagent les fleurets en les croisant à dix centimètres delà pointe 
et disent : soldats du 2 e régiment de zouaves, faites votre devoir, 
allez. Alors Charlemont ne voit plus rien que comme un brouil- 
lard devant le soleil. 11 ne se rappela rien des conseils du maître, 
ni de ce qui se passa pendant le combat ; à un moment, il sentit 
dans sa main une résistance assez forte, c’était son fleuret qui 
venait de traverser son adversaireà trois places; illâcha son fleu- 
ret qu’on vit danser dans les blessures. Les témoins s’empressèrent 
de le retirer le plus adroitement possible, car il avait traversé 
la paume de la main, le biceps et le côté droit du corps sous 
l’aisselle. On fit un pansement provisoire. Les combattants s’em- 
brassèrent par l’ordre du maître d’armes et toute la petite troupe 
se remit en route pour la caserne. En passant près du tas de terre 



LA B (IXE FRANÇAISE _ 



m 

et de la prétendue fosse qui. l’avait si fort impressionné, Gharlè.-' 
mont jeta cette fois, de ce côté, un regard qui témoignait de la: 
satisfaction qu’il avait d'un résultat si inattendu. On s'en retourna 
comme on était venu, dans le plus grand silence ; il semblait 
pourtant que l’inquiétude avait disparu des physionomies et que 
chacun était soulagé du poids de la responsabilité qui pesait sur 
lui, surtout en raison de la gravité qu’on supposait devoir résul- 
ter de ce duel que tous prenaient au sérieux. 

Aussitôt le duel terminé, les quelques soldats qui avaient pu y 
assister en curieux se dépêchèrent. de rentrer au quartier. Laporte 
de la caserne était encombrée de soldats, zouaves et lignards ; on 
attendait anxieusement des nouvelles de l’affaire. Les premiers arri- 
vent : — « Eh bien ? disent les uns ; quel résultat? disent les autres ; 
Charlemont est vainqueur !... — Ah !... il est fort !... — C’est un 
maître épatant!... — et alors ?... — il a traversé l’autre à trois 
places ! — Oh !... » — Les combattants arrivent, on s’empresse 
auprès d’eux, on leur presse la main, on demande des détails aux 
assistants. Charlemontest naturellement l'objet de la plus grande 
curiosité, en même temps qu’il fait l’admiration de tous. Il sem- 
blait que personne ne l’eût connu avant. 

Toute la petite troupe, augmentée d’un grand nombre de cama- 
rades, alla à la cantine sceller le pacte qui fit des deux adver- 
saires des amis inséparables. 

Il fallait voir alors notre héros de 18 ans, au milieu de ces vieux 
soldats d’Afrique et de Crimée, inspirant non seulement la crainte, 
mais le plus grand respect. 

Voici comment se font les réputations ; avis aux jeunes ! 

Deux mois après son fameux duel, Charlemont faillit compro- 
mettre sa réputation. Grâce à son sergent-major, un Parisien de 
35 ans, très sérieux, il échappa à ce danger. C’était toujours à 
Tlemcen et cela se passa dans la chambrée. 

Un des deux témoins de son adversaire était justement celui 
qui l’avait battu en Kabylie, le 24 mai 1857, un gros Alsacien 
très fort, ayant une douzaine d’années de service. On rentrait du 
tir à la cible, une dispute s'éleva entre eux : après des mots réci- 
proques, Charlemont alla se placer au milieu de la chambrée et 
l’interpella : « — Tu es un gros fainéant, souviens- toi de ce que tu 



162 



LA BOXE FRANÇAISE 



m’as fait en Kabvlie, ici tu ne feras pas de même ; si tu as du cœur 
avance donc!... »Sans défiance aucune, le gros Alsacien avança, 
mais avec tant d’élan et si peu de prudence, qu’à la distance pré- 
cise, il reçut de Charleniont, en pleinefigure, ce coup de poing si 
sec, dont celui-ci paraissait déjà avoir le secret. L’Alsacien roula 
sur le parquet, puis il se releva et voulut renouveler deux fois de 
suite sa tentative d’attaque ; ce fut en vain, car à chaque fois il 
recevait un coup de poing terrible qui le faisait rouler sur le sol. 
Il dut se retirer au pied de son lit, la figure ensanglantée, honteux 
d’une p areille défaite, maugréant, ruminant sans doute une ven- 
geance. (Il n’en fut pourtant rien.) 

Charlernont impassible, debout à la même place, n’ayant. pas 
bougé d'un pas pendant le combat, lui dit : — « Maintenant ce 
n’est pas fini, toi qui as des prétentions sur "les armes et qui, 
comme témoin à mon duel, as réglé les apprêts du combat, eh ! 
bien! moi je vais aussi te régler ton compte, tu viendras avec moi 
demain sur le terrain, je te ferai voir ce que c’est qu’un maître 
d’armes. » 

Charlernont se rendit chez le sergent-major, le mit au courant 
de son affaire en le priant de demander au commandant la per- 
mission d’aller se battre sur le terrain. Le sergent-major, homme 
d’esprit, très réfléchi, lui dit : « Personnellement je suis satisfait 
des résultats que vous avez obtenus, mais vous êtes un enfant, 
vous devez vos succès à votre énergie, à votre courage ; mais le 
hasard vous a favorisé quant à votre duel, car vous ne connaissez 
pas le premier mot des armes ; votre réputation est à cette heure 
fortement établie, n’allez pas donner au hasard l’occasion de vous 
la faire perdre. Comprenez- vous que si votre adversaire réussis- 
sait à vous toucher sur le terrain, qu’il en serait d'autant plus 
grandi aux yeux de ses camarades que vous en seriez plus dimi- 
nué. Vous avez eu votre revanche de Kabylie, et cela au grand 
jour, restez sur vos lauriers, pas de bêtises. Vous n’irez pas sur 
le terrain vous battre, rentrez à la chambre, et pas un mot de ce 
que je viens de vous dire. » 

Une demi-heure environ après cette conversation, alors que les 
hommes de la chambrée étaient encore occupés à nettoyer leur 
carabine, le sergent-major entra dans la chambre et dit d’unè 



LA BOXE FRANÇAISE 



163 



voix forte et sévère : — « Charlemont, le commandant vous refuse 
la permission d’aller vous battre, il ne veut pas prendre sur lui la 
responsabilité d’un grave accident. » Puis il se retira. Naturelle- 
ment on commenta de façon avantageuse pour Charlemont le soi- 
disant refus du commandant, inventé de toute pièce par le sergent- 
major. On disait qu’il avait eu peur que Charlemont tue l'autre. 

Le commandant, prévenu du subterfuge, approuva le sergent- 
major. 

Ainsi finit cette aventure, qu’on peut méditer au point de vue 
moral et physique. 

En quittant Tlemcen, la compagnie de Charlemont fut détachée 
au camp de Raschgoun, pour y construire une route; son escouade 
fut détachée au camp d’Aïn-Kial pour y faire des puits. C’est ici 
que Charlemont prit ses premières leçons de boxe, elles ne furent 
pas nombreuses et la qualité laissait fort à désirer. 11 y avait à 
Aïn-Kial un détachement de soldats du bataillon d’Afrique ; parmi 
eux, plusieurs s’amusaient à faire du chausson ; Charlemont s’a- 
boucha avec eux et prit quelques leçons. Quelques jours après, 
on lui fit faire assaut, sans gants, d’ailleurs on ne donnait pas de 
coups de poing. Les pieds étaient garnis de chaussons fabriqués 
par les soldats, avecdes morceaux de couvertures de campement. 
En faisant assaut, il reçut en plein dans l’œil un coup de pointe 
de pied, d’un grand diable de joyeux, il crut avoir l’œil crevé. Un 
arabe, qui prenait part aux assauts, mit du savon noir derrière 
l’oreille de Charlemont; on ne vit jamais aucune trace du coup 
de pied, était-ce l’effet du savon? ... On lui fit faire assaut avec 
un arabe qui était de même taille quelui, très leste et fort robuste ; 
il reçut un si formidable coup de pied porté avec le talon, dans 
les reins, qu’il lui semble le sentir encore aujourd’hui. On sait 
que les arabes n’ont pas les pieds tendres, « puisqu’ils marchent 
avec, diraitBoquillon ». Ces arabes avaient dû apprendre le chaus- 
son avec des marins ou des Marseillais, car leurjeu ressemblait à 
celui de ces derniers. Ils avaient une manière spéciale de l’exécu- 
ter et de se tenir en garde. Us se tenaient complètement droits, les 
pieds se touchant presque, les bras pendants de chaque côté, le 
long du corps, comme dans la position du soldat sans arme. Le 



164 * 



LA BOXE FRANÇAISE 



corps tourné de côté, une épaule en avant. Dans cette position, ils 
ressemblaient à des pantins faisant de petits bonds en avant, en 
arrière, à droite et à gauche, sans aucune flexion ni du corps ni 
desjambes, et frappaient en cadence leurs cuisses de leurs mains. 
A un moment donné, la jambe qui se trouvait en arrière partait 
avec une grande rapidité, traçait un demi-cercle horizontal et 
venait frapperavec une grande force les reins de l’adversaire.Dans 
son mouvement, la jambe restait souple, molle, sans flexion ni 
extension, c’était comme un coupde fléau. Ce coup, qu’ils faisaient 
admirablement, peutêtre comparé à notre ancien coup de pied en 
tournant. Bien exécuté contre des personnes inexpérimentées, 
ce coup serait très dangereux pour celles-ci. 

Ils exécutaient aussi très bien un autre coup, bien moins pra- 
tique que le premier ; il consistait à se porter vivement en avant 
en posant les mains à terre, en tournant en même temps le dos à 
l’adversaire et lui lancer les deux coups de pied successivement 
dans le creux de l’estomac. Ce coup s’exécutait par flexion et 
extension. 

Les marins et les tireurs du midi de la France employaient beau- 
coup ces deux coups de pied, mais ils faisaient le premier moins 
bien que les arabes. Ils employaient encore deux autres coups de 
pied : l’un consistait à faire la roue et frapper des deux pieds 
la poitrine de l’adversaire, l’autre un coup de pied double en sau- 
tant, lancé des deux pieds successive mement, presque simultané- 
ment, pour frapper sous le menton. 



Charlemont revint à Paris dans sa famille, en congé de réserve. 
Il se chercha une situation; n’en trouvant pas, il n’hésita pas, et 
prit de nouveau du service, à titre de rengagé, au 13 e bataillon de 
chasseurs à pied. 

On a pu constater dans le cours de cette biographie, que Char- 
lemont possédait un tempérament qui se prêtait volontiers aux 
exercices du corps. Il s’adonna à l’étude des exercices par plaisir, 
par passion, ne songeant pas qu’il se consacrerait un jour à l'en- 
seignement et en ferait sa profession. 

Le i S e bataillon de chasseurs à pied était, en J860, caserne de 



LA BOXE FRANÇAISE '165 

l'Ave -Maria, disparue depuis. C’était un ancien couvent, portant 
le nom indiqué ci-dessus. 

Il y avait une salle de boxe; Charlemont alla voir donner les 
leçons et se fit inscrire comme élève volontaire. 

Le prévôt, qui lui donna sa première leçon, fut fort étonné de 
la correction et des facilités de son élève; il le fit reposer et alla 
prévenir le maître qui vint assister à la deuxième partie de la 
leçon ; il paraît qu’il fut émerveillé des dispositions de son nouvel 
élève. La leçon terminée, il le prit à part et lui demanda s’il avait 
déjà pris des Jeçons. Charlemont lui dit ce qu’il avait fait en 
Afrique. Le maître lui fit faire assaut avec lui : — Vous êtes de 
la force d’un prévôt, lui dit-il, et même quelque chose de plus. 
Dimanche il y aura assaut aux Voltigeurs de la Garde, à Cour- 
bevoie, si vous voulez, je vous y emmènerai, très heureux de vous 
présenter ; je vous offre gracieusement votre brevet ainsi que toutes 
les dépenses de la journée!... — Je me tiens à votre disposition 
si cela peut vous être agréable, trop heureux si je puis faire hon- 
neur à vos présomptions. 

A l’assaut, on mit Charlemont devant un maître qui avait la 
réputation de n’accepter pour le brevet de prévôt que des élèves 
bien formés. L’assaut commença et attira l’attention de tous les 
maîtres et prévôts présents. Tous s’étaient arrêtés pour voir ce 
nouveau tireur, qui n’avait pour ainsi dire pas travaillé et qui 
tenait tète à un maître connu. L’assaut terminé, le maître, qui 
venait de lui faire subir l’épreuve obligatoire, le présenta à tous 
les maîtres et prononça à haute voix ces paroles remarquables : 
— « Messieurs, je vous présente le chasseur Charlemont, en qualité 
de prévôt, je le trouve dans les meilleures conditions, pour l’ob- 
tention de son brevet. Je constate en même temps que s’il avait 
six mois de travail de plus, aucun de nous ne pourrait tenir devant 
lui avec avantage. Celui qui en douterait n’a qu'à se mettre devant 
lui et le faire travailler. » Ce maître se nommait Barrère, il était 
, 1 er maître au régiment des grenadiers de la garde impériale. Quel- 
ques maîtres qui assistaient à cet assaut existent encore. 

Cette prophétie ne se réalisa pas six mois après, mais deux ans 
plus tard, tous les maîtres constataient qu’il était fort difficile de 
tires avec-avantage contre Charlemont. 






166 LA BOXE FRANÇAISE 

Ce premier succès stimula l'amour-propre du futur professeur, 
il ne manquait pas de faire savoir à tous qu’il était prévôt et de 
montrer son brevet au besoin. 

Une occasion se présenta de donner libre cours à son ambition. 
En 1861, Louis Vigneron, qui avait annoncé un assaut public dans 
la salle du Waux-Hall, reçut, quelques jours avant la séance, la 
visite d’un jeune chasseur à pied, qui venait lui demander de tirer 
dans l’assaut : C’était Charlemont. « Qui êtes-vous, et que savez- 
vous faire?... demanda Vigneron. — Je suis prévôt au 19 e ba- 
taillon de chasseurs à pied. — Voilà des gants : voyons ce que 
vous savez faire. » — Après quelques passes : — « Cela ira, dit 
Vigneron, mais il faudra venir travailler tous les jours avec moi. 
— Tirerai-je à votre assaut?... — Vous tirerez. — Avec qui? — 
Avec moi. » 

' Charlemont n’avait pas tant espéré. Du premier coup d’œil 
Vigneron avait reconnu que ce jeune chasseur, qui manquait 
d’école, de méthode, qui, pour ainsi dire, n’avait pas eu de maître, 
était merveilleusement doué, qu’il avait une vitesse et une agilité 
exceptionnelles. 

L’assaut fut brillant; Vigneron, qui était bonhomme au fond, 
tout en ménageant un peu son jeune adversaire, lui donna l’oc- 
casion de développer ses qualités naturelles de rapidité et d’à- 
propos. A dater de ce jour, Charlemont fut classé parmi les tireurs 
de première force ; en quelques mois il acquit ce qui lui manquait 
et, dès l’année suivante. Vigneron n’eut plus besoin de le ména- 
ger. Rien n’était plus curieux que de voir ce jeune homme leste, 
vif, bien découplé, aux prises avec ce colosse aux poings formi- 
dables, à la jambe puissante comme une catapulte. Pourtant, il 
faut bien le dire, il y avait une disproportion de taille, de poids 
et de force musculaire qui rendait l’assaut peu sévère. 

Aussi les amateurs, pour juger définitivement Charlemont, 
désiraient-ils le voir en face d’Hubert Lecour. 

Charlemont, casernéau Prince Eugène, place du Château-d’Eau, 
fréquentait assidûment la salle Vigneron, il y travaillait sérieu- 
sement, s’exerçant à donner la leçon et faire des assauts avec les 
élèves. 

Un jour, il fit un remarquable assaut, avec Emile Lamand, 



LA ,BÔXE FRANÇAISE 



m 

prévôt de Vigneron, un garçon de moyenne taille, construit soli- 
dement, ne reculant pas d’une semelle en tirant. Aussi Charlemont 
eut-il fort à faire avec lui; heureusement qu’avec ses jambes il le 
dominait et le tenait à distance. Il ne put pourtant pas éviter plu- 
sieurs engagements, où les poings frappaient dur. Quoique moins 
entraîné que son adversaire, à cet exercice, Charlemont fît voir 
qu’il rie reculait pas non plus facilement. L’aSsaüt se termina par 
une salve de bravos et d’applaudissements. Les deux champions, 
en se serrant la main, purent, en se regardant le visage, constater 
les traces de leur mutuelle vigueur. Vigneron témoigna ses regrets 
de n’avôir pu faire paraître cet assaut en public. 

Vers 1865-1866, Emile Lamand, prévôt de Louis Vigneron, 
partit pour Madrid (Espagne) afin d’y enseigner la boxe française. 
C’était un garçon de 25 ans environ, 1 m , 68 de taille, cheveux 
crépus, fort bien au physique et magnifiquement musclé, souple, * 
d’une vitesse surprenante. A son arrivée à Madrid, il se mit en 
rapport avec les amateurs de sports, tous gens de la haute no- 
blesse, qui lui montèrent une salle coquettement agencée, dans 
une rue voisine de la place Capellanes. Il est triste, regrettable 
même, d’avouer que ses plus fervents ennemis furent ses compa- 
triotes, ceux-ci ne voyaient pas d’un bon œil l’introduction, dans 
leur pays de résidence, d’un sport qu’ils considéraient comme 
brutal et grossier; ils lui disaient : ici les gens ontleurs jeux, leurs 
luttes spéciales. Les hommes du peuple (les hommes de barrière) 
s’adonnent à l'exercice du couteau, c’est leur genre de boxe à eux. 

C’est alors qu’Ernile Lamand vanta son école, disant que le 
couteau ne pouvait pas tenir devant la boxe française. Devant 
cette affirmation, ceux-ci firent venir de Barcelone un tireur au 
couteau, fort expert dans l’art de vous mettre les tripes au vent, 
pour se mesurer avec lui. 

Le jour de ce combat d’un nouveau genre, fixé, un nombre de 
privilégiés seuls y assistaient. L’homme au couteau prétendait 
qu’il portait ses coups avec une adresse et une agilité telles que 
personne ne pouvait les éviter. 11 était armé d’un couteau en bois, 
trempé dans du noir, de manière à marquer les coups afin qu’on 
ne puisse les nier. Le boxeur avait des gants, mais des bottines 
de ville. 



11 






168 LA BOXE FRANÇAISE 

> 

Une fois en garde, l’homme au couteau s’avance pour frapper: 
à ce moment le boxeur lui porta un si formidable coup de pied 
bas sur la jambe, qu’il fit plier son adversaire. A la deuxième 
reprise, le tireur au couteau voulut ^ondir et se lancer furieuse- 
ment sur son adversaire, mais le boxeur, qui ne le perdait pas de 
vue, à ce moment lui porta un coup d’arrêt chassé au creux de 
l’estomac, qui le jeta à terre, sans connaissance ni respiration. 

Le combat terminé, les adversaires du professeur de boxe ne 
désarmèrent pas contre lui ; c’est ainsi que, quelques jours après, 
il disparut de Madrid, sans que nul ne sache ce qu’il était devenu. 
En effet, cette disparition fut mystérieuse, car à Paris, où Emile 
Lamand était né et avait sa famille, on n’eut plus de ses nouvelles. 

Le 19 e bataillon de chasseurs partitpour Douai (Nord), berceau 
de sa formation. 

Deux compagnies furent détachées à Arras (Pas-de-Calais). 
Charlemont fut chargé de l’enseignement de la boxe et de la 
canne. 

11 appliqua alors la nouvelle école qu’il venait d’éludier pen- 
dant son séjour à Paris. Il composa un travail qui lui était tout 
personnel et en même temps qui était en progrès sur ce qui se 
faisait dans l'armée. Plus d’une fois on le vit se lever la nuit, ap- 
pliquer au mur son traversin, sur lequel il essayait une leçon 
qu’il venait de composer dans son lit, Parfois, le jour, il étudiait 
l’appréciation de la distance, en portant des coups de pied dans 
les carreaux des fenêtres. Il était arrivé à une précision telle, qu’il 
pouvait porter un coup de pied à fond et toucher le carreau sans 
le casser. Il faut dire qu’il avait une souplesse et une élévation 
de jambe exceptionnelle, et qu’il ne cessait pas un jour de s’exer- 
cer. Le lieutenant Hecquet, chargé des salles, le présenta par cu- 
riosité, au général Beaufort d’Hautpoul, venu pour passer la re- 
vue d’inspection. Le lieutenant prit une canne qu’il éleva hori- 
zontalement le plus haut possible, Charlemont la toucha du bout 
de son pied, l’autre pied ne quittant pas le sol. On mesura la hau- 
teur, il y avait 2 m 14, 0 m 44 de plus que sa taille. Devant le géné- 
ral il fit répéter sa nouvelle théorie à un jeune chasseur nommé 
Bouillet, qui donna une bonne impression de ce nouveau travail, 
et de ses dispositions particulières; il devint lui, plus lard, I er 



LA 60XÊ FRANÇAISE 



169 



maître au 58 e régiment de ligne, colonel Moulin. Le général té- 
moigna sa satisfaction en félicitant le maître et l’élève. 

Voici comment à Arras, Charlemont fit connaissance avec Bou- 
langer, brigadier maître d’armes au 2 e régiment de dragons, plus 
tard adjudant-moniteur à l’école de Joinville-le-Pont : Boulanger 
avait invité un chasseur de son pays avenir casser la croûte dans 
sa chambrée; le chasseur ayant de la peine à prendre un pain de 
munition suf la planche ad hoc, le brigadier se moqua de lui ; ce- 
lui-ci répondit : — « En effet, j’ai plus de peine à le prendre avec 
la main, que le maître de boxe de chez nous, qui, lui, leprendrait 
avec son pied. — Gela ne se peut pas, je mettrais bien ma 
gamelle pleine sur la planche, convaincu qu’il ne pourrait pas 
la toucher avec son pied. — Et moi aussi, dit un autre. » Un 
pari s’engage, cinq ou six gamelles, garnies de soupe, avec leurs 
portions de viandes, sont rangées sur la planche à pain, un grand 
nombre de bouteilles complètent le pari ; on va chercher Charle- 
mont qui d’un coup d’œil mesure la hauteur et dit : « C’est en- 
tendu, j’accepte. » Il se plaça alors sous la planche à pain et 
d’un coup de godillot fait sauter en l’air pain, gamelles et leur 
contenu, le pari était gagné. Charlemont fit plus, il fit mettre 
sur la planche deux pains l’un sur l’autre, le plus élevé dépassant 
la planche, il fut enlevé d’un coup de pied. Les dragons ne vou- 
lurent plus mettre leurs gamelles à la disposition du pied de 
Charlemont. 

C’est alors qu’il commença à organiser des petits assauts dans les 
communes environnantes d’Arras. Il profita, pour essayer sa nou- 
velle méthode, de ce que à la foire qui se tenait sur la promenade 
des allées, près celle des Soupirs, il y venait des lutteurs et dés 
boxeurs. Parmi ceux-ci il y avait les frères Scica, deux magnifi- 
ques nègres bien découplés, à qui il donnait déjà du fil à retor- 
dre, les Broca, les Alphonse, le Bœuf et Louis de Lyon qu’il 
voyait pour la première fois. 

Lorsqu’on avait bien travaillé, on se rendait place de THôtel- 
de- Ville, chez la mère Martin, manger un omnibus (un excellent 
et énorme bifteck sur une grande assiette de pommes de terre 
frites), arrosé d’une bonne bière à quatre sous la canette (le litre). 

On se payait le théâtre qui était tout à côté, et la journée avait 



170 



LA BOXE FRANÇAISE 



été bonne, le temps passait sans s’ennuyer; il n’y a rien de vrai 
comme de travailler pour s’amuser. 

A la Sainte-Barbe, il y avait une magnifique fêle de nuit don- 
née à la citadelle par le régiment du génie. 

11 y avait des simulacres d’attaques et de défenses très intérêt 
sants ; on faisait des travaux d’approche et l’on faisait sauter des 
fougasses. La fête se terminait par un magnifique feu d’artifice, 
tiré aussi par les soldats du génie. 

Il est inutile de dire que, ce jour-là, il y avait grand régal à la 
citadelle, les punitions levées, et la permission de 48 heures pour 
tous. Doux souvenirs... hélas! 

Pendant un court espace de six mois, il avait formé un certain 
nombre de bons élèves et quelques tireurs assez remarquables. En 
rejoignantle bataillon àDouai, Charlemont, quiavaitson brevet 
de maître, fut attaché à la salle de boxe, en qualité de second 
maître. Mais le premier maître, par un sentiment de délicatesse 
des plus louables, lui donna la direction de la salle, avouant de 
bonne foi que Charlemont était plus savant que lui et par consé- 
quent plus capable de diriger le cours. Il partagea avec lui, sans 
y être obligé, les appointements destinés à la salle de boxe. Ils 
restèrent ainsi en bonne intelligence; quelques mois après le 
premier maître prit son congé, Charlemont le remplaça. 

Si la ville de Douai n’est pas très agréable, en revanche les 
habitants le sont beaucoup, et surtout très bons et très affables 
pour les soldats ; tout le monde le sait, dans tout le Nord il en est 
ainsi. Charlemont en profita. Pour passer ses dimanches agréa- 
blement, il organisa, dans les petites villes et les communes des 
environs, des assauts composés, qui intéressaient beaucoup les 
habitants de ces localités. C’était fête pour le pays qui pouvait 
posséder un assaut et des soldats. Charlemont ne fut pas long à 
être connu, et les demandes pour aller donner des assauts arri- 
vaient-elles en grand nombre. Ceux qui avaient eu un assaut 
chez eux en voulaient encore, c’est ainsi que l’on retournait plu- 
sieurs fois dans la même localité. 

Ces assauts étaient généralement composés d’épée, de sabre, 
de canne, de grand bâton, de boxe française, anglaise, et de 
lutte, Charlemont était toujours accompagné de sept ou huit de 



LA BOX R FRANÇAISE 



171 



ses prévôts. On rencontrait quelquefois des amateurs, d’anciens 
prévôts. Il annonçait ses assauts, par un cent de petites circu- 
laires, format in-1 2^ que M. Paul Adam lui faisait payer 1 fr.50 
et par dessus le marché un article dans son journal, Vlndépen- 
dance de Douai. Dans son programme, il prenait le titre de pre- 
mier champion de France et élève du célèbre Louis Vigneron, 
l’homme-canon de l’Hippodrome de Paris ; ce qui donnait lieu 
parfois à des malentendus très amusants. Il y avait toujours cent 
francs pour le vainqueur du jeune maître, ce qui était une grande 
attraction. Le dimanche, après la soupe du matin, Charlemont 
se mettait en route avec ses élèves, tous en grande tenue, bien 
astiqués, sabre-baïonnette au côté, les gants blancs aux mains et 
les plumes de coq au vent ; en. chemin de fer, lorsque la localité 
se trouvait près d’une station, sinon en voitures du père Merlin, 
place d’Armes, qui étaient louées pour la journée, très bon mar- 
ché d’ailleurs. Des bourgeois de Douai, élèves de Charlemont, 
louaient aussi des voitures et accompagnaient les chasseurs, 
c’était aussi fête pour eux, ils passaient une bonne journée. 

Les assauts avaient généralement lieu dans des salles de danse, 
souvent aussi dans des granges où Ton battait le blé ou le chanvre. 

Un jour à Ecourt Saint-Quentin, à cinq ou six lieues de Douai, 
un assaut devait avoir lieu dans une grange à battre le lin, mise 
en propre état et décorée pour la circonstance. Longtemps avant 
l’heure de l’assaut, une centaine d’habitants d’Ecourt et des envi- 
rons, endimanchés, étaient allés à la rencontre des maîtres d’ar- 
mes, à une heure environ du pays et les attendaient dans une 
auberge (à l’enseigne : Au Repos). Lorsqu’ils aperçurent le cor- 
tège composé de trois charrettes remplies de chasseurs et de 
messieurs, ils se mirent en travers delà route ; il fallut descendre 
et accepter la bienvenue pendant que les chevaux reprenaient 
baleine. 

Ici, a lieu le malentendu dont nous parlons plus haut. On était 
en train de se rafraîchir de bonne bière du pays, lorsqu’une con- 
versation s’engagea entre chasseurs et habitants, ces derniers 
s’exprimaient en patois qui serait fort amusant à reproduire, 
mais peu compréhensible pour les lecteurs. — « Où est-il 
M. Louis Vigneron?... — Il est à Paris — Il n’est pas là?... — 



Ï72 



LA BOXE FRAN"Ç VISE 



Mais il ne doit pas venir! — Comment, puisqu’il doit donner 
100 francs à son vainqueur?... —-Ce n’est pas lui, c'est Charle- 
rnont! — Où est-il ?... — Le voici!» — En ouvrant des yeux 
étonnés et paraissant douter : — « Comment, ce petit blond- 
là ! c’est celui-là le premier maitre de France ?... il n’en a pas 
l’air! — Vous le verrez tantôt. » — En même temps ces 
braves gens allaient autour des voitures, cherchant, furetant, 
paraissant fort intrigués, ne voyant pas ce qu’ils cherchaient. 
Ils s’adressaient à des chasseurs qui les regardaient faire : — « Où 
donc a-t-il mis son canon? ... — Mais il n’y a pas de canon! 
— Comment ?... — Non ! — - M. Charlemont est élève de 
M. Louis Vigneron, l’homme-canon ! — Ah !» — Les campa- 
gnards avaient confondu et mal interprété le programme, 
c’était amusant. On se remit en route. Autre conversation. «11 
va avoir fort à faire le petit blond, nous avons à Ecourt un maitre 
qui n’a jamais trouvé son pareil ! — Il trouvera mieux aujour- 
d’hui ! — Il n’a jamais été battu! — Il le sera aujourd’hui! ~ 
Mais il est très fort, il donne des leçons au fils du maire ! — 
Vous verrez tantôt ! » 

Enfin arrive l’heure de l'assaut, on commence. Un certain 
nombre d’assauts de toutes sortes ont lieu, puis vient le tour du 
petit blond et du professeur du fils du maire. Ce fut le bouquet. 
On fait le salut d’usage. Charlemont commence, son adversaire 
ensuite : un homme plus grand que lui, trente ans environ, bien 
élancé, il fait un salut superbe et avec beaucoup de facilité. Aussi 
les paysans avaient-ils pleine confiance en lui ; ils rayonnaient ; la 
victoire n’était pas douteuse, le petit blond allait être battu, faci- 
lement, disait-on. Nous voyons encore à ce moment les prévôts de 
Charlemont, riant sous cape de la déconvenue qu’allaient avoir 
ces braves paysans, sachant, eux, à quoi s’en tenir sur le résultat 
final. Ce fut vite fait, Charlemont ne fut pas long à juger son 
adversaire, alors il ne le laissa plus en repos, l’attaquant constam- 
ment, rapidement, ne le laissant attaquer que pour le prendre à 
la rispote ou au coup d’arrêt, l’attaquant partout, en haut, en bas, 
coups de poing de figure ou de flanc, coup de pied bas et chassés 
à l’estomac, son adversaire n’avait que le temps de se relever pour 
retomber aussitôt; l’assaut se termina par le revers de pied à la 



'LA BOXE' FRANÇAISE 



173 



figure que Charlemont exécutait à la perfection Alors les paysans : 
— « Mais ce n’est pas Dieu possible !... c’est un diable, on ne voit 
pas comment il fait, c’est, comme un chat ! ah! mais c’est bien 
autre chose que l’autre! on ne lui gagnera jamais ses 100 francs. » 

L’assaut terminé, on mit des tables et des bancs dans la grange, 
on se rafraîchit et on buta la santé des deux champions : du 
petit blond et du professeur du fils du maire. On invita tous les 
tireurs à dîner ainsi qu’au bal; on s’amusa beaucoup et on fit pro- 
mettre à Charlemont de revenir encore donner un assaut. On at- 
tela et on reprit la route de Douai. 

Tous les assauts se passaient de la façon la plus convenable, 
jamais aucun nuage ne venait troubler la bonne harmonie qui 
régnait entre civils et militaires, au contraire, c’était à qui héber- 
gerait ces derniers. Charlemont était connu avantageusement 
dans fout le Nord et le Pas-de-Calais : Arras, Roeux, Yitry, Saint- 
Nicolas, Petit-Bapaume, Forest, Brebières, Ilénin-Liétard, C irvin, 
Lens, Coùrrières, Seclin, Roub lix, Ecourt, Saint-Quentin, Aniche, 
Somain, rFcluse-Saint-Quentin, Abscon, Oignvet Denain, furent 
témoins dé ses premiers exploits, et en conservèrent un bon 
souvenir. 

Un incident qui se passa à Somain (Nord) mérite d’être raconté, 
ne serait-ce qu’au point de vue de la tactique du combat. Ce 
n’était pas dans un assaut ni à propos d’assaut. 

C’était un dimanche, il y avait bal, chez le père Poulain Jean. 
Charlemont, en compagnie de quelques amis, ses prévôts, se 
trouvait dans la salle de danse; trois garçons meuniers qui avaient 
probablement bu y entrèrent et souffletèrent une demoiselle qui 
refusait de danser avec eux, étant engagée d’avance. Le père 
Poulain leur fit des reproches, les menaçant de leur faire dresser 
un procès-verbal. Ils tournèrent leur fureur contre lui et voulurent 
lui faire un mauvais parti. Ils étaient tellement excités en discutant 
avec le patron, qu’ils ne virent pas Charlemont les prendre par 
derrière, à bras-le-corps, un à un, et les porter dehors, ils ne s’en 
aperçurent que lorsqu’ils furent tous les trois dehors. Charlemont 
pria ses camarades de faire attention et sortit. Les trois gaillards, 
furieux, voulurent se venger et se jetèrent tous trois de face sur 
Charlemont qui se jeta de côté les obligeant, en quelque sorte, 



m 



LA BOXE FRANÇAISE 



par ce mouvement, à faire par le flanc, de manière à n’avoir qu’un 
adversaire à la fois devant lui. Le premier se trouvait assez près 
de Charlemont pour le saisir par les épaulettes, mais au même 
instant, il recevait un vigoureux coup de pied chassé porté du 
talon au creux de l’estomac, et tombait en arrière, la tête dans la 
poitrine du second qui à son tour tomba sur le troisième. 11 n’y 
eut qu’un coup ; les deux premiers se retirèrent crachant le sang, 
le troisième moins atteint se releva et voulut se lancer sur Charle- 
mont, qui, d’un pareil coup, l’envoya rouler dans un ruisseau 
assez creux, rempli de boue et d’ordures de toutes sortes, puis il 
rentra dans la salle du bal où il fut applaudi par tous. Une demi- 
heure après, Charlemont s’aperçut qu’il lui manquait ses épau- 
lettes ; il mit son sabre au côté, sortit et alla trouver lés trois 
meuniers qui nettoyaient leurs vêtements près d’un puits qui se 
trouvait à peu de distance de là. Sans rien dire ils lui rendirent 
ses épaulettes. Il les revit une quinzaine de jours plus tard, 
ceux-ci avouèrent leurs torts et s’excusèrent; ils devinrent les 
camarades de Charlemont, alors, il n’eût pas fait bon lui chercher 
querelle devant eux. Ils n’étaient pas adroits, mais ils étaient 
extrêmement forts. 

À propos de l’incident ci-dessus, nous allons raconter une 
petite histoire qui va donner raison à la tactique qu’a employée 
Charlemont, contre les trois meuniers. Dans l’enseignement qu’il 
donne aux enfants, il a bien le soin de recommander à ses élèves 
de ne se servir de la boxe que pour se défendre. Entre deux 
exercices, alors que ses élèves paraissent fatigués ou ennuyés, il 
cesse la leçon et leur raconte des histoires de héros, où le courage, 
la force et l’adresse triomphent ; il éloigne d’eux la peur, en sti- 
mulant leur courage, le tout bien brodé, bien détaillé, avec 
toujours des arguments sérieux à l’appui; il leur enseigne la 
tactique et leur raconte son combat avec les meuniers de Somain. 

Un jeune élève de Charlemont âgé de six ans, bien connu pour 
avoir paru dans plusieurs assauts donnés par la Société des boxeurs 
français, au Cirque d’été et à la Comédie parisienne, se trouvait 
au milieu d'un grand dîner dans sa famille. On en était à la 
conversation sur les exercices de défense et les combats; il se mit 
à dire : — « Moi je n’ai pas peur, la peur n’évite pas le danger, au 



LA BOXE FRANÇAISE 



175 



contraire elle le fait naître, peu importe le nombre de mes 
adversaires, je ne compte pas, deux, quatre, six ou dix, cela ne 
me fait rien. » L’enfant parlait avec une chaude conviction. Quel- 
qu’un lui dit : — « Gomment ferais-tu- si tu avais six adversaires 
à combattre?... — Ce n’est pas plus malin que cela !... » Il plaça 
cinq chaises alignées en face de lui, puis il fit placer son pèreàla 
droite des chaises et expliqua qu’on ne pouvait pas combattre à 
la fois six adversaires de face, parce qulavec deux bras on ne 
pouvait pas parer les six coups de poing ou coups de pied, portés 
à la fois par six adversaires; que, dans ce cas, il fallait se jeter 
soit à droite, soit à gauche des six adversaires, de manière à n’en 
avoir qu’un à combattre à la fois. Il tourna les cinq chaises à 
droite, se jeta de ce côté et fit faire à droite à son. père, qui: se 
trouva ainsi devant lui, les cinq chaises à la suite et l’une 
derrière l’autre. Ainsi placé, il dit à son père : — « Tu vois papa, 
tu te trouves seul devant moi, les autres sont derrière toi, je 
peux donc combattre un adversaire à la fois p) en même temps, 
il lance un coup de poing à son père au creux de l’estomac. Celui-ci 
droit, les pieds rapprochés, fut surpris, perdit l’équilibre et tomba 
sur la chaise qui était derrière lui, entraînant par suite toutes 
les chaises qui tombèrent l’une sur l’autre comme une rangée de 
dominos. Le père se releva sans aucun mal, et toute la société 
ria aux éclats à la vue du résultat de cette manœuvre imprévue. 

L’enfant a démontré, en l’appliquant, la tactique pratique à 
exécuter contre plusieurs adversaires. 

Il y avait à Douai à cette époque un homme bien fort, nommé 
Terry, du 8 e régiment d’artillerie. Il allait souhaiter la fête à son 
colonel, une pièce de canon de quatre, sur son épaule, et portait 
sur son dos son cheval à l’infirmerie. Il était forgeron â Equer- 
chin, village voisin; on racontait qu'à quinze ans, lorsque son 
père lui refusait l’argent nécessaire pour boire une pinte de bière 
le lundi, il portait l’enclume sur la roule au milieu du village; 
le père était obligé de céder s’il voulait rentrer en possession de 
son enclume. Louis de Lyon l’a connu, car il est venu, à cette 
époque, donner plusieurs assauts à la fête de Doüai, sur la place 
du Barlet et à la salle du Pavillon. Charlemont y tira. 

En même temps que le 19 e bataillon de chasseurs, qu’on appe- 



.176 



LA ÇOXE FRANÇAISE 



lait les enfants de Gayant, parce qu’il avait été formé à Douai, le 
15 e bataillon de chasseurs y tenait garnison; il y avait plusieurs 
maîtres et prévôts d’une certaine valeur qui procuraient à Ghar- 
lemont l’occasion de*travailler. 

En ville, une salle d’armes et de boxe était tenue par un nommé 
Detrain, qui cumulait en même temps le métier de ferblantier et 
celui de musicien, le soir, au théâtre. On invita Charlemont à y 
venir faire de la boxe. Un élèvede la salle, un marchand de grains, 
voulut le tâter pour un assaut de boxe anglaise, on tirait alors 
avec des gants d’escrime, la main ouverte ; Charlemont ferma les 
mains et frappa sec ; on ne voulut plus en tâter. Ayant ainsi assuré 
la supériorité de son école, il tira ensuite plus courtoisement et 
on ; lui en sut gré. 

;Le bataillon partit pour le camp de Châlons en 1864. Le maré- 
chal de Mac-Mahon commandait le corps d’armée. Les maîtres de 
boxe, canne, etc... des différents régiments, s’étaient réunis en 
vue d’organiser un premier assaut; on apprit alors que le maître 
du 19® bataillon, dont la réputation était déjà très: répandue, 
n’était pas encore arrivé. On remit l’assaut à une date à laquelle 
celui-ci devait être présent. Lorsqu’il descendit à la station de 
Mourmelon, la plus grande partie des maîtres étaient venus lui 
serrer la main et faire sa connaissance. Ils savaient déjà, par les 
maîtres et prévôts du 19 e , que le 1 er maître avait une école sé- 
rieuse, spéciale, l’école de Paris. Ils lui firent un accueil sympa- 
thique, et tous se rendirent à la cantine. Là, les cœurs s’ouvrirent 
et les potins eurent libre cours. Il y avait un maître au 13 e ba- 
taillon de chasseurs, nommé Gérard, qui faisait son malin en 
faisant des revers de pied avec ses espadrilles dont les semelles 
incrustées de sable ou de terre laissaient chaque fois des traces sur 
la figure. Pendant qu’il tirait, il imitait le cri du chat pour influen- 
cer son adversaire ; il était solide de corps, souple et vif ; on n’aurait 
pas été fâché de le voir devant un tireur qui l'eût calmé. — « On a 
songé à vous, disait-on à Charlemont, voudriez-vous tirer avec lui 
à l’assaut?... — Pourquoi pas! répondit ce dernier... ah!... par- 
faitement, je tirerai avec tout le monde. » C’était tout ce qu’on 
désirait. — Le maître du 13 e bataillon n’était pas là, bien entendu, 
mais il n’ignora pas ce qui avait été décidé en son absence. 



LA BOXE FRANÇAISE 



177 



A l’assaut, on le mit en présence de Charlemont; quand il vit 
ce dernier en garde, il perdit sa. contenance habituelle et voulut 
débuter par son coup favori, le revers de pied direct; il le faisait 
de loin très vivement. Sur cette attaque, au lieu de reculer, son 
adversaire s’avança en se penchant de côté en dehors, le coup 
passa et la jambe se trouva à la hauteur de la cuisse sur l’épaule 
de Charlemont, qui n’eut qu’à se redresser pour le jeter à terre. 
Ce fut d’abord un grand désappointement pour Gérard d’avoir 
raté son coup favori, mais il le fut encore bien davantage lorsqu’il 
voulut se remettre en garde. II y était à peine, qu’il reçut, de 
Charlemont, un revers de pied sur la figure, qui fit le bruit d’une 
claque; il n’en avait jamais reçu de pareil. Se sentant perdu, il 
comprit qu’il; avait à faire à un adversaire avec qui il ne fallait 
pas faire le chat. Gharlemont déploya sur lui son jeu magnifique 
et le battit complètement, sans que celui-ci pût le toucher une 
seule fois, tant il 'était surpris. Les autres étaient dans la joie. car 
ils étaient vengés. On alla à la cantine se rafraîchir et commenter 
les phases de ce premier assaut. Gérard bouda et n’y vint pas. Le 
lendemain Charlemont alla le voir à sa tente, le réconcilia avec 
lui, et ils devinrent de bons camarades. 

Pendant les quatre mois de séjour au camp de Châlons, on pou- 
vait assister tous les jours à des assauts. Charlemont invita le 
maître du régiment le plus voisin à venir, avec ses prévôts, tra- 
vailler chez lui. Le lendemain, c’était au tour d’un autre régi- 
ment, et ainsi de suite; il épuisa, à tour de rôle, les régiments 
des trois divisions d’infanterie. Les autres maîtres procédèrent de 
la même façon, et les assauts se succédèrent tous les jours. En 
réalité la plupart des maîtres prévôts et élèves des régiments du 
camp, prenaient part à l’assaut du jour. 

Il y avait au camp de Châlons un grand nombre d’officiers 
étrangers, venus pour suivre les grandes manœuvres, qui ne 
manquaient pas d’assister aux assauts de boxe qui les intéres- 
saient fort. Ils faisaient entre eux une masse qu’ils remettaient 
au maître de l’assaut du jour, pour rafraîchir et encourager les 
tireurs. 

Ce fut une bonne campagne pour la boxe, les quatre mois passés 
au camp de Châlons en 1864. Tous les maîtres et prévôts y avaient 



178 



LA BOXE FRANÇAISE 



fait de grands progrès. C'est là que Charlemônt et Chauderlot 
firent connaissance et tirèrent ensemble pour la première fois. 

Il y a -ici une coïncidence remarquable. La première rencontre 
entre Charlemônt et Chauderlot eut lieu au camp de Châlons, en 
186i, dans un assaut donné par le 43 e régiment de ligne. Char- 
lemont était alors 1 er maitre au 19 e bataillon de chasseurs à pied 
et Chauderlot 1 er maître au 100 e régiment de ligne. 

La seconde rencontre eut lieu à Paris en 1866, dans un assaut 
donné encore par le 43" e régiment de ligne, à la caserne de Reuilly. 
Cette fois, Charlemônt était 1 er maître au 99 e régiment de Ligne 
et Chauderlot était I er maître au 18 e bataillon de chasseurs à 
pied. 

Charlemônt, quoique éloigné de Paris, conservait toujours des 
relations avec Vigneron et allait souvent à Paris pour assister à 
des assauts. 

A la levée du camp de Châlons, le. 19® bataillon de chasseurs 
revint à Douai. 

Quelques mois après,, le 1.9 e bataillon changeait de garnison et 
allait à Lyon. Là, rien de remarquable, les régiments de cette 
garnison arrivaient tous du Mexique; ils n’avaient pas de profes- 
seurs. Charlemônt donna un assaut avec ses élèves, dans un petit 
village nommé Fontaine, près du camp de Satonay. Il fit la con- 
naissance avec le père logant, concierge à la mairie de la Croix- 
Rousse, chevalier de la légion d’honneur, ancien maréchal-des- 
logis, maître d’armes aux hussards de la garde royale, prévôt de 
Lafaugère. Il prit 'quelques leçons avec lui. — A ce moment, 
Rossignol-Rollin, avec .sa troupe, donnait des séances à l’alcazar. 
Béranger, Lacroix, Alfred le beau modèle, Le Mineur de la Loire, 
Deligne, le terrible boulanger, Le Meunier d’Arnetal, etc... étaient 
avec lui. Charlemônt faisait de la boxe et de la lutte à trois francs 
la séance, c’était autant de pris et cela le faisait travailler. Une 
lutte des plus intéressantes eut lieu entre deux des meilleurs lut- 
teurs de la troupe. Rossignol-Rollin! voilà une lutte extraordi- 
naire, messieurs! on se croirait revenu dans l’antiquité, voyez 
leurs muscles, entendez-les craquer, ne dirait-on pas de l’acier, 
ah!... ce sont de beaux lutteurs, messieurs (le soleil paraissant 
aux vitres du plafond). Tenez* messieurs! le soleil vient leur 



LA BOXE FRANÇAISE 



179 



rendre visite et les éclairer de ses rayons lumineux (le soleil dis- 
paraissant). Ah!... Messieurs, il en pâlit. 

Dans cette séance, Charlémont lutta avec un de ses camarades 
du bataillon de chasseurs ; lorsque celui-ei le ceintura par der- 
rière, il voulut lui saisir les deux bras, en passant les siens der- 
rière le dos et en les croisant; il allait lui porter un coup en se 
jetant à terre en avant, pour faire basculer son adversaire, lorsque 
Rossignol-Rollin intervint et fit lâcher la prise, en expliquant, 
d’une manière théorique, le danger de se casser un bras en portant 
le coup dans cette position. Rossignol-Rollin était aussi fort 
théoricien pour la lutte, qu’il était charmant causeur. On 
venait exprès, et même de loin, pour lui entendre dire ses mots 
spirituels. 

Le 10 octobre 1865, Charlémont quittait le 19 e bataillon de 
chasseurs à pied, et entrait comme professeur de boxe, canne, 
sabre et bâton, au 99 e régiment de ligne qui arrivait du Mexique 
et tenait garnison à Paris. Il fallut le plus promptement pos- 
sible former des prévôts pour les différents exercices ; la tâche 
était rude, Charlémont la trouva agréable. Un an après, au fort 
d' Aubervîlliers, il donnait son premier assaut et présentait à 
l’examen des maîtres une vingtaine de prévôts de boxe et de 
canne; tous furent reçus, sans hésitation, à la grande satisfaction 
du colonel, M. Chagrin de Saint-Hilaire, qui, à cette occasion, 
remit au professeur une gratification. 

Charlémont fréquenta de plus en plus la salle Vigneron et assista 
à presque tous les assauts donnés à Paris par tous les professeurs. 
Il est impossible de se rendre compte du nombre d’assauts aux- 
quels il prit part. Dans l’armée, on travaillait ferme, le samedi 
était consacré aux travaux de propreté et d’astiquage ; il n’y avait 
pas de leçons ce jour-là, mais on ne se reposait pas. Le maître 
faisait travailler ses prévôts le matin, l’après-midi on allait tra- 
vailler dans les autres régiments de la garnison, tantôt chez les 
uns, tantôt chez les autres, sans préjudice des grands assauts du 
dimanche. On faisait des progrès dans l’armée. Jusqu’en 1870, 
on produisit de nombreux et bons élèves ; il n’en est plus de 
même aujourd’hui, tout est changé. Ces progrès tenaient à bien 
des choses : à cette époque, dans tous les régiments, il y avait 



180 



î;a boxe française 



des professeurs d’armes, de sabre, de boxe, de canne, de bâton, 
de danse et même de lutte. Les maîtres étaient accompagnés d’un 
certain nombre deprévôts. Ils étaient exempts de service, et don- 
naient toute la journée des leçons individuelles. Les professeurs 
avaient l’initiative de leur méthode. N’étant pas limités, ils pou- 
vaient donner libre cours à leur intelligence et apporter des 
perfectionnements à leur travail. Les cours étaient obligatoires, 
mais les élèves pouvaient, dans une certaine proportion, choi- 
sir les cours qu’ils préféraient. Plus tard, ils pouvaient ou devaient 
changer d’exercices, suivant leur degré d’instruction. Ceux qui 
ne prenaient pas leur leçon étaient punis, si leur absence n’était 
pas justifiée par un ordre de service. Le contrôle se faisait par le 
tirage d’une petite ficelle passée dans un trou du tableau, nouée 
de chaque côté et placée en tête de chaque nom. Il arrivait par- 
fois qu’un élève tirait sa ficelle sans qu’on le vît et disparaissait 
sans prendre sa leçon ; s’il était pris, il allait au clou; ou bien 
encore s’il avait pour camarade un prévôt, il lui payait la goutte, 
celui-ci tirait la ficelle ; cela ne réussissait pas toujours, le maî- 
tre veillait, et envoyait à la salle de police l’élève et le prévôt. 
Les soldats faisaient alors sept ans de service, ce qui leur permet- 
tait d’apprendre bien deschoses. Ce qu’il y avait d’arbitraire selon 
nous, c’était la retenue obligatoire de dix centimes par prêt de 
cinq jours, prélevée sur la solde des soldats, qui ne touchaient 
que vingt-cinq centimes. Nous le répétons, c’était arbitraire, 
mais les professeurs s’en trouvaient bien, nous pourrions ajou- 
ter, les résultats des cours aussi. 

Les professeurs étaient presque tous d’anciens soldats rengagés, 
ils avaient en quelque sorte une situation au régiment, puis des 
privilèges ; ils ne faisaient pas de service, prenaient leurs repas à 
la cantine et avaient la permission permanente de dix heures du 
soir. 

Depuis 1870, tout étant changé, dans la nouvelle organisation 
l'armée a produit peu de sujets. 



LA BOXE FRANÇAISE 



181 

LUNDI 25 DÉCEMBRE 1865 (FETE DE NOËL) 

De 1 heure et demie à 4 heures. Les bureaux ouvriront à 1 heure. 

SALON DES FOLIES DE BELLEVILLÉ 
4, Rue de Paris, 4 

AU BÉNÉFICE DE MM. THÉOPHILE ET TE I SS TE R 

GRAND ASSAUT 

Sous la direction de 

MM. THÉOPHILE ET TEISSIER 

Avec le concours des premiers professeurs de Paris : 

MM. Leboucher, L. Vigneron, Ducros, Lozès, Tenon, Bareiros, Gilbert, 
Plet, Bastien (professeur chez M. Vigneron), 

Devost et Pécoul (professeurs chez M. Leboucher), ainsi que leurs 
premiers élèves. 

Cet assaut sera composé 

D ? ÉPÉE, DE SABRE, DE CANNE, DE GRAND BATON, D’ADRESSE 
FRANÇAISE ET ANGLAISE, DE GYMNASTIQUE ET D’EXERCICES DE FORCE 
M. Vigneron paraîtra dans deux assauts, un de canne avec M. Bastien, 
et un d’adresse française avec M. Charlemont. 

M. Teissier, pour la première fois, 
fera un assaut de grand bâton aveç M, Eugène Caquet. 

M. Charles Ducros 

fera un assaut d’adresse anglaise. avec M. Tellamson. 

Dans cette séance, le fils de M. Leboucher, âgé dé 10 ans, développera 
de 70 a 80 coups de canne 
en d 5 secondes, sous la direction de son père. 

GYMNASTIQUE A LA BARRE FIXE 
par MM. Mansûy frères. 

EXERCICES DE FORCE 

par MM. Louis Vigneron (pour cette fois seulement), Louis le Mécanicien 
et Auguste Massin, amateur de première force. 

Lorsque, avant de commencer leur assaut, Vigneron et Charle- 
mont se serrèrent la main, le fils de ce dernier, qui avait 3 ans, 
croyant que Vigneron voulait faire mal à son père, se jeta sur lui 
en pleurant et lui tint les jambes; alors Vigneron le prit dans ses 
bras et le rassura en l’embrassant ; le futur boxeur était consolé. 
Le 10 avril 1866, grand assaut donné par M. Leboucher, . salle 



182 



LA HOXE FRANÇAISE 



du Château rouge d’hiver, rue du Château-d’Eau, avec le concours 
de MM. Louis Mérignac, surnommé alors le tireur noir, pour l'es- 
crime. Pour la boxe : Gilbert, 1 er maître aux chasseurs de la garde 
et son prévôt, Papy, 1 er maître aux zouaves de la garde et son pré- 
vôt ; Charlemont, 1 er maître au 99 e de ligne, et Maumet, son prévôt. 

Antoine Dornier et Pierre le Savoyard, pour la lutte, et Alfred 
Perrier pour la gymnastique. Dans cette séance, Leboucher fait 
répéter, par son fils âgé de 10 ans, la voltige de la canne, et lui fait 
frapper de 110 à 120 coups de figure dans l’espace de 30 secondes. 

Cinq mois plus tard, le 7 septembre 1868, Leboucher mourut 
à Paris, il était âgé de 59 ans. 



SALON DES TILLEULS 

160, Chaussée Ménilmontant, 160 
De 3 h. 1/2 à 6 heures. _ Les bureaux ouvriront à 3 heures. 

LE DIMANCHE 29 AVRIL 1866 
AU BÉNÉFICE DE M. CHARLEMONT, PROFESSEUR 

GRAND ASSAUT 

Sous la direction de 

M. CHARLEMONT 

Avec le concours des premiers professeurs de Paris : 

MM. L. Vigneron, Ch. Ducros, Teissier, Bareiros, Devost, E. Bastien, 
Alfred, Mansuÿ, Joigny, Verdier, Gilbert, 

Bouillet, Olivier, Malosse, Kamrer, Maumet, D’Arbois, Tenon, 

Ainsi que leurs principaux élèves. 

Cet assaut sera composé 

D’ÉPÉE, SABRE, CANNE, GRAND BATON, D'ADRESSE FRANÇAISE ET ANGLAISE 
ET D’EXERCICES DE FORCE ET D'ADRESSE 

M. Charlemont, surnommé le principe de l’adresse française, 
élève du célèbre Louis Vigneron, Thomme-canon de l’Hippodrome 
de Paris, réputé le premier champion de l’adresse française, et 
dont le nom est illustré par toute la France, l’Angleterre, etc... 

A cette séance, M. Charlemont se tiendra à la disposition de 
toutes les personnes qui désireraient faire assaut avec lui ; il offre 
une prime de 100 francs à tout amateur d’adresse française qui 
parviendrait à le vaincre sur cet exercice. 



La boxe frànçaisë 



183 



Pour la première fois, le fils de M. Charlemont, êgé de trois 
ans et demi, exécutera en décomposant les principaux coups de 
la théorie de canne et plusieurs de l’adresse française. 

MM. les professeurs qui désireraient prendre part à ce brillant 
assaut sont priés de se faire inscrire un jour à l'avance. 



En 1866, Charlemont, professeur de boxe au 99* régiment de 
ligne, était caserné au fort d’Aubervilliers. Un jour le prince A. 
M... son élève, vint le voir. C’était la veille du grand prix de Pa- 
ris. Le prince faisait courir. Il venait prévenir son professeur 
qu’il partirait aussitôt après les courses et qu’il allait lui régler ce 
qu’il lui devait. A cette occasion, Charlemont invita le prince à 
faire avec lui un assaut pour terminer la saison, le prince accepta. 

Les régiments ne fournissaient ni gants ni chaussures aux 
élèves qui suivaient le cours de boxe. Le professeur était tenu 
d’en avoir quelques paires pour les jours d’inspections générales. 
Charlemont n’en manquait pas, il était alimenté par les profes- 
seurs civils de Paris qui lui donnaient tous ceux qui étaient mis 
hors d’usage dans leurs salles. Presque tous ses élèves en possé- 
daient une paire : ils n’étaient pas de première fraîcheur, malgré 
les soins et les raccommodages dont ils étaient l’objet. On peut 
se rendre un compte exact de l’état dans lequel ils étaient lors- 
qu’ils avaient servi à tirer dans les cours des casernes ou dans les 
salles qui ne sont généralement pas cirées, mais bitumées. A 
cette époque, les gants étaient plus souvent rembourrés de varech 
ou de raclure de baleine. Ce qui faisait qu’au bout de peu de 
temps de service, le varech et la raclure se roulaient dans les 
gants et formaient des nœuds. 

Le jour de la visite du prince, Charlemont ne possédait à sa 
salle qu’une paire de gants neufs, les autres étaient chez ses élè- 
ves à domicile. Il les lui offrit (ce qui était d’usage lorsqu’on in- 
vitait une personne étrangère à tirer à la salle). Charlemont en 
prit une vieille paire, et l’on se mit en garde. On tirait depuis 
quelques minutes et Charlemont remarquait que de temps en 
temps son élève faisait une grimace, mais ne se rendait pas 

compte de ce qui en était cause, lorsqu’à un coup de poing de 

12 



184 



LA liOXÉ FRANÇAISE 



figure qu'il lui porta, le prince n'y tenant plus, s’arrêta, retira ses 
gants et se mit à tâter ceux cle Charlemont en lui disant : — 
« Quels gants avez-vous donc mis à vos mains? — Prince, je vous ai 
fait les honneurs de ma salle en vous donnant les gants les meil- 
leurs et les plus beaux, j’ai gardé pour moi les mauvais, n’en 
ayant pas d’autres en ce moment, surpris que j’ai été par votre 
aimable et inattendue visite, je n'ai pas pu m’en procurer d’au- 
tres. » Le prince riant aux éclats : — «Au diable les honneurs de 
ce genre, vous me donnez de magnifiques gants neufs, très doux, 
ornés de jolies manchettes rouges, avec lesquels vous vous faites 
un plaisir de me laisser vous toucher, puis vous mettez une paire 
de vieux gants dont il serait difficile de deviner la couleur natu- 
relle, qui de plus sont rembourrés avec des noyaux de pêches. Cha- 
que fois que vous me portez un coup, il en sort un paquet de 
poussière qui m’étouffe, en même temps qu’il fait sur ma figure 
l’effet d’un sac de noix. Décidément, Charlemont, gardez pour 
vous les honneurs, prenez les gants neufs et donnez-moi les 
vieux. » 

En général, les professeurs des régiments ne possédaient 
qu’une et rarement deux paires de gants, qu’ils prêtaient à leurs 
invités, ou qu’ils réservaient pour les grands jours deréunion. 

On ne se doutait pas qu’en voulant faire une politesse aux in- 
vités, on manquait le but. 



SALLE DU WAUX-HALL 

(PILODO ET WAUX-HALL REUNIS) 

Rue de la Douane, 16, derrière la caserne du Château d’Eau. 

Les bureaux seront ouverts à 7 h. 1/2 On commencera à 8 heures du soir. 

MARDI 9 OCTOBRE 1866 

GRAND ASSAUT 

d’épée, de sabre, de canne et d’adresse française 

DONNÉ AU BÉNÉFICE DE 

M. LOUIS VIGNERON 

L’hoinme-canon de l’Hippodrome de Paris; 



LA BOXE FRANÇAISE 



185 



Cet assaut est spécialement donné à l’occasion suivante : M. Harrison, 
l’homme le plus fort de l’Angleterre, désirant venir à Paris donner quel- 
ques séances d’exercices de force, s’est adressé à M. Vigneron et lui’ a 
offert, ainsi qu’à tous les hercules de Paris, un haltère en cristal qu’il lui 
a expédié, du poids de 130 livres anglaises, s’il peut l’enlever à la volée de 
chaque main et tenir en même temps à bras tendu, de l’autre main, un 
poids de 50 livres anglaises. M. Vigneron a accepté l’offre, et il essayera 
dans cette soirée d'enlever l’haltère dont il s’agit. Il invite tous les pro- 
fesseurs de gymnastique à concourir comme lui. L'haltère -est visible au 
café Vigneron, cité du Waux-Hall, 6. Les personnes qui désirent concourir 
sont priées de se faire inscrire chez 

M. VIGNERON 

A la fin de la première partie, M. Vigneron fera répéter sa théorie 
d’adresse française par M. E. Bastien, son élève. 

INTERMÈDE : 

LE QUADRILLE DES TOQUES 

dansé par Gambilloche, La Planète, Zéphyr et La Lime 
Artistes de l’Hippodrome. 

INTERMÈDES DE BILBOQUET PAR M. ERNEST MERRET. 

Pour la première fois MM. Charlemont et Eugène Bastien, 

Tous deux professeurs et élèves de M. Louis Vigneron 
feront ensemble assaut d’adresse française. 

M. Vigneron fera recevoir prévôts d'adresse française 

Deux de ses élèves 

MM. Emile et Augustin, qui feront chacun assaut avec deux professeurs. 

ASSAUT D’ADRESSE FRANÇAISE 
Entre M. Vigneron et un professeur de première classe. 

EXERCICES DE FORCE 

Par M. Massin, le Roi des bras tendus, et M. Vigneron. 

La Soirée sera terminée par 

LE DOUBLE COUP DE CANON 

tiré sur l’épaule de M. Vigneron, poids de la pièce 305 kilogs. 

Orchestre de M. Pilodo. 



186 



LA BOXE FRANÇAISE 



SALLE D’ARMES DE M. CH. DUCROS 

Rue Beautreillis, 9. 

MERCREDI SOIR 12 DECEMBRE 1866 

GRAND ASSAUT 

D’ÉPÉE, DE SABRE, DE CANNE, DE GRAND BATON, D’ADRESSE FRANÇAISE 

ET ANGLAISE, DE FORCE ET DE GYMNASTIQUE 

Donné par M. Ch. Ducros 

Avec le concours de plusieurs professeurs et amateurs de Paris 
dont les noms suivent : 

MM. Tessier, Charlemont, Tenon, Pécoul, Reubau, M. Eugène Bastien, 
Prévôt de M. Vigneron, Augustin et Emile, tous deux élèves 
de M. Vigneron, MM. Mallet, May, Fritz, Coquet, Dalmas, Leroy, 
Louis et Durupty, élèves de la salle. 

EXERCICES DE FORCE 

Par MM. Massin, Audain et l’hercule lyonnais Fritz. 

Les jeux athlétiques par MM. Tessier, Lacaisse et Audain, 
ainsi que plusieurs amateurs. 



Voici comment Charlemont fit connaissance avec Hubert Lecour, 
et tira avec lui. Etant un jour chez un de ses anciens patrons qui 
tenait un café, faubourg du Temple, celui-ci le présenta à un 
monsieur, ancien admirateur de Lecour, en lui faisant savoir 
qu’il était professeur au régiment et vantait ses qualités. Le 
monsieur, très enthousiasmé de Lecour, dit à Charlemont : 
« Personne ne peut toucher Lecour et vous ne pourriez pas non 
plus le toucher, pour moi il est invincible. » Charlemont piqué 
au vif : « Monsieur, je n’ai pas l’honneur de connaître M. Lecour, 
mais si vous voulez bien me présenter à lui, je crois pouvoir vous 
convaincre de votre erreur, non seulement je le toucherai une fois 
mais plusieurs fois. » Rendez-vous fut pris ; le monsieur n J y vint 
pas. Huit jours plus tard, Charlemont recevait une lettre d’Hubert 
Lecour, l'invitant à venir tirer dans un assaut qu'il devait donner 
chez lui, passage des Panoramas, au bénéfice d’Etienne, son 
prévôt, et lui demandait une réponse. Charlemont crut que 
c’était le résultat de la conversation avec le monsieur au rendez- 
vous manqué; il alla le môme jour porter verbalement sa réponse 



LA BOXE FRANÇAISE 



187 



à Lecour, et lui expliqua ce qui avait été-dit et ce qu’il en pensait. 
Lecour lui affirma n’être averti de rien, que cette coïncidence 
était de pur hasard. Charlemont lui témoigna le désir déjuger la 
chose entre eux, en tirant ensemble à son assaut; ce qui fut 
entendu. L’assaut n'eut pas lieu cette année-là, Lecour avait un 
furoncle à la main. Charlemont et Chauderlot firent un assaut 
ensemble. 

« Cet assaut, qui était attendu par les amateurs avec une 
extrême curiosité, eut lieu l’année suivante, dans la salle des 
Panoramas. Les élèves et les amis de Lecour avaient pleine 
confiance, a On ne peut refuser à Charlemont, disaient-ils, la 
cc vitesse et la légèreté, mais il est habitué à tirer avec Vigneron, 
« qui a le jeu large, qui est devenu plus lourd et manque d’haleine; 
« il sera battu » En effet, les premières passes lui furent défavo- 
rables; il fut pris trois fois de suite au coup de pied bas et au coup 
d’arrêt. Un tireur ordinaire aurait perdu la tête et n’aurait 
plus rien fait de bon. Mais Charlemont ne se troubla pas ; avec 
le sang-froid et la sûreté de coup d’œil qui en faisaient un 
adversaire si dangereux, il vit sur l’heure comment il fallait 
combattre Lecour ; séance tenante, il modifia son système 
d’attaque, serra son jeu et, dans la seconde partie de l’assaut, 
il eut l’avantage. Sa réputation était faite. 

« Arthur Rang. » 

Avant de commencer, Hubert Lecour avait dit à Tessier, qui 
régissait l’assaut : « — On dit que le prévôt de Charlemont a le 
même jeu, la même manière de tirer que son professeur, faites- 
le tirer avant nous, je verrai. » 

Le prévôt, prévenu par son maître, refusa de tirer avant lui. 

L’année suivante, Charlemont fit un brillant assaut avec le 
D r E. Ménière, un des meilleurs élèves de Lecour, à la suite 
duquel il y eut des appréciations erronées. Pour les faire taire, 
Vigneron lança un défi public. Charlemont en était naturellement 
le champion. Nous en donnerons le compte-rendu en son temps 
et lieu. 



188 



LA BOXE FRANÇAISE 



PAR PERMISSION DE M. LE MAIRE 

COMMUNE D’AUTEUIL 
Salle de M. Edouard Féron 

On commencera à 2 h. 1/2 précises. On commencera à 2 h. 1/2 précises 

DIMANCHE 23 FÉVRIER 1867 

GRAND ASSAUT EXTRAORDINAIRE 

Sous la direction de M. Charlemont de Paris, 1 er boxeur de France 
Avec le concours 

De dix premiers professeurs distingués de la capitale. 
l’assaut sera composé 

d’épée, de sabre, de canne, de boxe française et anglaise 



ORDRE DES ASSAUTS 



Première partie 



Deuxième partie 



POINTE 

Chauderlot et Galgan. 

CANNE 

Maurnet et Gustave Yidou. 

SABRE 

Négrier et Chauderlot. 

BOXE FRANÇAISE 

Galgan et Maumet. 

CANNE 

Duchesne et Bertrand. 



CANNE 

Charlemont et Chauderlot. 

BOXE FRANÇAISE 

Gustave Yidou et Maumet. 

POINTE 

Négrier et Galgan. 

BOXE FRANÇAISE 

Charlemont et Chauderlot. 

SABRE 

Chevalier et Duchesne. 



Troisième partie 

M. Charlemont fils, âgé de 4 ans et demi, exécutera les premiers prin- 
cipes de la boxe française et la défense de la canne, simulacre contre 
plusieurs adversaires, en frappant 

de 90 à 410 coups de canne en 40 secondes. 



Fantaisies de la caisse 

Exécutées par M. G. Yidou, caporal tambour-maître au 99 e de ligne 
qui terminera la séance par la bataille de Solférino. 

M. Vidou invite tous les tambours amateurs du département 
à venir faire assaut de caisse contre lui. 



A cette séance 

M. Charlemont, le premier champion de la boxe française, 
invite MM. les Maîtres, prévôts, amateurs ou professeurs, à venir faire 
assaut contre lui. Il offre 100 francs 

à tout amateur de boxe française qui lui serait supérieur sur cette partie. 



LA BOXE FRANÇAISE 



189 



GYMNASE BLÉRIOT 
32, Rue du faubourg Saint-Martin, 32 



LE MARDI 27 FÉVRIER 1867, A HUIT HEURES DU SOIR 

GRAND ASSAUT EXTRAORDINAIRE 

d'ÉPÉE, SABRE, CANNE, GRAND BATON, ADRESSE FRANÇAISE ET ANGLAISE 

Donné par M. Alfred Perrier, 
du cirque du Prince-Impérial et de l’Hippodrome de Paris. 

Avec le concours de 

MM. Kuntz, ex-l er maître au 2 e Voltigeurs de la garde, Mir, ex-l er maître 
au 2° Grenadiers de la garde, Meniels, 1 er maître au 99 e de ligne. 
Tenon, Teissier, professeurs à Paris, 

Pécoul, professeur au gymnase Blériot et Charlemont, 

1 er maître au 99 e de ligne. 

Gomme et Merret, gymnasiarques équilibristes 
EXERCICES DE FORCE 

Par MM. Alfred Perrier et Auguste Massin, le roi des bras tendus. 
Grand orchestre de 20 musiciens, dirigé par M. Kassaignes. 



Quelque temps après, Charlemont donna un grand assaut des 
plus intéressants, dans une salle de bal, rue de Reuilly, près la 
caserne, où il donnait des leçons le soir. Toutes les salles de 
Paris y étaient représentées, comme tireurs ou spectateurs. 

On travaillait ferme en 1867, c’était tous les jours des assauts, 
Charlemont et Chauderlot tiraient à l’Hippodrome et faisaient de 
la lutte, trois fois par semaine : lundi, jeudi, dimanche, à 3 heures. 
Le soir, ils boxaient au gymnase Paz où il y avait de grandes 
luttes, sous la direction de Rossignol-Rollin, elles eurent lieu 
ensuite à l’arène Le Pelletier, dont le peintre Rodolphe Julian 
était le créateur et le directeur. Charlemont y boxait trois fois par 
semaine le soir. Il n’avait pas un moment de repos, aussi était-il 
très entraîné à ce moment. Les réunions et le travail ne chômaient 
pas dans l’armée. 

Nous sommes en 1867, l’exposition va être terminée et Char- 
lemont n’aura pas pu trouver un seul jour pour la visiter. 

C’est dans la coquette salle de l’Arène^ athlétique, 51, rue Le 



190 



LA BOXE FRANÇAISE 



Pelletier, que le 8 décembre 1867, Vigneron donna un assaut, 
où il devait, pour la dernière fois, tirer avec Charlemont. Voici 
ce que disait l’affiche : M. Vigneron, qui jusqu’alors avait été 
notre premier champion, consent à céder son titre à M. Charle- 
mont, son meilleur élève de boxe française, si dans cette séance, 
il est jugé digne par le publ ic de le remplacer. Il lui offre en con- 
séquence une ceinture d’honneur, étant assuré que M. Charle- 
mont soutiendra dignement ce titre de premier champion, et se 
tiendra à la disposition de tous les professeurs ou amateurs qui 
voudront bien se présenter pour lui disputer cette suprématie. A 
cette séance, Vigneron tira le double coup de canon sur son épaule. 

A la demande générale des amateurs et du public, le 17 du 
même mois, Vigneron donna un second assaut dans la même salle . 

Ce n’était pas une anguille qu’il y avait sous roche, c’était un 
défi sérieux lancé à Charlemont. L’affiche annonçait ce défi en 
ces termes : M. Charlemont, vous vous êtes montré digne du titre 
de premier champion, que M. Vigneron vous avait décerné, en 
soutenant contre lui, l’homme réputé invincible, un assaut de 
boxe française, vous n’avez pas vaincu, c’est vrai, mais vous avez 
été à la hauteur de votre réputation. 

Il se trouve cependant un amateur qui, jaloux de votre succès 
et de l’adresse dont vous avez fait preuve, vous provoque et veut 
vous disputer, devant le public impartial, ce titre que vous avez 
courageusement gagné. Confiant dans sa force et son adresse, il 
parait certain de vaincre : quant à nous, qui depuis longtemps 
connaissons votre mérite, nous avons confiance et vous souhai- 
tons bon courage. 

Cet amateur n’était autre que le robuste Gilbert, 1 er maître au 
bataillon de chasseurs de la garde impériale, tireur dur et sérieux, 
il voulait décrocher la timbale, c’était son droit, il avait raison. 

Ce fut Gilbert qui fut cause que Charlemont apprit à parer les 
ripostes de coups de pied bas sur le coup de pied en tournant, en 
échange, il apprit, lui, à ses dépens, l’imparable revers de pied 
de celui-ci. 

Chaque fois que Charlemont, pour faire du jeu, portait le coup 
de pied en tournant, et avant que le pied ne fût reposé à terre, 
Gilbert lui portait un coup de pied bas en dehors et le faisait tom- 



LA BOXE FRANÇAISE 



191 



ber. Charlemont n’était pas content, mais ne le faisait pas voir, 
il chercha le remède et le trouva. Voici comment : Il lançait son 
coup de pied en tournant à toute volée et par une force d’équilibre 
extraordinaire, il arrêtait l’impulsion de son mouvement au mo- 
ment juste où l’autre portait son coup de pied bas et sans reposer 
le pied à terre, lui faisait le coup d'arrêt sur la jambe; depuis il ne 
fut plus pris à cette riposte, il est vrai que l’autre n’essayait plus. 

Lorsque l’assaut fut terminé, Gilbert portait sur la figure les 
marques de son infériorité, il fit même des reproches à son adver- 
saire sur la dureté de ses coups. Charlemont lui répondit qu’en 
raison de la force qu’il employait dans les siens, il avait été, contre 
son habitude, contraint de serrer un peu ses coups. Ils n’en devin- 
rent pas moins bons camarades et tirèrent souvent ensemble. 

A cette séance, Vigneron tira trois coups de canon sur son épaule. 

Gilbert avait avec lui un second maître, nommé Maurice, qui 
ne manquait pas de prétentions, même sur son 1 er maître, il avait 
tort à notre avis. Il paraissait étonné de ce que son maître et plu- 
sieurs autres encore, se fissent battre par Charlemont, il leur 
attribuait un manque de sang-froid et disait, entre quatre yeux, 
bien entendu, que Charlemont n’aurait pas raison de lui. L’oc- 
casion ne se fit pas attendre longtemps, et Maurice put être fixé 
sur ses appréciations. 

Il y avait grand assaut au bataillon de chasseurs de la garde 
impériale, caserne de la Nouvelle France, faubourg Poissonnière. 
C’était le lieutenant Devos qui était chargé des salles, comme il 
l’avait été au 19 e bataillon, du temps de Charlemont. 

L’assaut eut lieu dans la cour préparée à cet effet. Les tireurs 
étaient accouplés, Chauderlot et Charlemont devaient tirer en- 
semble (ce qui arrivait souvent, on aimait les voir tirer tous deux), 
mais par une petite combinaison élaborée sur-le-champ, dans les 
coulisses potinières et farceuses, et dans le but évident de jouer 
un tour à Maurice, on le mit avec Charlemont. Il s’aperçut bien 
de la supercherie, mais il n’en dit rien, ayant confiance en son 
étoile, il se résigna. 

Les deux maîtres sont en garde et se tâtent. Maurice se tient 
sur la défensive. Charlemont l’étudie et fait une fausse attaque 
en se portant en avant; son adversaire fait un coup d’arrêt, trop 



192 



LA BOXE FRANÇAISE 



court, dans le vide; deuxième fausse attaque de Charlemont, 
second coup d’arrêt de son adversaire qui obtient le même résul- 
tat que le premier. Une troisième fausse attaque de Charlemont, 
mais cette fois plus prononcée que les précédentes, le coup d’arrêt 
de son adversaire fut porté plus à fond, ce que Charlemont dési- 
rait, car, mesurant bien la distance, il prit la parade en dehors et 
de son autre bras, lui lança un vigoureux coup de poing sur la 
nuque, qui le fit tomber à terre sur les mains. Il voulut nier le 
coup en disant que les coups derrière la tête ne comptaient pas, 
ce fut un éclat de rire général. Charlemont, riant aussi, lui dit 
qu’il était libre de compter ce qu’il voulait, que, quant à lui, il 
ne compterait aucun coup, il fut fort étonné et ennuyé, car il 
avait compris le sens des paroles de Cbarlemont. A son tour Char- 
lemont resta sur la défensive, par son impassible immobilité, il 
obligea son adversaire à l’attaquer; ce dernier apprit à ses dépens 
la précision des coups d’arrêt de son adversaire, qui, trois fois de 
suite, le fit tomber à terre. Maurice se fâcha, reprochant à Charle- 
mont ses trois coups d’arrêt successifs ; et prétendant que ce n'était 
pas ainsi qu’on devait tirer!... — « Vous ne me laissez pas vous 
attaquer ni vous approcher, en un mot vous ne me laissez rienfaire.» 
— Ce à quoi Charlemont répondit : — «Nos camarades ici présents 
savent que je n’abuse des coups d’arrêt que lorsque je m’y trouve 
forcé, vous m’en avez donné trois, ratés, je vous les ai rendus, 
réussis, voilà tout. Quant à ne pas me laisser approcher, c’est 
mon droit, je fais tout mon possible pour cela, je combats à ma 
manière et suivant les circonstances. » On continua, Charlemont 
jouant avec sa jambe, passant son pied près de la figure de son 
adversaire; il vit que celui-ci cherchait à la lui saisir; sans avoir 
l’air de le faire exprès, il la lui laissa prendre, mais à peine la 
tenait-il, que, par une vigoureuse flexion et extension de la jambe, 
Charlemont frappa de son pied dans la poitrine de son adversaire 
et l’envoya rouler devant lui sur le dos. Ce dernier se releva très 
déconcerté du résultat de sa prise de jambe, faisant observer à 
Charlemont qu'ayant eu la jambe prise il aurait dû l’annoncer en 
disant : pris! Charlemont lui fit observer qu’il ne compterait pas 
les coups, mais que s’il voulait les compter, il pouvait annoncer 
qu’il était allé rouler à terre. Vous auriez dû voir que c’était avec 



LA BOXE FRANÇAISE 



193 



intention que je vous laissais prendre ma jambe et que je savais 
bien que vous ne pourriez pas la garder; j'avoue qu’il m’est im- 
possible de me dire pris lorsque je n’ai pas épuisé tous les moyens 
qui me restent de ne pas l’être. 

A son tour Gharlemont lui saisit la jambe, et l’éleva assez haut 
(car Maurice avait de grandes facilités), et lui porta en même 
temps un coup de pied bas en dehors qui le fit tomber, ce dernier 
avait crié : pris! Charlemont n’en ayant pas tenu compte, l’autre 
lui reprocha de l’avoir jeté à terre. — « Lorsqu’une autre fois vous 
tirerez, il faudra bien établir vos conditions à l’avance, comme 
font les enfants quand ils jouent à la balle empoisonnée, qui 
défendent la tête, les reins, etc... La boxe est un exercice de défense 
où chacun ne peut pas apporter ses conventions personnelles, 
mais se conformer à celles établies par l’usage et surtout la cour- 
toisie. » 

L’assaut se termina par un revers de pied de Charlemont sur 
la joue de son adversaire, qui dut méditer sur les inconvénients 
qu’il y a à être trop prétentieux. 

Charlemont fit ensuite un assaut avec un élève de Gilbert, un 
jeune enfant de troupe âgé d’une quinzaine d’années, qui se pré- 
sentait pour l’obtention du brevet de prévôt. On vit alors un 
assaut différent du premier où la souplesse, l’élégance, l’agilité 
et l’adresse étaient réunies. Charlemont ne touchait autant dire 
pas son jeune adversaire, l’effleurait àpeine, lui laissant déployer 
tous ses moyens, se laissant toucher quelquefois sur des coups 
faits à propos et le laissa toücher le dernier coup aux applau- 
dissements des officiers, maîtres, soldats et prévôts présents qui 
complimentèrent Charlemont sur sa conduite pendant les deux 
assauts qu’il venait de faire. 

Le mardi 14 janvier 1868, salle de la Réunion, 8, rue Lévis, 
Batignolles-Monceau, Charlemont et Chauderlot tiraient ensem- 
ble la boxe française et la canne, etquelques jours après, ils pre- 
naient part à un deuxième assaut donné à Melun par les frères 
Dubois de Saint-Denis. 



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LA BOXE FRANÇAISE 



BAL DE LA MAISON BLANCHE 

Rond-point de Saint-Ouen, chez M. Cognet. 



Les bureaux ouvriront à I h. 1/2. On commencera à 2 heures précises. 

DIMANCHE 10 MAI 1868 

ASSAUT EXTRAORDINAIRE 



Sous la direction de M. Monro y- Constant 

M. Louis Vigneron M. Charlemont 

L’homme-canon de l’Hippodrome de Paris, Premier champion de la boxe française, 

Prêteront leur concours pour ce brillant assaut, 

Ainsi que plusieurs professeurs des plus renommés de la capitale. 



Cet assaut se composera de 

POINTE, CONTRE-POINTE, CANNE, GRAND BATON, BOXE FRANÇAISE, 
LUTTE PARISIENNE 



ORDRE DES ASSAUTS I 



Première partie 

POINTE 

Chauderlot et Tenon. 

SABRE 

Tessier et Négrier. 

CANNE 

Maumet et Vidou. 

BATON 

Renaud et Bertrand. 

BOXE FRANÇAISE 

Jambard Monroy, Portebois. 



Deuxième partie 

POINTE 

Galgan et Hilaire. 

SABRE 

Monroy Constant et Tenon. 

CANNE 

Charlemont et Chauderlot. 

BOXE FRANÇAISE 

X*** et un amateur. 

BATON 

Chevalier et Robin. 



Troisième partie 

Grand assaut de boxe française et de lutte parisienne 
Par MM. Vigneron, Charlemont, Chauderlot, Galgan, Renaud, 
Maumet et Lucet 

M. Charlemont fils, âgé de 5 ans, exécutera les premiers principes 
de la boxe française et la défense de la canne, simulacre contre plusieurs 
adversaires, en frappant de 
90 à 100 coups de canne en 40 secondes 
A cette séance 

M. Charlemont, I e * boxeur de France, invite MM. les maîtres, prévôts, 
amateurs ou professeurs, à venir faire assaut contre lui, 
il offre 100 francs à tout amateur 
de boxe française qui lui serait supérieur sur cette partie. 



LA BOXE FRANÇAISE 



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C’était le jeudi 7 mai 1868, trois jours avant l’assaut que don- 
nait Charlemont, dont le programme est publié ci-dessus. Pour 
les besoins et l’organisation du dit assaut, Chauderlot et Charle- 
mont se trouvaient ensemble, avenue de Saint-Ouen, près de l’a- 
venue de Clichy, à la station des voitures de place ; le premier, 
en garnison à Vincennes, devait rentrer pour 10 heures ; il ne le 
pouvait qu’à condition de prendre un fiacre. Il héla un cocher au 
passage pour se faire conduire au fort de Vincennes. Le cocher, 
voyant deux militaires, crut ne pas faire une bonne affaire, il 
hésita d’abord et refusa ensuite de les conduire. Chauderlot ar- 
rêta le cheval ; à ce moment le cocher frappa celui-ci de son fouet. 
Aussitôt Charlemont s’élança sur le siège, empoigna le cocher et 
le jeta à terre. Alors plusieurs cochers de la station voisine 
vinrent au secours de leur collègue et se jetèrent à coups de fouet 
sur les deux professeurs : Ceux-ci, se mirent dos à dos, et firent 
face aux agresseurs qui étaient au nombre de six. Nos deux cama- 
rades déployèrent en cette circonstance tous leurs moyens : éner- 
'gie, sang-froid, agilité et vitesse, furent mis en action. Chaque 
fois que les cochers sejetaient en avant, le fouet levé pour frapper, 
un rapide chassé-croisé les renvoyait quelques pas en arrière et 
quelquefois à terre. Nos deux boxeurs se prêtaient un mutuel appui 
en ne se désunissant pas ; ils se protégeaient selon les circons- 
tances de la lutte, aussi sortirent-ils de cette bagarre sans avoir 
pour ainsi dire reçu aucun coup. Il n’en était pas de même des 
cochers, ils avaient reçu de nombreux et sérieux coups. 

Un marchand de vin qui, de sa porte, avait vu le commencement 
du combat, vint s’interposer entre les combattants, en reprochant 
aux cochers de se mettre six contre deux ; par son intervention 
influente, il fit cesser le combat, qui paraissait vouloir encore se 
compliquer, car d’autres cochers de la station paraissaient vouloir 
prendre part à la bataille en faveur de leurs camarades de corpo- 
ration. Le marchand de vin emmena chez lui les deux militaires, 
les régala d’une fine et vieille bouteille, pour les féliciter de la 
manière dont ils s’étaient conduits dans cette affaire, et se chargea 
lui-même de trouver un cocher qui voulut bien conduire les deux 
professeurs à leur caserne, où ils arrivèrent à l’heure sans le 
moindre inconvénient. 



196 



LA BOXE FRANÇAISE 



Le 26 juillet 1868, Charlemont quitte le 99 e régiment de ligne 
qui part de Paris, pour entrer comme professeur de boxe, canne, 
etc... au 51 e régiment de ligne qui arrivait depuis peu du Mexique 
et par conséquent n’avait ni maître ni prévôts. Encore delà beso- 
gne, elle ne manquait pourtant pas à ce moment-là. 11 fallait donc 
se remettre à l’œuvre dans ce nouveau régiment etformer de suite 
des prévôts. 

Le jeudi 1 7 septembre 1868, salle Pilodo et Waux-Hall, 8 heures 
du soir, grand assaut donné par L. Vigneron, l’homme-canon de 
l’Hippodrome de Paris. Malgré la décision prise précédemment, 
qu’ils ne tireraient plus ensemble, nous voyons encore sur l’affi- 
che : Assaut d’adresse française entre M. L. Vigneron et M. Char- 
lemont, le phénix de la boxe française. L’organisateur propose, 
le public dispose. On n’est pas rassasié de voir bien tirer. Vigneron 
fait aussi un assaut de canne avec M. Ferdinand Jean, un de ses 
premiers élèves, et fait répéter sa théorie d’adresse française par 
M. Emile Rive, son prévôt, et il enlève pour la dernière fois l’hal- 
tère en cristal du poids de 65 kilogs qu’il a gagné à M Harisson, 
à son dernier assaut au Waux-Hall. 

Encore un assaut, et ça ne sera pas fini. Dans la semaine, un 
moniteur de Joinville, marin de la flotte, très grand, l m 85 au 
moins, sec, Kergolo, marseillais, vint trouver Charlemont à sa 
salle, caserne du Prince-Eugène, lui demanda de faire assaut 
avec lui. — Je n’ai pas le temps, lui dit Charlemont, venez 
samedi, nous serons libres. Le samedi suivant l’assaut eut lieu 
en présence des maîtres et prévôts du régiment et du capitaine 
adjudant-major, Niéger, chargé des salles d’armes. 

Le grand faisait le jeu marin et marseillais, il se jetait en 
avant sur les mains en tournant comme s’il faisait la roue, cher- 
chant à frapper deux coups de pied successivement. Le mouve- 
ment de ses deux grandes jambes imitait, à s’y méprendre, ces 
grandes roues de fardiers qui traînent péniblement de gros arbres. 

Il faisait aussi le sursaut en sautant en avant, pour frapper 
deux coups de pied successivement sous le menton. Charlemont, 
ne voulant pas l’arrêter de crainte d’accident, n’avait qu'à s’effacer 
pour laisser passer les ailes de moulin, et lui fit voir et sentir que 
sa méthode était en retard sur celle de Paris, ce qui n’empêcha 



LA BOXE FRANÇAISE 



197 



pas ce grand diable d’aller se vanter auprès des autres maîtres 
d’avoir battu Charlemont. C’est un petit tireur de salon que je 
ferai tourner sur mon doigt, leur disait-il. Ceux-ci riaient inté- 
rieurement et s’empressèrent de répéter les propos à l’intéressé. 
Ce dernier réunit plusieurs maîtres, et tous allèrent ensemble le 
trouver à l’école militaire de Joinville-le-Pont, comme pour 
travailler tous ensemble; on ne put le décider, il devait partir de 
suite, pour affaire. Charlemont se vit obligé de lui dire le vrai 
motif de sa visite : il venait lui demander de prouver, les gants en 
main, ce qu’il avait avancé ; il voulut nier d’abord, mais les 
maîtres auprès desquels il avait potiné se fâchèrent en maintenant 
ce qu’il leur avait dit. L’affaire en resta là. Chauderlot était 
présent. 

C’est ce même marseillais auquel, un jour, les moniteurs de 
Joinville-le-Pont demandèrent s’il avait été au grand assaut qui 
avait eu lieu à l’école militaire à Paris, et qui répondit — « Par- 
faitement. — Y avait-il beaucoup de bons tireurs? — Très nom- 
breux, et de première force... — Ah !... Il y en avait un tout par- 
ticulièrement, d’une force extraordinaire, je n’en ai jamais vu de 
pareil. — Avez-vous tiré avec lui? — Oui, justement!... — Ah ! 
et alors qu’a-t-il fait avec vous ?... — Oh! il n’a rien pu faire !... » 

Le samedi 17 octobre 1868, Salon de la Folie, 9, grande rue de 
la Chapelle, maison Pérot, grand assaut donné par M. David 
Davant, avec le concours de MM. Anatole, dit Vigneron jeune, 
Chabot (de la Chapelle), Charles (de Paris), Merret, équilibriste, 
les frères Grêlon, Charlemont et Chauderlot, premiers champions 
de l’Hippodrome de Paris, qui tirèrent ensemble la boxe française 
et la canne. 

En 1868, Auguste Massin était invité à prêté son concours 
dans une soirée lyrique, donnée à la salle Gelin, Chaussée-Ménil- 
montant, au bénéfice de Renard, de l’Opéra. Des artistes de l’Opéra, 
delà Comédie française et de l’Odéon, invités également, virent 
d’un mauvais œil figurer dans le programme des exercices de 
force. Que venaient donc faire là des saltimbanques? Mais lorsque 
Massin parut sur la scène, en habit noir, gilet blanc, cravate 
blanche et masqué, qu’ils le virent exécuter des exercices de 
haute difficulté, sans même retirer ses gants blancs, la glace 



198 



LA BOXE FRANÇAISE 



était rompue, ils vinrent lui serrer la main, en le félicitant du 
succès général qu’il venait de remporter. 

Dans le courant de la même année, il eut l’occasion de prêter 
son concours au concert donné au bénéfice de Thérèsa, au concert 
Galiope, rue de Belleville. Le programme annonçait : Couplets 
chantés par le plus fort chanteur du monde. Quelqu’un qui fut 
fort intrigué, c’est M. X..., premier chanteur de l’Opéra, qui vint 
prendre place dans la salle pour voir et pour entendre celui qui 
semblait vouloir lui damer le pion. Il fut très surpris en voyant 
venir sur la scène, Massin, en habit de soirée, gants blancs aux 
mains, chanter un couplet de Mignon, en tenant les bras tendus 
horizontalement, avec un poids de 20 kilos dans chaque main ; 
il ne lui vint même pas à l’idée de concourir avec ce chanteur 
d’un nouveau genre. 

Une autre fois le programme portait: le piano de la maison Erard 
sera tenu par M. Auguste Massin. On connaissait bien Massin 
pour être un peu chanteur, mais pas musicien, aussi la curiosité 
avait-elle été éveillée. Au moment où une jeune artiste se dispo- 
sait à chanter, Massin enleva le piano de ses deux bras et le 
maintint pendant le temps que la jeune artiste, accompagnée du 
pianiste, chantait un morceau du programme. 

La surprise fut tellement grande, devant cet incroyable tour 
de force, annoncé d’une manière si spirituelle, qu’elle fut un 
triomphe pour son auteur. 

Massin n’était pas seulement un agréable chanteur, un homme 
fort, il était aussi très adroit à la canne et à la boxe. Il avait été 
élève de Leboucher. 

Le mardi 10 novembre 1868, salle Molière, 159, rue Saint- 
Martin, grand assaut, offert à la typographie parisienne, par 
MM. Théophile Darche, Tessier et Tenon. 11 y eut un admirable 
assaut de bâton, comme on n’en vit plus depuis, exécuté par 
MM. Eugène Caquet etJacou, dignes émules des Trinquard et 
des Leboucher. Une fantaisie sur plusieurs caisses par M. Ga- 
lisa, premier tambour de France. Equilibre de bilboquets par 
Merret, et jeux athlétiques par MM. Vincent de Lyon, l’homme 
de fer, et Odin de la Loire. L’assaut se termina par la chanson du 



LA BOXE FRANÇAISE 



199 



serrurier et le chant du voyageur, exécutés par la chorale du 
Châtelet, directeur M. François. 

A propos de cet assaut : en arrivant au dépôt du 51 e régiment 
de ligne, à Vincennes, Charlemont reçut la visite d’un nommé 
Mouret, qui donnait des leçons de boxe au 20 e bataillon de chas- 
seurs à pied et qui ayant entendu parler de lui, venait le prier 
de lui donner quelques leçons et l’aider de ses conseils. Charle- 
tnont accepta avec grâce, le fit travailler avec lui et le présenta à 
Vigneron et à Chauderlot, qui le firent tirer avec eux. Ils furent 
fort étonnés de voir ce jeune homme, grand, mesurant l m 8Q, 
élancé, souple et d’une facilité de jambe des plus rares ; il la levait 
en effet perpendiculairement. En échangedes bons procédés qu’on 
avait employés vis-à-vis de lui, il allait partout se vanter qu’il 
avait battu Vigneron, Chauderlot et Charlemont. Rien que cela, 
il allait vite !... 

On profita de l’assaut de la salle Molière pour l’y inviter, il ac- 
cepta. Qui tirerait avec lui? Question difficile à résoudre. Vigne- 
ron, Chauderlot et Charlemont voulaient atout prix l’avoir en 
face. Charlemont l’emporta, faisant valoir que leur ayant présenté 
Mouret, il était le premier atteint et qu'il ne tirerait à l’assaut 
qu’avec lui, on se rendit à son argument, on lui céda. 

Avant de commencer l’assaut, Mouret fit, comme au régiment, 
un salut de la boxe des plus excentriques ; on aurait dit qu’il 
cherchait à décrocher le lustre du plafond avec ses pieds, c’était 
extraordinaire, on n’avait jamais vu lever les jambes pareille- 
ment et aussi haut; il y eut dans la salle un étonnement tel qu’on 
prédisait à l’avance la défaite de Charlemont; telle était la pensée 
d’un grand nombre de spectateurs. Mais les connaisseurs s’em- 
pressèrent de provoquer des paris ; cinquante bouteillesde cham- 
pagne furent tenues de part et d’autre. Les uns disaient : Ghar- 
lemont a trouvé son maître ; les autres : ça ne sera pas pour cette 
fois-ci, vous verrez tout à l’heure. 

Les deux tireurs se serrèrent la main. Charlemont attaqua son 
adversaire par un chassé si rapide qu’il le fit tomber comme une 
quille; le coup fut si foudroyant que beaucoup ne l’avaient pas 
vu. Il se releva, faisant mouvoir en vain ses grandes jambes de tous 
les côtés sans résultat. Charlemont passait dessous et ramassait la 

13 



200 



LA BOXE FRANÇAISE 



jambe d’un coup de pied bas, ou rentrait d’un coup de poing à 
l’estomac; il faisait pleuvoir sur son adversaire une telle abon- 
dance de coups de toutes sortes que celui-ci ne savait plus où il en 
était. Charlemont ne lui laissait pas un moment de répit, aussitôt 
qu’il était replacé en face, aussitôt touché. Enfin, n’en pouvant 
plus, il demanda à cesser. Les trois maîtres étaient bien vengés. 
Le lendemain, vers 9 heures du matin, Mouret était encore cou- 
ché lorsque Charlemont vint le voir, il était courbaturé et se 
plaignait d’avoir été fort maltraité. — « Je l’ai fait exprès en 
raison de votre médisance, lorsque des maîtres qui vous aidaient 
à vous faire valoir et qui méritaient votre considération, comme 
reconnaissance, vous cherchiez à les déconsidérer; à l’avenir, 
soyez modeste. » Mouret se le tint pour dit et, par la suite, se 
concilia les sympathies de tous. 

Dans le même assaut, Chauderlot, tirant avec Vigneron, le sai- 
sit de ses deux bras à la ceinture en arrière. En raison de la dif- 
férence de taille et de poids qu’il y avait entre eux, il commettait 
une grande faute, dont Vigneron profita pour le saisir à la tête 
et le jeter devant lui sur le parquet. 

Dans la boxe française, il faut apporter tous ses soins à ne pas 
se laisser approcher et combattre à distance. C’est à cette con- 
dition qu’on peut battre un adversaire plus lourd et plus fort que 
soi physiquement. 



Charlemont se prodigue, son congé approche, il ne restera pas 
au régiment. Il ouvre une petite salle, 27, rue Aumaire. Il en 
fait Couverture par un assaut des plus intéressants. Il fait un as- 
saut de boxe française avec Chauderlot qui fait ensuite un assaut 
de canne avec Raynal. Ces deux derniers adversaires se fâchèrent, 
les coups de canne furent trop durs. 



LA BOXE FRANÇAISE 



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GRAND SALON DU CHALET 

47, Grande rue des Batignolles- Paris, 47 



Les bureaux ouvriront à 7 h. 4/2. 



On commencera à 8 heures précises. 



MARDI, 8 DÉCEMBRE 1868 
De 8 heures à 1 1 heures du soir. 

GRAND ASSAUT EXTRAORDINAIRE 

Donné sous la direction de M. Louis Vigneron 
l’Homme-canon de l’Hippodrome de Paris. 

Cet assaut se composera 

d’épée, de sabre, d’adresse française, d'exercices de force 

et d’intermèdes variés. 

MM. Charlemont et Chauderlot 

Teissier, Emile, Tenon, Pécoul, Galgan, Portebois, Félix, Edouard, 
et plusieurs autres amateurs et élèves concourront à cette soirée. 

A la demande du public 

ASSAUT D’ADRESSE FRANÇAISE 

entre MM. Charlemont et Chauderlot, 
les phénix de la boxe française. 



ASSAUT DE CANNE 

entre M. Vigneron et M. Tessier, 
professeur éminent. 



M. Vigneron fera répéter sa théorie complète d’adresse française 
par M. Emile, son prévôt. 

PREMIER INTERMÈDE 

M. Merret, de l’Hippodrome de Paris, exécutera, monté sur des échasses, 
différentes fantaisies et des équilibres au bilboquet. 

DEUXIÈME INTERMÈDE 



Gymnastique à la barre fixe par 
les deux célèbres frères 
Mansuy 



TROISIEME INTERMÈDE 
Evolutions de fléau pour la défense 
contre plusieurs adversaires 
par un élève de M. Vigneron. 

M. Charlemont fera exécuter sa théorie d’adresse française et de canne 
à son fils âgé de six ans. 

La soirée sera terminée par 

LE DOUBLE COUP DE CANON 
poids 305 kilos 

tiré sur l’épaule de M. Louis Vigneron 



202 



LA BOXE FRANÇAISE 



Le dimanche 23 avril 1869, il y eut dans une salle du cirque, 
à Angers, à 2 heures, un grand concours d'armes, d'épée, de 
sabre, de boxe française, de canne et de lutte, donné par la Société 
des Francs-Tireurs de Maine-et-Loire. 

Un grand nombre de professeurs civils et militaires s’étaient 
fait inscrire; Charlemont seul de la garnison de Paris s’était fait 
inscrire pour la boxe, la canne et la lutte. Il remporta le premier 
prix de boxe, le premier prix de lutte et le second prix de canne. 
S’il ne remporta pas le premier prix de canne, c’est que son der- 
nier advèrsaire tirait de devant, sans développer ses coups, Char- 
lemont s’en consola en emportant les applaudissements et les 
félicitations du public, qui avait su apprécier son jeu sérieux. 

Les premiers prix étaient une médaille d’or et 100 fr. ; les 
seconds, une médaille d’argent et 50 fr. ; Charlemont rapporta 
aussi une côte démise en luttant, ce qui n’arrive jamais en boxant. 

Le colonel de son régiment le félicita chaudement, devant les 
officiers présents au rapport; il lui promit d'assister à son défi du 
4 mai et tint parole. 



DÉFI 

ASSAUT ENTRE MM. MALLET ET CHARLEMONT 

Nous avons dit qu’à la suite d’un assaut que Charlemont avait 
fait dans une salle privée, des appréciations erronées avaient été 
faites, Charlemont avait été battu, disait-on. Vigneron sachant 
à quoi s’en tenir sur ces bruits mal fondés, de nombreux témoins 
du reste pouvaient protester, mais voulant confondre les faiseurs 
de réputation en chambre, en tirant au clair la vérité, il lança 
un défi public, dans un grand assaut qui eut lieu, salle Pilodo et 
Waux-hall, le mardi 4 mai 1869, à 8 heures du soir. Le défi fut 
porté en ces termes : 

ADRESSE FRANÇAISE 

M. Charlemont, élève de M. Vigneron, qui le patronne et le 
reconnaît comme le premier champion de Paris, se tiendra à la 
disposition de tout professeur ou amateur qui, séance tenante, 



LA BOXE FRANÇAISE 



203 



se fera inscrire pour faire assaut avec lui. Afin de faire taire les 
incertitudes au sujet du succès obtenu par M. Charlemont, dans 
une salle privée de Paris, M. Vigneron offre une magnifique mé- 
daille d’or à qui vaincra M. Charlemont dans cette soirée. 

Dans le cas où personne ne se présenterait pour concourir avec 
M. Charlemont, il ferait assaut avec M. Chauderlot, et pour ter- 
miner avec M. Vigneron. 

Le défi était clair, net, le doute n’était pas permis; on savait 
à quelle salle il s’adressait. Néanmoins il ne fut pas relevé par 
celle-ci : c’est M. Mallet, un des plus forls tireurs de la salle Du- 
cros, qui releva le défi. 

La salle était comble, on n'aurait pas pu trouver la moindre 
petite place; on dut même refuser du monde à Centrée. L’assaut 
fut des plus émouvants. 

Quatorze tireurs, hercules, gymnastes et équilibrâtes, prirent 
part à cette mémorable soirée. Vigneron tirait la canne avec Tes- 
sier, et faisait répéter sa théorie de boxe par M. Emile Rive, son 
prévôt. 

Chauderlot, Galgan, Emile Joigny, Tenon, Ferdinand Jean, 
Mouret, Pécoul et Alexandre Dudouie, Charles de Paris, Anatole 
dit Vigneron fils, Merret, Mindlson prirent part aux assauts. 

Vers la fin de la séance, MM. Théophile Darche et Tessier, 
régisseurs de l’assaut, annoncèrent que, s’il y avait des personnes 
qui désiraient se faire inscrire pour répondre au défi, elles devaient 
le faire de suite. M. Charlemont était, prêt : 11 se fit d’abord un 
grand silence, puis une voix : moi! C’était Mallet, élève deDucros, 
un colosse doublé d’un hercule, pesant 1 10 kilos et mesurant 
l ra ,85 de taille, bien proporlionné. Un jury composé de six mem- 
bres des différentes écoles fut formé séance tenante ; en faisaient 
partie : Jules Planquette, Cœurderoi, Henri Joignerey, Chauder- 
lot, Gilbert et Tessier. 

Les deux champions entrent dans la salle, Mallet le premier en 
pantalon de drap à carreaux, un maillot sans manches, laissant à 
nu ses formidables bras; une paire de chaussons et des gants 
complélaient son costume. Charlemont portait pour la première 
fois un costume sévère et excentrique dont nous donnerons plus 
loin la description. 



204 



LA BOXE FRANÇAISE 



Après s’être serrés la main, les deux adversaires se mirent en 
garde et s’observèrent, le plus grand silence régnait, les specta- 
teurs étaient anxieux, c’était une partie sérieuse qui se jouait. 
Tout en bondissant de différents côtés, Gharlemont étudie son 
rival; de temps en temps faisant mine de l’attaquer en se portant 
en avant, mais ce n'étaient que des feintes pour troubler son adver- 
saire dans ses combinaisons, l’exciter et le forcer à attaquer. Ce 
qui, du reste, ne tarda pas. Mallet, impatienté de voir son adver- 
saire tantôt loin, tantôt près, mais toujours en dehors de portée, 
au moment où il croyait pouvoir l’attaquer, partit à fond d’un 
chassé à hauteur de ceinture, mais hors de portée; il voulut dou- 
bler son attaque d’un coup de poing; un coup d’arrêt de Charle- 
mont à la poitrine l’arrêta net. L’assaut devient fort animé; d'un 
côté, une vitesse et une adresse extraordinaires, de l’autre une 
force et un poids considérables. Mallet cherchant à rentrer au 
coup de poing (car il est très fort en boxe anglaise), se fait arrêter 
chaque fois par la jambe de Charlemont; celui-ci n’évitant des 
coups de son adversaire que pour revenir aussitôt à l’attaque avec 
plus d’impétuosité. C’était curieux de voir aux prises deux adver- 
saires de nature si différente. C’était le tigre et l’éléphant. A un 
moment, Mallet, emporté par l’élan et l’animation du combat, fit, 
après avoir été touché, une rentrée de plusieurs coups de poing- 
sur Charlemont qui s'était arrêté. On fît observer à Mallet qu’il 
avait tort, qu’étant touché, il devait s’arrêter. Il répondit qu’en 
boxe anglaise on ne s’arrêtait pas; on lui fit remarquer qu’il fai- 
sait en ce moment un assaut de boxe française et qu’il devait se 
conformer aux conditions stipulées; l’assaut continua. Mallet, ser- 
rant de près son adversaire, frappait toujours à faux. Charlemont 
portait ses coups de pied avec une vitesse et une précision telles 
qu’on eut dit qu’ils étaient lancés par un fil élastique. L’assaut 
battait son plein; des applaudissements frénétiques se renouve- 
laient à chaque passe; les spectateurs trépignaient, emportés qu’ils 
étaient par leur enthousiasme qui touchait au délire. Enfin le 
jury se leva et fit cesser le combat qui avait duré 35 minutes, on 
annonça le résultat : Charlemont avait touché 15 fois, Mallet, trois 
fois. Aussitôt, de tous les côtés de la salle, ce fut un tonnerre 
d’applaudissements; des protestations se croisaient, on ne savait 



LA BOXE FRANÇAISE 



205 



pas pourquoi, on se disputait par ici, on se battait par là; enfin 
un brouhaha infernal, on ne pouvait plus s’entendre. Des com- 
bats s’improvisaient dans différentes parties de la salle, on ne 
pouvait plus s’y reconnaître et ramener le silence. On n’a jamais 
bien su pourquoi tout ce bruit; on a supposé une cabale montée 
exprès, c’est possible. Charlemont eut une idée ingénieuse, auda- 
cieuse on pourrait dire : il dit à Vigneron que si Mallet veut 
accepter, on annulera tous les points et que, pour terminer, on 
ferait un assaut en trois points. Lorsque Vigneron entra dans la 
salle et annonça la proposition de Charlemont, il fut salué d’une 
salve d’applaudissements et des cris de vive Charlemont partirent 
de tous côtés. Charlemont toucha les trois coups sans être touché. 
Alors cette fois la salle entière est transportée ; l’enthousiasme est 
porté à son comble, les applaudissements et les trépignements 
redoublent avec une intensité telle, qu’on craint pour l’effondre- 
ment des galeries. 

Mallet témoignant son mécontentement, le père Poirier l’inter- 
pella : — « C’est bien fait! vous avez ce que vous méritez, vous 
êtes négociant, vous n’êtes qu’amateur, vous n’aviez pas besoin de 
relever le défi qui ne s’adressait pas à votre salle; laissez les pro- 
fesseurs s’arranger entre eux, ce n’était pas votre affaire. » — 
Mallet disait qu’il l’avait fait dans le but de faire plaisir à Char- 
lemont qui, sans lui, n’aurait pas eu d’adversaire. Ce n’était pas 
absolument juste ce que disait Mallet, qui avoua du reste plus 
tard à Charlemont qu’il avait été poussé par des tiers, jaloux de 
sa renommée. 

Ce fut certainement un des plus émouvants assauts de cette 
période; de nombreux amateurs qui y ont assisté en parlent en- 
core chaleureusement. De nombreux officiers y assistaient : Le 
général de division Abel Douai, tué à Wissembourg, le général 
de brigade baron Aymard, le colonel Delebecque et le lieutenant- 
colonel Bréard, du 51 e régiment de ligne, le lieutenant-colonel 
Hubert de la Hayrie, du 62 e de ligne, le commandant Rigaud, 
du 20 e bataillon de chasseurs à pied. Ce jour-là les troupes étaient 
consignées à la caserne du Prince Eugène. Les chevaux des offi- 
ciers étaient sellés, bridés, prêts à partir. Les soldats couchaient 
habillés sur leurs lits. Dans la cour les faisceaux étaient formés, 



206 



LA BOXE FRANÇAISE 



les sacs à côté. L'Empire craignait la révolution, Henri Rochefort 
et Gustave Flourens faisaient une grande propagande pour la 
faire éclater ; Belleville était en effervescence, des barricades se 
construisaient en partie. La révolution n’eut pas lieu, c’était pour 
l’année suivante. 



Voici la description du costume excentrique que portait Charle- 
mont, à l’assaut du 4 mai 1869. Pantalon blanc très large, serré 
au-dessus du tour de jambe de la bottine, par une coulisse. Mail- 
lot blanc à manches, bordé au col et aux poignets d’un feston noir, 
au milieu de la poitrine, un écusson diabolique noir, sur lequel 
se détachaient en blanc deux tibias croisés, surmontés d’une tête 
de mort. Une écharpe en soie noire, garnie à chaque bout de 
franges en argent fin. Les bottines et les gants en castor noir, 
garnis de glands d’argent fin, sur les bouts des bottines et les 
manchettes des gants, des tibias croisés surmontés de la tête de 
mort. Enfin deux magnifiques médailles en or, deux en argent, 
attachées par des rubans rouges et bleus, venaient jeter une note 
gaie sur ce costume sévère et imposant. 

L’idée qui présida à cette fantaisie macabre fut des plus sim- 
ples : Charlemont parla à un de ses amis du régiment, un dessi- 
nateur, de l’idée qu’il avait de prendre, pour cette séance, un cos- 
tume moins gai que de coutume, par exemple, des gants et des 
bottines noirs, une écharpe de même couleur, et des motifs sur 
les gants et les bottines ainsi que sur la poitrine. — Mets des 
tibias en croix surmontés d’une tête de mort, et un écusson sur 
la poitrine, tu auras l’air d’un hussard... pardon!... d'un boxeur 
de la mort. — Charlemont ne voulut pas d’abord, craignant que 
ce fût une prétention par trop exagérée, mais son ami, convaincu 
que Charlemont ne pouvait être vaincu, l'encouragea, lui fit un 
croquis, et le costume fut décidé. 

11 y eut des commentaires, lorsque Charlemont entra dans la 
salle pour tirer ; les uns disaient qu’il portait le deuil de son père 
(qui du reste se portait bien), d’autres, que c’était un costume 
que son père avait gagné en Angleterre, en tuant un boxeur d’un 
coup de poing (son père était tisserand). 



LA BOXE FRANÇAISE 



207 



De l’avis de ceux qui ont assisté à cette soirée, le costume, tel 
qu’il était, avait produit un bon effet. On n’a jamais reproché à 
Charlemout cette excentricité. 

Quinze jours plus tard, Vigneron donna encore un assaut au 
Waux-Hall ; c’était le mardi 18 mai 1869. Nous voyons paraître 
dans cet assaut un grand nombre de professeurs et élèves, civils 
et militaires. Vigneron fait répéter sa théorie de baxe par Emile 
Rive son élève, un assaut de canne avec Chapelle qui devint plus 
lard un redoutable adversaire, puis un fort bel assaut d’adresse 
française avec Cauvin, 1 er maître au 25 e de ligne. Cauvin était de 
la même taille de Vigneron. Charlemont fit travailler son fils à la 
boxe et à la canne, et fit un assaut de boxe française avec Chau- 
derlol. Louis de Lyon exécutait, pour la première fois, des exer- 
cices de force, étant monté sur des échasses. 

Le 8 juin 1869, les troupesétaient encoreconsignées, caserne du 
prince Eugène, ce qui n’empêchait pas Charlemont, permission- 
naire de quatre jours, de partir pour Liège en Belgique, assister 
à un concours de boxe, organisé par M. Jean-Louis Petit. Louis 
Vigneron avait reçu de ce dernier une invitation pour assistera 
ce concours ; on lui offrait 200 fr. pour ses frais de déplacement. 
En raison de l’insuffisance de cette somme et des pertes qui résul- 
teraient de son absence, il proposa d’envoyer Charlemont pour le 
remplacer ; on accepta ; il partit le samedi 8 juin, le soir, il arriva 
le lendemain matin ; le concours avait lieu le dimanche 9, à 2 
heures de l’après-midi au pavillon de Flore, propriétaire M. Ruth. 

Dans ce concours, les tireurs devaient avoir les pieds garnis de 
chaussons en laine drapée, sans semelles, pareils à ceux qu’on 
met dans les sabots l’hiver à la campagne ; ils devaient, quand 
leur tour de tirer venait, frotter à l’avance leurs pieds dans de la 
suie, -à l’effet de marquer les coups, et d’empêcher de les nier. 
Après l’assaut on eût dit une bande de ramoneurs. Inutile de 
dire que Charlemont se refusa à se prêter à cette formalité, invo- 
quant sa loyauté pour annoncer lui-même lorsqu’il serait touché; 
on n'insista pas davantage. Charlemont ne prit - pas part au con- 
cours, il fit l’assaut d’ouverture avec Joseph Lhoest, prévôt de 



208 



LA BOXE FRANÇAISE 



J.-L. Petit, et ferma le concours, en tirant avec ce dernier. 
Pendant le concours, Charlemont présidait le jury, composé 
d’officiers et de civils. 

Dans le vestiaire, avant le concours, alors que Charlemont, 
revêtu de son costume du 4 mai, allait se diriger vers la salle, 
J.-L. Petit lui demanda de lui laisser l’avantage en tirantaveclui, 
invoquant sa réputation naissante et l’intention de la fortifier 
(but du présent concours), faisant ressortir qfte Charlemont, en 
sa qualité d’étranger, n’était pas connu à Liège et qu J il n'avait 
rien à perdre, tandis qu’il lui rendrait ainsi un grand service. 
Charlemont, pas très roublard encore à cette époque, était de 
bonne foi, il consentit (dans une certaine mesure pourtant). En 
tirant, il réglait ses coups sur ceux de son adversaire de manière à 
arriver neuf points à neuf (la partie était en dix points), et laisser 
prendre le dixième à J.-L. Petit, qui en reconnaissance de ce qu‘il 
appelait un grand service, en profita plus tard, alors que Charle- 
mont était en Belgique, pour se vanter d’un succès qu’il ne devait 
qu’à la complaisance de son adversaire. 

Charlemont avait eu affaire à un homme de mauvaise foi et 
avait été roulé. 

Avis aux jeunes : ne laisser prendre l’avantage sur soi que 
lorsqu’on ne peut pas faire autrement. 

Nous devons cependant rendre cette justice, que, dans cette 
séance, le public ne fut pas dupe de la convention préalable des 
deux tireurs ; un discours en ce sens fut prononcé à la fin de la 
séance par un amateur du pays. 11 fit ressortir, d’une façon pleine 
de tact, la courtoisie purement française, en même temps que la 
supériorité évidentede Charlemont. J.-L. Petit avait remis à Char- 
lemont, devant toute la salle, une médaille d’honneur en l’embras- 
sant (c’était le baiser de Judas). Il lui retenait en même temps la 
somme de 20 francs sur celle qui était promise pour frais de dé- 
placement, prétextant le peu de recette réalisé pour la séance. 
Il est un fait, c'est qu’il n’y avait pas beaucoup de monde à 
l’assaut. 

Pour faire suite au conseil qu’il donne ci-dessusaux professeurs 
et amateurs de boxe, et pour les mettre en garde contre des sur- 



LA BOXE FRANÇAISE 209 

prises d’un autre genre, Charlemont raconte l’anecdote suivante, 
qui pourra également leur servir d’exemple. 

En 1875, au Fencing-Club de Bruxelles dont il était le profes- 
seur, Charlemont reçut la visite de M: J. J., officier au 2 e régi- 
ment de lanciers, accompagné de plusieurs de ses amis, membres 
du cercle. Cet officier, s’adressant à Charlemont, lui dit qu'il vou- 
drait bien savoir ce que pourrait faire un homme ne sachant 
rien, contre un professeur, et le priait de vouloir bien se prêter à 
cette expérience. Sans réflexion aucune, Charlemont accepta et 
donna des gants et des chaussures de salle à M. J. puis on se mit 
en garde. Chaque fois que son adversaire voulait s’approcher, de 
son gant, Charlemont le touchait légèrement, ou de son pied lui 
effleurait soit la jambe, le flanc ou la figure. A un moment donné, 
son adversaire se lança brutalement sur lui, lui parta une quan- 
tité de coups de poing successifs et l’assaut se termina. Charle- 
mont avait un œil poché et comme le corbeau de la fable, hon- 
teux et confus, il jura mais un peu tard qu’on ne l’y reprendrait 
plus. Enthousiasmé de ce semblant de succès, l’officier revint 
quelque temps après, toujours accompagné de quelques amis, 
croyant sans doute pouvoir renouveler l’expérience dans les mê- 
mes conditions, mais Charlemont avait réfléchi depuis. Lorsque 
l’officier lui proposa de vouloir bien répéter l’expérience, Charle- 
mont lui répondit : — « Monsieur, je ne demande pas mieux que de 
vous être agréable, seulement je ne veux pas vous servir de jouet 
une seconde fois, et pour que vous puissiez être bien convaincu 
de ce que peut faire une personne ne connaissant pas la boxe, 
devant un professeur sachant bien son métier, voici ce que je 
propose : Accompagné de vos amis et de quelques autres membres 
du cercle, nous irons dans un terrain neutre; là, poings nus et 
chaussures de ville, nouscombattrons sérieusement (pour de bon), 
c’est-à-dire comme deux ennemis se trouvant dansla nécessité cle 
défendre mutuellement leur vie. Il sera bien entendu que chacun 
de nous ne sera d’aucune manière responsable des accidents qui 
pourraient résulter de ce combat ; ainsi les nez écrasés, les côtes 
défoncées et les jambes brisées, etc. etc., seront aux risques et pé- 
rils de chacun. Les témoins auront pour devoir d’empêcher les 
adversaires de se servir d’armes étrangères à la boxe. » 



210 



LA BOXE FRANÇAISE 



Dans ces conditions, vous aurez une idée juste de l’expérience 
que vous me proposez; je n’en connais pas d’autres. L’officier 
refusa net ; il eût préféré recommencer la première expérience, 
dans laquelle son nez, ses côtes et ses tibias ne coururent aucun, 
danger, protégés qu’ils étaient par la courtoisie du professeur. 
En même temps il se créait devant ses amis une fausse réputa- 
tion au préjudice de l’enseignemen t de la boxe. 

En effet, comme l’expliqua Charlemont devant un grand nom- 
bre de membres du Fencing-Club, il n’avait aucun intérêt à répé- 
ter une expérience qui n’était pas sérieuse, voici pourquoi : lors- 
qu’il accepta la première fois, n’ayant pas réfléchi, il fut victime 
de sa courtoisie, et dans ce cas il pouvait prêter à croire qu’un 
professeur pouvait être battu par une personne non exercée. 
C’était faire tort à l’enseignement. Dans le cas où Charlemont 
eût employé ses moyens pratiques pour combattre son adver- 
saire et eût porté ses coups avec la vigueur nécessaire pour 
l’empêcher de l’approcher, il courait le risque de lui écraser le 
nez, de lui défoncer les côtes ou de lui briser une jambe. Qu’au- 
rait-on dit à la suite d’un pareil accident? Le professeur est un 
brutal, il aurait dû retenir ses coups et ne pas frapper ainsi un 
adversaire qui ne savait pas se défendre. 

Ainsi le professeur est tenu, par courtoisie, d’être victime de la 
brutalité d’un ignorant, ou de se défendre sérieusement, quitte à 
blesser son adversaire. Dans le premier cas, il est déconsidéré, 
dans le deuxième il est disqualifié. 

Il n’est donc pas possible de juger, d’une manière sérieuse, de 
cè que peut faire, dans un combat, une personne ne sachant pas 
la boxe, contre un professeur, si le combat n’est que simulé. Ab- 
solument comme si, dans une manœuvre à feu, on pouvait ju- 
ger de l’effet des balles et dçs obus, puisqu’on tire à blanc. 



LA BOXE FRANÇAISE 



211 



GYMNASE LAROQUE 



Chaussée de l’Étang, 1, à Saint-Mandé, près la gare du chemin de fer 



ASSAUT DE POINTE, CONTRE-POINTE, CANNE, BATON, 
ADRESSE FRANÇAISE ET ANGLAISE. 

Pour cette fois seulement, 

U homme masqué 

Exercices de force, amenés au plus haut degré. 

Intermède de bilboquet, équilibre de la plus haute difficulté 
parM. Merret. 

Intermède de chant 

par MM. Viller, Foucher, Massard, Roux. 

Intermède de gymnastique 
par MM. Pavol, Mendlsson, Georges, Waldeck. 

Adresse anglaise par M. Ducros et M. Durupty, son élève. 

Exercices de sauts périlleux et dislocation 
par M. Mendlsson. 

Un orchestre exécutera, pendant les intermèdes, 
les morceaux les plus nouveaux. 



Salle Vigneron, mardi 21 septembre 1869, à 8 heures du soir. 
Grand assaut. Vu le départ de M. Chauderlot, l’éminent tireur 
d’adresse française, à qui MM. les professeurs de Paris voulaient 
laisser un témoignage d’estime, deux médailles, dont hune en. or, 
seront offertes à MM. Chauderlot, maître au 8 e bataillon de chas- 
seurs à pied, et Gilbert, maître aux chasseurs de la Garde, les- 
quels, après avoir fait chacun un assaut avec leurs prévôts opposés, 
concourront dans un dernier assaut pour le premier prix. 



Ouverture des bureaux de 1 h. à 5 heures. 



Ouverture des bureaux de 1 h. à S heures 



DIMANCHE 5 SEPTEMBRE 1869 



GRAND ASSAUT 




Sous la direction de M. Tessier 

Avec le concours des plus forts professeurs de Paris, tels que : 
MM. Charles Ducros, CrarlemoiNt, Chauderlot, Tenon, 
Pecoul, Durupty, Ernest Merret, Yiller, Massard, Foucher, 
Pavol, Georges, Mendlsson, Waldeck, Auguste, Maître, 
Roux, Albert. 



212 



LA BOXE FRANÇAISE 



M. L. Vigneron, l’homme-canon de l’Hippodrome de Paris, 
fera également assaut d'adresse française avec M. Charlemont. 

Plusieurs assauts auront lieu, pour l’obtention de brevets de 
maîtres, de prévôts de boxe et de canne. 

Le 1 er octobre 1869, après 14 années de service, Charlemont 
rentre dans la vie civile et en même temps professeur de boxe au 
gymnase de la Sorbonne. 

Dans le mois de décembre de la même année, il prend part à 
une grande fête de gymnastique donnée dans le gymnase de la 
Sorbonne ; il tire avec son premier prévôt qui le remplace au ré- 
giment. 

Dans le courant du mois de janvier 1870, il reçut la visite de 
plusieurs Américains dont l’un avait été, dans un combat, adver- 
saire de Tom Sayers; il proposa à Charlemont un assaut que 
celui-ci accepta et qui lui fut favorable; l’Américain: — «Combien 
vous dois-je ?... — Rien, monsieur, que le plaisir d’avoir fait assaut 
avec vous.» A titre de satisfaction et pour reconnaître la courtoisie 
de Charlemont, l’Américain tira une bague de son doigt et la lui 
remit. 

Un mois plus tard environ, ce fut cette fois un Anglais qui vint 
faire assaut avec Charlemont; il remit à celui-ci un billet de 100 fr. 

Le directeur du gymnase voulut exiger la remise de la moitié 
de la somme donnée à titre de cadeau à Charlemont, ainsi que la 
moitié du prix que devait coûter la bague. Les élèves, tous étu- 
diants pour la plupart, outrés des exigences et des procédés du 
directeur, quittèrent le gymnase et aidèrent Charlemont à ouvrir 
une salle, 41 bis , rue Gay-Lussae, dans l’ancien couvent des Ur- 
sulines. Ce fut vite fait. 

Le premier dimanche du mois d’avril 1869, Charlemont inau- 
gurait par un assaut sa magnifique salle, composée d’un gymnase, 
d’une salle d’armes, hydrothérapie, etc... C’est à cet assaut qu’il 
tira pour la dernière fois avec L. Vigneron. 



LA BOXE FRANÇAISE 



213 



COMMUNE DES LILAS 

LE DIMANCHE 31 OCTOBRE 1869 
Dans le salon de M. Clesse, au coin de la rue du Coq-Français. 

GRANDE SÉANCE DE CAISSE 

Donnée par M. Gallisa, dit Finaud 

Au bénéfice d’un de leurs camarades sans emploi, 
et des pauvres de la commune 

Avec le concours de 

MM. Légué, chevalier de la Légion d’honneur, du 13e bataillon, 
Cretz, tambour-major à l’Ecole de Saint-Cyr, 

Auger, tambour des pompiers de Noisy-le-Sec, Cretez, du 30e bataillon, 
Simon, du 6e, Grimaud du 14e 
Bordier, ex-tambour-maître 

suivi d’un 

GRAND ASSAUT D’ARMES 

DE POINTE ET CONTRE-POINTE 

Donné par MM. Tenon, Charlemont et son fils qui 
invitent MM. les Maîtres, prévôts et amateurs à cet assaut. 

LA FANFARE DES LILAS 

donnant son concours à cette œuvre, exécutera plusieurs 
morceaux de son répertoire. 

Deux chansonnettes comiques 
chantées par M. Beaucerf, comique de Paris. 

Pour l’ouverture, la fanfare des Lilas jouera la retraite. 



Une explication est ici nécessaire. Nos lecteurs auront dû re- 
marquer que, dans le cours de nos biographies, nous écrivons quel- 
quefois : adresse française ou adresse anglaise, c’est que nous co- 
pions textuellement les programmes que nous avons sous les yeux. 
Voici : vers 1856, la préfecture de police eut la singulière idée 
d’interdire les luttes; en même temps elle refusait le visa aux 
affiches où l’on annonçait des assauts de boxe. Il fallut remplacer 
les mots : boxe française et anglaise par : adresse française et an- 



214 



LA BOXE FRANÇAISE 



glaise. Lorsque Charlemont fit faire des affiches annonçant l’ou- 
verture de ses cours, il dut coller des bandes portant le mot 
adresse pour couvrir le mot boxe qui était imprimé, la préfec- 
ture l’exigeait ou bien pas de visa. Charlemont obtint une au- 
dience du préfet de police ; il chercha à lui faire comprendre 
qu’étant professeur de boxe, il ne pouvait pas expliquer sa pro- 
fession par le mot adresse qui renferme tous les exercices et tous 
lesjeux sans exception, que cette substitution de mot pouvait lui 
être préjudiciable, que Robert-Houdin, était aussi un professeur 
d’adresse. Les clowns, les pick-pokets sont aussi des hommes 
adroits. Voici la réponse triviale du préfet de police : — « C’est une 
circulaire de mon prédécesseur, elle n’est pas de moi, je ne veux 
pas défaire ce que les autres ont fait ! — Mais, Monsieur le préfet, 
si cette circulaire est mauvaise, nuisible aux intérêts des adminis- 
trés ? — Ça ne me regarde pas. » — Il tourna le dos à Charlemont 
et se retira, l’audience était levée. — N’est-ce pas qu’elle était 
bien administrative la réponse du préfet ?.. .Charlemontdut passer 
par là. La force prime le droit et surtout l’intelligence. Sous la 
République, le préfet, à qui on fit remarquer cette bizarre fantaisie, 
retira la circulaire. 

Charlemont avait commencé dans sa nouvelle salle avec un assez 
grand nombre d’élèves, qui augmentait de jour en jour. Il mar- 
chait bien, ses affaires prospéraient, lorsque toutà coup la guerre 
éclate spontanément. Alors adieu les élèves ; les uns retournent 
dans leur famil le, les autres font partie de la garde mobile ou s’en- 
gagent comme volontaires pour aller défendre la patrie; lesétran- 
gers aussi quittent Paris et rentrent dans leur pays. Adieu les 
exercices, adieu la boxe, c’est fini pour longtemps. Les armes 
meurtrières, destructibles vont remplacer les poings et les pieds 
qui eux ne tuaient personne, donnaient au contraire des muscles 
pour le travail et la santé pour vivre. Ensuite la révolution, con- 
séquence naturelle, fatale, d’une guerre absurde, précipitée. La 
salle Charlemont croula comme beaucoup d’autres établissements 
et de nombreuses industries. 



Ainsi se termina cette période de travail si mouvementée, qui 
dura 10 ans. Leboucher vient de disparaître, Hubert Lecour ne 



LA BOXE FRANÇAISE 



215 



tardera pas et Louis Vigneron le suivra de près. La boxe perdait 
sa vitalité, en perdant ses plus grands représentants. Dans cette 
biographie, nous n’avons rappelé que quelques principaux faits 
ou assauts dont nous possédons les circulaires, mais combien le 
nombre est grand de ceux que nous ne pouvons citer et qui au- 
raient pourtant aussi un grand intérêt à être rappelés dans cette 
biographie. 

Deux assauts furent encore donnés, le premier dont nous don- 
nons le programme ci-dessous, le second, en 1870, fut donné dans 
le manège vélocipédique de la Villette, au bénéfice des blessés de 
la guerre, par le regretté Louis Vigneron. Ce fut son dernier 
assaut à Paris, car quelques mois après, dans un assaut qu’il 
donnait à Boulogne-sur-Mer, il mourut de la rupture d’un ané- 
vrisme. C’était le 21 août 1871. 



THÉÂTRE DE BELLEVILLE 

On ouvrira à 6 heures. On commencera à 7 heures. 

MERCREDI 30 NOVEMBRE 1870 

SOIRÉE EXTRAORDINAIRE 

donnée par 

MM. Charret, professeur d’armes, et Michel Border 
ex-artiste et régisseur général de ce théâtre, au bénéfice des familles les 
plus nécessiteuses du 128e bataillon 
Avec le bienveillant concours de 

MM. Gravier, du théâtre de la Gaîté, Pacra, A. Guyon, Duhem, Gautier, 
de l’Eldorado, Constant, ex-artiste de ce théâtre, E Aubry, du Vert-Galant, 
Mmes Ernaux, Darthia, Chiquez, Sanse, MM. Montbars, Bienfait, Verner, 
Sabatier, Marconis, Boscade, Cosson, artistes de différents théâtres et con- 
certs de Paris, de M. Massin, hercule, et de 25 professeurs et amateurs 
d’armes de premier ordre 
PROGRAMME 

NOS BONS PAYSANS 

Vaudeville en un acte de MM. E. Nantulle et Michel Bordet, 
joué par MM. Michel Bordet, E. Aubry, Verner, Sabatier, 

Mmes Ernaux et Chiquez. 



14 



216 



LA BOXE FRANÇAISE 



Intermèdes extraordinaires d’épée, de sabre, canne, grand bâton, adresse 
française, fléau, gymnastique, etc..., sous la direction de M. Charret, pro- 
fesseur lyonnais de l l> e classe. 

Par MM. Charlemont, Ducros, professeurs ; Charles, Tessier, maîtres, 
Viret, amateur, Imbernotte, ex-maître aux grenadiers de la garde ; Sodé, 
ex-maître aux voltigeurs de la garde ; Gamache, maître de première force ; 
Charret, professeur, Fritz, dit le Vigoureux ; Joseph, dit l’infatigable ; 
Charret, fils; Auguste, Massin, l’homme sans rival, Deschamps, Tenon, 
Gallisa, dit Finaud, Aubin, homme de première force; Dudouie, dit l’intré- 
pide. — Exercices de force par M. Massin, le roi des bras tendus ; M. Mer- 
ret, l’homme bilboquet et équilibriste de l’Hippodrome de Paris. 

Exercices sur la caisse, d’une très grande difficulté, par M. Gallisa, 
tambour fantaisiste. 

M. Audain, de Lyon, exécutera avec des poids, des exercices 
amenés au plus haut degré. 

Exercices de fléau, avec une balle pesant un demi -kilo par M. Dudouie. 

La Permission de dix heures 

vaudeville en un acte 

joué par MM. Gravier, Bordet, Aubry, Bienfait et Julien 
M mes Darthia et Sanse. 

INTERMÈDE MUSICAL 

par MM. A. Guyon, Pacra, Duhem, Montbars, Sabatier, Constant, 
dans leurs dernières créations, et la fanfare du 128e. 

LE CHANT DU 128 " 

Paroles de Michel Bordet, musique de M. Prochaska. 
chanté par M. Gauthier et les chœurs. 

LA MARSEILLAISE 
chantée par M. Marconis et 40 choristes. 

Pendant l’assaut, la musique du 128 e bataillon, sous la direction 
de son habile chef M. Prochaska, exécutera 
des airs nationaux. 

Le piano sera tenu par MM. Boscade et Cosson. 



Enfin la guerre est déclarée, il faut s’y préparer, car malheu- 
reusement, il paraît que nous ne sommes pas prêts, nous allons 
du reste le savoir bientôt. Les troupes sont mises en mouvement 
dans toute la France et se préparent au départ pour Berlin. Avec 
un ami, nous nous rendons à la caserne Napoléon, faire nos 



LA BOXE FRANÇAISE 



217 



adieux â notre ancien régiment, le 51 e de ligne, qui part pour 
la frontière. Il y a un grand remue-ménage : soldats et officiers 
sont très affairés par les préparatifs du dernier moment ; nous 
serrons la main de nos anciens camarades ainsi que des officiers 
que nous avons le plus connus, parmi lesquels MM. Delebecque, 
colonel; Bréart, lieutenant-colonel; Niéger, capitaine adjudant- 
major, chargé des salles d’armes; Simonot, capitaine; Paul Avril, 
lieutenant, etc., etc. 

Ils paraissaient avoir l’air soucieux ; avaient-ils un pressen- 
timent de ce qui les attendait ? Etait-ce l’émotion ? Nul ne le sait. 
C’était peut-être l’un et l’autre. Ce dont nous nous souvenons 
comme si c’était hier, c’est qu’en leur serrant la main, en leur 
souhaitant bonne chance, ils nous remerciaient d’un air plutôt 
résigné qu’enthousiaste. 

Nous leur faisons la conduite jusqu’à la gare de l’Est, lieu de 
leur embarquement, en passant par la rue de Rivoli et le boule- 
vard de Sébastopol (deux noms prédestinés pour la victoire, 
c’était de bon augure). La population, en foule compacte, leur 
faisait escorte et accompagnait en chantant la musique du régiment 
qui jouait la Marseillaise (la veille on eût arrêté l’imprudent qui 
se fût permis d’entonner ce morceau, mais ce jour-là, l’Empire 
permettait ce chant séditieux). Comme toutes les rues qui y 
aboutissaient, la gare de l’Est était tellement encombrée, qu’il 
était impossible d’en approcher. Nous disons un dernier adieu à 
notre ancien régiment, en souhaitant bon courage et bonne chance 
à tous, puis nous rentrons chez nous fort impressionnés, le cœur 
serré et rempli d’autant d’incertitude que d’espoir. 

Pendant quelques jours, tout était en l’air pour le départ des 
troupes. Le travail et les affaires étaient suspendus. On était 
anxieux, on attendait des nouvelles de la frontière. Sur ces entre- 
faites, on apprend que l’Empereur vient de quitter Paris pour se 
mettre à la tète de ses armées, et quatre ou cinq jours après 
arriva la nouvelle de sa grande victoire de Sarrrebruck, 2 août 
1870, où les mitrailleuses fauchaient les Prussiens comme les blés, 
où le petit prince ramassait des balles, « ce qui faisait pleurer 
les vieux soldats d’attendrissement ! » Deux jours après, arrive la 
nouvelle de la défaite de nos troupes à Wissembourg, puis ensuite, 



218 



LA BOXE FRANÇAISE 



c’est celle de Reischoffen et enfin, la capitulation de Sedan, où 
l’Empereur rend son épée à Guillaume, mais il garde sa cigarette 
(quelle honte!). Malgré le courage et le dévouement de nos 
soldats, la débâcle continua, terrible et irrémédiable, il n’avait 
pas fallu un mois aux Prussiens pour anéantir notre armée et 
s’ouvrir la route de Paris. De temps en temps il arrivait des 
dépêches annonçant de grandes victoires remportées par nos 
troupes : 40.000 prisonniers prussiens, Frédéric-Charles était du 
nombre; puis la légende des Carrières de Jeumont. On avait 
pavoisé et illuminé Paris, mais le lendemain on savait la triste 
vérité, c’était le contraire qui était arrivé ; les dépêches étaient 
fausses. Les Prussiens marchaient sur Paris. 

Le 4 septembre, aussitôt que la République fut proclamée à 
Paris, on organisa la Garde nationale de manière à mettre en 
campagne toutes les troupes régulières disponibles. Le nombre 
de bataillons fut de 240. Us étaient formés par quartier d’arron- 
dissement, les officiers étaient nommés à l’élection. 

C’est ainsi qu’un groupe de citoyens de la rue Gay-Lussac 
s’étaient réunis pour organiser une compagnie. Us vinrent 
trouver Charlemont en le priant, comme ancien soldat, de vouloir 
bien poser sa candidature au grade d’officier dans la compagnie 
en formation. Celui-ci s’excusa, disant qu’il n’avait jamais été 
officier, mais qu’il ferait son devoir comme simple garde, qu’en- 
suite, établi depuis peu, ses moyens ne lui permettaient pas de 
s’équiper à ses frais. On lui répondit qu'on avait songé à cet 
inconvénient, et qu’unecaisse était formée pour lever les obstacles 
de ce genre. Charlemont n’avait plus qu’à se mettre à leur dis- 
position. 11 se présenta à l’élection et fut nommé lieutenant à la 
6 e compaqnic du 119 e bataillon. Les bataillons étaient composés 
de huit compagnies. Quelque temps après, on forma un certain 
nombre de bataillons de marche, composés de volontaires pris dans 
les autres bataillons, et qui devaient être intercalés dans les divi- 
sions de l’armée active. Les bataillons sédentaires faisaient le service 
des remparts et veillaient à la sécurité intérieure de la ville. 

Nous n’avons pas l’intention d’écrire ici l’histoire du siège de 
Paris, elle dépasse notre compétence; d’ailleurs tout le monde 
connaît ces tristes pages; des auteurs nombreux l’ont racontée 



LA BOXE FRANÇAISE 



219 



mieux que nous ne pourrions le faire, et puis ce n’est pas le but 
de notre livre. Nous voulons seulement donner quelques-unes de 
nos impressions personnelles. 

On doit à la vérité de dire que, dès le commencement du siège 
de Paris, la population était prête à tous les sacrifices, elle était 
admirable de dévouement. Comment se fait-il qu’on n’ait pas su 
l’ utiliser d’une manière plus sérieuse, plus générale? Pourquoi 
n’a-t-on pas tenté une grande épreuve? Ce que nous savons, c’est 
qu’à ce moment, les gardes nationaux étaient dans un tel état 
d’effervescence et de surexcitation dû à l’inactivité et à l’incerti- 
tude dans lesquelles on les laissait, qu’ils voulaient se révolter si 
l’on ne faisait pas une sortie générale. C’était à ce moment que 
le capitaine de Beaurepaire, d’accord avec le général Trochu, 
gouverneur de Paris, prenait sous sa direction la formation d’un 
corps franc, dont le titre était : Tirailleurs de la République. Ce 
corps de volontaires avait pour mission de traverser les lignes 
prussiennes, et d’aller en province organiser d’une manière géné- 
rale la guerre de francs-tireurs. Pour en faire partie, il fallait être 
ancien soldat, produire son congé de libération, accompagné du 
certificat de bonne conduite, puis un certificat de bonne vie et 
mœurs délivré par la préfecture de police. La solde devait être celle 
des gardes nationaux ; les femmes et les en fants des tirailleurs de la 
République, qui succomberaient sur le champ de bataille, seraient 
pensionnés ainsi que les blessés qui se trouveraient dans l’impos- 
sibilité de travailler. 

En quelques jours seulement, 14,000 volontaires remplissant 
les conditions exigées étaient inscrits. Charlemont, après avoir 
mis en ordre ses affaires de famille et vendu différents objets de 
valeur, entre autres ses belles médailles d’or et d’argent gagnées 
dans les concours, s’engagea dans ce nouveau corps. Il fallait être 
vraiment las de cette situation énervante et sans issue, pour 
laisser sa femme et son fils seuls, et aller affronter d’aussi grands 
dangers sans y être absolument obligé. 

Lorsque le capitaine de Beaurepaire alla rendre compte au 
général Trochu du résultat obtenu pour la nouvelle formation, 
et lui demander la réalisation du projet en question, le général 
retira sa parole disant qu’il avait réfléchi depuis et ne voulait 



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LA BOXE FRANÇAISE 



pas prendre sur lui une aussi grave responsabilité ; que, selon lui, 
les 14,000 volontaires seraient sacrifiés sans aucun profit pour la 
délivrance de Paris, qu'aucun de ces volontaires ne pourrait tra- 
verser les lignes prussiennes sans se faire massacrer ou être fait 
prisonnier. En conséquence, il n’y eut pas de tirailleurs de la 
République, mais un peu plus de découragement. 

Non seulement la population parisienne était affamée par les 
Prussiens de l’extérieur, mais elle l’était aussi par ceux de l’inté- 
rieur. Les Parisiens savent que le jour même de la fermeture des 
portes de Paris, les magasins d'alimentation, en général les mieux 
approvisionnés, ne possédaient plus de marchandises dans leurs 
vitrines, tout avait disparu (dans les caves); impossible de se 
procurer quoi que ce soit; il n'y avait plus rien, disait-on. Mais 
lorsque la population commença à mourir de faim (c’était le bon 
moment) les honnêtes commerçants vendaient en cachette (à leurs 
amis, disaient-ils) des vivres 25 ou 50 fois plus cher que leur 
valeur ordinaire. Celui qui avait de l’argent payait, mais les 
malheureux! ! ! Le plus drôle, c’est que ces bons commerçants ne 
faisaient généralement pas de service; ils empochaient de l'argent 
pendant que les autres attrapaient des bronchites, des rhuma- 
tismes ou des balles. C’est ici le cas de dire : à quelque chose 
malheur est bon. Voici une petite anecdote de circonstance dont 
nous avons été témoin, et qui ne fut pas isolée malheureusement : 
c’était pendant le bombardement de Paris, il y avait une épicerie 
formant le coin des rues Saint-Jacques et Gay-Lussac; le brave 
commerçant qui la dirigeait était on ne peut plus humain, lorsque 
vous lui disiez que votre femme était dans une position intéres- 
sante et qu’elle avait une envie de fromage de gruyère, par pitié, 
et parce que c’était vous, il voulait bien vous en céder un quart, 
mais il ne pouvait pas vous le donner à moins de 7 francs (28 fr. 
la livre), car il n’en avait plus qu’une petite livre pour son usage. 
Seulement cette livre durait toujours. Il en était ainsi pour toutes 
sortes de subsistances. Mais voilà qu'un jour, un magnifique obus, 
provenant des batteries installées sur la terrasse deMeudon, entre 
sans se faire annoncer, par la vitrine de notre épicier philanthrope 
et patriote, traverse le parquet et éclate de rire en dénichant une 
si belle provision. C’est alors qu’il fallait voir sauter les roues de 



LA BOXE FRANÇAISE 



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fromage de gruyère, les paquets de chocolat Menier et du vrai 
Planteur, les haricots, pois, lentilles, boîtes de conserves, jam- 
bons, saucissons, vessies de saindoux, etc., etc... Il faut qu’il y ait 
un Dieu pour les commerçants, car l’épicier désintéressé ne fut 
pas tué, il était blessé légèrement; l’obus avait éclaté dans la 
partie du magasin où il était entré, l’épicier se trouvait à ce mo- 
ment à l’autre extrémité. 

Si la nourriture était rare, le chauffage manquait également, 
on sacrifia de nombreux arbres centenaires garnissant les bou- 
levards, d’autres pris dans les bois de Boulogne et de Vincennes, 
ce bois vert brûlait très mal dans les poêles. 

C’était toujours pendant le bombardement, M me Charlemont 
était malade au lit; nous n’avions plus le moindre petit mor- 
ceau de bois pour lui faire de la tisane, lorsqu’un jour, sortant 
pour aller à la recherche de combustible, nous rencontrons un 
garde de notre compagnie, entrepreneur de maçonnerie, qui, 
après avoir eu connaissance de notre embarras au point de vue 
du chauffage et sachant que nous avions brûlé les quelques meu- 
bles dont, à la rigueur, nous pouvions nous passer, nous dit : — 
« Venez avec moi, Monsieur Charlemont »; il nous emmena dans 
son chantier et nous donna, sans vouloir accepter de rétribution, 
une de ses grandes perches avec lesquelles il échafaudait ses cons- 
tructions, elle pouvait avoir la hauteur d'un quatrième étage. 
Après l’avoir remercié, nous emportâmes le bout de bois (un vrai 
trésor) avec la plus grande difficulté, car il pesait lourd, mais il 
y avait à peu près trois cents mètres de distance à parcourir. Ne 
pouvant le rentrer dans notre établissement, nous fûmes obligés 
de le débiter dans la rue, par morceaux d’un mètre et de les ren- 
trer ensuite dans le gymnase afin de les couper plus petits. Nous 
étions en train d’en fendre un gros morceau, et le coin de fer dont 
nous nous servions ayant glissé presque jusqu’en bas entre les 
deux parties déjà à moitié séparées, nous pensions qu’il était 
facile d’achever la séparation, en passant les deux mains dans la 
fente, pour écarter avec effort lorsque, à ce moment, le coin de 
fer s’échappa, tomba à terre et les deux parties se refermèrent sur 
nos mains, prises comme dans un étau. La douleur que nous res- 
sentîmes fut suffisante pour paralyser nos moindres efforts. La 



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LA BOXE FRANÇAISE 



porte d'entrée était fermée, il était impossible d'appeler un passant 
à notre aide. M me Charlemont se leva, descendit comme elle put 
de sa chambre, et, sur nos indications, ramassa le coin de fer, 
le plaça dans la fente et frappa légèrement avec un marteau; le 
bois s'écarta, et, nouveau Milon de Crotone, Charlemont fut déli- 
vré, heureux de n'avoir pas subi le même sort que lui. 

Pendant ce temps-là, les obus tombaient toujours. Un de ces 
projectiles, après avoir traversé plusieurs murs, brisé plusieurs 
charpentes, est venu se loger dans le plafond de notre gymnase, 
sans éclater ; ce fait nous décida à aller habiter un quartier moins 
dangereux. 

Enfin bien que le général Ducrot ne dût rentrer que mort ou 
victorieux, bien que le gouverneur de Paris fût décidé à ne pas 
capituler, et quoique l’on ne devait céder ni un pouce de notre 
territoire, ni une pierre de nos forteresses, on apprit un triste 
matin qu’on allait traiter des conditions d’un armistice. C’était 
fini, Paris était livré. 

C’est alors qu’il fallait voir la consternation des Parisiens ; l’o- 
pinion de tous était que, pour en arriver là, il eût mieux valu ne 
pas attendre. 

Les élections qui eurent lieu le 8 février 1871, dans le but de 
traiter avec l’Allemagne, des conditions de paix ou de guerre, 
envoyèrent à l’assemblée de Bordeaux quatre cent cinquante 
monarchistes de naissance, sur sept cent cinquante députés. 
M. Thiers, l’incarnation de la monarchie parlementai re, fut nommé 
dans vingt-trois départements. 

Dès la première séance, au fond delà salle, un vieillard, seul sur 
son banc, méconnu, fui de tous, se lève et demande la parole. Sous 
son grand manteau brille une chemise rouge. C’est Garibaldi (1). 

(1) Joseph Garibaldi, célèbre patriote italien, né à Nice en 1807, fut 
le seul qui, sans être sollicité, soit venu mettre son épée au service de la 
France, alors que celle-ci, sans alliance et abandonnée de toutes les puis- 
sances, succombait sous le poids des fautes de l’empire. Il livra des com- 
bats aux Prussiens autour de Dijon (20 et 24 janvier 1871), obtint quelques 
succès, et prit à l’ennemi un drapeau, le seul qui fut enlevé aux Allemands 
pendant le courant de cette guerre. Si cet homme de cœur avait oublié 
que, le 3 novembre 1867, à Mentana (village d’Italie, près de Rome), il 



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A l’appel de son nom il a voulu répondre, dire d’un mot qu’il rési- 
gne le mandat dont Paris l’a honoré. Devrais hurlements cou- 
vrent sa voix. Il reste debout, élève la main; les injures volent. Le 
châtiment est prompt. — « Majorité rurale! honte de la France! » 
crie des tribunes une jeune voix vibrante, Gaston Crémieux de 
Marseille. Les députés se lèvent, menacent. Des centaines de bra- 
voset de défis partent des tribunes et accablent ces ruraux. Au 
sortir de la séance, la foule, qui remplit la place de la Comédie, 
applaudit Garibaldi, hue ses insulteurs. La garde nationale lui 
présente les armes malgré la rage deM. Thiers qui, sous le péri- 
style, apostrophe l’officier commandant. Le lendemain, le peuple 
revint, et, formant une haie devant le théâtre, obligea les députés 
les plus réactionnaires à subir les acclamations républicaines. 

Un rural désignant les représentants de Paris : « Ils sont cou- 
verts du sang delà guerre civile! » Un des élus de Paris criant : 
« Vive la République ! » la majorité le huait : a Vous n’êtes qu’une 
fraction du pays. » Le jour suivant, la chambre fut entourée de 
troupes qui repoussèrent au loin les républicains. 

La droite ne laissa pas échapper un jour sans piquer letaureau . 
Rires, provocations, injures s’abattirent sur Paris et ses repré- 
sentants. Quelques-uns d’entre eux, Rochefort, Tridon, Malon, 
Ranc se retirant devant le vote mutilateur de la patrie, on leur 
cria : Bon voyage! Victor Hugo défendant Garibaldi fut hué, 
Delescluze réclamant la mise en accusation des membres de la 
défense nationale, ne fut pas mieux entendu . 

L’assemblée de Bordeaux (la majorité) ne se contentait pas de 
ses injures, elle menaçait les gardes nationaux de les faire désar- 
mer, de supprimer la solde de 30 sous, seule ressource des tra- 
vailleurs, de rendre immédiatement exigibles les loyers arriérés, 
les échéances. 

avait été blessé et défait par les troupes françaises, il n’oubliait pas que 
c’était la France républicaine qui était aux prises avecl’empire d’Allema- 
gne, qui ne faisait la guerre, disait-il, qu’à l’empire français et non au peu- 
ple, mais qui fusillait les patriotes qui défendaient leur patrie. 

C’est en raison de cet admirable dévouement, et pour lui payer sa dette 
de reconnaissance, que les .Parisiens le nommèrent député ; c’est aussi 
pour cela que les monarchistes de l’assemblée de Bordeaux l’insultèrent. 



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LA BOXE FRANÇAISE 



Une affiche placardée le matin du 27 février annonçait la pro- 
longation de l’armistice et, pour le 1 er mars, l’occupation des 
Champs-Elysées, par trente mille Allemands. La garde nationale 
voulait s’y opposer, les armes à la main, mais elle dut céder au 
bon sens et à la raison. 

Les Prussiens purent entrer à Paris le 1 er mars, La paix venait 
d’être acceptée, votée au pas de course, comme une affaire. L’Al- 
sace, la majeure partie de la Lorraine, seize cent vingt mille 
Français arrachés de la mère patrie, cinq milliards, les forts de 
l’est de Paris occupés jusqu’au paiement des cinq cents premiers 
millions, et les départements de l’est jusqu’à l’entier paiement; 
voilà ce que coûtaient Trochu, Favre et la coalition ; le prix au- 
quel Bismarck nous passait la Chambre introuvable. Et pour con- 
soler Paris de tant de hontes, M. Thiers nommait général de la 
garde nationale l’évacuateur d’Orléans, le brutal commandant 
de l'armée de la Loire, d’Aurelles de Paladines. Deux sénateurs, 
Vinoy, d’Aurelles, deux bonapartistes à la tête de Paris républi- 
cain, c’était trop. Tout Paris dès lors sentit le coup d’Etat. 

Il y eut le soir des groupes sur le boulevard. La garde nationale 
refusait de reconnaître d’Aurelles de Paladines. 

Les causes qui ont amené la commune de Paris sont multiples : 
la guerre et toutes ses conséquences, le siège de Paris et sa mau- 
vaise direction, la capitulation, les élections et l’assemblée de 
Bordeaux; sa majorité monarchiste, ses insultes à Paris et à ses 
représentants : Garibaldi et Victor Hugo ; la suppression de la 
solde des gardes nationaux, le paiement intégral des loyers arrié- 
rés, les échéances payées sans délais, l’entrée des Prussiens à 
Paris, la décapitation de Paris, l’assemblée siégeant à Versailles, 
nomination du général d’Aurelles de Paladines au commande- 
ment de la garde nationale, etc., etc., furent autant de raisons 
qui firent croire au renversement de la République. 

Pendant le bombardement, on recommandait aux habitants de 
se jeter à plat ventre, dès qu’un obus tombait auprès d’eux, parce 
que, en taisant explosion, les éclats s’écartaient en montant et on 
évitait d’être atteint. On dut exécuter souvent ce mouvement 
gymnastique, car les obus tombaient dru dans le quartier du 
Panthéon. 



LA BOXE FRANÇAISE 



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Plus de quinze jours après lé bombardement, on avait encore 
dans les oreilles le bruit que faisaient les projectiles dans leur 
parcours, et cela à tel point, qu’un jour, vers le 15 février, 
M me Charlemont, roulait brusquement, et assez loin dans son 
appartement, un lourd fauteuil qui, en roulant, imita à s’y mé- 
prendre, le sifflement de l’obus, prêt à toucher le sol. Charlemont, 
qui se trouvait à l’extrémité de la pièce, se jeta à plat ventre ; le 
bruit à peine passé, il leva la tête et au lieu d’obus, il vit sa femme 
qui le regardait en riant aux éclats, tenant encore son fauteuil à 
la main. 

Depuis quelques jours, des régiments arrivent à Paris, venant 
de l’armée de la Loire, et campent au Champ-de-Mars, aux Champs- 
Elysées, au bois de Boulogne. Les soldats que nous questionnons 
nous répondent qu’ils savent bien pourquoi on les a fait venir ; 
on veut corriger la garde nationale parce qu’elle voulait la levée 
en masse et la guerre à outrance, puis pour venger l’armée d’avoir 
été vaincue. C’est bien ce qu’écrivait le Journal des Débats pen- 
dant la répression : « Notre armée a vengé ses désastres par une 
victoire inestimable. » Ainsi l’armée prenait sur Paris la revanche 
de ses défaites. Paris était un ennemi comme la Prusse, et d’au- 
tant moins à ménager que l’armée avait son prestige à reconquérir. 

Les soldats campés dans le Luxembourg sont sans vivres et sans 
abris ; nous en logeons plusieurs chez nous, ils couchent sur des 
matelas placés dans le gymnase et mangent à notre table. Le 18 
mars, vers 6 heures du matin, des ouvriers allant à leur travail 
viennent nous réveiller, des cordons de troupes barrent les rues 
avec l’ordre de ne laisser passer personne ; cette consigne est 
mollement exécutée, car on passe tout de même. Nous faisons battre 
le rappel dans le quartier; les gardes nationaux arrivent et s’in- 
forment ; de quoi s’agit-il? on ne sait rien. Nous courons aux 
nouvelles, place du Panthéon, devant la mairie. M. Galle, lieute- 
nant-colonel de la garde nationale honnête, était déjà là ; qu’y 
faisait-il? il venait sans doute prendre des notes et marquer ses 
futures victimes, car lors de Centrée des Versaillais à Paris, il fit 
partie de la cour martiale du 5 e arrondissement. Il y avait aussi 
une compagnie d’infanterie de ligne, rangée en bataille devant la 
façade du Panthéon et prête à en venir aux mains avec une com- 



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CA BOXE FRANÇAISE 



pagnie de la garde nationale fédérée, placée devant la mairie. Il 
s’en fallut de peu que le sang ne coulât, et grâce au sang-froid et 
à l’intervention pacifique des officiers de la compagnie des fédé- 
rés, il n’y eut pas de conflit. Nous retournons chez nous, et nous 
engageons les soldats, nos hôtes, à aller tout de suite rejoindre 
leur régiment, pressentant que de graves événements se prépa- 
raient. En effet, à trois heures du matin des colonnes de troupes 
se portent dans différentes directions : aux Buttes Chaumont, à 
Belleville, au faubourg du Temple, à la Bastille, à l’Hôtel de 
Ville, place Saint-Michel, au Luxembourg et aux Invalides. En 
même temps, le général Susbielle marche sur Montmartre avec 
deux brigades. Tout est silencieux et désert. La brigade Paturel 
occupe sans coup férir le moulin de la Galette. La brigade Le- 
comte gagne la tour Solférino et ne rencontre qu’un factionnaire : 
Turpin. Il croise la baïonnette ; les gendarmes l’abattent, courent 
au poste de la rue des Rosiers, l’enlèvent et jettent les gardes dans 
les caves de la tour Solférino A six heures, la surprise est com- 
plète. Partout ailleurs les canons sont également surpris. Si à ce 
moment, il ne manquait pas un bouton de guêtre, il manquait 
assurément de chevaux pour emmener les canons. Le général 
Vinoy les avait oubliés. A huit heures seulement on commença 
à atteler quelques pièces. Pendant ce temps, les faubourgs s’éveil- 
lent. Partout on bat le rappel, les gardes nationaux arrivent de 
tous côtés ; en route, ils rencontrent un peloton du 88 e de ligne, 
crient : Vive la République ! et, la crosse en l’air, soldats et gar- 
des confondus gravissent la rue Muller qui mène aux buttes, 
tenues de ce côté par des hommes du 88 e . Ceux-ci, voyant leurs 
camarades mêlés aux gardes, font signe de venir, qu’ils vont livrer 
passage. Le général Lecomte, qui saisit leur mouvement, les fait 
remplacer par des sergents de ville et jette les transfuges dans 
la tour Solférino, ajoutant : « Votre compte est bon ! » Les ser- 
gents de ville lâchent quelques coups de feu. Les gardes ripostent. 
Tout à coup un grand nombre de gardes nationaux, la crosse en 
l’air, des femmes et des enfants, débouchent sur l’autre flanc par 
la rue des Roziers. Le général Lecomte, enveloppé, commande 
trois fois le feu. Les hommes restent l’arme au pied. La foule 
s’avance, fraternise. Lecomte et ses officiers sont arrêtés. 



LA BOXE FRANÇAISE 



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Les soldats qu’il vient d’enfermer dans la tour veulent le fusil- 
ler. Des gardes nationaux parviennent à le dégager àgrand’peine, 
car la foule le prend pour Vinoy, le conduisent avec ses officiers 
au Château-Rouge où se trouve l’état-major des bataillons. Là, on 
lui demande un ordre d’évacuation des buttes. Il le signe sans 
hésiter. L’ordre est aussitôt communiqué aux officiers et soldats 
de la rue des Rosiers. Les gendarmes rendent leurs chassepots et 
même crient : « Vive la République ! » Trois coups de canon tirés 
à blanc annoncent la reprise des buttes. 

Le général Paturel, qui veut emmener les canons surpris au 
moulin de la Galette, se heurte, rue Lepic, contre une barricade 
vivante. Le peuple arrête les chevaux, coupe les traits, débauche 
les artilleurs et ramène les canons à leur poste. Place Pigalle, le 
général Susbielle ordonne de charger la foule qui s’est amassée 
rue Houdon. Les chasseurs intimidés poussent leurs chevaux à 
reculons et font rire. Un capitaine s’élance, sabre en main, blesse 
un garde et tombe criblé de balles. Le général s’enfuit. Les gen- 
darmes qui ouvrent le feu derrière les baraquements sont bientôt 
délogés ; le gros des soldats passe au peuple. 

A Belleville, aux buttes Chaumont, au Luxembourg, les trou- 
pent fraternisent partout avec la foule qui est accourue à la pre- 
mière alerte. 

Le soir vers trois heures et demie, une foule innombrable, com- 
posée surtout de soldats, brise les croisées de la chambre dans 
laquelle était retenu prisonnier le général Lecomte, se ruent sur lui, 
et malgré l’intervention de plusieurs officiers et d’un grand nom- 
bre de gardes nationaux, l’entraînent dans un jardin et le fusil- 
lent. Vers le même moment, un homme est arrêté à la chaussée des 
Martyrs dont il visitait la barricade, il est reconnu, c’est Clément 
Thomas, l’homme dejuin.il est également fusillé dans un jardin. 

M. Thiers et les membres du gouvernement siégeaient en 
séance au ministère des affaires étrangères, lorsque, vers trois 
heures et demie, les bataillons populaires du Gros-Caillou défi- 
lèrent devant l’hôtel, tambours et clairons en tète. Le conseil se 
crut cerné. M. Thiers s’enfuit par un escalier de service et partit 
pour Versailles. Le gouverneur quitta Paris, désorganisant tous 
les services administratits de l’état et de la ville. 



228 



LA BOXE FRANÇAISE 



Paris était en ébullition, chacun dans son quartier était inquiet, 
ne sachant pas ce qui se passait à l’intérieur, on était encore sous 
l’impression des souffrances physiques et morales qu’on venait de 
supporter pendant la guerre, et on se sentait déjà retombé dans 
un malheur plus terrible encore, la guerre entre Français. 

Le même jour les bataillons du 5 e arrondissement furent sous 
les armes. Les officiers ne savaient pas encore ce qu’ils voulaient 
faire, ils hésitaient sur le parti à prendre. Nous leur demandions 
leur opinion, ils n’osaient pas se prononcer. Le lendemain, un 
certain nombre d’entre eux disparaissaient, entre autres, notre 
commandant, M. Marie (1). 

Quand on voulut prendre possession du poste du 'Panthéon 
occupé par un lieutenant, un clairon et une vingtaine d’hommes, 
l’officier qui le commandait refusa de se rendre, invoquant sa 
consigne et son honneur. On lui fit entendre qu’on lui laisserait 
son épée, que la résistance était inutile, qu’il se ferait tuer avec 
ses hommes. On pouvait sauver les apparences en simulant une 
surprise du poste, sans en prévenir les soldats. Ceci fut décidé, la 
surprise eut lieu sans tirer un coup de fusil. Les soldats furent 
désarmés, mais on rendit l’épée à l’officier. Un des soldats désarmés 
était très furieux, il proféra des menaces et jura de se venger. S’il 
a assisté à la répression, il a dû se satisfaire car les soldats n’y 
allaient pas de main morte. 

Le 19 mars au matin, le propriétaire de Charlemont, maître de 
chapelle à Saint-Jacques-du-Haut-Pas, vint le trouver et lui dit : 
— « J’espère que tous les honnêtes gens vont se réunir, il ne faut 
pas qu’il y ait de malentendu, vous êtes des nôtres? — Qu’appelez- 
vous les honnêtes gens ? — Venez avec nous. Vous verrez, nous 
sommes réunis à l’Ecole Polytechnique. — Bien ! nous allons y 
aller voir avant de nous prononcer. » En route pour aller prendre 



(1) M. Marie, répétiteur à l’Ecole Polytechnique, avait été nommé com- 
mandant du 119 e bataillon delà garde nationale pendant la guerre. Il était 
âgé, sans énergie et sans capacité militaire. Il devait sa nomination à ses 
principes républicains. C’est M. Paul Pia, homme d’une grande énergie, qui 
commandait le bataillon ; il le quitta pour prendre la direction des chemins 
de fer au service de la commune. 11 fut remplacé par Charlemont. 



LA BOXE FRANÇAISE 



229 



des renseignements à la mairie, nous rencontrons un membre 
du comité central nommé Ledroit, qui nous dit que la réunion de 
l'Ecole Polytechnique est un centre de résistance formé par la 
réaction, que si demain à 4 heures il n’est pas dispersé, plusieurs 
bataillons et des canons seront envoyés par le comité central 
de la garde nationale, pourle disperser par la force. Voulant nous 
éclairer sur la situation, nous allons à l'Ecole Polytechnique. 
On nous ouvrela porte. Dans la cour, nous voyons quelques sol- 
dats, des mobiles, des fonctionnaires, une grande partie des 
commerçants du quartier et des quartiers voisins, enfin un mé- 
lange de tout ce qui marche toujours à la suite de tous les gouver- 
nements (en juin 1848, les commerçants dénonçaient les insurgés, 
même leurs clients). A notre entrée, des vivats éclatent : — « Vive 
M. Charlemont ! puis des serrements de mains, bravo ! vous êtes 
des nôtres, encore un ! — Pardon, pas encore! — Qui commande 
ce rassemblement ? — C'est un officier de marine, le capitaine 
Salicy, le commandant Marie, etc. — Présentez-nous à ces Mes- 
sieurs. — C’est fait. — Messieurs, nous venons auprès de vous nous 
renseigner, quel programme dé fendez- vous? — Tel programme ! 
— Mais alors c’est le programme du comité central. — Oui. — En ce 
cas, pourquoi ne vous ralliez-vous pas au comité central ? — Nous 
voulons rester en dehors de lui. — Voudriez-vous nous donner 
votre programme par écrit et le signer ? — Non. — En ce cas votre 
attitude ne nous paraît pas claire, et nous ne sommes pas des 
vôtres ! » En traversant la cour pour nous retirer, nous trouvons 
toutes les figures changées, plus de vivats, plus de serrements de 
mains, notre réponse avait refroidi l’enthousiasme du premiér 
moment (C’était comme à notre rentrée à Milan après la guerre 
d’Italie). Le lendemain, legroupe se dispersait de lui-même. 

Des élections eurent lieu pour reformer les cadres du bataillon; 
Charlemont fut nommé capitaine dans sa compagnie. 

Jusqu'au 2 avril, on vivait dans une atmosphère de confiance 
et de calme relatives, on montait et on descendait la garde de 
droite et de gauche, on avait l'air de vrais gardes nationaux en 
temps de paix. Les services administratifs étaient réformés, et 
tout paraissait tranquille, lorsque le 31 mars, nous recevons l'or- 
dre de partir à Courbevoie. Après plusieurs heures de station, 



230 



LA BOXE FRANÇAISE 



place Vendôme et place de la Concorde, nous arrivons le soir à 
destination. Nous bivouaquons entre le pont de Neuilly et le rond- 
point de Courbevoie. Les Fusils formés en faisceaux, chacun se 
prépare à passer la nuit, les uns sur les trottoirs le long des 
murs, les autres dans les maisons abandonnées. Il pouvait y avoir 
500 à 600 fédérés en tout, provenant de plusieurs bataillons dont 
la plupart n’avaient pas de cartouches, on ne pensait pas en avoir 
besoin. Le lendemain samedi, 1 er avril, Charlemont et une ving- 
taine d’hommes occupentla mairie de Puteaux (poste avancé) et 
rentrent le soir à Courbevoie près de la compagnie. Pendant la 
nuit du samedi au dimanche, des reconnaissances furent faites 
autour du Mont-Valérien et les environs ; rien ne faisait prévoir 
ce qui allait se passer. Le dimanche matin, vers neuf heures, 
Charlemont, qui avait ce jour-là quelques leçons à donner chez lui 
(ce qui était fort rare) et qui devait être relevé à 1 1 heures, de- 
manda au capitaine commandant le bataillon par intérim la per- 
mission de rentrer à Paris ; elle lui fut accordée. Il remit donc à 
son lieutenant le commandement de sa compagnie, et partit. Il 
se trouvait sur le Pont-Neuf à causer avec un de ses anciens cama- 
rades de régiment, lorsque tout à coup, on entendit une forte 
canonnade qui se prolongea assez longtemps ; on ne croyait pas à 
une attaque des Versaillais, il fallut bien se rendre à l’évidence ; 
des hommes de notre compagnie arrivent et racontent l’attaque. 
Il y avait eu une paniquesur le pont de Neuilly, mais à la caserne 
de Courbevoie il y avait eu un commencement de résistance et 
même de succès ;de ce côté, l’armée avait été refoulée. Pendant ce 
temps, le 113 e de ligne tournait Courbevoie par la droite, et l’in- 
fanterie de marine prenait à gauche par Puteaux. Trop inférieurs 
en nombre, redoutant d’être coupés de Paris, les fédérés évacuent 
Courbevoie et, poursuivis par lesobus, se replient sur l’avenue de 
Neuilly, laissant douze morts et quelques prisonniers. Les gen- 
darmes en prirent cinq, dont un enfant de quinze ans, les rouèrent 
de coups et les fusillèrentau pied du Mont Valérien. Celte expédi- 
tion terminée, l'armée regagna ses cantonnements. 

Au bruit du canon, Paris est affolé. Le rappel bat partout. Les 
barricades se relèvent. On traîne des canons sur les remparts de 
la porte Maillot et des Ternes. A trois heures, quatre-vingt mille 



LA BOXE FRANÇAISE 231 

hommes debout, crient : « A Versailles ! » Les femmes excitent 
les bataillons, parlent de marcher en avant. Il est décidé de 
former trois corps d’armée sous le commandement des généraux 
Bergeret, Eudes et Duval. On expédie aux chefs de légion l’ordre 
de réunir des colonnes. Les bataillons de la rive droite devaient se 
concentrer place Vendôme et place Wagram ; ceux de la rive 
gauche, place d’Italie et au Champ-de-Mars. Ces mouvements, 
sans officiers d’état-major pour les guider, s’exécutent fort mal. 
Beaucoup d’hommes, promenés de place en placeu se fatiguent. 
Cependant, à minuit, il restait encore une vingtaine de mille 
hommes sur la rive droite, et dix-sept mille environ sur la rive 
gauche. Le plan d’attaque était de faire une forte démonstration 
sur Rueil, pendant que deux colonnes fileraient sur Versailles, 
par Meudon et le plateau de Châtillon. Bergeret, assisté de Flourens, 
devait opérer à droite, Eudes et Duval commander les colonnes 
du centre et de gauche. Idée simple et d’exécution facile, avec 
des officiers expérimentés et quelques têtes de colonnes solides. 
Mais la plupart des bataillons étaient sans chefs depuis le 18 mars; 
les gardes nationaux sans cadres ; les généraux qui assumaient la 
responsabilitédeconduire quarante mille hommes n’avaient jamais 
mené un bataillon au feu. Ils négligèrent même les dispositions 
les plus élémentaires, ne surent réunir ni artillerie, ni prolonges, 
ni ambulances, laissèrent les hommes sans vivres, sous une brume 
pénétrante. Beaucoup n’avaient pas de cartouches, croyant à une 
simple démonstration. A trois heures du matin, la colonne de 
Bergeret, forte d’environ dix mille hommes et huit canons seule- 
ment, arrive au pont de Neuilly. Il fallut laisser aux hommes, 
qui n’avaient rien pris depuis la veille, le temps de se refaire. Au 
petit jour, on s’engage sur la route de Rueil, on gravissait gaie- 
ment le plateau des Bergères, quand, tout à coup, un obus tombe 
dans les rangs, puis un second. Le Mont-Valérien tirait. Une 
panique affreuse rompt les bataillons et mille cris de trahison 
éclatent. Toute la garde nationale croyait que nous occupions le 
Mont-Valérien. La plus grande partie des fédérés secroient trahis, 
s’éparpillent dans les champs et regagnent Paris. La 91 e seule- 
ment et quelques débris, douze cents hommes, restent avec 
Bergeret et, divisés par petits groupes, gagnent Rueil. Flourens 

15 



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LA BOXE FRANÇAISE 



arrive par la route d’Asnières, amenant à peine un millier 
d’hommes. Le reste s’est égrené dans Paris ou sur la route. 
Flourens poursuit quand même, arrive à la Malmaison, met en 
fuite les chasseurs de Galifet; l’avant-garde parisienne pousse 
jusqu’à Bougival. 

Les Versaillais, surpris par cette sortie, n’entrent en ligne que 
fort tard, vers dix heures. Dix mille hommes furent lancés contre 
Bougival. Des batteries placées sur le coteau de Jonchère canon- 
nèrent Rueil. Deux brigades de cavalerie à droite et celle de 
Galifet sur la gauche, gardaient les ailes. L’avant-garde parisienne, 
une poignée d’hommes, fit une résistance acharnée pour laisser 
àBergeret le temps d’opérer sa retraite. Elle commença vers une 
heure, sur Neuilly, dont on fortifia la tête de pont. Quelques 
braves, qui s’étaient obstinés dans Rueil, eurent grand’peine à 
gagner le pont d’Asnières, poursuivis par la cavalerie qui leur 
fît des prisonniers. 

Flourens fut surpris dans Rueil. Les gendarmes entourèrent 
sa maison. Il voulut se défendre. L’officier du détachement, le 
capitaine Desmarets, lui fendit la tête d’un coup de sabre. Le 
général Eudes, au centre, n’est pas plus heureux. Dix mille 
hommes avaient quitté le Champ-de-Mars à trois heures du 
matin, avec Rouvier et Avrial. A six heures, le 61 e attaque les 
Moulineaux que les gendarmes défendent. Ils sont bientôt forcés 
de se retirer jusqu’à Meudon, fortement occupé par une brigade 
versaillaise retranchée dans les villas et pourvue de mitrailleuses. 
Les fédérés n’ont que huit pièces, et chaque pièce n’a que huit 
coups. A neuf heures, découragés de tirailler contre des murs, 
ils se replient sur les Moulineaux. Rouvier courut chercher 
des canons, les installa dans le fort d’fssy. Ils empêchèrent les 
Versaillais de prendre l’offensive. 

A l’extrême gauche, Duval avait passé la nuit avec six ou sept 
mille hommes sur le plateau de Châtillon. Vers sept heures, il 
forme une colonne d’élite, s’avance j usqu’au Pefit-Bicètre, dissipe 
les avant-postes du général Du Barrail et envoie un officier 
reconnaître Villacoublay qui commande la route. L’officier 
annonceque les chemins sont libres et les fédérés s’avancent sans 
crainte, quand, près du hameau, la fusillade éclate. Les hommes 



LA BOXE FRANÇAISE 



233 



se déploient en tirailleurs. Duval au milieu de la route, à découvert, 
donne l’exemple. On tient plusieurs heures. Quelques obus suf- 
firaient pour déloger l’ennemi ; mais Duval n’a pas d’artillerie. 
Déjà même, les cartouches manquent ; il en envoie chercher à 
Châtillon. 

Le gros des fédérés qui occupe la redoute, confondu dans un 
désordre inextricable, se croit déjà cerné. Les envoyés de Duval 
prient, menacent, ne peuvent rien obtenir, ni renforts, ni muni- 
tions. Un officier ordonne même la retraite. Le malheureux Duval, 
abandonné, est assailli par la brigade Derrosa et toute la division 
Pellé, 8.000 hommes. Tl se retire avec ses braves sur le plateau 
de Châtillon. On était battu sur tous les points. 

Le lendemain 4 avril, à cinq heures, le plateau et les villages 
voisins sontenveloppés par la brigade Derroja et la division Pellé : 
«Rendez-vous! vous aurez la vie sauve,» fait dire le général 
Pellé. Les Parisiens se rendent. Aussitôt les Versaillais saisissent 
les soldats qui combattaient dans les rangs fédérés et les fusillent. 
Les prisonniers, enfermés entre deux haies de chasseurs, sont 
acheminés sur Versailles. Leurs officiers, têtenue, les galons arra- 
chés, marchent en tête du convoi. 

Au Petit-Bicêtre, on rencontre Vinoy. Il ordonne de fusiller les 
officiers. Le chef de l’escorte lui rappelle la promesse du général 
Pellé. Alors, Vinoy : — «Y a-t-il un chef? — Moi», dit Duval, qui 
s’élance hors des rangs. Un autre s’avance : « — Je suis le chef 
d’état-major de Duval. » Enfin, le commandant des volontaires de 
Montrouge vient se mettre à côté. — « Vous êtes d’affreuses ca- 
nailles », dit Vinoy, et se tournant vers ses officiers : — «Qu’on les 
fusille. » Duval et ses camarades dédaignent de répondre, fran- 
chissent un fossé, et viennent s’adosser contre un mur sur lequel 
on lit : Duval, horticulteur. Ils se déshabillent, crient : « Vive la 
commune'! » et meurent pour elle. Vinoy osa écrire ceci : — «Le 
nommé Duval a été tué dans l'affaire. » 

Le 3 avril au soir, le 119 e bataillon fédéré, dont Charlemont 
faisait partie, reçut l’ordre de se rendre place Vendôme, ainsi que 
le 163 e . Ces deux bataillons sont d’abord dirigés place de la Con- 
corde et ensuite sur Châtillon. A mi Ile mètres environ de la porte 
de Châtillon, on fit halte. Le capitaine Clavel, commandant le 



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LA BOX K FRANÇAISE 



119 e par intérim, fit réunir les officiers, leur exposa son inten- 
tion de résilier ses fonctions et de céder le commandement à un 
officier ayant une plus grande autorité que lui. Les officiers déli- 
bérèrent entre eux, et décidèrent que le capitaine Gharlemont 
était celui qui convenait le mieux. On l’envoya chercher car il 
était d’avant-garde avec sa compagnie. On lui expliqua la situa- 
tion, les officiers avaient pressenti leurs hommes, on le priait de 
prendre le commandement, on avait confiance en lui. 11 accepta 
à condition toutefois que chacun ferait en sorte de lui faciliter 
cette lourde tâche. Officiers et gardes lui assurèrent le plus grand 
dévouement. Le nouveau commandant rédigea séance tenante un 
ordre du jour, dans lequel il remerciait officiers et gardes de la 
confiance qu’ils venaient de lui accorder; il les assurait qu’il ferait 
tous ses efforts pour la mériter ; il comptait sur la sage discipline 
de tous comme on pouvait compter sur lui; il saurait faire son 
devoir et ne faillirait pas à l’honneur qu’on venait de lui faire. 
Aussitôt des vivats enthousiastes partent de toutes les bouches, 
consacrent la confiance qu’on avait en lui. Son prédécesseur lui 
remit une lettre de service, qu’il ne devait ouvrir qu’au moment 
de passer la porte de Châtillon, ce qui fut fait. Elle contenait dif- 
férentes mesures à prendre, et ordonnait au commandant du 119 e 
de se faire précéder par le 163 e . On arriva vers cinq heures du 
matin à Châtillon. Là, on voyait un grand nombre de gardes na- 
tionaux de divers bataillons dispersés dans le village ; les uns 
allaient chercher des vivres chez les commerçants, les autres man- 
geaient ou se rafraîchissaient dans des cabarets. On leur demanda 
des nouvelles, ils avaient repoussé les Versaillais la veille, et 
avaient été tranquilles toute la nuit. En effet, tout paraissait très 
calme. Enfin, nous arrivons au plateau; le 163 e marche droit de- 
vant lui et fait halte, la queue du bataillon à l’entrée du plateau. 
Charlemont fait faire par le flanc droit à son bataillon qui se trouve 
ainsi placé parallèlement aux anciennes tranchées prussiennes. Il 
était encore occupé à faire placer ses compagnies, ordonnant de 
laisser entre chacune d’elles un espace libre pour pouvoir circuler 
et, la dernière arrivait à peine sur le plateau qu’une pluie d’obus 
commence à tomber, des balles sifflent de tous côtés; pas d’offi- 
ciers pour recevoir les bataillons et leur assigner un poste utile, 



LA BOXE FRANÇAISE 



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on n’a pas le temps de se reconnaître. Charlemont fait mettre ses 
hommes à l’abri dans les tranchées, et reste seul à découvert au 
milieu de cette avalanche de fer et de plomb, voulant par cet 
exemple dangereux remonter le moral de tous. Puis il commande 
aux 5 e et 6 e compagnies de se porter vivement et directement sur 
la demi-lune, les 7 e et 8 e à gauche et les 3 e et 4 e à droite, prend 
avec lui les deux premières compagnies et se porte à l’extrême 
droite. Pendant ce temps, les obus continuaient à pleuvoir, heu- 
reusement la plupart tombaient en arrière du plateau. Mais voilà 
que les mitrailleuses « celles qui avaient servi à Sarrebrück, pro- 
bablement » prennent part à ce concert infernal. Alors il n’est 
plus possible d’avancer à découvert. Charlemont et ses hommes 
durent ramper derrière les pans de murs démolis. A ce moment, 
il n’y avait pas un mètre de terrain qui ne fût labouré par les pro- 
jectiles, on ne pouvait faire un seul pas sans être atteint. Nous 
avions bien assisté à des combats, même à des batailles, mais 
nous n’avions jamais vu tomber tant de plomb. Nous étions em- 
busqués au coin d’un pan de maison démolie, dont les obus enle- 
vaient à tout instant des parties qui tombaient à nos côtés. Les 
balles pleuvaient en si grand nombre, qu’en ricochant le long du 
mur, elles venaient tomber sur notre sac de toile qui contenait 
nos cartouches et que nous avions posé à terre, au pied du mur ; 
en un instant, il y en eut plus de cinquante dessus. Tout à coup, 
il y eut un ralentissement; Charlemont, toujours derrière son pan 
de mur, en avant de ses hommes, se préparait à se porter sur sa 
droite où les fédérés paraissaient faiblir, lorsqu’on entendit des 
sonneries sur la gauche. Ses hommes lui crièrent: — «Comman- 
dant! nous sommes cernés, on sonne la retraite! — Ne bougez pas! 
faites attention ! attendez un instant ! je vais aller voir ce qui se 
passe à notre droite. » Déjà de ce côté, les gardes nationaux bat- 
taient en retraite, en désordre. Charlemont, voulant rallier les 
siens pour aller à leur secours, n’en trouva plus que quelques- 
uns avec lesquels il se porta vers les fuyards. Par son sang-froid 
et son énergie, aidé de plusieurs courageuses cantinières qui don- 
nèrent dans cette circonstance l’exemple du plus grand dévoue- 
ment, il put réunir une centaine de fédérés, et se reporter avec 
eux en avant, lorsqu’un flot d’autres fédérés, pris d’une panique 



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LA BOXE FRANÇAISE 



épouvantable, battirent en retraite d’une manière désordonnée, 
entrainantles premiers avec eux. Il ne fut plus possible alors de 
rester, puis du côté gauche du plateau, les chasseurs à pied et à 
cheval cernaient et sabraient les fédérés qui fuyaient en tous sens. 
A ce moment, à environ 60 mètres de ce côté, un officier dont 
nous n’avons pu reconnaître l’uniforme, car il portait une tenue 
incorrecte de chasseurs à pied, faisait signe àCharlemont de venir 
à lui. Celui-ci ne comprenait pas et allait aller de ce côté lors- 
qu’une dizaine de soldats de la ligne le mettent en joue et tirent ; 
les balles sifflèrent très près de lui, mais il ne fut pas atteint ; il 
mit alors un genou en terre, ajusta l’officier, tira et battit en re- 
traite. Il put rallier une vingtaine de fédérés et continua avec eux 
de battre en retraite dans la direction du fort de Vanves, de ma- 
nière à se mettre sous sa protection. Poursuivis par les Versail- 
lais, ils s’arrêtaient de temps en temps, s’abritant derrière des 
haies ou des restants de murs. Armé de la carabine Snyders, 
Charlemont faisait le coup de feu, encourageant les hommes par 
son exemple, il put ainsi arrêter les Versaillais et arriver en sû- 
reté sous les canons du fort de Vanves. De tous côtés, on voyait 
des files de fédérés descendant du plateau par tous les petits sen- 
tiers qui y donnent accès, battant en retraite sur Vanves. C’était 
la débâcle. La plupart de ceux qui voulurent regagner la route de 
Châtillon furent faits prisonniers. Tout en battant en retraite, la 
petite troupe de Charlemont avait tellement appuyé à droite (il 
est bien entendu que nous voulons dire : à droite en sortant de 
Paris) qu’elle se trouva au milieu d’autres bataillons qui étaient 
aux prises avec les Versaillais occupant les Moulins de pierre. Il 
fallut faire le coup de feu toute la journée, puis rentrer à Paris, 
mettre un peu d’ordre dans le bataillon, dans nos jambes et nos 
estomacs. 11 y avait environ quarante heures que nous n’avions 
rien pris (pas même un Versaillais) ; nous étions restés tout le 
temps sur nos jambes et nous étions harrassés. 

Le 119 e avait perdu quelques hommes tués et blessés, 120 pri- 
sonniers parmi lesquels Elysée Reclus, le savant géographe. 

Voici ce qui s’était passé au plateau : Les Versaillais avaient 
attaqué de front et par la gauche de la route.de Châtillon. — 
Après avoir canonné et mitraillé la position, les fédérés surpris 



LA BOXE FRANÇAISE 



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ripostèrent mollement sur certains points. Les troupes s’avan- 
cèrent la crosse en l’air; lorsque les soldats furent près des tran- 
chées, les gardes nationaux, sans défiance, les aidèrent à les 
franchir en leur tenant le bout de leurs fusils ; une fois les soldats 
en nombre, ils sommèrent les gardes nationaux de se rendre, la 
panique commença; les uns tirèrent, les autres se sauvèrent, pen- 
dant que le plus grand nombre discutait. La position était prise. 

Le fait de lever la crosse en l’air a été constaté par nous plu- 
sieurs fois. Nos soldats français tenaient cette ruse des Prussiens 
qui le leur avait fait plusieurs fois. 

Le 119 e fédéré, rentré depuis peu à Paris, n’avait pas encore eu 
le temps de reformer ses cadres décomplétés, quand, le 16 avril, 
il recevait l’ordre de se porter sur Asnières, à la disposition du 
général Dombrowski. Gelui-ci remit à Charlemont un ordre de 
service, dans lequel il lui ordonnait de surveiller, avec son batail- 
lon, la rive droite de la Seine, depuis le pont d’Asnières jusqu’au 
pont Bineau, d’empêcher les Versaillais de tourner par la rive 
gauche les fédérés engagés dans Asnières; puis, avec une com- 
pagnie, de protéger les wagons blindés. Voici ce qui s’était passé : 
Le général Vinoy avait reçu l’ordre d’enlever Neuilly. Le 6 au 
malin, le Mont Valérien, muni récemment de pièces de 24, ou- 
vrit son feu sur Courbevoie. Après six heures de bombardement, 
les fédérés évacuèrent le rond-point et prirent position derrière la 
grande barricade du pont de Neuilly. Les Versaillais la canon- 
nèrent ; elle fut protégée par la porte Maillot. Le lendemain matin , 
ils la canonnèrent de nouveau ainsi que l’avenue de Neuilly. Les 
habitants durent se réfugier dans les caves. Vers quatre heures 
et demie, le feu des Versaillais cessa et les fédérés prenaient 
quelque repos, quand les soldats débouchèrent en masse sur le 
pont. Les fédérés, surpris, essayèrent de les arrêter et tuèrent 
deux généraux, mais les soldats, beaucoup plus nombreux, réus- 
sirent à pousser jusqu’à l’ancien parc de Neuilly. 

Le 9, pendant la nuit, avec deux bataillons de Montmartre, 
Dombrowski, accompagné de Vermorel, surprit les Versaillais 
dans Asnières, les en chassa, s’empara de leurs pièces; puis, du 
chemin de fer, avec les wagons blindés, il canonna de flanc Cour- 
bevoie et le pont de Neuilly. En même temps, son frère enlevait 



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LA BOXE FRANÇAISE 



le château de Bécon qui commande la route d’Asnières à Cour- 
bevoie. Vinoy voulut le reprendre dans la nuit du 12 au 13; les 
hommes furent honteusement repoussés et s’enfuirent à toutes 
jambes jusqu’à Courbevoie. 

Dombrowski avait à peine 2,500 hommes pour tenir Neuilly, 
Asnières toute la presqu’île de Genevilliers, tandis que les Ver- 
saillais accumulaient contre lui leurs meilleures troupes. Du 14 
au 17, ils canonnèrent le château de Bécon et le 17 au matin, ils 
l’attaquèrent avec une brigade. Les 250 fédérés qui l’occupaient 
tinrent six heures, et leurs débris se replièrent sur Asnières où 
la panique entra avec eux. Dombrowski, Okolowitz et quelques 
hommes solides accoururent, parvinrent à rétablir un peu d’ordre 
et fortifièrent la tête du pont. Dombrowski demandant des ren- 
forts, la guerre lui envoya seulement quelques compagnies. Le 
lendemain, nos postes avancés furent surpris par de forts déta- 
chements et le canon de Courbevoie battit Asnières. Après une 
lutte bien soutenue, vers une heure, plusieurs bataillons, très 
éprouvés, abandonnèrent la partie sud du village. Dans la partie 
nord, le combat fut acharné. Dombrowski, malgré dépêches sur 
dépêches, ne reçut que 300 hommes. A cinq heures du soir, les 
Versaillais firent un grand effort; mais les fédérés épuisés, crai- 
gnant pour leur retraite, se jetèrent sur le pont de bateaux qu’ils 
passèrent en désordre. 

Les fédérés ne manquaient pas de courage; malheureusement 
mal dirigés et en trop petit nombre, ils ne pouvaient espérer 
vaincre; ils avaient conscience de leur juste cause, mais ils per- 
dirent peu à peu confiance. Aussi les défaites allaient-elles se 
succéder sans espoir jusqu’à la fin. 

Charlemont ramena son bataillon à Paris, quelques-uns de ses 
hommes avaient disparu. Il manquait alors plus de 250 hommes 
dans le bataillon, soit tués, blessés ou prisonniers. 

Quelques jours après, un comité électoral, formé en vue de réor- 
ganiser entièrement le bataillon, prit la direction des élections 
qui eurent lieu dans une des salles de l’école de droit, place du 
Panthéon. Il y eut deux réunions, la première dans laquelle on 
nomma l’état-major : le chef de bataillon, le capitaine-adjudant- 
major, le capitaine d’habillement, le porte-drapeau, l’officier 



LA BOXE FRANÇAISE 



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payeur, l’adjudant et le chef armurier. Charlemont avait été 
porté au grade de chef de batailjon, par la plus grande partie des 
gardes présents à la réunion. Il y eut trois concurrents. On pro- 
céda à une sorte d’examen, afin de bien connaître les candidats, 
au point de vue de leur valeur et de leurs capacités militaires, et 
de savoir comment ils comprenaient l’organisation du bataillon 
ainsi que les moyens dedéfenseà employer pendant la révolution. 
Les trois concurrents de Charlemont considérèrent la guerre en 
rase campagne et s’emballèrent sur ce terrain, puis jurèrent de 
mourir pour la commune. Charlemont, au contraire, exposant 
ses idées sur la défense, fit ressortir qu’avec nos gardes nationaux 
dont la plupart n’avaient pas été soldats, on ne pouvait tenir en 
rase campagne contre des troupes bien commandées et bien dis- 
ciplinées, et que d’ailleurs la guerre allait entrer dans une nou- 
velle phase : « la guerre des rues. » Se plaçant sur ce terrain, 
il exposa un système de défense qui consistait en barricades dou- 
bles, sans pavés, des tranchées et des sacs de terre pour abris, 
disposés pour faire des feux directs, des feux croisés qui empêche- 
raient les assaillants de se glisser à l’abri le long des murs ; les 
maisons environnant les barricades, crénelées, et disposées de 
manière à circuler facilement, éviter les surprises et pouvoir opé- 
rer la retraite sans danger d’être tournés, etc., etc.. Puis il expli- 
qua qu’il ferait tous ses efforts pour ne pas compromettre inuti- 
lement le dévouement de ses hommes, qu’il ménagerait l’exis- 
tence de tous, afin de les laisser vivre pour la République et la 
Commune. On tint compte de sa conduite depuis le 18 mars. Il 
fut nommé chef de bataillon à l’unanimité moins trois voix 
« celles de ses trois concurrents ». Investi de ses pouvoirs, il 
donna des ordres pour procéder aux élections des cadres de douze 
compagnies. Les quatre premières formeraient le bataillon de 
marche qui serait destiné à opérer hors Paris et devait être com- 
posé de volontaires. Les huit autres compagnies formeraient le 
bataillon sédentaire, opérant à l’intérieur de Paris. 

Les élections terminées, le commandant commença de suite son 
œuvre de réorganisation. Le capitaine adjudant-major le secon- 
dait dans sa tâche, celui de l’habillement fut chargé du soin de 
renouveler ou compléter les vêtements, chaussures, équipement 



240 



LA BOXE FRANÇAISE 



et campement; l’armurier, celui de mettre les armes en bon état, 
de surveiller les munitions. Chaque compagnie de marche possé- 
dait deux clairons armés de carabines, quatre sapeurs pris parmi 
les ouvriers de métier étaient munis de pelles, pioches et haches 
et armés de carabines, un caporal-sapeur les dirigeait. Puis une 
escouade de brancardiers, munis du matériel nécessaire, fut or- 
ganisée; elle se composait d’hommes énergiques appartenante 
l’institution des sourds-muets de la rue Saint-Jacques. Deux mé- 
decins faisaient partie du bataillon, ils étaient accompagnés de 
femmes ambulancières suivant le bataillon auquel appartenaient 
leurs maris, l’Harmonie des Enfants de Paris, « une excellente 
musique », faisait le service dans Paris, complétant ce magni- 
fique bataillon. 

Tous les jours, il y avait exercice dans les jardins du Luxem- 
bourg, où Pécole de tirailleurs s’exécutait au sifflet . 

Un sergent-major dezouaves, venant (prétendait-il) de faire par- 
tie de l’armée de la Loire, avait été nommé adjudant aux élec- 
tions. Au rapport du commandant qui se faisait tous lesjours, au- 
quel tous les officiers et sergents-majors assistaient, il arrivait lui, 
lorsqu’il était terminé. Le commandant lui en fit la remarque et 
le chargea de la théorie pratique des sous-officiers et caporaux, 
mais il ne tarda pas à s’apercevoir que ce prétendu sergent-ma- 
jor de zouaves ne savait seulement pas mettre un soldat au port 
d’armes. Il le fit donc surveiller (car il avait des doutes sur son 
identité et sur l’authenticité de son grade), et il apprit, il vit 
même de ses yeux, qu’en compagnie du porte-drapeau (un ancien 
garibaldien) prétendant venir, lui aussi de l’armée de la Loire, 
il était constamment dans les cabarets avec d’autres gardes et 
presque toujours dans un état d’ivresse manifeste. C’est dans un 
de ces moments, qu’en l’absence du commandant, lesoffîciers, prêts 
à partir pour l’exercice, empêchèrent un jour ce soi-disant gari- 
baldien de prendre le drapeau. Sur ces entrefaites, Charlemont 
arriva, et convaincu qu’il avait affaire à deux espions de Ver- 
sailles, il leur fit retirer leurs vêtements, leurs armes, et chassa 
du bataillon l’adjudant et le porte-drapeau. 

La réorganisation du bataillon avait demandé du temps, et 
déjà des rumeurs partant d’une compagnie dont le chef n’avait 



LA BOXE FRANÇAISE 



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pu être nommé commandant aux élections, se faisaient entendre. 
Elles avaient pour but de battre en brèche le nouveau comman- 
dant : « On devrait partir aux avant-postes, tenir un poste 
d’honneur, le commandant devait être la cause qu’on n’y allait 
pas ». « Comme si le commandant ne dépendait pas de l’état- 
major, et était libre de faire à sa fantaisie. » Ceux qui ne le 
connaissaient pas, le trouvaient un peu pâle de figure, sa petite 
moustache blonde ne lui donnait pas l’air ébouriffé, il ne parais- 
sait pas assez crâne, et puis on ne l’entendait jamais brailler, ça 
ne devait pas être un frère (un chef sérieux). Malheureusement 
pour ceux-là, le commandant était connu, il avait fait ses preu- 
ves, s’il ne faisait pas de bruit au moins il agissait. Un complot 
avait même été ourdi pour commettre un meurtre sur sa per- 
sonne, et cela en plein Luxembourg, pendant l’exercice, le jour 
avait été fixé. Charlemont, prévenu la veille par le capitaine d’ha- 
billement, donna l’ordre à l’état-major du bataillon d’assister aux 
manœuvres de tirailleurs qui devaient avoir lieu ce jour-là, le 
revolver à la ceinture. Les sapeurs, tous dévoués au commandant, 
étaient prévenus qu’ils ne devaient pas former les faisceaux et, 
sans en avoir l’air, devraient faire bonne garde. Il avait été dé- 
cidé que tout attentat serait déféré sur-le-champ à un conseil de 
guerre et que les coupables seraient exécutés devant tout le ba- 
taillon. Ces mesures, l’attitude énergique, décidée de Charlemont, 
commandant en personne les manœuvres, firent réfléchir les au- 
teurs du complot, car ils ne donnèrent pas suite à leur projet. 11 
y avait néanmoins des rumeurs sourdes, mais aussitôt que le ba- 
taillon fut prêt et bien organisé, que pas un bouton de guêtre ne 
manqua, le commandant alla se mettre à la disposition du chef 
de légion, qui lui remit un ordre de se rendre le lendemain ma- 
tin avec son bataillon à Issy. Le bataillon fut convoqué place du 
Panthéon pour passer la revue en tenue de campagne. Le com- 
mandant réunit les officiers et les informe qu’il venait de recevoir 
l’ordre de partir pour Issy. Alors commencèrent des récrimina- 
tions : on n’avait pas déjeuné, on ne pouvait pas partir ainsi. 
Charlemont donna une demi-heure pour le repas, pendant la- 
quelle il fit compléter le nombre de cartouches, puis on partit. 
C’était le 30, le fort venait d’être évacué. Arrivé aux fortifications, 



242 LA BOXE FRANÇAISE 

il fallut, pour arriver à Issy, marcher en file indienne avec un 
intervalle d’un mètre entre chaque homme pour éviter les obus 
qui tombaient dru. Une fois dans le village, le bataillon venait 
d’être placé dans la grande rue, le long du mur de droite touchant 
à la rue de Javel, les faisceaux formés, les uns s'étaient assis à 
terre, les autres couchés, se reposaient; cinq fourgons remplis 
d’obus chargés bordaient le trottoir. Le commandant venait de se 
mettre aux ordres du général Brunei, et se trouvait assis sur une 
petite borne au coin de la rue de Javel, attendant un ordre qu’on 
devait lui envoyer, quand tout à coup un des nombreux obus lan- 
cés du Mont-Valérien sur Issy, tomba sur un des fourgons, éclata, 
et fit éclater à leur tour les obus contenus dans les cinq four- 
gons! Il se produisit alors une détonation formidable, un fracas 
inouï, épouvantable que la parole et la plume sont impuissantes à 
décrire. 

Gela dura peut-être quinze secondes ! Mais quinze secondes 
d’angoisses horribles pendant lesquelles chacun pensait être pul- 
vérisé, haché en menus morceaux ! Lorsque ces terribles détona- 
tions cessèrent et que le calme revint, tous se relevèrent comme 
des hommes ivres, chancelant ettremblant de tous leurs membres, 
les yeux égarés, assourdis, hébétés ! Rien ne peut être comparé à 
un spectacle pareil! Des cinq caissons, il ne restait plus qu’un 
semblant de carcasse en fer, ils étaient réduits en miettes. Chose 
incroyable! pas un homme ne fut atteint. Dix minutes après, 
alors que tous étaient encore sous l’impression d’un terrible effroi, 
un obus tombe sur le faite du mur, éclate, et tue ou blesse dix 
hommes qui y étaient adossés. Le bataillon reçoit l’ordre d’occuper 
le lycée, où il reste deux jours. Les bâtiments, criblés d’obus et 
percés à jour, ressemblent à des lanternes. Un garde reçoit un 
éclat dans le ventre et meurt aussitôt. Quelques instants après, 
dans une reconnaissance, un caporal, un tout jeune homme, dont 
le nom nous échappe (Glatigny, croyons-nous), mais qui tenait, 
en compagnie de son frère et de sa mère, le guignol du Luxem- 
bourg, est tué d’une balle en plein front. Deux compagnies sont 
envoyées dans les tranchées des Moulineaux, combattre les gen- 
darmes, maisau boutde deux jours, elles sont obligées dese replier 
sur Issy. 



LA BOXE FRANÇAISE 



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Le général Brunei ordonne à Charlemont d’aller occuper, avec 
son bataillon, le couvent des Oiseaux et le séminaire, et met sous 
ses ordres deux autres bataillons. A environ quatre-vingts mètres 
de la grande rue, il y avait, rue des Prés (actuellement rue Dide- 
rot), une grande porte donnant accès dans le parc du couvent, 
auprès de laquelle une barricade armée d’une pièce de canon avait 
été bombardée et détruite par les Versaillais. La pièce de canon 
démontée gisait à terre, ainsi que le cheval qui l’avait amenée. 
Charlemont voulut la rétablir pour pouvoir communiquer du cou- 
vent avec les maisons qui se trouvaient de l’autre côté de la rue, 
mais la fusillade était si intense qu’aucun de ses hommes n’osa 
s’aventurera découvert. Il dut faire préparer un grand nombre 
de sacs de terre, et, placé dans l’encognure intérieure du couvent, 
se faire passer les sacs et les jeter dans la rue. Quand il y en eut 
un certain nombre, il se glissa derrière eux en rampant à plat 
ventre, et put ainsi construire, sous le feu même des gendarmes, 
un commencement de barricade. Des hommes de bonne volonté, 
trouvant alors l’abri suffisant, continuèrent d’y travailler et l’ache- 
vèrent ; les fédérés purent ainsi passer derrière et aller occuper le 
faîte des maisons situées de l’autre côté de la rue des Prés. Alors, 
pour donner confiance à ses hommes, Charlemont monta debout 
sur la barricade, demanda qu’on lui passât le drapeau du bataillon 
et il l’agita violemment en criant : (c Vive la République ! vive la 
Commune !» A ce moment précis, les gendarmes firent une fusil- 
lade des plus nourries à la suite de laquelle le drapeau fut criblé 
déballés, la hampe et la flèche furent brisées, le sergent-fourrier 
qui l’avait passé à Charlemont eut deux doigts de la main enlevés ; 
le père Boutet, qui se trouvait là avec ses deux fils, voulant regarder 
au-dessus de la barricade, fut tué net par une balle qui lui tra- 
versa la tête de part en part, mais Charlemont, hasard étrange ! 
ne fut pas atteint ! 

Le 8 mai, le fort dMssy n’était plus tenable. Toutes les pièces, 
sauf deux ou trois, étaient démontées ; ces trop rares canons ne 
pouvaient plus répondre à l’averse de soixante bouches à feu ver- 
saillaises qui tiraient avec une fureur qu’on n’avait pas mise, même 
contre les Prussiens. Les obus, les bombes crevaient les casemates, 
pulvérisaient les revêtements; les remparts étaient totalement dé- 



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LA BOXE FRANÇAISE 



couverts, les artilleurs étaient tués en pointant leurs pièces ; les 
boites à mitraille pavaient de fer les tranchées qu'on dut aban- 
donner, les morts jonchaient le sol, les travaux d’approche des 
Versaillais touchaient presque le fort; enfin on l’évacua. 

Les Versaillais avaient un plan de bataille d’ensemble, dirigé 
par des chefs militaires expérimentés, suivant une tactique sûre ; 
leurs troupes nombreuses, solidement organisées, bien armées, 
bien disciplinées, prenant toujours l’offensive et procédant par 
surprises nocturnes, devaient gagner chaque jour du terrain. Au 
contraire, les fédérés, moins nombreux, fatigués, mal commandés, 
sans direction d’ensemble, restant sur la défensive, se gardant 
mal, étaient livrés à toutes les surprises, et devaient naturelle- 
ment se laisser approcher chaque jour davantage. Toute lajournée 
du 8, il y eut des combats isolés dans Issy. Le fort fut évacué. Le 
château du vicomte de l’Epine, bombardé et brûlé par les Ver- 
saillais, dut être abandonné ainsi que le parc. Les Versaillais, opé- 
rant stratégiquement, enveloppaient Issy presque entièrement. 
Formant une ligne demi-circulaire des Moulineaux à l’église, 
occupant l'église, ils prenaient à revers le couvent des Oiseaux, 
ainsi que le séminaire qu’ils attaquaient en même temps de front 
et de flanc. Tout à coup, les Versaillais font irruption dans le 
couvent de tous côtés : par les caves, par le parc, et par les mai- 
sons de la grande rue, parallèles au couvent; celles-ci étaient 
percées dans le sens de la longueur de la rue. Charlemont, ayant 
réuni autour de lui une centaine de fédérés, faisait sonner le ral- 
liement au drapeau, mais l’officier qui portait le drapeau tombe, la 
cuisse brisée par une balle. En faisant barricader l’ouverture d’où 
les Versaillais faisaient un feu terrible, Charlemont est blessé. 
Mais, malgré sa blessure, il fait opérer la retraite en dehors du 
parc, rue de la Reine(actuellement rue Victor-Hugo), fait créneler 
les murs, et de là tient en échec les Versaillais dans le parc. En 
même temps il fait placer une pièce de 7 chargée à mitraille, dans 
l’atelier du serrurier du couvent, de façon à balayer le parc dans sa 
largeur, de la rue de la Reine à la rue des Prés, une autre pièce à 
la barricade qui reliait le couvent au séminaire, puis de là il se 
porte au séminaire où la panique commençait à naître. Les hommes 
aux créneaux se trouvaient fusillés par derrière, par les Versaillais 



LA BOXE FRANÇAISE 



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qui avaient tourné le séminaire. On n’eut que le temps de ra- 
masser les morts et les blessés et de se replier sur la rue de la 
Reine, où la barricade était attaquée furieusement. Les boîtes à 
balles pleuvaient à verse, les artilleurs fédérés qui servaient la 
pièce derrière la barricade, tombaient les uns auprès des autres, 
tués oublessés. Les brancardiers sourds-muets allaient bravement 
les ramasser sous la pluie des projectiles et payaient aussi 
leur tribut de dévouement à la commune. La position n’étant plus 
tenable, Charlemont fit enclouer les canons et ordonna la 
retraite qui dut s’effectuer en passant par dessus les murs des 
maisons et des jardins. Le plus difficile était d’emporter les 
morts et les blessés, ces derniers supplièrent qu’on les achevât. 

Pendant l’attaque du couvent, des fédérés qui se reposaient 
dans les sous-sols, sous le perron, à l’intérieur du parc, n’enten- 
dirent pas les sonneries ; ils furent surpris par les Versaillais et 
fusillés sur-le-champ. Le commandant de ce bataillon, qui était 
accouru pour les prévenir, n’en eut pas le temps ; il fut pris, mis 
au mur à côté d’une cantinière et fusillé pendant qu’il criait: 
« Vive la Commune ! » Cbarlemonl s’était replié au carrefour de 
la Fontaine. Là, une forte barricade fermait la grande rue, pendant 
qu’une autre en travers de la rue de la Glaisière (rue Minard au- 
jourd’hui) concourait à la défense du carrefour. La rue de Vanves, 
qui se trouvait sur la gauche, était libre. Il laissa une partie de 
ses hommes pour défendre cette place et dirigea l’autre partie 
sur la place Voltaire, à l’ancienne Mairie. Il se disposait à faire 
transporter à l’ambulance les morts et les blessés, et à faire distri- 
buer des cartouches, lorsque, tout à coup, un des officiers qu’il 
venait de laisser aux barricades du carrefour, vient le prévenir 
qu’un régiment de ligne se rend. — « Vous plaisantez ! — Mon 
commandant, il lève la crosse en l’air. — Vous êtes sûr de ce que 
vous dites? — Oui! commandant ! — Cela m’étonne, nous sommes 
en pleine retraite et autant dire vaincus! » Charlemont, flairant un 
piège comme à Ghâtillon, fait prendre les armes à ses hommes et 
se dirige avec eux au carrefour de la Fontaine. En effet, à une 
centaine de pas, de l’autre côté de la barricade, une compagnie du 
110 e de ligne était arrêtée la crosse en l’air ; lorsqu’il fut près de 
la barricade de la grande rue, il y avait déjà des fédérés passés de 



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LA BOXE FRANÇAISE 



l’autre côté, qui discutaient avec des officiers et des soldats. Les 
Versaillais disaient : — « Rendez-vous ! » ce à quoi répondaient les 
fédérés : — « Mais c'est vous qui vous rendez, puisque vous levez la 
crosse en l’air ! — C’était pour vous aborder et vous dire de vous 
rendre. — Oui, elnous fusiller aussitôt, dit un fédéré !» Charlemont, 
voyant qu’il ne s’était pas trompé, monta sur la barricade et dit à 
ses hommes de se mettre immédiatement à leurs postes de com- 
bat; au même moment, un officier versaillais le mit en joue avec 
son revolver et le déchargea sur lui. Charlemont riposta et sauta 
vivement derrière la barricade. Il était temps! Les soldats firent un 
feu de peloton et tuèrent deux fédérés qui n'avaient pas eu le 
temps de se mettre à l’abri. Charlemont commanda alors le feu à 
volonté. Les soldats du 110 e qui étaient à découvert durent battre 
en retraite laissant à terre une dizaine de tués. Pendant que ceci 
se passait à la grande barricade, d’autres soldats du même régi- 
ment cherchaient à surprendre la barricade de la rue de la Glai- 
sière, mais ils furent repoussés, puis à huit ayant passé au travers 
des maisons de gauche se trouvèrent à découvert dans la rue de 
Vanves. Quelques coups de feu les obligèrent à y rentrer et ils 
furent ainsi coupés d’avec les leurs. Charlemont avec quelques 
hommes alla à leur poursuite et les trouva dans un jardin, em- 
busqués derrière une voiture; ils le mirent en joue, et lui les 
somma de se rendre, et de ne pas tirer sous peine d’être tous fusil- 
lés. Ils se regardèrent et jetèrent bientôt leur fusil devant eux. 
Ces malheureux avaient une peur effroyable, ils croyaient vérita- 
blement, ainsi qu’on le leur avait dit, que les fédérés étaient des 
voleurs ou des Prussiens et qu'ils torturaient leurs prisonniers. 
Charlemont les rassura et leur dit que, prisonniers, ils étaient sau- 
vés car ils ne risquaient plus d’être tués dans la bataille. 11 les fit 
conduire au général Brunei, dont le quartier général se trou- 
vait au n° 17 de la grande rue, dans la propriété de M. Mary. 

Les soldats prisonniers étaient casernés dans Paris et étaient 
soumis au même régime qu’à leur régiment. Beaucoup se sont 
mis de leur plein gré dans les compagnies de fédérés. 

Enfin dans la nuit du 8 au 9, les Versaillais avaient tellement 
resserré leur ligne d’enveloppement, qu’il ne fut plus possible de 
résister sans courir le risque d’être cerné. Au petit jour on évacua 



LA BOXE FRANÇAISE 247 

donc I'ssÿ, on rentra à Paris, les tués et les blessés étaient portés 
sur des brancards à la suite du bataillon. Le père Boutet, tué dans 
le couvent, fut oublié. Le bataillon avait perdu trente-neuf hommes 
tués ou blessés. Les morts furent enterrés à Paris et conduits au 
cimetière dans des corbillards ornés aux quatre coins de drapeaux 
rouges. La musique jouait des airs funèbres, le bataillon suivait, 
ayant à sa tête son drapeau transpercé et déchiqueté. 

Les blessés mis à l’ambulance, furent fusillés à Pentrée des 
Versaillais à Paris. 

11 est avéré que du commencement à la fin, les Versaillais fusil- 
laient leurs prisonniers, et dans le nombre, il yen avait beaucoup 
qui n’avaient pas servi la commune ; c’étaient de bons républi- 
cains, titre suffisant pour avoir les honneurs du feu de peloton. 
Les femmes et les enfants inoffensifs n’étaient pas ménagés non 
plus, il y eut parmi eux de nombreuses victimes. Dans ces tristes 
journées, la civilisation moderne ne l’a cédé en rien à celle du 
moyen âge ; elle a bien donné la mesure de la bonté des hommes 
et des atrocités qu’ils peuvent commettre entre eux, excités et 
lancés les uns contre les autres par des intrigants qui, seuls, en 
ont le profit. 

Après le fort d’Issy , ceux de Vanves, Montrouge, etc..., à moitié 
détruits sont abandonnés par les fédérés. On avait fait circuler 
parmi eux le bruit qu’il était impossible de se défendre hors Paris. 
La même idée fut semée dans leurs rangs à l’entrée des Versail- 
lais dans Paris où chacun, disait-on, devait défendre son quartier. 
Disséminer ainsi les forces de Paris était une grande faute, car, 
alors, on se faisait battre en détail et plus sûrement. L’armée 
Versaillaise avançait sans cesse et serrait de près les remparts. A 
Neuilly, on se battait toujours avec le plus grand acharnement ; 
les fédérés défendaient maison par maison et combattaient pres- 
que corps à corps, toujours sous l’intelligent commandement du 
brave général Dambrowski. (La face des choses eût pu changer si 
les fédérés avaient eu des généraux comme lui et Wroblewski !) 
Enfin les Versaillais font leur entrée à Paris, le dimanche 21 mai, 
à trois heures de l’après-midi. Ils durent ce résultat à certaines 
trahisons et conspirations, a-t-on dit. En tout cas, Paris mal com- 
mandé, plutôt désorganisé, devait succomber avant peu sous le 

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LA. BOXE FRANÇAISE 



feu des centaines de pièces de gros calibre qui faisaient pleuvoir 
sur lui des masses de fer en quantité telle, qu’on aurait pu en 
paver ses rues. 

Que n'eut-on pas fait contre les Prussiens, si on avait utilisé 
tous ces courages, tous ces dévouements déployés de part et d’au- 
tre, cet acharnement, ce désintéressement de la vie ! Combien 
d’existences supprimées inutilement ! 

Charlemont est chargé de défendre la ligne du boulevard Saint- 
Michel depuis la rue Monsieur-Ie-Prince jusqu’à l’Observatoire, 
de manière à couvrir le Luxembourg, le boulevard du Montpar- 
nasse et mettre en défense tout le quartier qui se trouve en arrière 
sur la ligne du Panthéon, du Yal-de-Grâce et se relier ainsi au 
XIII e arrondissement. Sa défense devait se combiner avec celle du 
colonel Lisbonne qui commandait le quartier de la gare Mont- 
parnasse, les rues Notre-Dame-des-Champs, de Rennes et Saint- 
Sulpice. Lisbonne dirigeait en personne la défense de la barricade 
qui se trouvait parallèle à la rue Notre-Dame-des-Champs, tout 
en fermant et défendant les rues Bréa et Yavin ; cette dernière 
était armée d’une pièce de canon. Charlemont, appelé par Lisbonne 
pour renforcer cette position, amena avec lui une vingtaine de 
volontaires, mais ne put faire avancer une pièce de 7 qui lui était 
demandée pour armer la barricade de la rue Bréa et déloger les 
Versaillais des maisons du boulevard Montparnasse. La rue Notre- 
Dame-des-Champs et toutes celles qui y aboutissaient étaient cou- 
vertes de barricades qui fermaient complètement tout passage. On 
avait commis la grande faute de ne pas les construire en deux 
parties, car on ne pouvait plus faire avancer ni reculer les canons 
ou les voitures, et en cas de retraite, on devait abandonner canons, 
caissons, etc... Les troupes versaillaises, retranchées dans les mai- 
sons du boulevard Montparnasse, faisaient une fusillade des plus 
vives, plongeant par dessus la barricade et tuant les fédérés assez 
imprudents pour se découvrir en s’en éloignant. Là, nous avons pu 
constater le courage et le sang-froid imperturbables de Lisbonne, 
donnant des ordres avec le plus grand calme, quoiqu’à découvert, 
sous le feu de l’ennemi, communiquant aux siens l’exemple de la 
plus grande bravoure et du plus grand dévouement. Nous avons 
aussi remarqué que lesmaisons des trois rues indiquées précédem- 



LA BOXE FRANÇAISE 



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ment, formant carrefour, avaient reçu un tel nombre de balles, 
que, le long des murs, il y en avait l’épaisseur de 15 centimètres. 
Tout ce plomb paraissait déformé par la chaleur, nous avons cru 
un moment que c’étaient des balles explosibles, comme le bruit en 
avait couru. Les Versaillais, suivant leur tactique d’enveloppement, 
avançaient toujours. Le mercredi 24 mai, à 4 heuresdu matin, Char- 
lemont revenant de la poudrière du Panthéon, où il était allé cher- 
cher des munitions, passait rue Saint-Jacques, et fit donner du 
café et un petit verre aux hommes de corvée; puis, très fatigué 
(il ne s’était pas couché depuis 2t jours), chargea le capitaine 
adjudant-major de faire distribuer des cartouches à tous les postes, 
de prendre le commandement du bataillon pendant qu’il allait 
prendre chez lui quelque repos. 11 le pria en outre de le faire pré- 
venir en cas d’urgence. Les Versaillais s’emparaient d’une partie 
du VI e arrondissement et le V e allait subir le même sort. 11 pouvait 
être 10 ou 11 heures, Gharlemont se préparait à aller reprendre 
son poste, et se trouvait sur l’escalier montant de sa salle à son 
logement. Il prévenait son jeune fils qui se trouvait dans la salle, 
assis par terre, adossé à une table-bureau dont un des pieds avait 
été brisé la veille par une balle venue du dehors, qu’il y avait du dan- 
ger de rester là. L’enfant répondit en riant : — «Papa, si une balle 
vient comme celle d’hier, elle me passera.derrièrele dos. » Au même 
moment, une formidable détonation ébranle la maison, les volets 
tombent, les vitres volent en éclats, un brouillard blanc, épais, 
empêche de voir à un pas. Charlemont, croyant à l’éclat d’un obus, 
se jette à terre, mais se relevant aussitôt pour chercher son fils, il 
le trouve près de sa mère évanouie. C’était la poudrière du Luxem- 
bourg que Lisbonne, en opérant sa retraite, venait de faire sauter 
(toutes les vitres du quartier avaient été brisées). Quelques ins- 
tants après, Charlemont allait se diriger vers les barricades occu- 
pées par son bataillon, lorsque tout à coup il aperçut, au coin 
des rues Saint-Jacques et Gay-Lussac, les chasseurs à pied de l’ar- 
mée versaillaise fusillant Raoul Rigault, membre de la commune 
et délégué à la justice, qui venait de rentrer chez lui au n° 35 de 
cette dernière rue. Il n’eut que le temps de rebrousser chemin, la 
rue des Ursulines et celle des Feuillantines étaient occupées, le 
Panthéon venait d’être pris, le quartier était cerné de tous côtés, 



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il dutrentrer chez lui. Se voyant pris comme dans une souricière, 
il altacha à une colonne de son gymnase le drapeau du bataillon, 
puis décidé à vendre chèrement sa vie, sabre et revolver à la main, 
il attendit les événements. Pendant ce* moment, un jeune officier 
de la garde mobile qui demeurait presqu’en face chez Cfiarlemont, 
rentrait chez lui; il précédait les chasseurs à pied, ceux-ci l’aper- 
çurent ; l’officier qui les commandait et qui croyait tenir le com- 
mandant du 119 e fédéré, envoie de suite une trentaine d’hommes 
pour s’en saisir, mort ou vif. Oe jeune officier avait à peine dé- 
posé son sabre et sa capote sur un meuble, que des coups de 
crosses de fusils résonnent sur sa porte, il ouvre : — «Que voulez- 
vous? — Vous êtes le commandant du 119 e , vous vous nommez 
Charlemont, venez avec nous, votre compte est bon. — Vous vous 
trompez, vous le voyez bien, voici mes vêtements, je suis lieute- 
nant dans la garde mobile, je viens comme vous de faire l’entrée à 
Paris dans l’armée de Versailles. — Oui, oui, c’est bien, nous la 
connaissons celle-là, tous ceux qu’on prend disent toujours que ce 
n’est pas eux ! »Le malheureux eut beau se débattre, il fut emmené 
au milieu du groupe des chasseurs qui, malgré ses protestations 
désespérées et les preuves qu’il s’offrait à fournir, le fusillèrent sur 
la place du Panthéon, à gauche, au coin de l’école de droit. Ce 
pauvre jeune homme, étudiant en droit, avait fait la guerre comme 
lieutenant de mobiles. Vers la fin d’avril, il était venu nous de- 
mander à entrer dans notre bataillon, mais il désirait un emploi 
d’officier dans une compagnie. Les cadres étant complets, nous 
lui offrîmes, en attendant une vacance, le grade de sous-officier 
secrétaire du commandant. 11 refusa et alla à Versailles prendre 
du service dans l’armée. A l’entrée de celle-ci dans Paris, il ne 
voulut pas continuer à rester dans les rangs, disait-il aux chas- 
seurs, parce qu’il lui répugnait de s’associer aux massacres des 
prisonniers ; c’est au moment où il venait de rentrer chez lui, 
qu’on vint le prendre. 

De chez lui, Charlemont vit les soldats du 17 e bataillon de 
chasseurs à pied, qui, déployés en tirailleurs, se glissaient à la 
file le long des maisons, tenant à la main des petits drapeaux 
tricolores (des signaux de ralliement, sans doute). Un instant 
après, le terrain étant éclairé et déblayé, un régiment arrive, le 



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110 e de ligne (celui qui, à Issy, avait levé la crosse en l’air). Le 
colonel commanda halte et fît placer ses hommes en bataille sur 
le trottoir, devant le gymnase de Charlemont. Pour se garer des 
balles qui sifflaient encore, les soldats s’appuyaient le long des 
maisons. Plusieurs d’entre eux s’étaient assis sur la marche 
d’entrée du gymnase, le dos près de la porte, qui par oubli était 
restée ouverte, entre-bâillée d’environ dix centimètres, il eût 
suffi d’une légère poussée ou d’un mouvement de curiosité de 
leur part, pour apercevoir le commandant, qui lui les voyait et 
se disposait à se défendre. Ces quelques minutes d’horreur et d’ef- 
froi parurent un siècle à Charlemont, mais sa dernière heure n’é- 
tait pas encore arrivée. Le clairon du régiment sonna en avant ! 
et les soldats se levèrent aussitôt pour partir. Charlemont alla de 
suite refermer la porte. Bien qu’on l’eût cru fusillé, on ne cessait 
cependant de le rechercher. Pendant qu’il était encore dans son 
gymnase, huit hommes et un caporal de la ligne, dirigés par un 
sergent tenant à la main une liste de fédérés qu’ils avaient l’ordre 
de fusiller (et Mac-Mahon affirmait devant la commission d’en- 
quête sur l’insurrection du 18 mars, qu’il avait donné l’ordre de 
ne fusiller que les fédérés pris les armes à la main), se présen- 
taient chez M. Rouge, professeur de rhétorique au collège Sainte- 
Barbe, actuellement à Rollin, qui avait été officier avec Charle- 
mont pendant la guerre et qui demeurait à quelques pas de la 
maison de ce dernier. — « Vous connaissez le commandant du 
119 e ? lui demanda le sergent. — Oui, eh bien ? — Vous savez où 
il est? — Non !... — Mais vous avez été officier avec lui pendant 
la guerre ! — C’est vrai !... — Vous savez où il demeure?... — 
Je sais que c’est dans cette rue, mais je ne sais pas où il est. — 
Nous le cherchons, nous avons l’ordre de le fusiller ainsi que tous 
ceux qui sont portés sur cette liste. — C’est dommage ! — Pour- 
quoi ? — C’est un ancien soldat, professeur d’armes et de gym- 
nastique, brave homme et père de famille, bon camarade, puis 
dans la mesure de ses pouvoirs, il s’est opposé à ce que les hom- 
mes placés sous ses ordres commissent le moindre excès, il est très 
estimé dans le quartier. » Le sergent, le caporal et les hommes 
se regardèrent, puis le sergent s’écria: — « S’il en est ainsi, que 
d’autres fassent la corvée, quant à nous, nous ne le chercherons 



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LA BOXE FRANÇAISE 



pas. »Charlemont échappa encore cette fois aux merveilleux effets 
des chassepots. Nous avons dit que le Panthéon venait d’être pris. 
Le poste de la Mairie était occupé paf une compagnie de séden- 
taires du 119°, commandée par le capitaine Planchon. composi- 
teur d’imprimerie, et le lieutenant Allain, relieur. Un petit gar- 
çon d’une douzaine d’années était en train de dire au capitaine 
que son grand-père, nommé Willems (1), venait d’être tué d’une 
balle à la barricade de la rue d’Ulm, et le priait de le faire trans- 
porter chez lui, quand tout à coup, les Versaillais, qui venaient 
d’envahir la place du Panthéon de tous côtés à la fois, firent ir- 
ruption dans le poste. Les gardes nationaux, qui n’avaient fait au- 
cune résistance, furent emmenés et placés le long du mur, à 
droite du Panthéon, pour être fusillés. C’est alors que le capitaine 
Planchon, s’adressant aux officiers versaillais, leur dit : — o Si vous 
avez la lâcheté de fusiller des hommes qui ne se défendent pas, 
n’ayez pas celle de tuer cet enfant. » On fit sortir du tas le petit 
Willems et on fusilla en bloc plus de deux cents gardes nationaux 
pris sur la place (c’était la revanche de l’armée qui se continuait). 
Le lieutenant Allain, tombé sous plusieurs cadavres et ne se sen- 

(1) Le père Willems était un brave et honnête ouvrier, âgé de plus de 
70 ans, assez fort, de taille moyenne, barbe et cheveux blancs, presque 
entièrement chauve II avait en 1848 combattu pour la république, et au 
2 décembre, pour défendre la constitution violée par Bonaparte. En 1870, 
il s’engagea comme volontaire et fit son devoir de patriote comme il fit 
son devoir de citoyen en défendant les droits de Paris et de la république 
pendant la commune. Veuf, il n’avait plus pour famille que son petit-fils, 
orphelin de père et de mère, qui l’accompagnait partout depuis le com- 
mencement de la guerre. Un jour, pendant la commune, il nous disait : 
— « Monsieur Charlemont, vous êtes un bon citoyen vous, vous ne faites 
pas de tapage, mais vous faites bien votre service, tandis que tant d’autres, 
qui braillent beaucoup, ne font rien. Eh bien! vous me connaissez aussi, 
puisque nous avons toujours été dans la même compagnie, malgré mon 
âge et mes forces qui commencent à m’abandonner, vous pourrez toujours 
compter sur moi, je vous suivrai partout où l’honneur de la commune 
vous appellera, vous verrez que je ferai mon devoir. » Il le fit si bien 
qu’il paya de sa vie sa dette à la république. Son petit-fils faillit le suivre 
de près, puisqu’il fut pris au moment où il voulait faire enlever son ca- 
davre. 

Que de dévouements ignorés il y eut, parmi ces modestes travailleurs ! 



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tant que blessé (il avait reçu une balle dans le bras), quoique 
inondé de sang, ne bougea pas, car il entendait achever à coups 
de baïonnettes, ceux qui donnaient encore signe de vie. A la 
faveur de la nuit, il put s'échapper. C’est à l’hôpital Saint-Pierre, 
à Bruxelles, où nous allions le voir, qu’il nous confirma les faits 
ci-dessus. Ce malheureux, qui avait échappé à la mort d’une ma- 
nière si miraculeuse, ne survécut que pour mourir quelques mois 
après, d’une fluxion de poitrine. 

Vers 1886, M me Planchon, veuve du capitaine fusillé place du 
Panthéon, eut besoin de faire lever un jugement, afin d’obtenir 
l’acte de décès de son mari, pour faire profiter son fils de la loi 
militaire, comme aîné de femme veuve. A cet effet, elle fit appe- 
ler Charlemont devant le juge, pour faire le récit qu’il tenait du 
lieutenant Allain, décédé, concernant la mort de son mari. 

Elle profita de cette entrevue pour lui demander de la rassurer 
sur certains bruits qui avaient couru et qui lui étaient particu- 
lièrement pénibles. — « Dites-moi ceque vous avezà me dire, Ma- 
dame Planchon, je désire que ce soit pour vous une consolation. 

— Voici, Monsieur Charlemont, on a dit que, pendant qu’on fu- 
sillait mon pauvre mari et ses hommes, vous étiez aux fenêtres 
de la mairie en compagnie des officiers versaillais, regardant les 
soldats accomplir leur affreuse besogne ! — Cela ne m’étonne pas, 
on en a dit bien d’autres (Victor Hugo a dit quelque part, que si 
on l’avait accusé d’avoir volé la colonne Vendôme, il n’en serait 
nullement surpris). Il avait bien raison ! Il est plus que probable, 
qu’à ce moment, si j’eusse été en compagnie d’officiers de l’armée 
versaillaise, c’eût été pour subir le même sort que mes hommes. 

— Enfin je suis satisfaite d’entendre de vous-même ce désaveu, 
et si ces bruits m’ont frappée au cœur, c’est que je vous ai tou- 
jours considéré comme un homme loyal et courageux, indigne 
d’une pareille lâcheté, je n’y croyais pas, mais c’était plus fort 
que moi, cette pensée m’accablait, jesuis tranquille maintenant. » 
N’est-ce pas que le monde est bon ? Il est vrai qu’on en a dit de 
toutes sortes, sur les uns et sur les autres; on tenait à salir des 
hommes sans tache, qui avaient eu le courage de défendre leur 
cause, et les déprécier dans l’opinion publique. 

Ainsi on fusillait partout, même après la bataille ; l’ordre en était 



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donné. Charlemont resta chez lui pendaût quelques heures dans 
un état fébriledont il est facile de se faire l’idée, alors qu'on était 
en train de le chercher ailleurs. On fusillait tout près de chez lui. 
Des omnibus remplis de cadavres qu’on allait déposer dans des 
terrains vagues, passaient devant sa porte, lorsqu’il vit entrer chez 
lui un domestique de M. Barbet, président des instituteurs du dé- 
partement delà Seine, ancien chef d’institution, qui demeurait 
presque en face, au n° 17 de la ruedes Ursulines. Il était chargé par 
son maître de venir voir si M. Charlemont était encorechez lui. — 
« Quittez de suite votre uniforme, lui dit-il, mettez des vêtements 
civils, et dirigez-vous en face le long des planches qui clôturent le 
terrain dépendant de la maison Barbet, une domestique vous at- 
tendra et vous ouvrira une porte dissimulée dans la clôture. Cinq 
minutes après, Charlemont, en vêtements noir et nu-tête, traver- 
sait la rue en obliquant à gauche, longeait la clôture indiquée, 
dont la petite porte s’ouvrit ; la porte n’était pas encore refermée, 
qu’une balle lui sifflait près des oreilles et enlevait le ruban d’at- 
tache du bonnet de la domestique. Etait-ce une balle qui avait 
ricoché, car on fusillait de l’autre côté de la rue dans une maison 
en construction ?On ne sut jamais qui l’avaittirée. M. Barbet était 
venu dans son jardin recevoir son protégé : — « Rassurez-vous, 
luidit-ilen l’embrassant, ici vous êtes sauvé, on veillera sur votre 
femme et votre fils. » Charlemont avait une telle fièvre, que deux 
litres d’eau et une bouteille de vin n’avaient pu étancher sa soif. 

Détail s rétrospectifs. —C’était quelquesjours avant ceque nous 
venons de raconter; on prétendait qu’une organisation de pétro- 
leuses existait, que ces femmes portaient ce précieux liquide dans 
leurs chevelures ou dans leurs boîtes à lait, et le jetaient dans les 
caves pour allumer l’incendie partout. Pour qu'on ne pût répan- 
dre ce pétrole dans les caves, on recommandait de boucher les sou- 
piraux. Dans sa naïveté, M me Charlemont crutà cette fable, et, en 
l’absence de son mari, elle était occupée à chercher le soupirail de 
sa cave pour le faire boucher, quand tout à coup, des voisines ef- 
farées viennent rapidement auprès d’elle et l'interpellent violem- 
ment. — « Que faites vous-là? Vous voulez jeter du pétrole dans les 
caves? — Que dites-vous, où voyez-vous que je jette du pétrole? 
vous êtes folles, au contraire, je cherche le soupirail de ma cave 



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pour le faire boucher par le maçon qui est chez moi, tenez, le voici, 
justement ! »En effet le maçon apparaissait. Les pauvres affolées 
se retirèrent toutes confuses mais rassurées : M me Charlemont n’en 
passait pas moins pour une pétroleuse. 

Autre fait. C’était le 23 mai. Il y avait, de l’autre côté de la rue, 
en face chez nous, une blanchisseuse tenant boutique sur la rue. 
Sa mère était concierge de la même maison. La première avait 
pour amant un officier de santé de l’hôpital militaire du Val-de- 
Grâce. Dans les premiers jours de mai, elle était venue implorer 
la protection en faveur de cet officier qui ne courait du reste au- 
cun danger. Charlemont larassura en lui promettantson interven- 
tion au cas où il serait inquiété. Le23 mai après midi, la mère de 
la blanchisseuse vint trouver M' ne Charlemont, l’emmena dant sa 
maison sous prétexte de lui faire voir les monuments qui brûlaient, 
disant qu’on les voyait très bien du balcon ; elle la fit monter au 
5* étage ; là elle ouvrit la porte d’un appartement et fit entrer 
M me Charlemont ; aussitôt une femme âgée se lève de son fauteuil 
et toute effrayée demande ce qu’il y a. — « Ce n’est rien, rassurez- 
vous, dit la concierge en se mettant au. balcon, c’est M me Charle- 
mont qui vient voir les incendies.» Un instant après, sans rien dire, 
la concierge était redescendue, laissantM me Charlemont seule. Aus- 
sitôt que celle-ci s’en aperçut, elle fut très étonnée et rentra chez 
elle fort intriguée de ce qui venait de se passer. Ce n’était ni plus 
ni.moins qu’une manœuvre, comme on a pu en constater un grand 
nombre pendant ces jours de désordre, dans le but de faire tom- 
ber les soupçons sur les défenseurs de la commune. En effet, voici 
ce qui s’était passé : lorsque M œe Charlemont fut arrêtée comme 
étant la femme du commandant du 119 e fédéré, le juge de la cour 
martiale lui demanda ce qu’elle avait été faire dans la maison d’en 
face. Fort troublée par tous les événements, épouvantée par sa si- 
tuation, elle l’avait oublié et ne savait quoi répondre, mais le juge, 
paraissant comprendre qu’il y avait là une erreur, insista sur sa 
question, M me Charlemont se rappela alors et raconta au juge sa 
visite. Une enquête fit découvrir que la concierge, aidée des mem- 
bres de sa famille, avait dévalisé tous les appartements de la mai- 
son dont les locataires étaient en province depuis le commence- 
ment de la guerre. On retrouva aux Batignolles, dans un magasin, 



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LA BOXE FRANÇAISE 



loué pour la circonstance, tous les objets de valeur, meubles, bron- 
zes, lableaux, pendules, etc... Les coupables furent arrêtés. Ce n’é- 
taient pas des communards, hein ! 

On daubait dur sur les défenseurs delà commune, on les accu- 
sait de tous les méfaits, passés, présents et futurs. Pendant que 
Charlemont était en sûreté chez M. Barbet, sa femme et son fils 
étaient en butte à toutes les fureurs d’une soldatesque avinée autant 
que désappointée de n’avoir pu prendre Charlemont. 

Il y avait à peine une demi-heure qu’il était parti, lorsqu’une 
bande d’agents de police et de soldats ivres de boisson et de sang, 
venaitpour l’arrêter. Après avoirperquisitionné partout, et n’ayant 
pas trouvé ce qu’ils cherchaient, furieux, ils emmenèrent la mère 
et l’enfant, au Luxembourg, pour les fusiller. M me Charlemontput 
ainsi constater l’ignoble conduite des soldats de l’ordre, qui, par 
leur attitude et la grossièreté de leur langage, ne le cédaient en 
rien auxpires brigands renfermés dans les bagnes. Quatre fois, elle 
fut arrêtée et mise au bout des fusils avec menace de la fusiller si 
elle ne livrait pas son mari. Grâce à la haute intervention des per- 
sonnes qui avaient recueilli Charlemont, elle fut définitivement 
mise en liberté. A cet effet, le prévôt de la cour martiale lui remit 
un petit carré de papier, que nous possédons encore, et dont nous 
donnons ici le fac-similé : 

Prévôté du 2 e Corps. 



Je met ent liberté le N ée 
Fillette Elisa 
Paris, le 31 mai 1871. 

Le Prévôt 
Roche. 

Des bandes de soldats qui opéraient sans ordres, sous prétexte 
de perquisitions ou d’arrestations, s’introduisaient dans les mai- 
sons de communeux et faisaient main basse sur des objets qui 
n’avaient rien de commun avec une arrestation. Le prévôt recom- 
manda à M me Charlemont de ne plus obtempérer aux injonctions 
des soldats qui ne seraient pas munis d’un mandat en règle, puis 



LA BOXE FRANÇAISE 



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de leur montrer son certificat de mise en liberté. Elle tint compte 
de cet avis et depuis, on la laissa tranquille. Dans la journée du 
26, elle assista à un duel militaire. Voici comment : un officier 
de l’armée entre dans la salle et demande le professeur. Il est fu- 
sillé, répondit M me Charlemont. Celui-ci témoigne ses plus grands 
regrets sur les tristes événements auxquels il était mêlé, puis : — 
« J’aurais voulu lui emprunter deux épées pour faire battre deux 
soldats. — Choisissez dans les panoplies. — Voici mon affaire.» Dé- 
crochant deux fleurets pointus et regardant la salle: — « Madame, 
voudriez-vous me permettre de me servir de votre salle pour le 
duel, elle ferait bien mon affaire. — Monsieur, je suis déjà si triste 
que je ne voudrais pas voir des hommes se tuer ici. — Ne crai- 
gnez rien, restez dans votre appartement. — Faites comme vous 
voudrez. » L’officier sort et revient quelques instants après, accom- 
pagné du sergent-major, des témoins et des deux adversaires. 
Déshabillez-vous, dit-il à ces derniers et mettez-vous en garde. 
Les deux malheureux, qui ne savaient absolument rien en fait 
d’escrime et qui ne paraissaient pas s’en vouloir, se placent et 
chacun à leur tour allongent le bras et le retirent aussitôt comme 
s’ils venaient de se brûler, puis reculent hors de portée ; l’officier les 
excitait, les menaçant de la prison et jurant. — « Vous n’aviez pas 
si peur ce matin à vous f.... des coups de poing. » Enfin l’un des 
deux lâche son fleuret, et alternativement, il secoue son doigt ou le 
porte à sa bouche, tout en sautant d’un pied sur l’autre comme 
quelqu’un quia froid et qui veut se réchauffer, puis, criant: 
— « Mon lieutenant, mon lieutenant, je suis blessé. » M ,ue Char- 
lemont qui, de sa fenêtre donnant dans la salle, avait tout vu, 
descend rapidement tenant à la main une cuvette, de l’eau et des 
bandes de linge. L’officier la remercie, en lui disant: — « Ce n’est 
rien. » En effet, elle aperçut, au bout de l’index du blessé, une 
petite goutte de sang (la seule qui coula), une simple piqûre d’é- 
pingle. Malgré les ennuis qui l’attristaient, elle ne put retenir un 
éclat de rire, songeant que si c’était là un duel, c’était du dernier 
ridicule et ne valait pas la peine de se déranger. Le dimanche 28 
mai, à 11 heures, tout était fini. La commune de Paris exhalait 
son suprême soupir. Les derniers combattants, pris dans le Père- 
Lachaise, furent fusillés le long du mur qu’on nomme aujourd’hui 



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(le mur des fédérés). Alors commence la grande boucherie, l'ar- 
mée se transforme en un vaste pelolpn d’exécution. C’est par 
milliers qu’on tue dans tout Paris. Les fusils n’étant pas assez expé- 
ditifs, on tue à la mitrailleuse (c’est le progrès de la civilisation 
moderne qui veut cela). L’ordre régnait à Paris (comme à Var- 
sovie). Les méprises furent innombrables dans la personne de 
gens qui n’y avaient pas pris part, on fusilla même plusieurs fois 
les mêmes chefs ou membres de la commune, qu’on retrouva peu 
après bien portants, soit à Bruxelles, à Londres ou en Suisse. Les 
femmes de ce beau monde qui allaient, les narines dilatées, con- 
templer les cadavres des fédérés, furent englobées dans des razzias 
et emmenées à Satory où, les vêtements en lambeaux, et rongées 
de vermine, elles figurèrent très convenablement les pétroleuses 
imaginées par leurs journaux. Tous les lâches instincts remontè- 
rent à la surface, et Paris découvrit des cloaques d’ignominie 
qu’il n’avait pas soupçonnés, même sous l’Empire. « En 1814, 
alors que la France était vaincue, envahie, on vit à l’entrée des 
souverains alliés à Paris, boulevard des Italiens, des monarchistes 
arborant des brassards et des cocardes blanches, aller au-devant 
des vainqueurs pour les féliciter. Des dames se précipitèrent, au 
péril de leur vie, au milieu des chevaux, pour approcher l’Empe- 
reur Alexandre ; elles lui demandèrent à grands cris le rétablis- 
sement de la famille royale. Plusieurs d’entre elles étaient dames 
du palais de Marie-Louise, et ne se distinguèrent pas moins par 
la vivacité de leurs instances ; mais Alexandre, écœuré de cette 
scène de platitude, ne daigna pas répondre, et continua sa route 
jusqu’aux Champs-Elysées. » En 1871, à l’entrée de l’armée ver- 
sai llaise à Paris, on voit les mêmes lâchetés; les monarchistes, 
amis de l’ordre, arborèrent des brassards tricolores, et allèrent au- 
devant des vainqueurs de Paris. Ils dénoncèrent, pourvurent 
les cours martialès et ne dédaignèrent pas les fonctions de bour- 
reaux. Les honnêtes gens, maîtres du pavé, faisaient arrêter 
comme communeux leurs rivaux, leurs créanciers, formaient des 
comités d’épuration dans leur arrondissement. La commune avait 
repoussé les dénonciateurs, la police de l’ordre les reçut à bras 
ouverts. Les dénonciations s’élevèrent au chiffre fabuleux de 
399.823, dont un vingtième au plus étaient signées. 11 y eut, 



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pour l’honneur français, quelques traits de cœur et meme d’hé- 
roïsme au milieu de cette épidémie de lâcheté. Certains risquèrent 
leur liberté et même leur vie, pour sauver celles de ceux dont ils 
ne partageaient pas les idées. 

Le mardi 30 mai, Charlemont quittait son refugedu n° 17 de la 
rue des Ursulines. Après avoir remercié tous les membres de la 
famille de son bienfaiteur M. Barbet, ainsi que les domestiques 
qui faisaient le service de sa table et de son appartement, il monta 
dans une voiture, que M. Barbet avait fait préparer et se fit con- 
duire rue d’Aboukir, chezun de ses amis et élèves. Là, il se mit en 
mesure de passer à l’étranger, ce n’était pas encore facile à ce 
moment. Il se fit raser toute la barbe, teindre les cheveux en noir, 
ainsi que les sourcils, mit des lunettes bleues et ainsi transformé 
(comme Calandrin dans.les contes de Bocace), il se crut invisible. 
Muni du passeport de son ami, la bourse légère, il partit. Chau- 
derlot, qui était sous-officier dans un régiment de Paris, prit une 
permission de quatre jours pour emmener Charlemont chez ses 
parents, à Sains-du-Nord, et à l’aide de ceux-ci, lui faire passer la 
frontière. A la gare de Saint-Quentin, des commissaires spéciaux 
passèrent la visite des passeports et interrogèrent les voyageurs. 
Il n’y eut pas d'incidents, mais arrivés à la gare de Sains, le bri- 
gadier de gendarmerie, de service à la station, interpella ainsi 
Chauderlot: - «Où allez-vous, sergent ? — Chez mes parents. — 
Votre permission? — La voici. — Très bien, et vous, Monsieur»?— 
Chauderlot: — « C’est un ami qui m’accompagne. — Monsieur, 
avez-vous des papiers ? » Charlemont lui présente son passeport. 
Le gendarme lit... — «Comment vous nommez-vous?» Oh!... 
fatalité!... prisa l’improviste, Charlemont se trouble, ne se rap- 
pelle pas le nom de son ami, ne répond pas. — « Répondez-moi, 
dit le gendarme, votre nom? » Même embarras. — « Mais, Mon- 
sieur, vous hésitez, reprit le gendarme? — Vous avez raison, 
brigadier, répondit Charlemont en fixant son interrogateur, je 
n’hésite pas, seulement je croyais que vous vouliez plaisanter, 
puisque vous lisez mon passeport, vous voyez bien que je me 
nomme L. R...» Charlemont avait retrouvé son assurance en 
retrouvant le nom oublié. Le gendarme en souriant lui remit son 
passeport. A la suite de ce petit incident, gros d’orage, après 



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avoir réfléchi, Charlemont pria Ckauderlot de ne pas dire à ses 
parents qui il était, de crainte que ceux-ci, effrayés d’avoir un 
pareil brigand chez eux, ne se troublassent au point de commet- 
tre soit une imprudence, soit une maladresse qui amènerait, 
involontairement de leur part, son arrestation. Craignant aussi 
un retour dans les idées du gendarme, il décida qu’il prendrait, 
le lendemain matin, le premier train pour Bruxelles. Arrivé à la 
frontière, on lui demanda son passeport et après en avoir pris 
lecture, on le fît passer dans une pièce fermée, où il attendit 
qu’on prononçât sur son sort ; dans sa pensée il se croyait arrêté. 
Une heure après, un employé, qui paraissait faire partie du service 
de la douane, vint lui dire que son passeport n’étant que pour 
l’intérieur de la France, il ne pouvait passer la frontière. — « En 
ce cas, que faut-il que je fasse? — Retourner à Saint-Quentin, 
le faire viser par le consul. — Mais comment? — C’est bien simple, 
vous reprendrez le premier train qui passera dans une heure, il 
vous y conduira. — A mes frais? — Parbleu, puisque nous n’êtes 
pas en règle, c’est de votre faute. « Jusque-là, ça n’allait pas trop 
mal. A Saint-Quentin, le consul dit à Charlement d’allerà la sous- 
préfeclure échanger son passeport contre un autre pour l’étranger. 
Là, le secrétaire, un petit bossu, l’engagea à prendre le concierge 
qui, moyennant un franc, lui ferait les -nombreuses courses que 
nécessitaient les formalités d’usage, qu’il n’aurait qu’à revenir à 
trois heures, son passeport serait prêt, il n’aurait qu’à le signer. 
Tout paraissait marcher pour le mieux. Il revint à l’heure indi- 
quée, le petit bossu lui fît signer le nouveau passeport, se retira 
et disparut en haut d’un escalier, où il alla le faire viser au sous- 
préfet. Un instant après, celui-ci en descend, tenant à la main les 
deux passeports (comme par instinct, Charlemont croit sentir venir 
l’orage), vient droit à Charlemont, et le fixant dans les yeux, d’un 
regard pe'rçant. — «C’est à vous, Monsieur, ce passeport ? — Oui, 
Monsieur. — C’est bien vous qui l’avez signé? — C’est bien moi. 
— Ce ne sont pas les mêmes signatures? — Oh, absolument les 
mêmes. — Pourtant ici, vous faites précéder votre signature d’une 
initiale, et là vous écrivez votre prénom en entier. — Cela m’arrive 
souvent, je n’y attache pas d’importance. » Puis de son regard de 
plus en plus inquisiteur, plongeant dans les yeux calmes de Char- 



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lemont, le préfet continue : — « D’où venez-vous? — De Liver- 
pool, comté de Lancastre, puis du Havre et de Paris. — Où êtes- 
vous né? — A Saint-Pierre-Martinique. — Que faites- vous? — Je 
suis négociant. — Où demeurez-vous à Paris? — 46, rue Richer. 
— Où allez-vous? — A Bruxelles. — Qu’allez-vous faire en Bel- 
gique? — Etendre nos relations commerciales fort éprouvées à la 
suite de la guerre. — Quels sont les articles dont vous vous occu- 
pez ? — Tels et tels. — Mais... votre passeport porte : yeux noirs, 
et vous avez les yeux bleus? » (Tout en faisant bonne contenance, 
Charlemont commençait à être fort mal à son aise; ce qui n’y 
contribuaitpas peu, c’est qu’en entrant dans l’antichambre, il s’était 
regardé dans une glace et avait vu ses cheveux teints qui reflé- 
taient des nuances vertes, bleues, rappelant les plumets des chas- 
seurs à pied, puis sa figure bistrée imitant le teint des créoles. Il 
craignit que ces détails ne le trahissent). Néanmoins, il répondit 
aveccalmeet assurance : — «Monsieur le préfet, le maire du Havre 
est un grand ami de mon père, et mon passeport, établi en mon 
absence, était prêt lorsque je suis allé le prendre et le signer. 
Comme vous pouvez le voir, on m’a porté comme taille 1 mètre 80 
et je n’ai qu’un mètre 70. (Si le préfet avait demandé à Charle- 
mont le nom du maire du Havre, il l’eût fort embarrassé car il ne 
le savait pas.) — Enfin ceci est étrange, vous venez de Liverpool, 
puis du Havre à Paris ! — Cela est bien naturel ; après la guerre 
terminée, je suis allé en Angleterre faire des affaires; rentré au 
Havre, j’ai attendu que la circulation soit rétablie à Paris pour y 
revenir, et je vais, comme j’ai eu l’honneur de vous le dire, essayer 
de faire des affaires en Belgique et en Hollande. Dans le commerce, 
c’est comme cela, il ne faut pas s'endormir. — Je ne peux pas 
vous laisser partir, je dois vous mettre en état d’arrestation pro- 
visoire, en attendant des renseignements de la préfecture de police 
de Paris. Il y a en ce moment un grand nombre de communards 
qui se sauvent et nous avons des ordres en conséquence pour les 
arrêter/»?A cette déclaration aussi imprévue que désespérante, 
Charlemont sentit fléchir ses jambes et son courage. Mais comme 
il lui arrivait dans les circonstances difficiles et dangereuses, et 
comme sa liberté était en jeu, son énergie reprit le dessus. 11 eut 
un instant la pensée défaire connaître au préfet sa véritable situa- 



262 



LA BOXE FRANÇAISE 



tion et d’invoquer sa générosité, ou encore, armé de son revolver 
chargé, de se défaire du préfet et de son secrétaire (le pauvre petit 
bossu qui avait été si gentil), mais réfléchissant, il y avait encore 
le concierge, et où aller ensuite? Il ne connaissait pas la ville ; où 
se réfugier ! Il serait pris, avec un crime à son actif. Il porta ail- 
leurs ses réflexions pour attendre les circonstances. il répondit sim- 
plement au préfet : — « C’est bien regrettable, Monsieur le préfet, 
que la suspension des affaires pendant la guerre et la commune 
doive se continuer encore, à présent que le calme renaît ; le com- 
merce a cependant assez souffert ; on devrait bien faire en sorte de 
lui redonner une prompte et vigoureuse impulsion. » Charlemont 
avait-il touché la corde sensible? C’est bien possible, car aussitôt, 
changeant d’attitude et de langage, le préfet prit une feuille de pa- 
pier qu’il mit devant Charlemont en lui disant de signer. Celui-ci, 
afin de nepas donner F éveil, se garda bien de signerautrement qu’il 
venait de le faire sur le nouveau passeport. — « C’est toujours la 
même signature, dit le préfet. — Certainement, Monsieur le préfet, 
vous me feriez signer cent fois de suite qu’elles seraient toutes 
semblables. Dans quelques jours peut-être, sans y faire attention, 
mes initiales seules précéderont ma signature. Je vous l’ai dit, je 
n’y attache pas la moindre importance. Cette fois, la détente était 
complète. Le préfet en prenant la plume dit : — « Enfin ! » puis 
signa le passeport, le poussa sur la tablette vers Charlemont en 
disant : — « Allez ! » — Celui-ci n’oubliant pas que la prudence 
est la mère de la sûreté, et pour ne pas avoir l’air de se presser, 
fit semblant de nepas avoir entendu ; le préfet en s’en allant lui 
répéta : — « C’est fini, Monsieur, vous pouvez vous retirer. » 
Charlemont remercia et s’en alla tranquillement, tout en res- 
sentant un grand soulagement. Pensant bien ne pas encore être 
sauvé, il alla de suite chez le consul qui, sans aucune observa- 
tion, lui visa son passeport en échange de la somme de trois 
francs, puis il se rendit à la gare, demanda s’il y avait un train 
pour la Belgique ; il lui fut répondu que l’express pour Liège 
allait passer dans quelques minutes. — «Donnez-moi une pre- 
mière pour Liège.» Charlemont pensait qu’en prenant cette ligne, 
il gagnerait du temps, et au cas où il prendrait fantaisie au 
préfet de télégraphier à Paris et sur la ligne de Bruxelles, il serait 



LA BOXE FRANÇAISE 



263 



déjà sur le territoire belge. Il en fut pour ses émotions, car il fut 
sauvé une fois de plus. 



Nous sommes au 2 juin 1871. Charlemont est à Bruxelles aux 
prises avec l’adversité, sans ressources, sans relations d’aucune 
sorte, n’ayant d’autres recommandations que son travail, son cou- 
rage et sa volonté. 11 pense à Petit de Liège, il va le voir pour 
s’entendre avec lui et organiser des assauts réciproques, à Liège 
et à Bruxelles. Petit le reçoit assez cordialement et lui promet son 
appui. 

Charlemont très physionomiste, observateur, douta de cette pro- 
messe, l’avenir lui donna raison, il avait à faireà un jaloux, pré- 
tentieux sans capacité. Il organisa trois assauts successifs à Bru- 
xelles, au casino des galeries Saint-Hubert. Petit, prévenu, devait 
venir, accompagné de plusieurs de ses élèves. Son nom figurait en 
vedette sur l’affiche à côté de celui de Charlemont, il ne vint pas 
ni ses élèves. Charlemont eut pour adversaire commetireur : Van- 
dersteen, maître d’armes au régiment des grenadiers, qui ne savait 
pas grand chose, mais était très complaisant, il le ménagea et fit 
du jeu. Les trois assauts qu’il donna dans la même semaine réus- 
sirent au plus mal, à tel point que Charlemont ne pouvait payer 
la salle, ni sa publicité ; il eut à faire à un brave homme dedirec- 
teur, comme on en rencontre rarement, non seulement il n’exigea 
pas le paiement de la salle, mais il paya les affiches et les circu- 
laires de Charlemont. Ce directeur se nommait Graindorge, il ne 
devint pas riche. Chaque fois qu’il rencontrait Charlemont, il lui 
serrait la main de bon cœur. 

Comme on le voit, les débuts n’étaient pas très encourageants. 
Les résultats de la guerre n’avaient pas non plus relevé le prestige 
delaFrance aux yeux de l’étranger. LesFrançais qui devaienty vivre 
s’en aperçurent, Charlemont fut un de ceux-là. Le besoin de vivre 
stimule les individus dans le sens de leurs aptitudes ; lui, en avait 
pour le travail qu’il cherchait, mais qu’il ne trouvait pas, la boxe 
n’étant pas de première nécessité dans la vie matérielle. 

Il lui vint une idée: c’était la kermesse de Bruxelles qui se tient 

17 



264 



LA BOXE FRANÇAISE 



près la gare du Midi, elle dure un mois ; il doit y avoir besoin de 
lutteurs, de boxeurs, de tireurs de canne et d’escrime. C’était peut- 
être un moyen de se faire connaître, en tout cas, c’était un moyen 
de vivre. Tout Bruxelles venait à la kermesse, les nombreuses 
communes suburbaines aussi; comme on paie bon marché dans 
les baraques, il y aurait beaucoup de monde, et puis nécessité fait 
loi, pasde sots métiers, le travail honore l’homme, en avant ! Char- 
lemont était décidé. Il alla voir le patron d’une baraque de lutteurs 
qui se montait. — « Voulez-vous me faire travailler avec vous? — 
Parfaitement, Monsieur Charlemont, avez-vous vos costumes? 

— Oui. — Nous commençons aujourd’hui à 2 heures, venez. » 

— Les conditions étaient acceptables, Charlemont était engagé. 

C’était drôle de le voir sur l’estrade en parade, les bras croisés 

sur sa poitrine de manière à faire ressortir avantageusement ses 
biceps absents, puisse cachant derrière une paire de lunettes 
bleues, comme si personne ne pouvait le voir, et puis il avait peut- 
être la vue faible, mal aux yeux. Un maillot bien propre, une 
écharpe, de belles bottines et le cordon de sa montre en sautoir. 
On le prenait pour un gentleman de la banque. Il faisait des ar- 
mes, de la boxe française et anglaise, de la canne et même de la 
lutte. Lorsque lebarnum présentait sa troupeau public, il annon- 
çait : M. Charlemont, directeur des assauts du casino, le terrible 
boxeur. Charlemont n’était pas très à son aise, mais ses lunettes 
dissimulaient son émotion, on plutôt il le croyait. 

Ce n’est pas tout rose dans ce métier-là; il faut se tenir à la dis- 
position de tous les amateurs qui demandent un gant ; on en voit 
de toutes sortes, et quel public! lorsque l’amateur peut vous dé- 
cocher un bon coup de trique sur les côtes ! des bravos écrasants. 
Vive l’amateur ! on se moque du champion de l’établissement ; si 
au contraire celui-ci touche, on nie le coup ou bien c’est un bru- 
tal, il tape trop fort, on est prêt à l’écharper. Charlemont était 
parvenu à avoir sa petite clientèle de tireurs, des jeunes gens de 
Bruxelles, très gentils avec lui, qui lé connaissaient, alors le tra- 
vail devenait moins pénible, ils le soutenaient à l’occasion, et lui, 
les régalait d’un faro ou d’un bon lambic. A minuit la journée 
était terminée, on allaita l’Enfer, sur la Grand’Place, manger des 
moules et des frites. 



LA BOXE FRANÇAISE 



265 



Hubert Lecour, professeur de boxe à Paris, meurtd’une fluxion 
de poitrine, le 2 juillet 1871. 

Une fois la kermesse terminée, malgré toute sa bonne volonté, 
Charlemont ne put trouver du travail ; ses faibles économies s’é- 
puisèrent vite et il fut réduit à la plus affreuse des misères, pas- 
sant de nombreux jours sans manger. C’était fête pour lui les 
jours où il se trouvait à table devant deux œufs durs, un pistolet 
(pain) beurré et une pinte de faro. Ces jours-là étaient si rares 
que, poussé à la dernière extrémité, sentant les aiguillons de la 
faim, avant-coureurs des désespoirs où l’honneur sombre, il ré- 
solut de rentrer à Paris, préférant être arrêté pour ce qu’il était, 
que de l’être à l’étranger, pour des actes contraires à sa cons- 
cience. C’était le 23 août 1871, il venait d’apprendre que Louis 
Vigneron, son ancien professeur et ami, venait de se tuer par ac- 
cident, à Boulogne-sur-Mer, que ses obsèques devaient avoir lieu 
à Paris, le 25. Il alla à la légation faire viser son passeport et re- 
vint à Paris où, au grand étonnement de ses amis et connais- 
sances, il assista aux obsèques. Quelques jours après, son ancien 
élève et ami, M. Lionel Ralu, qui lui avait donné "son passeport 
et quelques fonds pour se réfugier à Bruxelles, partait pour la 
Havane, exploiter une fabrique d’huile et de savon. Tant pour le 
soustraire aux recherches dont il était l’objet, que pour s’en faire 
un auxiliaire dévoué aux intérêts de sa fabrication, il emmena 
Charlemont avec lui. 

Ils se trouvaient à Santander, attendant le paquebot qui devait 
les conduire à Cuba, lorsque le père de M. Lionel prévint son 
fils que la révolution était à Cuba, que ce n’était pas le mo- 
ment d’aller risquer une installation aussi importante, l’enga- 
geant à remettre son projet à une époque ultérieure. Ils restèrent 
un mois à Bordeaux et revinrent à Paris. Réfugié à Ménilmon- 
tant dans une modeste chambre, il aidait sa femme à faire des 
fouets nattés, ils gagnaient, à eux deux, une vingtaine de francs 
par semaine. Charlemont avait aussi trouvé à faire quelques sup- 
pléments au journal le Temps, pour tirer la feuille. Un jour, 
Charlemont allait rue Saint-Martin chercher du travail, lorsqu’a- 
près avoir traversé la place du Château-d’Eau (place de la Répu- 
blique;, il se disposait à entrer rue Notre-Dame-de-Nazareth, au 



260 



LA BOXE FRANÇAISE 



coin de laquelle il s’arrêta, regardant avec surprise, à l’étalage 
d’un magasin, des bottines à 4 fr. 50 et des chapeaux de feutre à 
0 fr. 95 centimes, le tout de belle apparence. 11 en était là de ses 
réflexions, lorsqu'il aperçut, à quelques pas de lui, deux individus 
à allures louches, qui paraissaient (sans en avoir l’air) s’occuper 
de lui. Il fit quelques pas dans cette rue, tout en regardant aux 
vitrines et tournant la tète; il vit les deux individus qui s’étaierçt 
rapprochés de lui, remplacés par deux autres de même allure. 
Ceci lui donna à réfléchir. Il continua à marcher doucement et se 
retourna de nouveau, cette fois, c’étaient quatre personnages de 
même acabit qui avaient pris la place des deux derniers. Il n'y 
avait plus à douter, il avait à faire à une brigade delà police de sû- 
reté. Il pensait que si ce n’était pas à son intention qu’ils se trou- 
vaient là, il aurait de la chance. Voulant en avoir le cœur net, il 
précipita le pas, et, retournant tout à coup la tête, il vit toute la 
brigade en marche. Bien convaincu que cette belle escorte lui était 
destinée, il calcula de suite ses chances d’évasion, en cas d’arres- 
tation. Il pensait que les postes de troupes ou de police étaient 
encore assez éloignés de l’endroit où il se trouvait, qu’il fallait, 
sans plus attendre, provoquer le dénouement. A cet effet, il avait 
ralenti sa marche, lorsqu’il vit deux des lapins précédemment 
cités qui le dépassèrent d’une dizaine de pas. Il croyait déjà 
s’être trompé sur les intention^ de ces promeneurs mystérieux, 
quand il se sentit toucher l’épaule et se vit encadré de deux la- 
pins dont l’un, le chef de la bande, lui dit : — « Monsieur Char- 
lemont, nous vous arrêtons ; ne faites pas de bruit, et surtout pas 
de résistance car nous sommes huit, regardez. » Celui-ci n’avait 
nul besoin de cette énumération, il l’avait déjà faite, mais autant 
pour gagner du temps que pour réfléchir, il s’arrêta en tournant 
machinalement la tête en arrière et répondit : — « C’est bien ! » 
Mais aussitôt, un travail phénoménal se produisit dans son cer- 
veau. Toutes les combinaisons, tous les moyens d’évasion étaient 
raisonnés avec une rapidité vertigineuse. Se sauver en courant, 
n’était pas pratique, les policiers pouvaient savoir fort bien cou- 
rir, puis en criant : « Arrêtez-le », les passants l’auraient arrêté. 
Il avait bien son revolver chargé, dans la poche intérieure 
droite de son veston, il ne pouvait s’en saisir que de la main 



LA BOXE FRANÇAISE 



267 



gauche, ses aimables voisins auraient prévenu son mouvement. 

En supposant même qu’il y eût lutte et qu’il en tuât quatre ou 
cinq, les trois autres auraient eu raison de lui, ils étaient tous 
armés, les passants leur auraient prêté main-forte, il eût été pris 
et sa situation fort aggravée. Pendant que dans sa tête se livrait 
ce combat, une lueur d’espérance vint s’y glisser. Il marchait sur 
le trottoir de droite, les deux mains dans les poches de son veston, 
la droite tenait nerveusement un coup de poing américain en 
maillechiort, la gauche était prête à se porter dans ha poche inté- 
rieure droite, contenant le revolver, quand tout à coup un souve- 
nir lui revint, il se rappela qu’un jour, il y avait une dizaine 
d’années de cela, en compagnie de son patron, M. André, fabri- 
cant de jouets, 32, rue Aumaire, il était passé dans une maison 
qui se trouvait presque en face la rue Volta, et qui donnait accès 
rue Meslay, où était-elle? mystère. Il n’y était passé que cette 
seule fois. Absorbé qu’il était à chercher à se rappeler l’endroit 
de ce passage, sa tête était prête à éclater par suite des efforts 
faits pour se souvenir. Cruel embarras ! Mais son étoile ne l’aban- 
donnait pas, au moment où il faisait son suprême effort pour se 
remémorer, elle l’illumina comme d’un rayon de clarté magique, 
il lui sembla reconnaître la porte (c’était elle). Il est impossible 
de traduire ici ce qui se passa. Dans ce moment où la vie était le 
prix de la victoire, Charlemont, ne perdant pas la tête, rassem- 
bla toute son énergie, toute sa vigueur, et, avec une force dont il 
ne se croyait pas capable, aussi vite qu’un éclair, il porta presque 
simultanément un terrible coup de poing de la main droite ar- 
mée, dans le creux de l’estomac de son voisin de gauche, et un 
coup de talon du pied droit, à celui de droite, et sans se retour- 
ner, il enfila la porte libératrice , puis il voulut la pousser pour 
la fermer et se séparer de ses trop fidèles compagnons. Malheur ! 
elle était tenue par un crochet. Il ne lui fallut qu’une seconde 
pour décrocher la porte et la repousser avec violence, mais une 
main le tenait déjà par le collet de son veston. Celui qui le tenait 
ainsi ne put résister au choc de la lourde porte, et fut rejeté en 
arrière sur le trottoir. Lorsque Charlemont avait aperçu la porte 
de liberté , il avait en même temps retrouvé ses jambes des 
grands jours. Sans perdre de temps, sans se retourner, il traversa 



208 



LA BOXE FRANÇAISE 



l’allée en courant, enjamba l’entre-sol, sans s’occuper de la rétri- 
bution de cinq centimes qu’il fallait payer au concierge pour se 
faire livrer passage (par bonheur cette porte était ouverte), tra- 
versa la rue Meslay, puis le passage du même nom, qui se trouve 
en face du théâtre de l’Ambigu, héla un cocher, se fit conduire 
aux Ternes chez un ami, qu’il chargea d’aller à Ménilmontant, 
prévenir sa femme qu’il venait une fois de plus d’échapper à la 
furie versaillaise. 

Le policier de gauche était allé rouler sur le milieu de la rue, 
la respiration coupée, dans l’impossibilité de se relever; celui de 
droite, lancé dans la vitrine du magasin contigu à 1a, porte de 
sauvetage, était suspendu par le ventre, la moitié du corps à l’in- 
térieur du magasin. 

Après, la commune, la plupart des vaincus, qui étaient recher- 
chés, avaient changé de logement ou de quartier. La préfecture de 
police ne possédait pas leur adresse, mais elle avait des rensei- 
gnements probables sur les quartiers qu’ils habitaient, elle savait 
qu’un peu plus tôt ou un peu plus tard (c’était une question de 
temps), ils passeraient inévitablement au point central corres- 
pondant à leur quartier. Elle fit établir des espèces de souricières 
dans tout Paris, en plaçant des brigades de policiers, munies de 
listes contenant les signalements de ceux qu’elles devaient arrê 
ter, sur les différents points centraux de la ville, tels que: Place 
de la Bastille, de la Madeleine, du Château-d’Eau, du Châtelet, 
etc... C’est la brigade qui opérait place du Château-d’Eau qui pro- 
céda à l’arrestation de Charlemont. 

A l’occasion de la commune, il y eut nombre d’évasions dont la 
police ne s’est jamais vantée. Parmi celles-ci nous en connaissons 
une qui, par sa simplicité et son dénouement humoristique, mérite 
d’être contée. Elle concerne une grande personnalité politique et 
républicaine, M. ArthurRanc. 

Député du IX e arrondissement de Paris, il fut de ceux qui, à l’as- 
semblée de Bordeaux, se retirèrent devant le vote mutilateur de 
la patrie. Elu membre de la commune du IX e arrondissement, le 
26 mars, par 8.950 voix sur 10.340 votants, il fit partie d’une com- 
mission « la Justice », et donna sa démission de membre de la 
commune le 5 avril. 



LA BOXE FRANÇAISE 



269 



Les ruraux de l’assemblée...,, de malheur ne lui pardonnèrent 
pas sa foi patriotique et républicaine et jurèrent sa perte. Ils dé- 
posèrent sur le bureau de la chambre une demande de mise en 
accusation, contre le député de Paris. Cela traînait en longueur, 
il leur fallait réunir une majorité et ils l’obtinrent. Ranc n’en con- 
tinuait pas moins la vie ordinaire et allait siéger. Partout où il 
allait, il était toujours escorté (comme un monarque,) de nom- 
breux chevaliers de la tour pointue. Ils ne le quittaient pas d’un 
seul instant. Son concierge, ainsi que celui de son père, étaient 
assaillis de visiteurs louches qui, sous différents prétextes, s’in- 
formaient de ses allées et venues. Un jour, Léon Gambetta, dont 
il était l’ami, le prévint que sa mise en accusation serait vo- 
tée à la Chambre à une grande majorité, il le pressa de quit- 
ter Paris, lui indiquant en même temps un moyen facile de 
passer en Belgique. Un matin, sans tambour ni trompette, sans 
bagages, les mains dans les poches, Ranc prit le train à la gare 
du Nord, pour une destination quelconque. Entré dans son com- 
partiment, le train allait partir, il vit monter avec lui plusieurs 
compagnons de voyage, dont il n’eut pas de peine à deviner la 
profession. C’étaient messieurs de la police, qui, mandat en poche, 
avaient ordre de l’arrêter s’il voulait passer la frontière. Le train 
file. Après quelques stations, Ranc descend à une gare, va à l’u- 
rinoir, allume une cigarette et remonte tranquillement en wagon, 
toujours sans paraître soupçonner ses aimables compagnons de 
route. Le train part de nouveau. Quelques stations plus loin, le 
train ralentit sa marche pendant quelques instants, puiss’arrête. 
Ranc descend et se dirige vers un petit pont rustique, posé sur un 
tout petit ruisseau, le traverse, fait semblant d’uriner, prend une 
cigarette et Rallume. Pendant ce temps, le chef de train, se déme- 
nant, lui criait de remonter, qu’on ne s’arrêtait pas là, que ce n’é- 
tait qu’une halte pour les correspondances et les paquets delà 
poste. Ranc, calme et souriant, lui dit : — « Je le sais bien, mais je 
reste. » — Le train partait déjà, emportantses trop fidèles compa- 
gnons, qui, aux portières du wagon, voyaient leur proie leur 
échapper et leur prime avec. Il paraît qu’ils faisaientune tête, mais 
une tête, dont Ranc seul peut se faire une idée, ils étaient com- 
plètement ahuris. — Je crois bien ! 



270 



LA boxe française 



Une explication est ici nécessaire. Comme le chef du train le 
disait, ce n’était pas une station, mais la halte de Velosne-Loigny. 
Le train ralentissait et s’arrêtait quelques secondes seulement, le 
temps d’échanger les paquets de correspondances du service des 
postes. Le petit ruisseau, qui se trouvait à une dizaine de mètres 
de la voie, était la limite de la frontière. Le pont traversé, Ranc 
était en Belgiqueà l’abri des fureurs de ses ennemis, sous la pro- 
tection des lois internationales. Il fut jugé par contumace et con- 
damné à la peine de mort. 

, Aujourd’hui, il est sénateur et se porte bien. 

Pour la seconde fois, Charlemont reprit le chemin de Bruxelles, 
sans encombre toutefois. Grâce à la libéralité d’un de ses élèves, 
M. Plichon, neveu de l’ancien ministre de Napoléon III, cette fois, 
ses poches étaient un peu plus lourdes qu’à son premier voyage. 
Il loua une salle, Grand-Place, à l’estaminet: Aux Tanneurs, et 
fit de la publicité. A cette occasion la Petite Chronique de Bruxel- 
les publia le petit article suivant : 

CHRONIQUE 

« Régénérons. — M. Charlemont, professeur des écoles de Paris 
(sic), vient d’ouvrir à Bruxelles un. cours dont le besoin se faisait 
vivement sentir, et que nous signalôns à la bienveillante sollici- 
tude, toujours active, de la ligue de l’enseignement. — Il s’agit 
d’un cours de boxe anglaise, de canne et de boxe française (vul- 
gairement dite : chausson). 

«M. Charlemont fait distribuer en ville desprospectus illustrés, 
en tète desquels on voit des messieurs s’administrer des volées de 
coups de canne, des roulées de coups de poing et de coups de pied . 

« Au-dessus de ces images aimables, on lit en grands caractères : 

RÉGÉNÉRATION DE L’HOMME 

PAR LES EXERCICES GYMNASTIQUES 

«Régénérer l’homme enlui cassantles reins est une méthode qui 
me paraît procéder de celle de nos sportmen , qui échinent et abat- 
tent des chevaux sous prétexte d’améliorer la race chevaline. » 

La Chronique , 5 mai 1874 . 

Malgré ses mauvais débuts, pendant les trois mois qu’il avait 



LA BOXE FRANÇAISE 



271 



passés à Bruxelles, il avait pu déjà se faire connaître et apprécier. 
Il eut quelques leçons. Il fut invité dans quelques petits assauts 
donnés dans les faubourgs, dans des estaminets, par des anciens 
maîtres de l’armée. C’était très curieux, on retrouvait, dans ces pe- 
tits assauts, le cérémonial de la fin du xvm e siècle, où les maîtres 
présentaient aux tireurs les armes, cannes, masques et gants avec 
des formules respectueuses et patriotiques. Charlemont était bien 
reçu, on était fier d’avoir un vrai professeur, établi à Bruxelles, 
daignant condescendre jusqu’à venir prendre part on assister à de 
simples petits assauts d’amateurs, on lui en savait gré par de pe-' 
tites politesses. Par son caractère doux et affable, Charlemont en- 
trait peu à peu dans l’estime de tous ceux qui l’approchaient. 

Mais l’administration de la sûreté publique de Bruxelles ne le 
voyait pas d’un œil aussi sympathique. Par l’intermédiaire de son 
chef dé bureau, M. Huo.t, elle lui fit signifier un ordre d’expul- 
sion, par lequel il devait quitter la Belgique dans les 24 heures. 
Charlemont protesta, disant qu’il avait des moyens d’existence 
puisqu’il travaillait, et demanda des explications. — « Vous êtes 
accusé de délits de droit commun, lui dit le chef de bureau. — Les- 
quels? — Vous avez fait sauter la poudrière du Luxembourg et 
commandé en chef au fort d’Issy. — Pardon, Monsieur, je vous 
ferai remarquer que de commander en chef, faire sauter une pou- 
drière, ne constituent pas des délits de droit commun. Ensuite, 
je n’ai ni commandé en chef, ni fait sauter une poudrière, par la 
raison bien simple que j’étais chef de bataillon, sous les ordres 
de colonels et de généraux, qui eux étaient sous les ordres du dé- 
légué à la guerre faisant fonction de ministre. Puis je n’ai pas 
fait sauter la poudrière du Luxembourg, parce que je n’en avais 
pas l’ordre et que j’étais chez moi très surpris par l’explosion. Je 
vous le répète, aurais-je été l’auteur de ce dont on m’accuse, je 
n’aurais pas commis de délits de droit commun. » 

Par l’entremise de l’ambassadeur de France, M. Ernest Picard, 
on suspendit à plusieurs reprises l’ordre d’expulsion, afin d’avoir 
une information. Il résulta de l’enquête faite à Paris, qu’iin’était 
pas prouvé que Charlemont ait fait sauter la poudrière, mais 
qu’il le savait (ceci est une erreur peut-être volontaire). Malgré 
tout, l’administration de la sûreté publique voulut maintenir son 



272 



LA BOX K FRANÇAISE 



ordre d’expulsion ; il fallut une nouvelle et énergique intervention 
de l’ambassadeur de France, pour que Charlemont fût maintenu 
à Bruxelles. On lui délivra un permis de séjour dans lequel on 
invitait les autorités civiles et militaires à le laisser passer et libre- 
ment circuler à Bruxelles et les faubourgs, et à lui donner aide 
et protection en cas de besoin. A partir de ce moment il put tran- 
quillement se livrera ses leçons sous la protection des lois belges. 

Après réflexion, on se demande si les raisons invoquées pour 
expulser Charlemont étaient les vraies, ou si ce n’était pas plutôt 
une entente entre la sûreté de Bruxelles et celle de Paris, pour 
venger cette dernière de sa déconvenue dans l'arrestation de Char- 
lemont (cela paraît probable). 

Casino des Galeries Saint-Hubert. — Saison d’été. Tous les 
soirs, de 9 h. à 1 h. bal ; orchestre de 25 musiciens. — Concert 
instrumental de 2 à 5 heures ; entrée libre. — De 9 h. du matin 
à midi, salle d’armes, boxe française, gymnase, professeur Char- 
lemont. 

Peu de temps après il entra comme professeur de boxe et de 
gymnastique à la Société libre de Bruxelles. 



SOCIÉTÉ LIBRE 



CONTRAT 



DE 

gymnastique Entre la Société libre de gymnastique 

44, Place de la chapelle, 44 de Bruxelles, d'une part ; 

BRUXELLES et M. Charlemont, d’autre part, 

est convenu ce qui suit : 

Art. I er . — M. Charlemont doit se trouver au local de la 
société : 

a) Les lundi, mardi, mercredi, jeudi, vendredi et samedi, de 8 
h. à 10 h. du soir, pour les membres effectifs ; 

b) Les mardi, jeudi et samedi, de 6 h. à 8 h. du soir, pour les 
membres-élèves. 

Art. 2. — M. Charlemont a les titres de professeur de boxe, de 
directeur du plancher, et de directeur du cours des membres 
élèves. 

Art. 3. — M. Charlemont emploiera le temps qu’il consacre à la 
Société, à donner le cours de boxe, à diriger les exercices d'en- 



LA BOXE FRANÇAISE 



273 



semble des membres effectifs, et à diriger le cours des membres 
élèves, suivant les instructions qui lui seront données par le con- 
seil d’administration. 

Art. 4. — M. Charlemont recevra un traitement annuel de 1000 
francs, payable mensuellement. Il recevra, en outre, 20 0/0 sur 
le montant des recettes produites par les cotisations et les droits 
d’entrée des membres élèves. 

Art. 5. — Le présent contrat entrera en vigueur le 1 er mars de 
l’année 1873. 

Art. 6. — Il ne pourra être modifié que de commun accord 
entre les parties. 

Art. 7. — Il ne pourra être résilié que de commun accord entre 
les parties, ou après avertissement donné, un mois à l’avance, 
par écrit, par l’une des parties. 

Ainsi fait en double, à Bruxelles, le 28 février 1873. 

Au nom du Conseil d’administration représentant la Société 
libre de gymnastique 

Le Secrétaire Le Vice- Président 

J. Charlemont. Jules Tiberghien. Gustave de Leener. 

Le présent contrat a été résilié le 31 mars 1876. 

Au nom du Conseil d’administration : 

Le Secrétaire, Le Vice-Président, 

J. Charlemont, Charles Cammaert. 

Il transporta d’abord sa salle rue du Chemin-de-Terre ; de là, 
rue de l’Union, à Saint-Josse-ten-Noode, puis rue Saint-Jean, et 
ensuite rue Cantersteen, à l’estaminet «Au Ballon ». — Ab! 
mais ! ce n’est pas facile de trouver une salle convenable pour 
donner des leçons et ne pas payer cher de loyer, il faut aller dou- 
cement, graduellement, suivant ses besoins et ses moyens. 

Voici le point de départ d’une grande série d’assauts donnés par 
Charlemont. Un matin qu’il allait faire une visite à MM. Van- 
dersteen, maître d’armes aux grenadiers, et Derath, maître d’armes 
aux guides, il apprit que le chef armurier des grenadiers, ami de 
M. J.-L. Petit, avait reçu de ce dernier une dépêche dans laquelle 
il lui annonçait le résultat du défi de boxe qu’il était allé porter 



274 



LA BOXE FRANÇAISE 



aux professeurs de Paris et qu’il était sorti vainqueur sur toute 
la ligne (sic). Les deux braves maîtres étaient satisfaits du résul- 
tat obtenu à Paris par leur compatriote, mais ils furent vite dé- 
sillusionnés, la dépêche était mensongère, Charlemont avait les 
preuves en main. Une lettre de M. Chauderlot, une autre de 
M. Lionel Ralu et les comptes-rendus de plusieurs journaux : la 
Liberté et le Petit Journal. 

Nous reproduisons à titre de curiosité l’affiche anonçant le défi 
porté par M. Petit, on pourra juger de son savoir en boxe, rien 
qu’à la rédaction de ce cartel : 

CASINO CADET 



DIMANCHE 1 6 NOVEMBRE A 2 HEURES 

GRAND DÉFI INTERNATIONAL 

Ici la gravure. J 
DE CHAUSSON ET DE BOXE 

FRANÇAISE, BELGE, ANGLAISE ET AMERICAINE 



Porté à tous les maîtres et amateurs 
Par M. Jean-Louis Petit, professeur de l’armée belge. 



Par ce défi, M. Petit prouvera la 
supériorité de sa méthode qu’il dé- 
montrera après l’assaut, à tous les 
maîtres et amateurs de boxe et de 
chausson. 

Une médaille grand module, ainsi 
qu’un objet d’art d’une grande va- 
leur, seront remis au vainqueur de 
M. Petit. 



Une commission prise parmi les 
maîtres et amateurs présents jugera 
les différends' et remettra au vain- 
queur les récompenses. 

Les inscriptions sont reçues chez 
M. Raynal., passage des Panoramas, 
Galeries Montmartre, à la salle d’es- 
crime. 



Prix des places : Galerie 5 fr. Parterre 3 fr. 

C ie d'affichage, 8, rue Pageviu. Paris. Imprimerie Poujin A. 13, Quai Voltaire. 



Il avait procédé avec un tel aplomb, qu’il en avait en quelque 
sorte imposé aux professeurs de Paris, mais à tel point que ceux- 
ci, auxquels il avait dit, que, dans un assaut en vingt points avec 



LA BOXE FRANÇAISE 



275 



Charlemont, celui-ci n’avait pu toucher que deux fois, qu'aucun 
d’eux n’était inscrit d’avance pour répondre au défi. 

Ce fut Charles Ducros,qui, séance tenante, sentant tout le ridi- 
cule de cette abstention, se fit inscrire pour la boxe anglaise et 
battit Petit à plates coutures, premier résultat. 

Emile Rive s’était fait inscrire pour la boxe française, lui qui 
d’habitude avait tant d’entrain en tirant, qu’il en était rageur, 
paraissait redouter son adversaire. Petit représentait du reste 
assez bien : l m 72 environ, solidement charpenté, ne manquant pas 
de force musculaire ni d’aplomb. Enfin, Emile Rive-attaque et 
réussit une magnifique 18 e au creux de l’estomac; encouragé par 
ce premier succès, il tire si bien que son adversaire ne peut rien 
faire et se fait battre complètement, 2 e résultat. 

Chauderlot fît un assaut de boxe française et Raynal un assaut 
de boxe anglaise avec le prévôt de Petit ; ce dernier, qui se nom- 
mait Lhoest, fut battu, mais il le fut moins que son professeur, il 
s’était mieux tenu. 

Voici le compte-rendu du journal La Liberté , du mardi 18 no- 
vembre 1873. 

« Une séance de boxe internationale a eu lieu hier dimanche, 
dans la journée, au casino Cadet. Dans cette exhibition de l’art de 
la Self-défense , comme disent les Anglais, la France l’a emporté 
sur la Belgique. C’est ainsi que dans la première partie M. Ray- 
nal, un français, a vaincu M. Lhoest, professeur belge, de même 
M. Ducros, un français encore, a tombé M. Petit, autre belge. — 
2 e partie, boxe française et chausson : Emile Rive, élève de Vigne- 
ron, contre Petit déjà nommé, Petit n’a pas de chance : battu 
encore !... Lhoest contre Chauderlot, enfin, c’est ce dernier, grand 
et beau gaillard, qui a obtenu les honneurs de la journée. » 

A la suite d’une erreur de noms, qui s’était glissée dans le 
compte-rendu ci-dessus, M. Emile Rive adressa la rectification 
qui suit. 

La Liberté, mercredi 19 novembre 1873. 

Nous recevons avec cette devise : « Je suis Français, mon pays 
avant tout, « la lettre suivante que nous reproduisons volontiers. 



276 



LA BOXE FRANÇAISE 



« Paris,, 17 novembre 4873. 

« Monsieur le rédacteur, 

« Voulez-vous être assez bon pour rectifier une petite erreur 
« qui s’est glissée dans le compte-rendu de la séance de boxe in- 
« ternationale qui a eu lieu hier dimanche au casino Cadet? 
« M. Dennery n’a pas assisté à cette séance, et j’ai eu, moi, Emile 
« Rive, l’honneur d’être le champion de la France contre M. Petit, 

« champion belge. Je suis en effet élève de M. Vigneron, qui n’a 
« jamais été battu à l’étranger. 

« Si vous voulez, Monsieur le Rédacteur, faire droit à ma de- 
« mande, vous obligerez infiniment votre serviteur. 

« Emile Rive, 

« 6, boulevard de Strasbourg, maison Génot. » 

A la suite de ses brillants succès, J. -L. Petit reçut de Charle- 
mont un défi dans lequel celui-ci témoignait le désir de le voir 
en face et savoir combien il pourrait le toucher de fois en vingt 
points. L’assaut organisé à cet effet par Charlemont eut lieu au 
casino des Galeries Saint-Hubert, le vendredi 3 avril 1874. 

Le journal la Chronique de Bruxelles , du 2 avril 1874, annon- 
çait l’assaut en ces termes : 

« Une grande séance de boxe française et de lutte romaine aura 
lieu demain vendredi au casino des Galeries Saint-Hubert. 

« Entre une conférence sur l’art de la boxe, par M. Charlemont, 
« 1 er champion et professeur à Bruxelles, » et une grande lutte à 
main plate, M. Chauderlot, « 1 er boxeur de Paris », engagera une 
conversation vive et animée avec M. Charlemont déjà nommé. 

« Amateurs de boxe, mettez vos gants et prrrrenez vos billets !» 

L’attrait de la rencontre .avait attiré une foule de spectateurs ; 
la salle était bondée. Inutile de dire que Petit ne vint pas ; il se 
contenta d’adresser à Charlemont, par exploit d’huissier, une mise 
en demeure (coût 9 fr. 85) d’avoir à faire disparaître son nom des 
affiches qui portaient en gros caractères : Défi de boxe française 
adressé à M. Petit, de Liège, par M. Charlemont, 1 er champion et 
professeur à Bruxelles, sous prétexte que ce dernier voulait s’en 



LA BOXE FRANÇAISE 



277 



servir pour faire une recette et aussi dans le but de le déconsi- 
dérer. Charlemont se garda bien de toucher à ses affiches, consi- 
dérant que placer le nom de ce monsieur à côté du sien, ne pou- 
vait que l’honorer. 

Puis Petit adressa à un ami une lettre que celui-ci lut dans la 
salle, pendant l’assaut ; elle reçut l’accueil qu’elle méritait, la ré- 
probation générale. 

L’assaut était composé d’un grand concours : escrime, boxe 
française, canne. Pour l’escrime, deux prix : une magnifique 
paire d'épées Louis XV ; une belle paire de fleurets. — Canne, 
2 prix : une paire de cannes, une canne. — Boxe française : une 
magnifique médaille d’or, une médaille d’argent. 

Conférence sur la boxe française par M. Charlemont, suivie de 
la démonstration pratique de cette théorie par son fils âgé de 11 
ans. L’art de la boxe française, assaut entre MM. Charlemont et 
Chauderlot, les deux tireurs favoris du public parisien. 

Les Bruxellois virent pour la première fois un splendide assaut 
de boxe française. Puis une grande lutte à l'instar des Grecs et 
des Romains, par Charlemont fils et un jeune élève de son âge. 
Cette lutte fut une surprise fort agréable, très savante. Cette pre- 
mière grande séance apporta à Charlemont quelques notables 
élèves : MM. Arthur Ranc, actuellement sénateur, Gaston Bé- 
rardi, directeur du journal Y Indépendance belge et son ami le 
baron Fernand de Marescot, tous trois français. L’horizon com- 
mençait à s'éclaircir. 

Souvenirs. — A propos des débuts de Charlemont à la kermesse 
de Bruxelles. 

Nous avons dit précédemment que M. Ranc prenait des leçons 
chez Charlemont, comme il allait lire les journaux au café du 
Grand Hôtel; Charlemont lq rencontrait de temps en temps et lui 
tenait compagnie quelques instants. On parlait généralement 
d’exercices physiques. Il est de notoriété publique que M. Ranc 
est un grand amateur et une fine lame à l’épée, mais il est surtout 
d'une grande compétence en matière d’exercices de défense, et la 
boxe comme la canne n’ont pas de secrets pour lui. 

Un jour au café, Charlemont venait de quitter M. Ranc ; un 



278 



LA BOXE FRANÇAISE 



monsieur s’approchant de ce dernier l’interpelle ainsi : — « Com- 
ment, Monsieur Ranc, vous parlez à Charlemont?.. . — Eh oui! 
et pourquoi pas?. . — Vous ne le connaissez donc pas? — Si, 
très bien !. . — Ah! et vous le fréquentez tout de même?... — 
Expliquez-vous!... — Mais vous ne savez donc pas qu’il a tra- 
vaillé dans une baraque, à la kermessedeBruxelles ? — Jele sais ! 
— ,Eh bien, mais !... — Mais c’est pour cela même que je le tiens 
en estime, vous auriez peut-être mieux aimé qu'il carottât qua- 
rante sous à ses camarades, ou bien autre chose, hein ? c’est ce 
qui l’honore à mes yeux. » Le Monsieur se le tint pour dit et n’y 
revint plus. 

Liège, 2 juin 1874. 

« Escrime et boxe . — On annonce que le jeudi 4 juin, à 7 h. 1/2, 
il sera donné, à la salle de la Renaissance, au passage Lemonnier, 
une séance très intéressante pour les amateurs d’escrime, de boxe 
et de lutte. Dans le programme de cette séance qui vient de pa- 
raître, nous remarquons les noms de maîtres célèbres : M. Char- 
lemont, professeur à Bruxelles, pour la boxe, et M. Chauderlot, 
professeur à Paris, pour l’escrime. 11 y aura également une 
grande lutte à l’instar des Grecs et des Romains, qui se recom- 
mande spécialement à l’attention des amateurs. 

«Les professeurs, maîtres et amateurs, quidésirent prendre part 
à cette séance, sont priés de se faire inscrire par lettre chez 
M. Charlemont, rue de LUnion, Saint-Josse-ten-Noode, Bruxelles, 
jusqu’au mercredi 3 au soir. » 

Charlemont ne perdait pas de temps et voulait battre le fer 
pendant qu’il était chaud. Le jeudi 4 juin 1874, il alla chercher 
L. Petit jusque dans son repaire, c’est-à-dire à Liège, en donnant 
un grand assaut dans cette ville, passage Lemonnier, salle de la 
Renaissance. Tous les professeurs et amateurs étaient invités. 
Deux médailles sont offertes par Charlemont pour la boxe et une 
offerte par Chauderlot pour l’escrime. Les boxeurs de l’Avenir : 
Assaut de boxe française entre M. Charlemont fils et M. Van- 
Moll, tous deux âgés de 11 ans. 

Grande lutte par les deux mêmes. 



LA BOXE FRANÇAISE 



279 



Charlemont et Chauderlot, en tirant ensemble, firent voir aux 
Liégeois ce qu’était un assaut de boxe française. 

Le lundi 22 juin 1874, théâtre de Bériot, à Louvain, encore 
un assaut donné par Charlemont. Assaut composé d’épée, de sa- 
bre, de canne, de boxe française et anglaise, de lutte et de gym- 
nastique. Charlemont fils accompagne toujours son père. Plu- 
sieurs bons élèves prennent part à presque tous les assauts. De 
temps en temps Charlemont lire l’épée. 

Casino des galeries Saint-Hubert. Dimanche 4 octobre 1874, à 
2 heures. Grand assaut donné par Charlemont. Assaut de boxe 
française entre MM. Charlemont et Joseph Lhoest, professeur à 
Liège, ancien prévôt de M. Petit. Assaut d’escrime entre 
MM. Charlemont et Desmoulin, 1 er maître au 2 e régiment de lan- 
ciers, à Louvain. Assautdeboxe française, de lutte et degymnas- 
tique, par MM. Charlemont fils et Van-Moll, âgés de 12 ans. 

, Charlemont maintient toujours son défi du 3 avril 1874, et 
offre une médaille d’or à son vainqueur. 

Dans le but de donner un aperçu de l’enseignement de la boxe 
française, toutes les personnes qui prendront des places réservées 
ou des premières recevront un cachet valable pour une leçon 
donnée par le professeur Charlemont. 

« La séance d’escrime, de boxe française, de lutte et de gymnas- 
tique, donnée hier par le professeur Charlemont au casino des 
Galeries, a eu beaucoup de succès. M. Charlemont est un excel- 
lent professeur, très adroit, très souple, et qui nous a paru de 
première force dans tous les exercices. Plusieurs professeurs de 
Bruxelles et de Liège, et quelques amateurs ont donné à cette 
séance un grand intérêt. 

« Deux jeunes gens, deux enfants plutôt, ont lutté et boxé aux 
applaudissements du public. 

« Ces concours de force et d’adresse devraient être moins rares 
enBelgique, afin de stimuler surtout les écoliers ; iln’ya pas de 

jeux plus utiles et plus agréables ; ils sont les plus sûrs moyens 

18 



280 



LA BOXE FRANÇAISE 



de devenir beau et fort, ils sont les meilleurs soutiens de la 
santé. » 

La Chronique, lundi 5 octobre 1874. 



Guide du Sport, 9 octobre 1874. 

UN ASSAUT AUX GALERIES SAINT-HUBERT 

«Il a fallu que les giboulées d’automne, un peu précoces cette 
année, vinssent nous rappeler qu’il était autre chose au monde 
que les bains de nos plages, les promenades dans nos bois et les 
galops du turf. 

(( Dimanche dernier, par une de ces pluies épaisses et perpendi- 
culaires, qui fo’nt songer aux hallebardes, la foule envahissait ce 
vaste parapluie de la capitale, que l’on nomme les galeries Saint- 
Hubert, et bon nombre de promeneurs entraient au Casino. 

« Depuis tantôt trois mois que nous n’avions vu les flamberges 
au vent, il nous en tardait un peu, et ce devait être l’avis de beau- 
coup, car la salle fut vite pleine. 

« L’assaut était offert par M. Charlemont, dont nous avons déjà 
entretenu nos lecteurs. 11 a bien commencé la saison. 

« Les passes ont été très brillantes; le sabre surtout a été manié 
de main de maître par un sous-officier de la garnison. 

« L’épée a laissé un peu à désirer; M. Charlemont n’avait pas 
d’adversaires sérieux. Nous avons, toutefois, remarqué un tout 
jeune homme de Gand qui, lorsqu’il aura un ou deux ans de plus, 
sera un champion hors ligne. 

« Le grand succès a été l’assaut de boxe française, entre 
MM. Charlemont et Lhoest, professeur à Liège. 

« Nous l’avons dit précédemment, mais nous le répétons, il est 
impossible d’être plus fort, plus agile et plus gracieux que Char- 
lemont. 

« Son adversaire, bâti pourtant en hercule, et très habile du' 
reste, n’a pu que simuler sa défense. 

« C’était vraiment un spectacle singulier, que cet homme aux 
membres délicats, qui se jouait de son partenaire doué d’épaules 
et de bras à faire envie à Porthos lui-même. 



LA BOXE FRANÇAISE 



281 



« Aussi, à la fin de la séance, avons-nous vu deux de nos gent- 
lemen, dont nous avons esquissé le portrait dans les salles d’ar- 
mes, venir parler à Charlemont dans le tuyau de l’oreille. 

« Gageons que voilà de futurs boxeurs. Bravo, Messieurs ! 

a La séance s’est terminée par un assaut de lutte romaine et de 
boxe française, entre le fils de Charlemont et un de ses camarades : 
deux gamins de dix ans environ. Ils ontaussi soulevé des haltères 
comme je tiens ma plume. 

« Aux gens étiolés et paresseux qui disent, ou font semblant de 
croire que les exercices du corps sont inutiles, je conseille d’aller 
un jour ennuyer ces deux moutards... ils recevront une bonne 
leçon ! 

« Et seront convaincus... 

« Fernand Delisle. » 

, Franc-Tireur , 25 octobre 1874. 

« La séance d’escrime et de gymnastique, donnée le 4 octobre 
dernier par le professeur Charlemont, a réussi au-dessus de toute 
attente. De mémoire d’homme, on ne se souvenait avoir vu autant 
de monde dans la salle du casino Saint-Hubert. 

« Les assauts, composés d’épée, de sabre, de canne, de boxe fran- 
çaise et anglaise, de lutte et de gymnastique, ont été tous des 
plus intéressants, aussi les applaudissements et les bravos n’ont 
pas fait défaut. 

« Il serait à désirer que les détracteurs des exercices corporels 
eussent l’occasion d’assister à quelques représentations dans le 
genre de celle que nous avons eu la bonne fortune de pouvoir 
admirer. Nous sommes bien convaincus que leurs préjugés 
absurdes ne résisteraient pas à pareille épreuve et que d’antago- 
nistes ils deviendraient partisans exaltés des exercices corporels. 

« Il nous reste à payer à M. Charlemont le tribut d'éloges qui 
lui revient pour la bonne organisation de la fête, ainsi que pour 
les résultats vraiment surprenants obtenus par ses élèves. 

« L. D. » 

Dimanche 25 octobre 1874, à 2 heures, salle de la Concorde, à 
Bruxelles, grand assaut donné par la Société la Vitale (société d’es- 
crime), sous la direction de son professeur, M. J. -B. Merck. 



282 



LA BOXE FRANÇAISE 



Gharlemont y prend part. M. Louis Bardoux, ex-prévôt de l’ex- 
cellent maître Rouleau, du 8i e régiment de ligne, y prend part éga- 
lement. Gharlemont fils pleure ! Sa maman va le gronder en ren- 
trant, parce que, pendant que son père tire, le parapluie neuf, 
acheté le matin chez Peyrable, rue du Ghemin-de-Fer, a changé 
de propriétaire ; son père le console et va en racheter un tout pa- 
reil en lui recommandant de n’en rien dire à sa mère, recomman- 
dation d’ailleurs inutile. 

Guide du Sport, 11 décembre 1874. 

(( P. S. On nous promet un brillant assaut pour le dimanche 
20 courant, à 2 heures, au casino des galeries Saint-Hubert. 

« Il est organisé par M. Charlemont, le professeur dont nous 
avons parlé quelquefois. 

« L’épée, le sabre, la canne, la boxe française et anglaise auront 
leurs champions, et, d’après nos renseignements, chacune de ces 
spécialités sera bien représentée : MM. Fontaine, professeur au 
gymnase normal d’Anvers ; Marneffe, 1 er maître au 7 e régiment 
de ligne; Mertens, 1 er maître au régiment des grenadiers; Dela- 
lou, du régiment des carabiniers, etc., etc. 

«Du reste, M. Gharlemont nousa habitués à le féliciter. Espérons 
qu’il en sera encore de même. « F. D. » 

Galeries Saint-Hubert, dimanche 20 décembre 1874, 2 heures. 
Grand assaut donné par Gharlemont. Un grand nombre de maîtres 
de l’armée et d’amateurs civils y prennent part. Charlemont fait 
un assaut d’escrime avec Louis Bardoux et un assaut de boxe fran- 
çaise avec un maître de l’arrfiée, ancien professeur à Lille. Char- 
lemont tils fait la répétition de la théorie de la canne et développe 
150 coups de canne en 50 secondes, et fait ensuite un assaut de 
boxe française avec le jeune Van-Moll. Ils terminent tous deux 
par des exercices gymnastiques. Il y eut un brillant concours 
d’escrime. 

Guide du Sport, 25 décembre 1874. 

UN ASSAUT AUX GALERIES SAINT-HUBERT. 

« Je commence par demander mille pardons à la neige de Bru- 
xelles que j’ai un peu maltraitée dans ma dernière correspondance. 



LA BOXE FRANÇAISE 



283 



datée de la Suisse... Je l’ai retrouvée, à mon retour, moins pure et 
plus boueuse encore que je ne l’avais dit. 

« Ma conscience étant maintenant à l’aise, j’aborde mon sujet. 

« Il est deux heures, les rues de lacapitale sont pleines de flaques 
noirâtres et pas le moindre balayeur ne pointe à l’horizon bru- 
meux. — Entrons vite au casino. 

« Belle salle au point de vue du nombre et delà composition. Dé- 
cidément les assauts offerts par M. Charlemont sont appréciéspar 
notre public, pourtant si difficile. 

ce Anvers, Liège, Li lie, Louvain , avaient aussi envoyé leurs cham- 
pions et leurs spectateurs. 

«MM. Bardou, de Lille, et Charlemont ont ouvert la séance par 
un assaut d’escrime, où tous deux ont montré leur parfaite con- 
naissance de l’arme. 

«Pu is MM. Fontaine, d’Anvers, et Mertens, du régiment’des gre- 
nadiers, ont tiré le sabre d’une façon remarquable. Ces deux ad- 
versaires, parfaitement bien plantés, grands, adroits et lestes, 
méritent leur titre de professeur. 

« La canne a été ensuite représentée par MM. Charlemont et Mer- 
tens. Quoique ce dernier soit très habile, il n’a pu lutter avec avan- 
tage contre Charlemont, dont la prestesse et l'agilité sont vraimenl 
incomparables. Entre ses mains, la canne est une arme aussi dan- 
gereuse qu’une hache, parce que, à l’opposé de ses adversaires, 
il développe ses coups de telle façon que leur vitesse et leur choc, 
parconséquent, en sont décuplés. 

« On ne tire pas la canne de même que le sabre, comme Fa fort 
bien dit Charlemont dans son petit speechsur la matière, et c’est 
un défaut qui semble s’infiltrer chez les tireurs actuels, 

« Un coup de canne non développé, c’est un chatouillement, 
rien de plus. 

« La seconde partie s’eslcomposée d’un concours d’escrime entre 
MM. Bardou et Welkenhuysen, Mertens et Marneff, Fontaine et 
Lecœur, qui ont lutté par couple dans l’ordre indiqué. 

« 1 er prix, Marneff ; 2* prix, Welkenhuysen ; 3 e prix, Lecœur. 

« Mais nous croyons être certains que Charlemontestdécidéàne 









284 



LA BOXE FRANÇAISE 



plus-offrir de concours, et nous l’approuvons, car il nous a semblé 
que les champions en général, et sans s’en douter, donnaient au 
jury trop de difficulté par leurs discussions et leurs appréciations 
personnelles. 

« D’où il résulte nécessairement une apparence de partialité. 

« Nous dirons aussi ce que nous avons déjà dit une autre fois : 
Nous ne sommes pas partisans des plastrons noirs, à moins que 
chaque coup porté en pleine poitrine, soit à droite, soit à gauche, 
compte pareillement ; car avec cette restriction de réserver un 
côté, il n'y a rien de plus aisé que de se laisser toucher à droite, 
afin de toucher soi-même à gauche. 

<( Or, ce jeu n’est plus de l’escrime, dont le rôle est de parer au- 
tant que de blesser. 

« La belle avance quand deux adversaires, une épée nue à la 
main, se pourfendraient de part en part, l’un et l’autre... Je doute 
fort que celui qui aurait reçu la lame du côté droit en fût plus fier 
pour cela !... 

« Nous avons encore remarqué la rareté des coups droits et des 
simples dégagés, si beaux et si sûrs, lorsqu’ils sont faits avec la 
rapidité électrique des grands maîtres. 

c< Lejeune fils de Gharlemont a répété lathéorie de son père sur 
la canne, simulantla défensecontre plusieurs adversaires. Cet en- 
fant fait honneur à son professeur : il est arrivé, en moins de 60 
secondes, à développer 150 coups ! 

« La séance s’est terminée par deux assauts de boxe française. 

« Le premier entre MM. Charlemont et Gérard; le second en- 
tre Gharlemont et Guillaume Depierre, de Liège, un jeune garçon 
plein d’avenir, s’il continue. 

« Dire encore que Charlemont est d’une habileté extraordinaire, 
c’est se répéter. On ne peut mieux le comparer qu’à un sylphe pour 
l’agilité, et à un boxeur anglais pour la force. 

« Il serait impossible de rencontrer un homme représentant 
mieux le type de la boxe française. 

« Ses adversaires méritent aussi nos sincères éloges, car pour 
oser se mesurer avec un tel champion, il faut être des braves. 

« A cinq heureset demie, laséance était close, aux applaudis- 
sements de tous les spectateurs. « F. D. » 



LA BOXE FRANÇAISE 



285 



Franc-Tireur, 27 décembre 1874. 

UN ASSAUT DE BOXE FRANÇAISE. 

« Reboucher est dieu et Charlemont est son prophète... 

« Telle est l’impression que nousemportons du grand assaut de 
boxe française organisé par M. le professeur Charlemont. 

a Un assautde boxe française à Bruxelles est certes un événement 
et nous n’avions pas exagéré en disant précédemment que les pre- 
mières séances organisées par ce maître avaient été une véritable 
révélation. 

« La boxe française est un exercice de création toute moderne 
dont on ne saurait, au point de vue de l’hygiène, suffisamment 
faire ressortir les avantages. Jadis exclusivement pratiqué par les 
titis, les voyous parisiens, cet art (puisque art il y a) est aujourd’hui 
désencanaillé et vient, comme exercice de sport, prendre rang im- 
médiatementaprèsla natation, l’escrimeetPéquitation. Les grands 
maîtres de boxe française furent les frères Lecour, de Paris, Loze, 
de Toulouse et particulièrement Leboucher, de Rouen, quia con- 
densé les principes de la boxe dans un traité qui bientôt est devenu 
le bréviaire du boxeur. 

« M. Charlemont avait entrepris de nous initier aux mystères 
de cette nouvelle branche du sport. 

« La lutte avec un amateur liégois a été un véritable éblouis- 
sement. Ces rotations incessantes de bras, de jambes, ce feu d’ar- 
tifice de taloches, de coups de pied, de coups de poing, ces séries 
que l’œil avait peine à suivre et dont l’enchaînement ne laissait 
aucun répit à l’adversaire, ont provoqué un réel enthousiasme. 

« M. Charlemont étonne non seulement comme boxeur, mais 
dans la deuxième partie de l’assaut, il s’est montré vraiment su- 
périeur comme bâtoniste. Ses développements théoriques du ma- 
niement de la canne, suivisde la démonstration pratique exécutée 
par le jeune Charlemont, ont été particulièrement goûtés par un 
public très connaisseur. Cent vingt coups de canne lancés à toute 
volée, en une minute, représentent en effet une dépense de vi- 
gueur et d’agilité réellement stupéfiante. 

« Le concours d’escrime qui terminait la séance a été très animé, 
trop animé peut-être. Les sympathies du public se sont, à diverses 



286 



LA. BOXE FRANÇAISE 



reprises, bruyamment affirmées, et la tâche du jury chargé du 
contrôle delà lutte a été on ne peut plus difficile. 

«Le premier prix a été remporté, après une lutte émouvante, par 
M. Marneffe, grand, peu corpulent, ce tireur se distingue par une 
vélocité d’expansion tenant du prodige ; affectionnant la parade 
du contre de tierce, il riposte en dégageant par coupé. Malgré le 
succès qu’il a obtenu, M. Marneffe n'a pas répondu complètement 
à l’attente de ses partisans, nombreux dans la salle, et s’est permis, 
au cours de la lutte, des sauts que réprouvent les vrais principes. 
Le second prix a été attribué à M. Van Nieuwenhuysen. Beau- 
coup de jugement, une grande fermeté de paradé, telles sont les 
qualités saillantes de ce tireur. M. Lecœur a été classé troisième. 

« En résumé, cette séance de boxe, panachée d’escrime, a obtenu 
un très grand succès. 

« P. Van Gapellen. » 



1er janvier 1875. 

LA FÊTE INTIME DE LA SOCIÉTÉ LIBRE 
DE GYMNASTIQUE 

« Lundi 21 décembre, à 8 heures du soir, nous avons assisté à 
une brillante fête, qui prouve quel développement ont pris chez 
nous les exercices du corps. 

« C’est en l’honneur de M. Gustave Hoogen, membre fondateur 
et administrateur de la société, que la soirée était offerte. 

« Après un discours chaleureux, ses camarades lui ont remis en 
souvenirune magnifique couronne de chêne et un surtout de table 
en argent. 

« Puis les exercices ont commencé. 

<.( Nous, qui avons bien souvent assisté aux fêtes incomparables 
de ce genre, que la Suisse peut seule donner, nous dirons néan- 
moins que celle de lundi nous a rappelé la vigueur, l’agilité et la 
franche gaieté des Helvétiens. 

« Nous avons remarqué des mouvements d’ensemble qui font 
honneur aux élèves et aux professeurs MM. Werheugen et Char- 
lemont. 



LA BOXE FRANÇAISE 



287 



« La soirée s’est terminée par la course serpentante, à laquelle 
tous les sociétaires ont pris part. 

« Rien de plus gracieux et de plus original que cette fantaisie, 
qui a été couverte d’applaudissements par les nombreux invités. 

« Nos félicitations sincères, Messieurs les gymnasiarques. Avec 
des hommes comme vous, la patrie ne périra pas. 

« Fernand Delisle. » 

Ville d'Anvers. 

Dimanche 31 janvier 1875, à 2 heures de relevée, au local du 
Gymnase normal, avenue des Arts, 132, grand concours d’armes, 
donné par M. Fontaine, professeur à la Société d’armes et de gym- 
nastique de MM. les officiers de la garde civique de cette ville, 
etc., etc. 

Le programme conjprend : la pointe, contre-pointe, sabre, boxe 
française et anglaise, la canne royale, la lutte et l’escrime à la 
baïonnette. Concours de boxe française entre le 1 er champion de 
France et celui du pays. M. Gharlemont remporte le 1 er prix, une 
médaille et un brevet, contre M. Dekeersgieter, 1 er maître au 4 e 
régiment de lanciers à Tournay. 

Vie Sportive, 14 février 1875. 

« Le Concours d'armes d'Anvers. — Sous ce titre un de nos 
sympathiques confrères de Belgique, le Guide du Sport, rend 
compte d’un brillant assaut, organisé par M. Fontaine, professeur 
d’armes et de gymnastique d’Anvers, qui prouve une fois de plus 
ce que nous disions dans un de nos précédents numéros, que l’es- 
crime et ses corollaires habituels, la contre-pointe et la boxe fran- 
çaise, font chaque jour des progrès plus marqués dans le pays 
hospitalier où fleurit la Brabançonne. 

« La Société de gymnastique d’Anvers possède un très beau 
local, vaste, aéré, bien aménagé. 

«Tout autour de la plus vaste salle brillent, en lettres magistrales, 
les pensées de divers philosophes sur les exercices du corps, pen- 
sées qui peuvent toutes se résumer par la plus connue : Mens sana 
in corpore sano. 

« L’assemblée était assez nombreuse et surtout bien composée : 
plusieurs dames, de nombreux officiers et même un colonel. 



288 



LA BOXE FRANÇAISE 



cc Nous le citons exprès, car nous aimons voir les chefs donner 
l’exemple de l’intérêt que des militaires doivent prendre à cesspec- 
tacles, plus utiles que... 

« En face de l’arène, sur un écrin de velours noir, s’étalaient les 
médailles, récompenses des futurs vainqueurs, et qui semblaient 
encourager par leur éclat les combattants à bien faire. 

« On a beau dire, l'homme aime les hochets, et nous sommes 
certains que si les assauts ont été très remarquables, le désir 
d’obtenir une médaille y a été pour quelque chose. 

« L’escrimeà l’épée a ouvert la séance. 

« Douze maîtres et professeurs y ont pris part et chacun d’eux 
mériterait d’être cité, si la place qui nous est réservée permettait 
de le faire. 

« Nous nous contenterons de nommer les vainqueurs : MM. Mar- 
nefîe 1 er ; Cluytmans 2 e ; Lallemand 3 e . 

« Puis est venue la contre-pointe, pour laquelle M. Mertens a 
obtenu le 1 er et unique prix ; ce qui ne nous a pas surpris, car ce 
tireur est vraiment remarquable au sabre. 

« La boxe française venait ensuite, représentée par MM. Char- 
lemont et Dekeersgieter. 

« Nous n’avons pas à recommencer l’éloge de M. Charlemont, 
qui a été, comme toujours, le champion le plus élégant et le plus 
redoutable que nous connaissions. 

« Son adversaire, quoique très habile, ne pouvait lutter sérieu- 
sement, et sur un coup de pied de figure (un des coups les plus 
habiles de la boxe française) il a préféré quitter la partie. Les 
jurés, à l’unanimité, ont par conséquent, décerné le prix à 
Charlemont. 

« La séance s’est terminée par la distribution des médailles et 
des brevets par le jury, 

« Nous saisissons l’occasion pour féliciter les membres qui le 
composaient, car nous avons rarement remarqué autant de con- 
naissances pratiques et de juste impartialité. 

« Ce n’est pas aussi commode qu’on pourrait le croire... 

« Chaque nom appelé étaitcouvert d’applaudissements et c’était 
plaisir de voir ces énergiques figures sourire avec bonté à la vue 
de leurs camarades couronnés. 



LA BOXE FRANÇAISE 289 

« Ces sentiments sont du reste naturels aux hommes forts qui 
dédaignent l’envie. 

« Terminons à notre tour, en engageant M. Fontaine a renou- 
velerbientôtpareille fête, puisqu’il sait si bien les organiser. F.D. 

« H. Y. » 

« C’est au tour de la boxe de provoquer la controverse ; un fait 
récent, qui a fait et fera grand tapage des deux côtés du détroit, a 
mis le feu aux poudres. Pour beaucoup de personnes aujourd’hui 
la boxe n J est qu’un exercice barbare et inutile... 11 ne faudrait ce^ 
pendant pas juger de ce sport le plus national, le plus franche- 
ment indigène qui soit en Angleterre par un fait isolé que je qua- 
lifierai d’exception. 

« Georges IV, le roi sportman, fut un partisan zélé de la boxe, 
et il tenait en grande estime le caractère du boxeur en général ; 
ce fut à la corporation des boxeurs qu’il confia la garde de West- 
minster, lors de son couronnement. 

« Gally, célèbre boxeur, après avoir passé successivement sur 
l’arène publique et sur le turf, devint plus tard un des membres 
les plus considérés du Parlement. 

« La boxe, en Angleterre, est de presque toutes les réunions 
sportives; de nombreux clubs, les noms les plus considérables 
des trois royaumes tiennent à honneur de patronner cet exercice 
utile. 

« Le boxeur sait se défendre, il le fait avec tant d’habileté que 
le coup qui serait fatal à tout autre ne lui arrive que dans des 
conditions normales. Un coup de pied, uneégratignure sont répu- 
tés indignes; car la boxe anglaise a ses règlements, sa discipline, 
ses lois, dont les rigoureuses observations placent les champions 
sous la sauvegarde des principes les plus humains. Et en procé- 
dant par voie de comparaison, nous prétendons que les boxeurs 
anglais sont moins exposés dans leurs combats à recevoir des 
coups funestes que nos ouvriers dansleurs rixes. — Demandez-le 
plutôt à notre ami H. Lecour. 

« Dans l’ordre des moyens naturels de protection, la boxe est 
une des gloires du sport anglais, elle rend brave, tenace ; avec la 
boxe, deux ennemis se regardent face à face, et, ma foi ! je trouve 



290 



LA BOXE FRANÇAISE 



qu’il y a moins de honte pour l’humanité dans cette lutte corps à 
corps que dans les couardes perfidies du couteau et du poignard. 

« Henri Vallée. » 

Vie Sportive, 14 février 1875. 

Nouvelle Cour de Bruxelles, 35, rue des Sœurs Noires, samedi 
20 mars 1875, 8 h. 1/2 du soir. Grande soirée donnée par la Société 
française de prêts mutuels de solidarité. 

Charlemont prête son concours, il fait un assaut d’escrime et 
un assaut de boxe française. 

Casino des Galeries Saint-Hubert, vendredi 26 mars 1875, 8 h. 
du soir. Grand assaut, donné par Charlemont. Deux maîtres de l’ar- 
mée belge font un combat à l’escrime à la baïonnette qui est 
fort intéressant. Charlemont fait deux assauts de boxe avec des 
boxeurs anglais, puis un assaut de boxe française, un assaut de 
canne et fait répéter à son fils la théorie de la canne et la théorie 
de la boxe française. Il y eut une lutte des plus intéressantes, 
entre quatre amateurs des plus forts de Bruxelles. 

Dans cet assaut, Charlemont paraissait six fois ; comme on le 
voit, il ne se ménageait pas. 

Un incident : L’assaut allait commencer, lorsqu’on fit passer à 
Charlemont un petit billet qui contenait un défi à la boxe anglaise; 
comme il avait aperçu J.-L. Petit, dans Bruxelles, avant l’assaut, 
il flaira un piège, et fit répondre que les tireurs étaient au com- 
plet, mais qu’il ferait exception pour M. Petit s’il voulait venir 
tirer avec lui ; il ne fut rien répondu à cette proposition. Charle- 
mont, voulant tirer cette affaire au clair, consulta quelques per- 
sonnes, et on fit entrer le provocateur. C’était en effet un élève 
de Petit qui, n’osant pas se mettre en face de Charlemont, envoya 
M. Félix Lepourc, un grand et beau garçon d’une vingtaine 
d’années, fort gaillard, mesurant l m 80 de taille, pesant 95 kilos 
environ. 

L’assaut entre lui et Charlemont ne dura pas très longtemps, 
Lepourc était mal exercé, pas entraîné, manquant de souplesse et 
d’agilité ; il recevait tous les nombreux coups que son adversaire 
lui portait avec une grande rapidité et à propos, Charlemont le 
harcelait sans cesse, ne lui laissant pas une seconde de repos; 



LA BOXE FRANÇAISE 



291 



Lepourc n’en pouvait plus et s’était épuisé en vain sans avoir pu 
toucher Charlemont une seule fois. On vit ce grand colosse 
demander à son adversaire de cesser; il soufflait comme un bœuf, 
Charlemont était encore en bon état de continuer. 

Lepourc comprit que Petit l’avait trompé, qu’il n’était pas facile 
de battre un maître qui avait fait ses preuves depuis longtemps 
et travaillait encore tous les jours. Quelques jours après, Lepourc 
quittait son professeur et venait de Liège à Bruxelles prendre des 
leçons trois fois par semaine avec Charlemont, dont il est devenu 
l’ami. Voici du reste la lettre qu’il adressait à ce dernier : 

« Lize-Seraing, le 19 janvier 1876. 

« Monsieur Charlemont, 

« Reconnaissant votre talent comme professeur de boxe, je 
désirerais vous avoir comme maître. Voulez-vous bien consentir 
à me donner quelques leçons? et à quel prix ? 

« En attendant le plaisir de vous lire, je vous prie d’agréer mes 
sincères salutations. 

« F. Lepourc. 

« P. S. Je pourrai aller prendre ma première leçon dimanche 
30 janvier et j’arriverai à Bruxelles à 10 h. 1/2. Ayez l’obligeance 
de me donner votre adresse. Voici la mienne : 

« F. Lepourc, négociant à Lize-Seraing, près de Liège. 

« Une réponse s. v. p. » 

Chronique de Bruxelles, 31 mars 1875. 

LUTTES PACIFIQUES. 

« Après vous, monsieur. — Je n’en ferai rien. — C’est pour 
vous obéir. 

« On est très aimable avant de se couper la gorge. Voilà ce que 
c’est que le progrès, on apprend à s’embrocher avec politesse, à 
se casser la tête avec affabilité. 

« Nous avons eu, le soir du saint vendredi , de multiplesassauts 
en la salle du Casino Saint-Hubert. M. Charlemont, professeur de 
boxe, d’escrime, de bâton, etc... avait invité le public à venir 



292 



LA BOXE FRANÇAISE 



assister aux exercices de force et d’adresse qui composent l’art de 
tuer proprement ou de mettre hors de combat son adversaire. 

« La soirée a été très orageuse. Un professeur de Liège, M. Petit, 
est venu raconter des choses auxquelles le public n’a rien compris. 
En résumé, ce qu’il y a déplus clair dans les explications bruyantes 
qui ont été échangées, c’est que M. Petit a refusé de se mesurer 
avec M. Charlemont. 

« C’est dommage ! la lutte eût été intéressante. 

« La soirée a un peu souffert des incidents extra-parlementai- 
res qui l’ont surchargée. 

« Nous devonsdire, cependant, queM. Charlemont nous paraît 
être un professeur excellent, de première force à l’escrime, à la 
canne, à la boxe française et même anglaise. Il a le sang-froid, 
l’agilité et une force nerveuse qui fatigue son adversaire, alors 
qu’elle donne à M. Charlemont des qualités de résistance extra- 
ordinaires. 

« A partir du 1 er avril, M. Charlemont ouvrira un cours d’escrime, 
de canne et de boxe, en sa salle d’armes, rue Cantersteen, 18. » 

« Nous recevons de M. Petit, professeur d’escrime à Liège, une 
lettre dans laquelle il décare qu’il n’y avait pas un mot de « vrai » 
dans le compte-rendu que nous avons donné de la séance d’es- 
crime et de boxe de M. Charlemont. 

« Nous déclarons, nous, que tout y est de la plus exacte vérité, 
et nous affirmons encore une fois, que M. Charlemont a offert à 
M. Petit, séance tenante, un assaut que M. Petit a refusé. 

« Et, enfin, que le public n’a absolument rien compris aux 
explications embrouillées qui ont été échangées, avec force cla- 
meurs de part et d’autre. 

« Quant au conflit entre M. Charlemont et M. Petit, c’est leur 
affaire, et nous n’avons pas à nous en mêler. Nous avons rendu 
compte de la séance du vendredi-saint, et nous voulons nous en 
tenir à ce compte-rendu absolument impartial, » 

Le 1 er avril 1875, Charlemont fait l’ouverture de sa nouvelle 
salle, 18, rue Cantersteen (au Ballon). L. Bardoux dirigera le 
cours d’escrime. Un assaut est donné à cette occasion. 



LA BOXE FRANÇAISE 



293 



Guide du Sport, 2 avril 1875. 

L’ASSAUT DU VENDREDI-SAINT 

AU CASINO DES GALERIES SAINT-HUBERT 

« Comme nous Lavions prévu, la salle du casino était presque 
trop petite pour contenir tous les spectateurs qu’avait attirés 
l’annonce de cette soirée. 

« A 8 heures, devant la porte extérieure stationnaient les re- 
tardataires qui regardaient entrer d’un œil envieux les derniers 
favorisés, car on ne délivrait plus de cartes. 

« MM. Bardoux et Collette ont ouvert la séance par un assaut 
d’épée. 

« Nous avons déjà dit dernièrement tout le bien que nous pen- 
sions de M. Bardoux, tireur gracieux, habile et en outre excel- 
lent démonstrateur. 

« M. Collette est aussi une vieille connaissance quoique jeune. 

« Nous avons parlé, Lan dernier, de sa méthode et de sa rapi- 
dité dans les coups droits, en nous occupant de la Société des 
frères d’armes, dont il est le professeur-fondateur. 

« Deux maîtres de contre-pointe, appartenant à la garnison de 
Bruxelles, ont succédé à ces messieurs, et s’ils n’ont pas précisé- 
ment été remarqués pour la régularité rigoureuse de leur jeu, 
ils ont étonné la galerie par leur agilité. On les a beaucoup ap- 
plaudis ; les coups qu’ils s’étaient amicalement administrés va- 
laient bien ça. 

« Un remarquable assaut de canne a suivi le précédent. Les 
adversaires étaient MM. Charlemont etM..., le plus fort tireur de 
Bruxelles, disait l’affiche. 

« Eh bien ! nous croyons que l’affiche n’a pas menti. 

« C’est assez rare pour que nous rendions hommage à cette 
affiche exceptionnelle. 



294 



LA BOXE FRANÇAISE 



« Ce M. M..- tire des deux maius et il est habile de l’une et de 
l’autre. 

« 11 a fait jeu égal avec Charlemont — au moins nous a-t-il 
semblé, car on ne comptait pas les coups — et pour arriver à un 
tel résultat, il faut mériter le titre qu’il s’est donné ! Toutefois, 
nous ne trouvons pas ses coups assez développpés — chose indis- 
pensable pour faire de la canne une arme utile. 

# # 

« Le fils Charlemont a répété ensuite la théorie de la canne et 
de la boxe française aux grands applaudissements de toute la 
salle. Cet enfant de douze ans sera, s’il continue, le plus rude 
jouteur de son temps. Il est vrai qu’il est à bonne école ! 

« Mais voici un colosse ! On dit qu’il vient de Liège pour tâter 
Charlemont à la boxe anglaise. 

c< Ma foi! c’est un magnifique garçon. Belle tête, très haute 
taille, corps d’Hercule Farnèse. Ses gants immenses cachent à 
peine ses mains de fer attachées à des bras énormes où la graisse 
n’a rien à voir ; c’est tout nerf. 

« Charlemont qui arrive derrière lui a l’air d’une mauviette. 

« Iis se mettent en garde ! 

« Un murmure d’étonnement court dans la salle dont chaque 
spectateur, j’en suis certain, disait en lui-même : il va l’assommer! 

« En effet la disproportion semblait trop grande et en outre la 
figure de l’hercule ne paraissait pas très tendre à ce moment-là. 

« Quant à Charlemont il souriait... 

« Du reste excellente pose chez lçs deux adversaires. 

« Les premiers coups furent terribles, mais le poing du colosse 
est chaque fois arrêté par une parade non moins énergique... A 
son tour Charlemont tâte... souriant toujours. 

« Au bout d’une minute, le professeur est fixé : son adversaire 
ne lui résistera pas !... 

« Cela paraît impossible et pourtant c’est ainsi : l’agilité, le 
calme, l’adresse, le nerf allaient dompter la force matérielle. 

« Bientôt les attaques de Charlemont étourdissent son adver- 



LA. BOXE FRANÇAISE 



295 



saire, qui ne sait plus ni parer, ni frapper et tourne épuisé dans 
l’arène. 

« Tous ceux qui se souvenaient des fameux coups de poing 
de la fin du romanesque prince Rodolphe, ont dû se dire que le 
récit d’Eugène Sue n’avait rien d’exagéré. 

« Enfin le combat s’est terminé au milieu de bravos effrénés 
quand le plus grand a fait signe au petit qu’il désirait cesser. 

« Charlemont souriait toujours. 

« Ici se place un incident regrettable sur lequel nous n’avons 
pas à nous étendre. 

« Un professeur de Liège, avec lequel Charlemont a eu une 
polémique dans le journal le Franc-Tireur , se trouvant dans la 
salie, a été interpellé par quelques spectateurs qui lui deman- 
daient — puisqu’il était là — de régler son différend séance te- 
nante, à la boxe anglaise ou française. 

« Charlemont a accepté ; l’autre a refusé. 

« Un certain tumulte s’en est suivi, ce qui est toujours regret- 
table, et nous espérons bien que, dorénavant, pareille scène ne se 
renouvellera pas. 

%■% 

« Deux professeurs spéciaux ont ensuite simulé un combat à 
la baïonnette, et un jeune hercule a fait des exercices de force 
étonnants. 

« Enfin, la soirée s’est terminée par un second assaut de boxe 
anglaise entre un professeur anglais et M. Charlemont. 

« Ça été le bouquet. 

« Morbleu ! quels gaillards ! Et comme il faisait meilleur les 
voir qu’être à leur place. 

« C’est égal, nous n’avons jamais vu si bel assaut et, malgré 
leurs coups furieux, jamais courtoisie plus parfaite de part et 
d’autre. 

« Ces messieurs ont donné la preuve qu’ils étaient, à la fois, 
de première force au pugilat et au savoir-vivre. 

« Deux choses qui pourtant, d’ordinaire, ne se donnent pas la 
main. 

« Fernand Delisle. » 

19 



296 



LA BOXE FRANÇAISE 



C’est le 1 er mai 1875 que fut fondé le Fencing-club de Bru- 
xelles, 5, galerie du Roi, par MM. Gaston Bérardi, le baron 
Fernand de Marescot et plusieurs de leurs amis. 

Le Fencing-club avait pour but le développement et la saine 
pratique des exercices du corps, escrime, sabre, canne, boxe et 
autres sports. Pour l’année 1875-1876, le comité était composé : 
Présidents d’honneur : MM. baron de Arinos, ministre du Brésil, 
Jules Anspach, bourgmestre de Bruxelles. Membre d’honneur : 
Son Altesse royale Monseigneur le Prince d’Orange ; président : 
comte de Sauvage ; vice-président : Eugène Anspach ; secrétaire: 
Gaston Berardi ; trésorier : Wynand Janssens ; membres : MM. le 
Major T. Brewer, officier d’ordonnance de S. M. le Roi des Belges, 
Hector Catoir, Léon Lambert, consul de Grèce et d’Italie, Alfred 
de Tbuin, membre de la chambre. des représentants, Fernand, 
baron de Marescot, Frédéric Simonson. 

MM. Mathieu et Napoléon Selderslagh étaient professeurs d’es- 
crime et de sabre ; M. J. Gharlemont, professeur de boxe, canne 
et exercices gymnastiques. Gharlemont était en outre chargé de 
l’organisation et de l’entretien du cercle ; il y avait son apparte- 
ment et une petite salle particulière où il donnait des leçons en 
^dehors des cours du cercle. 

C’est par un brillant assaut que fut inauguré le Fencing-club, 
sous la présidence de M. le comte de Sauvage. Un grand nombre 
de professeurs et amateurs distingués, belges et français, y pri- 
rent part. MM. Carolus Duran et Vigeant, le distingué profes- 
seur de Paris, y firent de beaux assauts. 

Gharlemont fit un assaut de boxe française avec un de ses meil- 
leurs élèves. 

Cette belle fête se termina par un magnifique banquet chez Sapin . 

Un an plus tard, pour fêter l’anniversaire de la fondation du 
cercle, on donna un deuxième assaut, le 16 avril 1876, sous la 
présidence du général baron Yan der Smissen, mais ce fut le der- 
nier, car l’année suivante, le cercle dut se dissoudre, faute 
d’éléments jeunes et travailleurs. 

Pour remercier Gharlemont de son dévouement au cercle, on 
lui fit don du matériel meublant les locaux ainsi que du fonds de 
caisse restant. 



LA BOXE FRANÇAISE 



297 



« Entre MM. les membres du Fencing-club et M. Charlemont, 
professeur de canne, boxe, etc... a été conclu l’engagement sui- 
vant : 

« Art. 1. — M. Charlemont est nommé professeur de canne, 
de boxe et de gymnastique du Fencing-club ; 

« Ses appointements sont fixés à 1200 fr. (douze cents francs) 
par an, payables par trimestre chez le trésorier de la Société. 

« Les cours réguliers durent du 1 er septembre au l er juin, mais 
M. Charlemont reste à la disposition des membres, au local du 
club, durant les trois mois de la saison d’été. 

« Art. 2. — M. Charlemont est tenu d’être présent durant 
toutes les heures de cours, fixées comme suit : 

« Cours particuliers (canne, boxe, exercices gymnastiques), les 
lundi, mercredi et vendredi, de 2 h. 1/2 à 5 h. 1/2. 

Cours généraux : tous les soirs, excepté le dimanche, de 8 h. à 
11 h. 

c< Art. 3. — M. Charlemont promet son concours aux fêtes et 
assauts exceptionnels organisés par le Fencing-club. 

Art. 4. — M. Charlemont est en outre nommé majordome du 
cercle; la surveillance et l’entretien du local, celui du matériel et 
des objets appartenant aux membres lui sont spécialement confiés 
et restent sous sa responsabilité directe. 

Les frais résultant du blanchissage du linge ou de l’achat d’us- 
tensiles nécessaires à l’entretien du local du matériel, etc... ne 
sont pas à la charge de M. Charlemont. 

« Art. 5. — M. Charlemont est logé par la société. 

« 11 pourra à son gré donner des leçons particulières dans l’ap- 
partement qui lui est destiné, mais ne pourra ni recevoir ni exer- 
cer ses élèves en dehors des pièces désignées par le comité, le local 
du cercle étant strictement interdit aux personnes ne faisant pas 
partie de la société. 

.(( Le comité sera d’ailleurs seul juge des cas spéciaux qui pour- 
raient se présenter et ne seraient pas prévus par le présent enga- 
gement. 

« Art. 6. — M. Charlemont pourra, sur leur demande, fournir 
aux membres les divers objets nécessaires aux exercices qui sont 
de son ressort ; mais il ne pourra, sans une autorisation spéciale 



298 



LA ROXE FRANÇAISE 



et écrite du comité, se livrer à aucun commerce, ni faire poser, 
soit en dedans, soit en dehors du local du cercle, aucun genre 
d'affiche ou d’enseigne, quelles qu’elles soient. 

« Fait en double à Bruxelles, le 1 er juillet 1875. 

« Approuvé. 

« J. Charlemont. » « Fencing-Club. » 



FENGING-CLUB Bruxelles, 12 décembre 1875. 

« Monsieur Charlemont, 

« A l’occasion de l’inauguration de notre salle d’armes, le 
comité du Fencing-Club me charge de vous offrir, à titre d’encou- 
ragement, l’indemnité ci-jointe pour le zèle dont vous avez fait 
preuve dans vos doubles fonctions. 

. « Le Secrétaire, 

« Gaston Berardi. » 

FENGING-CLUB Bruxelles, le 14 juin 1877. 

« Monsieur, 

« Nous avons l’honneur de vous faire part de la dissolution du 
Fencing-club et de la liquidation de la société. 

« Nous plaçons sous vos yeux un extrait du procès-verbal de 
l’assemblée générale du 12 juin 1877. 

« La séance est ouverte à quatre heures un quart, sous la pré- 
« sidence du général Baron Yan der Smissen. 

« M. le Trésorier expose à l’assemblée la situation de la société 
« et lui fait part de l’impossibilité où il se trouvera de faire face 
« aux dépenses de l’année courante, si cette situation est main- 
« tenue. L’encaisse actuel suffira à la liquidation complète de la 
« société, si cette liquidation est immédiate. . 

« En présence de cette situation, la dissolution et la liquidation 
« de la société sont mises aux voix et votées à l’unanimité. 

« M. le Trésorier est chargé de la liquidation et de la résiliation 
« du bail. 

« Lecture est ensuite donnée des dispositions des statuts qui 
« constituent les membres fondateurs propriétaires du mobilier 
« de la société. 



LA BOXE FRANÇAISE 



299 



« Après une courte discussion, les membres fondateurs présents 
« décident, à l’unanimité, que le mobilier garnissante salle d'ar- 
« mes, le fumoir et le cabinet de toilette,sera abandonné à M.Char- 
« lemont comme indemnité et pour reconnaître le zèle dont il a 
« fait preuve durant l’existence du Fencing-club. 

« Les armes, effets, linge, etc., appartenant aux membres de 
« la société restent évidemment leur propriété et sont tenus à 
« leur disposition à dater de ce jour. 

« Il est spécialement stipulé que, si une salle d’armes est éta- 
« blie dans le local actuel du cercle, elle ne pourra garderie nom 
« de Fencing-Club, qui est abrogé. 

« Après des remercîments votés par acclamation au Président, 
« le Fencing-club se déclare dissous et la séance est levée. » 

« Ont signé : tous les membres présents. 

« En conséquence, vous êtes prié, Monsieur, de faire reprendre, 
au local du cercle, dans un délai d’un mois, les armes, effets, etc., 
qui vous appartiennent. 

« Agréez, Monsieur, l’expression de nos sentiments les plus 
distingués. 

« La Commission. » 

« Escrime balnéaire. — M.Charlemont donnera, dimanchepro- 
chain, à Ostende, en la salle des Folies ostendaises, un grand as- 
saut d’armes où figureront plusieurs professeurs distingués. 

« L’assaut commencera à 2 h. 1/2. 

« Qu’on se le dise! » 

LaChronique, vendredi 20 août 1875. 

« Ostende. Dimanche 22 août 1875 à 2 h., salle des Folies Os- 
tendaises. Grand assaut donné par M. Charlemont. 3 prix: Une 
médaille d’argent pour l’escrime, une pour la boxe et une pour la 
canne. Charlemont fait trois assauts : un de boxe française, un de 
canne et un de boxe anglaise avec un boxeur anglais. Répétition 
de la théorie de la boxe française et de la théorie de la canne par 
Charlemont fils. » 

<c M. Charlemont, l’excellent professeur de canne et de boxe 
française, donnera après-demain, dimanche, dans la salle des Fan- 



300 



LA BOXE FRANÇAISE 



taisies .parisiennes, un grand assaut qui promet d’être particuliè- 
rement intéressant. Après différents assauts d'escrime, de canne 
et de boxe anglaise, la séance sera terminée par un concours de 
boxe française, pour lequel un grand nombre de maîtres et d’ama- 
teurs se sont fait inscrire. On parle de l’arrivée de M. Emile 
Rive, l’ancien prévôt du fameux Vigneron, qui viendrait disputer 
à M. Charlemont le titre de premier champion. La lutte sera ani- 
mée et des médailles seront remises aux vainqueurs du tournoi. » 
La Chronique, vendredi 1 er octobre 1875. 

« Dimanche, à 2 heures, aura lieu au théâtre des Fantaisies pa- 
risiennes un grand assaut organisé par M. Charlemont et que 
terminera un concours de boxe française pour lequel plusieurs 
maîtres et amateurs en renom se sont fait inscrire La lutte sera 
intéressante, car on sait que M. Charlemont passe pour le plus 
habile des boxeurs français actuels. » 

U Indépendance belge. 



THEATRE DES FANTAISIES PARISIENNES (alcazar-royal) 
DIMANCHE 30 OCTOBRE 1875, A 2 HEURES 1/2 

GRAND ASSAUT 

donné par Charlemont. 

Grand concours de boxe française. Amateurs inscrits : MM. Emile 
Rive, de Paris, Joseph Lhoest, professeur à Liège, Vandenbergh, 
sergent 1 er maître au 4 e de ligne, Ostende, A. Carpréau, et Léon 
Charnacé, élèves de Charlfemont, et plusieurs membres du cercle 
des XXV, de Liège. Prix d’honneur: quatre médailles. 

Charlemont fait deux assauts de boxe avec deux boxeurs anglais, 
un assaut de canne avec M. Michiels de Bruxelles, fait répéter la 
théorie deboxe française par un élève de quatre mois, M. L. Char- 
nacé et fait un assaut de boxe française avec le vainqueur du con- 
cours. Charlemont fils fait des exercices de gymnastique et un 
assaut deboxe française avec un amateur. 



LA BOXE FRANÇAISE 



301 



ESCRIME ET GYMNASTIQUE. 

« Un grand assaut extraordinaire sera donné par M. Charle- 
mont, professeur à Bruxelles, au casino des galeries Saint-Hubert, 
le dimanche 26 décembre, à 2 h. 1/2 précises, avec le concours 
d’un grand nombre deprofesseurs, maîtres et amateurs distingués 
et des principaux élèves de M. Charlemont. 

« Nul doute que tous les amateurs d’escrime et de gymnas- 
tique se feront un plaisir d’encourager, par leur présence, les ef- 
forts que fait Charlemont pour acclimater chez nous le goût de ces 
exercices. » 

Le Franc-Tireur, 26 décembre 1875. 

Casino des Galeries Saint-Hubert. Dimanche 26 décembre 
1875, 2 h. 1/2. Grand assaut donné par Charlemont. Grand con- 
cours d’armes, 21 tireurs inscrits ! Prix d’honneur, six médailles. 
Escrime : une médaille en vermeil, une en argent. Boxe fran- 
çaise : une médaille en vermeil et une en argent. Sabre : une 
médaille en argent. Canne : une médaille en argent. Intermède 
excentrique par un boxeur anglais d’un nouveau genre. Répéti- 
tion de la théorie de la boxe française, par Charlemont fils. Les 
merveilles de la force, par le jeune Cristol, âgé de 22 ans, sur- 
nommé le Milon de Cretone du xix® siècle, il jonglera avec un 
tonneau rempli de bière, exécutera la mâchoire infernale et enlè- 
vera d’un seul bras un haltère de 101 kilos. 

Assaut de boxe française entre M. Charlemont et le vainqueur 
du concours. 

Théâtre des Fantaisies-Parisiennes. — Alcazar Royal. Vendredi 
14 avril 1876. Grand assaut international, donné par M. Charle- 
mont. Grand concours d’armes, 16 tireurs inscrits. Prix : es- 
crime, une paire d’épées de combat, une paire de fleurets. Boxe 
française : deux médailles en vermeil. Sabre : une médaille d’ar- 
gent. Canne : une médaille d’argent. 

Exercices de gymnastique et répétition de la théorie de boxe 
française par M. Charlemont fils. Assaut de boxe française entre 
MM. Charlemont et Félix Lepourc. 



302 



LA BOXE FRANÇAISE 



Charlemont entre au cercle gymnastique de Bruxelles le 2 
juin 1876 et en quitte le 15 septembre de la même année. 

« Monsieur Charlemont, 

« La commission administrative du cercle a ratifié les conven- 
tions verbales avenues entre nous et d’après lesquelles vous vous 
engagez à donner au local du cercle, de 8 h. à 9 h. du soir, les 
lundi, mercredi et vendredi de chaque semaine, moyennant 50 
francs par mois, un cours de boxe française et de chausson. 

« Vous vous engagez aussi à donner ce cours au moins trois 
mois de suite. 

« Ces engagements produiront leurs effets du jour de la pre- 
mière leçon que vous donnerez le 2, le 5 ou le 7 juin au plus tard. 

« Le paiement s’effectuera à la fin du mois d’exercice. 

« Toute absence donnera lieu à une diminution d’appointe- 
ments proportionnelle à sa durée. 

« Recevez, Monsieur Charlemont, l’assurance de ma considé- 
ration. 

« Pour le cercle gymnastique, 

« Van den Borren, 

« Président . » 

2 juin 1876. 



10 septembre 1876. 

« Monsieur, 

« Nous avons le regret de devoir vous informer que, par me- 
sure d’économie et par suite du peu de fréquentation de vos 
cours, le conseil, en séance du 9 courant, n’a pas cru pouvoir ra- 
tifier entièrement la prolongation du terme de nos engagements 
qui avait été décidée par MM. Van den Borren, Pitlows, Chaus- 
sette et Delpy. 

« Nous vous prions donc de suspendre vos leçons à partir du 
15 courant, jusqu’à ce que nous puissions faire un nouvel appel 
à votre dévouement. 

« Nous sommes heureux de vous témoigner toute notre recon- 
naissance, reconnaissance bien méritée, pour les soins spéciaux 



LA BOXE FRANÇAISE 



303 



et intelligents que vous avez apportés dans vos fonctions, et vous 
présentons, Monsieur, l’expression de nos meilleurs sentiments. 

« Au nom du conseil d’administration, 

« Le Secrétaire, 

« E. Delpy. » 

« A Monsieur Charlemont, professeur de boxe française et de 
chausson, à Bruxelles. » 



BELGIQUE 

cc On nous adresse d’Anvers le compte-rendu d’un assaut fort 
intéressant organisé par le Cercle d’escrime de la ville. 

« Nos lecteurs parisiens verront avec plaisir que l’escrime est 
aussi fort en honneur chez nos voisins du Nord, et nous pressen- 
tons le jour où des champions, jusqu'alors inconnus, viendront 
alors disputer le gant aux notabilités du fleuret dans nos grands 
assauts publics. Qu’ils soient les bienvenus ! 

« Nous laissons la parole à notre obligeant correspondant. 

« Le dimanche 4 juin, le Cercle d’escrime d’Anvers donnait sa 
première fête en l’honneur des tireurs étrangers. Cette fête a 
obtenu un plein succès. 

« A 2 heures, un public d’élite accourait à la salle du Gymnase 
normal. Aux fauteuils réservés se trouvaient M. le colonel David, 
qui présidait la séance, et M. Van der Tallën, l’échevin de la ville. 

« Les dames étaient nombreuses. Allons! mesdames, bravo ! 
vous avez compris que les armes sont inséparables d’une bonne 
éducation et vous êtes venues pour applaudir de vos délicates 
mains à ces combats qui n’ont jamais fait couler une larme, à ces 
combats d’où l’on sort vainqueurs ou vaincus, en se serrant la 
main ; et vous vous êtes promis de faire de vos enfants des escri- 
meurs. 

« Plus de trente tireurs, parmi lesquels des professeurs et des 
délégués des cercles Saint-Michel, de Bruxelles et de Gand, et du 
Fencing-Club de Bruxelles, avaient répondu à l’appel du Cercle 
d’escrime d’Anvers. 



304 



LA BOXE FRANÇAISE 



« Après quelques mots de M . le colonel David aux tireurs 
étrangers, l’assaut commence. 

« Après le concours, M. Charlemont, l'excellent professeur du 
Fencing-Club, a étonné et charmé tout à la fois l’assemblée par 
une éblouissante partie de boxe française avec un de ses meilleurs 
élèves, M. Léon Gharnacé. Je n’eusse jamais cru qu’il fût possible 
d’allier autant de grâce à autant de force, autant de calme à une 
aussi foudroyante rapidité. On reste confondu devant cette agilité 
prodigieuse qui n’a d’égale que la parfaite tranquillité du maître. 
C’est inouï, renversant, stupéfiant. Je n’aurais jamais cru que 
l’art de la boxe eût pu s’élever à cette hauteur. M. Léon Charnacé 
s’est vaillamment défendu contre son redoutable adversaire. Il a 
montré un sang-froid imperturbable, une grande sûretéde parade, 
et une confiance dans l’attaque qui dénote une volonté de fer. 

« Tout le monde a complimenté M. Léon Charnacé et le pro- 
fesseur Charlemont Il est réellement dommage., disait-on autour 
de moi, que l’étude de la boxe française ne soit pas plus répan- 
due en Belgique. On peut, pour ainsi dire tous les jours, dans les 
temps troublés où nous vivons, avoir à se tirer d’une mauvaise 
affaire à l’aide des seules armes que la nature a données à 
l’homme. De quel secours la boxe française n’est-elle pas dans 
ces moments critiques! 

« M. Van den Abeele, le digne président, a fait preuve des plus 
brillantes qualités, parant et ripostant en place, harcelant et fati- 
guant l’adversaire par des pressions de fer en tierce ou en quarte, 
prêt à profiter de la moindre faute, et parfois quittant la défensive 
pour se fendre par des une-deux splendides, ou par une attaque 
en marche. 

« Somme toute, très intéressante réunion fort applaudie et fort 
goûtée. 

« L. F. » 

L' Armée Belge, 8 juin 1876. 

« Il y a décidément depuis peu en Belgique, comme une sorte 
de réveil en faveur de l’escrime et des autres exercices du corps. 
Des cercles se forment, des sociétés s’organisent et dès qu’il se 
donne un assaut, une séance, un concours, le public s’y rend en 



LA BOXE FRANÇAISE 



305 



foule et -témoigne' par les plus chaleureux applaudissements du 
plaisir qu’il éprouve. 

ce Nous avons vu se créer récemment le cercle Saint-Michel, le 
Fencing-Club, et le cercle d’escrime d’Anvers. C’est de ce dernier 
que nous avons à parler aujourd’hui à propos de la séance qu’il 
vient de donner, dimanche dernier 4 juin, dans le magnifique 
local du gymnase normal, avenue des Arts. Malgré les fêtes bril- 
lantes données à l’occasion du rejet delà convention deTérneuzen, 
malgré la concurrence du soleil et l’attrait des spectacles aussi 
curieux que divers, que présentait, pour ainsi dire, chaque coin 
de la ville, un public d’élite dans lequel on remarquait plusieurs 
dames, avait répondu à l’invitation de MM. les membres du cercle. 
Organisée grâce aux bons soins de M. Van den Abeele, l’un 
des plus ardents propagateurs de l’escrime, la séance était présidée 
par M. le colonel David, de la garde civique, assistéde M. le colo- 
nel du 8 e de ligne et de M. l’échevin Van der Taelen. 

Après quelques paroles de M. le colonel David dans lesquelles 
il fait ressortir les bons résultats des exercices du corps et les 
avantages des assauts publics, tant au point de vue de l’émula- 
tion que des sentiments- de fraternité qu’ils établissent entre les 
divers tireurs d’un pays, la séance a commencé. 

La séance a été terminée par un magnifique assaut de boxe 
française exécuté par le professeur Charlemont du Fencing-club 
de Bruxelles et M. Léon Charnacé, un de ses bons élèves. Il est 
facile de voir que M. Charlemont possède à fond la science qu’il 
enseigne et qu’il sait en transmettre les principes : car son parte- 
naire s'est vaillamment défendu et l’élève a été absolument 
digne du maître. La boxe française est un exercice fort intéres- 
sant à suivre : en dehors de l’utilité qu’elle peut avoir pour la 
défense personnelle, elle développe les forces, augmente l’adresse 
etest un complément nécessairede lagymnastique et de l'escrime. 

« En résumé la séance donnée dimanche dernier par le Cercle 
d’escrime d’Anvers a été des plus remarquables et c’est pourquoi 
nous avons voulu, dans un journal militaire, lui consacrer un 
compte-rendu un peu détaillé. 

« Espérons qu’on nous fournira souvent l’occasion de constater 
qu’au point de vue des exercices du corps, la Belgique ne reste 



306 



LA BOXE FRANÇAISE 



pas au-clessous des nations voisines et que chacun s’y rallie à cette 
devise, devenue aujourd’hui la devise universelle : si vis pacem, 
para, hélium. 

« Hermand D. » 

« Nos compliments sincères à M. Léon Charnacé et à M. Charte 
mont, qui réussit à former des élèves de cette force. Quand on 
voit de tels résultats, obtenus dans une période de temps relati- 
vement courte, on ne peut s’empêcher de déplorer que l’étude de 
la boxe française ne soit pas plus répandue dans notre pays. » 

Le Franc-Tireur, 11 juillet 1876. 

Casino des Galêries Saint-Hubert, dimanche 1 er octobre 1876, 
à 2 heures. Grand assaut donné par M. Charlemont. Grand con- 
cours d’escrime et de boxe française. Huit prix. Escrime : une 
paire d’épées de combat, une paire de fleurets de luxe, une paire 
de fleurets de salle. — Boxe française : Une médaille de vermeil, 
grand module, riche, une paire de gants d’honneur, une médaille 
d’argent, un diplôme d’honneur. 

Tous les prix étaient accompagnés de diplômes d’honneur. 

Répétition de la théorie de la canne française, par M. Léon C..., 
élève de M. Charlemont, et de la théorie de la boxe française par 
M. Charlemont fils. Assaut deboxe anglaise par M. Charlemont et 
un boxeur anglais. Les trois frères Mansuy, clowns célèbres dans 
leurs exercices extraordinaires de gymnastique. Assaut de boxe 
française entre M. Charlemont et le vainqueur du concours. 

On annonce, pour paraître prochainement, le traité de boxe 
française de M. J. Charlemont. 

Tout en dépensant beaucoup d’activité physique, Charlemont 
trouvait encore le temps d’exercer son intellectuel en écrivant un 
traité fort bien raisonné et aussi très apprécié. Rien chez lui ne 
reste en repos, c’est le mouvement perpétuel ; il observait à la let- 
tre la maxime que J. -J. Rousseau a écrit dans son Emile : «C’est 
une pitoyable erreur de croire qu’on entrave la formation de l’es- 
prit en exerçant le corps. Que l’élève unisse un jour la raison d'un 
sage à la force d’un athlète! Ce que conçoit l’esprit humain lui 



LA BOXE FRANÇAISE 



307 



vient par le conseil des sens; le matériel est la base fondamentale 
de rintellectuel ; c’est pourquoi il faut exercer les senset les mem- 
bres comme étant les instruments de notre intelligence, et préci- 
sément à cause decela, il faut que le corps soit sain et vigoureux.» 

En effet, exercer le corps et le cerveau, c’est donner à l’un la 
force et les moyens de supporter les travaux de l’autre, c’est équi- 
librer ces deux choses et leur donner plus de force et partant plus 
de résistance. En un mot c’est l’harmonie des fonctions vitales, 
c’est la santé. Aussi Charlemont a une excellente santé. 

« Dimanche 17 décembre 1876, au casino Grétry, grand con- 
cours d’escrime, organisé par la Société Saint-Georges, de Liège. 

« Société Saint-Georges. — Le concours donné au casino Gré- 
try avait réuni l’élite des tireurs les plus renommés du pays. Les 
prix entre maîtres ont été vivement disputés; 24 concurrents 
étaient inscrits dans cette catégorie. 

« Le 1 er prix des maîtres a été vaillamment remporté par 
M. L. Poncin, amateur, de la Société Saint-Georges ; le 2 e prix 
par M. Dutrieux, maître d’armes du 5 e d’artillerie ; le 3 e par 
M. Schnaphaut, du 1 er lanciers. 

« Les amateurs, moins nombreux, ont eu leurs succès. 

« Le 1 er prix a été gagné par M. Siou, du 7 e de ligne ; 

« Le 2 e par M. Forsters, de la Société Saint-Georges ; 

« Et le 3 e par M. Sarat, du 10 e de ligne. 

« Mentionnons, parmi les assauts les plus brillants, celui de 
M. Charlemont, professeur d’escrime au Fencing-clubde Bruxelles, 
et Gl.-M. Mertens, maître d’armes du régiment des grenadiers. » 

La Meuse. 



ESGRIME 

« On nous annonce qu’un assaut extraordinaire sera donné au- 
jourd’hui, 24 décembre, à 2 heures après midi, au casino des Ga- 
leries Saint-Hubert, par M. Charlemont, professeur à Bruxelles, 
avec le concours d’un grand nombre de professeurs français et 
belges et de ses principaux élèves. 

« L’assaut sera composé d’épée, de sabre, de canne, de boxe 



308 



LA BOXE FRANÇAISE 



française et anglaise, de lutte parisienne et de gymnastique. Un 
grand assaut d’escrime est offert à MM. les maîtres, professeurs et 
amateurs français de grande réputation. 

« Un duel à l’épée de combat aura lieu entre M. Charlemont et 
M. D. R..., amateur. Une répétition de la théorie de boxe fran- 
çaise et de lutte parisienne sera donnée par M. Charlemont fils. 

« On assistera ensuite à un assaut de boxe anglaise entre 
MM. Edward Dickson, John Wilkins, boxeurs anglais et M. Char- 
lemont et un grand assaut de boxe française entre MM. Charle- 
mont, J. Daviliac, de Bordeaux et M. H. Huzès, de Marseille. 

« Enfin un intermède de gymnastique, par M. Charlemont fils. 

f( Une prime de 500 francs est offerte à la personne qui réunira 
le plus de points en faisant assaut avec M. Charlemont dans les 
parties suivantes : épée, 6 points ; canne, 6 points ; boxe fran- 
çaise, 6 points ; boxe anglaise, 6 points ; exercices de force et de 
gymnastique, 6 points ; lutte, 6 points. 

Le Franc-Tireur, 24 décembre 1876. 

« Casino des Galeries Saint-Hubert, dimanche 24 décembre 
1876, à 2 heures, grand assaut donné par M. Charlemont. Assaut 
à l’épée de combat entre MM. Charlemont et Durand, ex-caporal 
maître d'armes au 76 e régiment de ligne. Répétition de la théorie 
de boxe française et exercices de gymnastique par M. Charlemont 
fils. Assaut de boxe anglaise entre M. Charlemont et deux boxeurs 
anglais. Grand assaut de boxe française entre M. Charlemont et 
deux forts amateurs. 

« Une prime de 500 francs est offerte à la personne qui réunira 
le plus de points en faisant assaut avec M. Charlemont dans les 
parties suivantes : épée, 6 points ; canne, 6 points; boxe française, 
6 points; boxe anglaise, 6 points ; exercices de force et de gym- 
nastique, 6 points ; lutte, 6 points. M. Charlemont déterminera 
lui-même les règles de cette combinaison dans les conditions les 
plus acceptables; d’ailleurs, il accepte la même combinaison avec 
la personne qui voudra bien la lui proposer. 

« Deux personnes se sont présentées : elles ont exécuté ensemble 
les exercices indiqués par Charlemont et celle qui a obtenu le plus 
de points fit assaut avec lui, elle ne put obtenir que 12 points sur 36. 



LA BOXE FRANÇAISE 



309 

Dimanche 13 mai 1877, 2 heures du soir, salle des conférences 
(ville de Tournai), grande séance d’escrime, de gymnastique, de 
boxe française et anglaise et de lutte parisienne, donnée par 
MM. Dekeersgieter frères et leurs élèves, avec le gracieux cou- 
cours de MM. Charlemont père et fils. Assaut à l’épée de combat, 
entre MM. Dekeersgieter et Charlemont père. Assaut de boxe 
française entre M. Charlemont et MM. Sory et Léopold Deretz, 
maîtres français. Théorie de la boxe française par MM. Charlemont 
père et fils. Exercices aux anneaux par MM. Dekeersgieter, ses 
élèves et M. Charlemont fils. 



« 11 y avait foule dimanche soir à la séance organisée par 
M. Dekeersgieter, à la salle des conférences. 

« Nous devons féliciter tout d’abord la musique du 4 e lanciers, 
qui a exécuté, pendant la soirée, quelques beaux morceaux de son 
répertoire. On a surtout applaudi le quatuor très bien exécuté par 
MM. Coutelier, De Leeuvre, Van Gasse et Deconinck. 

« Les parties de boxe française et anglaise entre MM. Charle- 
mont, Dervillé et Léopold Deretz, ont été vivement applaudies. 
M. Charlemont est certes le plus beau et le plus fort boxeur que 
nous ayons vu. Il a une paire de savates des plus agiles et des plus 
dangereuses. 

M. Charlemont fils, qui n’est âgé que de treize ans, promet de 
dépasser son père. Il possède déjà sa théorie dans la perfection. 
Rappelé sur la scène par des applaudissements frénétiques, il a 
lutté contre son père et c’est déjà pour ce dernier un adversaire 
très sérieux. 

« Les parties d’ensemble dans les divers exercices, exécutés par 
les élèves de M. Dekeersgieter, ont aussi été très applaudies. 

« Le duel a l’épée entre M. Charlemont père et M. A. Dekeers- 
gieter a été des plus terribles. Pendant plus de 15 minutes, ces 
deux maîtres se tinrent en ligne, à la pointe de l’épée, sans pou- 
voir se toucher. M. Dekeersgieter a fini par l’emporter avec une 
différence de trois points. 

« Nous devons aussi tous nos éloges aux exercices de gymnas- 
tique et tours de force. M. Dekeersgieter est un bon et fort gym- 



310 



LA BOXE FRANÇAISE 



nasiarque, et nous avons applaudi là des exercices aussi périlleux 
et aussi bien exécutés que ceux que l’on voit dans les cirques. » 

Le Belge . 

« M. Dekeersgieter avait organisé, dimanche dernier, une soirée 
très intéressante et à laquelle le public s'est empressé d’assister. 
Nous avons cependant remarqué que, bien que cette fête eût un 
cachet tout militaire, deux officiers seulement, un major de chas- 
seurs à pied et un lieutenant de lanciers, s’y sont rendus. 

« La musique du 4 e lanciers embellissait cette fête par sa pré- 
sence. 

c( Le héros de la soirée a été M. Charlemont père, une fine lame 
qui connaît, en outre, la boxe anglaise et française, de façon à 
enthousiasmer les amateurs. Il y avait là, du reste, plusieurs 
étrangers, notamment des français, dontl’art leur a valu chez eux 
un renom mérité. 

« Les exercices d’anneaux et de trapèze auxquels se sont livrés 
des jeunes gens appartenant au 4 e régiment de lanciers, ont 
prouvé l’excellence des leçons qu’ils reçoivent deM. Dekeersgieter 
qui pratique tous les genres avec une égale dextérité. 

« Sans conteste, ce qui a le plus intéressé l’assemblée a été 
une théorie de boxe française et anglaise par M. Charlemont père 
et fils. 

« Un quatuor exécuté par le directeur et quelques gagistes de 
la musique des lanciers a provoqué les applaudissements de toute 
la salle. 

« M. Dekeersgieter a prouvé pendant cette séance qu’il excelle 
dans tous les genres. Nous l'engageons à renouveler ses soirées 
le plus souvent possible. » 

Feuille de Tournai . 



Le traité de la boxe française de Charlemont vient de faire son 
apparition. Comptes-rendus de la presse. 

L' Indépendance belge, 26 août 1877. 

M. Charlemont, le maître d’armes si connu du monde bruxel- 
lois, vient de publier un traité théorique et pratique de la boxe 



LA BOXE FRANÇAISE 



311 



française, dont il a fait l’hommage aux membres du Fencing-club 
de Bruxelles. On sait ce que c’est que la boxe française, Théophile 
Gautier l’a dit en peu de mots, que M. Charlemont a pris pour 
épigraphe : « c’est une science profonde qui exige beaucoup de 
sang-froid, de calcul, d’agilité, de force. C’est le plus beau déve- 
loppement de la vigueur humaine, une lutte sans autres armes 
que les armes naturelles, où l’on ne peut être pris au dépourvu. » 
«M. Charlemont s’est attaché à en exposer les règles, les finesses 
et les applications, et des gravures dans le texte aident facilement 
à comprendre l’enseignement du maître. 

« Le traité est complet et il sera d’une grande utilité entre les 
mains des professeurs. Il s’ouvre par une introduction en trois 
chapitres, le 'pugilat chez les anciens, la boxe en Angleterre et la 
boxe française, qui est très intéressante à lire.» 

Le Franc-Tireur, 16 septembre 1877 
« L’ouvrage de M. le professeur Charlemont, sur la boxe fran- 
çaise, est une œuvre soignée à tous les points de vue. L’aspect du 
livre est riche et simple à la fois, et voir le volume, c’est désirer 
l’ouvrir et le parcourir. 

« Ceux qui ne sont point familiarisés avec les exercices du corps 
admirent d’abord le travail typographique, ils s’intéressent aux 
figures qui sont parfaitement dessinées et rendent un compte 
exact des leçons auxquelles elles se rapportent, des mouvements 
qu’elles indiquent. De là, à lire quelques fragments de l’ouvrage, 
il n’y a qu’un pas et ma foi, dès qu’on s’v est mis on s’y attache. 

« La démonstration est tellement claire qu’on se sent initié déjà 
par une simple lecture ; on s’intéresse, on approfondit et on vient 
à comprendre l’épigraphe, qui est de Théophile Gautier : 

« M. Charlemont est un adroit vulgarisateur. Il est simple et 
sobre et se fait comprendre aisément. 

« Aujourd’hui que la gymnastique est en grand honneur, ainsi 
que tous les exercices qui développent' le corps d’un homme, le 
livre de M. Charlemont est appelé à avoir du succès, de même 
que ceux dont il annonce la publication et qui traiteront de la 
canne, de l’escrime à l’épée, de la gymnastique et de la lutte. 



20 



312 



LA BOXE FRANÇAISE 



Le Guide du Sport, 24 août 1877. 

« Nous avons eu souvent l’occasion de parler de M. Charlemont, 
professeur d’escrime et de boxe française, et, chaque fois, nous 
avons reconnu son talent remarquable. 

« Aujourd’hui, nous recevons un volume intitulé : la Boxe fran- 
çaise, traité théorique et pratique, que l’habile professeur vient 
de faire paraître. 

« Nous n’avons eu que le temps de parcourir rapidement cet 
ouvrage, mais cela nous a suffi pour ne pas craindre d’affirmer 
qu’il est fort intéressant et encore plus utile. 

« Tous les amateurs d’exercices du corps seront de notre avis. 

«Du reste, ce volume, très élégamment édité par Rozez, ne dé- 
parera aucune bibliothèque. Aussi engageons-nous nos lecteurs 
à se le procurer. Ils pourront, pour ainsi dire, apprendre eux- 
mêmes l’art de la défense naturelle, car une foule de charmants 
dessins rendent le texte facile à comprendre, même aux plus igno- 
rants des terribles secrets de la boxe française. 

« Fernand Delisle. » 

La Chronique, 22 août 1877. 

« M. J. Charlemont, professeur du Fencing-club bruxellois, 
vient de publier un traité théorique et pratique de la boxe fran- 
çaise. Cet ouvrage spécial, édité à Paris par la librairie militaire, 
témoigne des connaissances sérieuses qu’une longue étude des 
exercices de lutte — avec et sans armes — a données à son au- 
teur. Le livre de M. Charlemont, orné de gravures très bien fai- 
tes, est curieux à parcourir — même pour les profanes. Quant 
aux amateurs des exercices de sport violent, boxe, savate, es- 
crime, etc..., ils y trouveront pour l’étude de la boxe française, 
— un art! — des renseignements précieux. » 

La Gymnastique, revue mensuelle publiée à Liège, octobre 1877. 

« C’est aujourd’hui une science aussi que la boxe française, 
dont M. J. Charlemont vient d’écrire un excellent traité, publié 
chez Rozez, à Bruxelles, science sérieuse et qu’on aurait tort de 
mépriser, parce qu’elle a pour but la distribution des coups de 
pied et des coups de poing. 



LA BOXE FRANÇAISE 



313 



« Ce qui a fait du tort à la boxe française dans bien des esprits, 
c’est sa parenté avec l’ignoble savate. 

« Mais un livre comme celui de M. Charlemont, et un ensei- 
gnement comme celui-ci le donne, depuis plusieurs années à Bru- 
xelles, sont faits pour dissiper bien des préjugés. 

« N’est-ce pas une belle chose que de savoir faire usage des 
armes que la nature nous a données. 

« Qui de nous ne peut se trouver dans le cas, ou de se défendre 
contre une agression, ou de porter aide à une personne attaquée, 
et qui donc ne serait heureux, dans cette circonstance, de déco- 
cher quelques bons coups de poing qui terminent avantageuse- 
ment l’affaire? Eh bien, l’art de frapper et de se défendre sans 
armes, s’enseigne aujourd’hui tout aussi bien que l’art de manier 
l’épée, le sabre ou la baïonnette. 

« Mais pour nous, gymnastes, le point de vue pratique de la 
boxe française est en somme le moins intéressant. Ce qui nous 
touche bien plus, c’est l’aide qu’elle apporte à la gymnastique. 
Ici presque tous les muscles sont en jeu. Regardez les deux 
boxeurs en garde. Les yeux dans les yeux, les jarrets légèrement 
ployés, les bras à demi fléchis, prêts à l’attaque, prêts à la riposte, 
l’esprit éveillé, ils s’observent, ils rusent. Tout à coup un mou- 
vement rapide, une jambe ou un bras lancé en avant, et immé- 
diatement remis en garde. L’adversaire est touché légèrement si 
la lutte est courtoise, foudroyé si elle est sérieuse. Ou bien il a 
senti venir le coup, il a paré, il a riposté. 

« Et tout cela, avec quelle élégance, quelle correction ! 

« Ici, le côté gauche travaille autant que le côté droit, les mem- 
bres inférieurs autant que les membres supérieurs. 

« Le corps devient plus souple et plus fort à la fois, l’équilibre 
s’acquiert ainsi que l’adresse. Continuez le travail pendant quel- 
ques minutes, une transpiration abondante se déclare bientôt. Après 
cela une bonne friction, et dites-moi si l’exercice est bon ou mau- 
vais. 

<i Nous connaissions M. Charlemont, professeur, nous ne con- 
naissions pas M. Charlemont écrivain. Ma foi, la connaissance est 
bonne à fajre. Son livre est aussi bien écrit que bien conçu et vrai- 
ment agréable à lire. Un chapitre sur le pugilat chez les anciens, 



314 



LA BOXE FRANÇAISE 



un autre sur la boxe en Angleterre, un troisième sur la boxe fran- 
çaise, tous trois très intéressants, servent d’introduction au traité 
proprement dit. 

« Celui-ci explique parfaitement lesprincipaux coups, les para- 
des, les prises de corps, les temps d'arrêt, etc. 

« Des gravures en grand nombre aident à la compréhension du 
texte. 

« Ajoutons que l’imprimeur A. Lefèvre, à Bruxelles, a royale- 
ment fait les choses. Imprimé en caractères elzévi riens, avec un 
goût excellent, le livre peut être mis en parallèle avec les bonnes 
éditions des meilleurs imprimeurs parisiens. Il semble que le luxe 
de l’édition vienne se joindre au sérieux de la théorie et à l’élé- 
gance des mouvements, pour donner à la boxe française le cachet 
de « comme il faut » qui lui était nécessaire pour faire son chemin 
dans le monde. 

« Bref, beau et bon livre, auquel nous souhaitons brillant succès. 

« Eugène Mignot, 

« Président de la fédération belge de gymnastique. » 



Grand assaut, donné le dimanche 20 mai 1877, à 2 heures de 
l’après-midi, au théâtre flamand, à Anvers, par le Cercle d’escrime 
de cette ville, dont l’excellent et dévoué président, M. Yan den 
Abeele en était l’organisateur. 

Tous les cercles d’escrime belges étaient représentés. 

Le Fencing-club et le Cercle Saint-Michel de Bruxelles, le Cercle 
Saint-Georges de Liège, le Cercle Saint-Michel de Gand et d’au- 
tres encore dont les noms nous échappent. 

Le Fencing-çlub de Bruxelles était représenté par plusieurs de 
ses membres entre autres, M. Albert Fierlants, pour l’épée, Char- 
lemont, pour l’épée et la boxe. 

Il y avait une nombreuse assistance et surtout beaucoup de da- 
mes et de demoiselles. Au cours de la séance, il s’est produit un 
petit incident comique, qui nous ferait rire encore, si celui qui en 
a été l’auteur était encore de ce monde. Nous voulons parler du 
sympathique Albert Fierlants, ce beau, grand et magnifique gar- 
çon, qui pouvait avoir, à cette époque, tout au plus 25 ans. 



LA BOXE FRANÇAISE 



315 



Deux jours avant l’assaut, il avait prié Gharlemoni de lui com- 
mander deux pantalons, comme ce dernier les portait, collants et 
serrés par des boutons, du dessus de la bottine au mollet. 

Lorsque M. Fierlants faisant assaut, voulut attaquer en se fen- 
dant à fond, les deux jambes de son pantalon s’ouvrirent de haut 
en bas par la couture d’entre-jambes, comme si elles n’avaient ja- 
mais été cousues, pourtant elles l’avaient été, mais à la machine. 
Ce pauvre Fierlants devint rouge comme un coquelicot, embarrassé 
comme une jeune fille dont la pudeur aurait été effarouchée, de- 
vant tout ce monde. Ne sachant comment cacher son embarras, il 
se sauva dans le vestiaire mettre son deuxième pantalon, mais 
comme un vrai guignon, celui-ci eut le même sort que le premier, 
la couture fila d’un bout à l’autre ; cette fois il ne revint plus, 
n’ayant pas d’autres pantalons. 

Ville d’Ostende. Salle de l’hôtel de Flandre. Dimanche 26 août 
1877, à 3 heures, Grand assaut donné parM. Charlemont. Confé- 
rence sur la boxe. Répétition de la théorie de la boxe française et 
de la canne par M. Charlemont fils. Première rencontre entre 
M. Williams Harrison, boxeur anglais et M. Charlemont. Assaut 
de boxe française entre MM. Charlemontet Léopold Deretz, maître 
français. Exercices de gymnastique par M. Charlemont fils. 

« M. J. Charlemont, l’habile professeur d’armes et de canne, 
de boxe, de lutte parisienne et de gymnastique, dont nous avons 
annoncé dernièrement l’intéressant ouvrage sur la boxe française, 
vient de transférer sa salle d’armes du passage Saint-Hubert à la 
place de là Monnaie (maison de l’ancienne Bourse, ayant son en- 
trée par le n° 44 de la rue de l'Évêque). 

« Cette nouvelle salle est d’un confortable parfait, assez spa- 
cieuse pour recevoir de nombreux élèves ou amateurs et disposée, 
dans son ensemble et ses détails, selon toutes les conditions re- 
quises pour renseignement et la pratique des divers exercices que 
professe M. Charlemont. » 

Indépendance Belge , 7 octobre 1877. 



316 



LA BOXE FRANÇAISE 



CHINE, ANNAM ET TONKIN. 

l’impératrice de chine. 

« Sous le titre ci-dessus, L'Echo du Japon publie les lignes 
suivantes : 

« Les anciennes traditions s’en vont peu à peu, même en Chine, 
et c’est en haut lieu, dans ce pays, qu’on commence à négliger de 
les observer. L’impératrice régente du Céleste Empire est une 
femme douée d’une intelligence supérieure et d’une très grande 
force de volonté. Peu disposée à supporter les remontrances des 
censeurs, elle a dernièrement destitué deux de ces derniers qui 
s’étaient permis de critiquer le genre de coiffure par elle adopté. 
Mais que doivent penser les censeurs maintenant? 

a Un journal de Shanghaï nous apprend que, lasse d’être con- 
finée dans le palais d’hiver, l’impératrice Tz’u Ch’i s’est rendue 
presque tous les jours de l’été dans les magnifiques jardins deNan 
et de Shanghaï et que là, à l’ombre des arbresséculaires, elledon- 
nait audience à ses sujets. 

« Mais le grand air aidant, S. M. Mandchoue a éprouvé le be- 
soin de faire un peu d’exercice : elle s’est d’abord adonnée au tir 
à l’arc, puis, un beau jour, vêtue d’un costume emprunté à un 
vieil eunuque, s’est mise à prendre des leçons de boxe. Jamais 
souveraine n’avait poussé aussi loin le mépris des convenances. » 

Le Soleil, 24 novembre 1877. 

Eh bien ! mais, il nous semble que ce n’est pas d’un si mauvais 
exemple, il serait à désirer que tous les souverains le suivissent. 
Ne vaudrait-il pas mieux se livrer à l’exercice de la boxe que de 
s’écrabouilleravec des canonsKrupp, comme le font en ce moment 
les Turcs etles Russes. Ce seraitplus hygiéniqueet moins barbare. 



Lize-Seraing-Iez-Liège. 25 décembre 1877. Grand assaut donné 
par la société de gymnastique de Seraing, au bénéfice des 
pauvres. Charlemont, invité, fait un assaut de boxe française avec 



LA BOXE FRANÇAISE 



317 



M. Félix Lepourc, et un assaut d’escrime avec M. de Zutter. L’as- 
saut fut suivi d’un bal. Charlemont fut accueilli par des démons- 
trations des plus sympathiques et fêté pendant les deux jours qu’a 
duré cette fête. On lui fit visiter les curieux ateliers métallurgi- 
ques de l’importante maison Cockrill. 



SOCIÉTÉ DE GYMNASTIQUE 
DE SERAING 

« Monsieur Charlemont, 

professeur de boxe française, Bruxelles. 

« Notre société organise pour le 25 courant, jour de la Noël, 
une grande soirée gymnastique avec partie de boxe et d’escrime, 
au profit des crèches et du bureau de bienfaisance. 

« Afin de rehausser notre soirée, nous venons faire appel à 
votre généreux et bienveillant concours, pour l’organisation de 
cette fête. Notre choix s’est porté sur vous, espérant que Vous 
vous dévouerez avec nous à la réussite de l’entreprise que nous 
avons faite : celle de soulager la misère si grande pendant ces 
temps de crise industrielle. 

<a Nous ne doutons pas, Monsieur, de votre bienveillant concours 
et nous vous prions de bien vouloir nous dire ce que vous nous 
demanderiez pour vos déplacements. 

« Dans l’espoir d’une prompte réponse, veuillez recevoir, Mon- 
sieur, nos civilités les plus distinguées. 

« Pour la Commission, 

« Le Secrétaire , « Le Président, 

« L. WlLMETT. )) « J. LeëMANS. » 



SOCIÉTÉ DE GYMNASTIQUE Seraing, le 18 décembre 1877. 

DE SERAING 

« Monsieur Charlemont, 

professeur de boxe à Bruxelles. 

« En réponse à votre honorée d’hier, nous avons l’honneur de 
vous informer que nous sommes très heureux de pouvoir vous 



Seraing, le 14 décembre 1877. 



318 



LA BOXE FRANÇAISE 



compter au premier rang de ceux qui veulent bien s’associer à 
nous pour la réussite de notre tâche. 

a Nous vous remercions sincèrement pour le désintéressement 
avec lequel vous avez accueilli notre demande, et en compensa- 
tion, nous tâcherons de vous rendre votre séjour parmi nous des 
plus agréables. 

« Comme vous le supposez, vous trouverez chez nous M. Le- 
pourc et d’autres amateurs de Liège, qui probablement ont déjà 
eu l’honneur de vous voir. 

« Nous tâcherons en même temps de faire de la propagande 
pour placer de vos traités de boxe, et nous sommes même certains 
que plusieurs de nos membres auront plaisir à le parcourir. 

« Veuillez agréer, Monsieur, nos civilités les plus distinguées. 
« Le Secrétaire, •« Le Président, 

(( L. WlLLEMETT. » « J. LeEMANS. )) 

(( Dimanche, 17 mars 1878, à 2 h. 1/2 précises, au théâtre de 
la Renaissance, grand assaut extraordinaire donné par M. J. 
Charlemont, avec le concours d’un grand nombre de professeurs, 
maîtres et amateurs distingués français et belges, et de ses nom- 
breux élèves ; Bruxelles, Liège, Gand, Anvers seront représentés. 

« Cette brillante séance sera variée par des assauts d’épée, de 
canne, de boxe française, de boxe anglaise, de lutte parisienne, 
d’exercices de force, de gymnastique et de danse. » 

L'Avenir, 10 mars 1878. 

« Au théâtre de la Renaissance, dimanche 17 mars, à 2 h. 1/2, 
doit avoir lieu un grand assaut, donné par M. Charlemont, pro- 
fesseur d’escrime, de boxe et de gymnastique, avec le concours 
d’un grand nombre de ses confrères français et belges. 

« M. Charlemont doit boxer avec M. Chêne, professeur à Reims 
(France) et l’un des champions les plus réputés dans ce genre 
d’exercices. 

« On peut se procurer des billets à l’avance chez M. Charle- 
mont, 44, rue de l’Evêque. » 

L'Eclair belge , 10 mars 1878. 



LA BOXE FRANÇAISE 



319 



« Un grand assaut d’armes et de boxe sera donné demain di- 
manche, à 2 h. 1/2 de relevée, au théâtre de la Renaissance, par 
M. J. Charlemont. Le programme est des plus attrayants et de 
nature à attirer la foule. » 

Les Nouvelles, 16 mars 1878. 

- 

« Théâtre de la Renaissance, dimanche 17 mars 1878, à 2 h. 
Grand assaut donné par M. Charlemont. Assaut à l’épée de com- 
bat entre MM. Charlemont et J. Durand, professeur français. Roxe 
anglaise : Rencontre entre MM. Willams Harrison, Tom-Cribb, 
John Jackson et Jack Dickins, boxeurs anglaisetM. Charlemont. 
Répétition de la théorie de la boxe française et de la canne et 
exercices de gymnastique par M. Charlemont fils. Assaut de boxe 
française entre M. Charlemont et Paul Chêne, professeur à Reims 
(Marne). Défi porté par ce dernier. 

« La gigue anglaise et le fléau enchanté par M. Paul Chêne. » 

LES BARBARES 

« J’ai assisté dimanche à un spectacle désolant. C’était au théâ- 
tre de la Renaissance (théâtre est peut-être un peu risqué), entre 
trois et cinq heures. 

« Des hommes jeunes et des hommes mûrs se sont livrés là, 
pendant deux heures, à d’horribles luttes au bâton, au sabre, à 
l'épée, au poing. On se serait cru en plein moyen âge... si le sang 
avait coulé. 

« Ce qu’il y a de plus fort, c’est que le public prenait goûta 
ces exercices barbares, et applaudissait à chaque instant. 

« L’auteur de la réunion était un nommé Charlemont, maîlre 
d’escrime. 

« Le professeur a un fils de quatorze ou quinze ans qui est déjà 
un petit monstre d’adresse et de force, il s’est livré avec son père 
à des démonstrations de l’art du bâton et de la boxe auxquelles le 
public a pris le plus vif plaisir. 

« Qui sait maintenant si cette séance ne va pas donner aux 
jeunes Bruxellois l’idée de prendre des leçons de M. Charlemont, 
et d’augmenter ainsi le nombre de ses élèves? 



320 



LA BOXE FRANÇAISE 



(( Est-ce que ce n’est pas désolant à cette époque de civilisa- 
tion ? 

« Vous verrez que bientôt personne ne voudra plus tendre l’au- 
tre joue! Et alors que deviendra le catholicisme? 

« R. de M. » 

La Chronique, 19 mars 1878. 

a Demain, vendredi-saint (horreur!) M. Charlemont donnera, 
en la salle Saint-Michel, rue d’Or, à 8 heures du soir, un grand 
assaut d’armes et de boxe anglaise et française, avec le concours 
d’un grand nombre de professeurs distingués du pays et de l’é- 
tranger. 

« Une... deux... fendez-vous ! les places sont à trois, deux et 
un franc. » 

La Chronique, 18 avril 1878. 

« Vendredi-saint, 19 avril, M. Charlemont donnera, à 8 heures 
du soir, dans la salle Saint-Michel, rue d’Or, un grand assaut où 
figurent, entre autres, les boxeurs français et anglais. On sait le 
succès qu’obtiennent toujours les assauts de l’excellent professeur 
Charlemont. » 

L’Enti'Acte. 

« Salle Saint-Michel, rue d’Or. Vendredi 19 avril 1878, à 8 heures 
du soir. Grand assaut donné par M. J. Charlemont. Rencontre 
entre MM. Bob. Eylslon, Tom Forwell, boxeurs anglais et améri- 
cain et M. Charlemont, qui fait ensuite un assaut d’escrime avec 
M. Alfred Wery, membre du Cercle Saint-Georges de Liège, et un 
assaut à l’épée de combat avec M. J. Durand, professeur. Répétition 
de la théorie delà boxe française et de la théorie de la canne par 
M. Charlemont fils qui développe 150 coups de canne en 45 
secondes, exercices de gymnastique par ce dernier. Assaut de 
boxe française entre MM. Charlemont et Joseph Lhoest, professeur 
à Liège. 

« M. Dekeersgieter, maître d’armes au 4 e régiment de lanciers, 
offrira dimanche prochain au public tournaisien une fête de 
gymnastique comme on en vit rarement. 



LA BOXE FRANÇAISE 321 

(( Son frèreetplusieurs maîtres d’armes étrangers lui prêteront 
leur concours. 

« Cette fête aura lieu à l’hôtel de ville dé Tournai, salle des 
conférences, à 3 heures de relevée. 

« Parmi les maîtres d'armes qui se sont fait inscrire, nous 
citerons : 

« MM. Charlemont père et fils, boxeurs très célèbres, et l’excel- 
lent boxeur parisien Deretz. 

« MM. Hauweghem, adjudant sous-officier au 3 e régiment de 
chasseurs à pied ; Delalou, adjudant sous-officier au 3 e lanciers, à 
Mons; Harasse, maréchal des logis au 4 e lanciers; Glorieux, 
maître d'armes à Tourcoing ; Mertens, maître d’armes aux 
grenadiers, à Bruxelles ; Loridan, maître d’armes à Lille; Che- 
valier, maître d’armes à Mons, Merckx, maître d’armes aux cara- 
biniers, à Bruxelles ; Tunck, maître d’armes au 1 er régiment 
de chasseurs achevai, à Lille; Vanderhaegen, maître d’armes au 
1er régiment de chasseurs à cheval, à Mons; Moreels, Hubaut et 
Delloy, brigadiers maîtres d’armesau 4 e lanciers; Franck, maître 
d’armes à Bruxelles, tireur gaucher très distingué ainsi que plu- 
sieurs autres. 

« Grand nombre de jeunes élèves de 4 à 6 ans prendront part 
aux exercices. 

« On remarquera principalement le petit Oscar Dekeersgieter, 
âgé de 6 ans, et sa petite sœur, Mathilde Dekeersgieter, âgée de 4 
ans 1/2. Tous deux exécuteront plusieurs leçons decanne anglaise 
et des exercices gymnastiques de la plus grande difficulté. 

« Des placesseront réservées aux dames qui voudront se donner 
le plaisir d’assister au travail des jeunes élèves de M . Dekeersgieter 
et des vaillants maîtres d’armes accourus à l’appel de leur confrère 
tournaisien. 

c< Porte et bureaux seront ouverts à 2 heures. — On commen- 
cera à 3 heures très précises. » 

Le Belge, 25 avril 1878. 

Le dimanche 28 avril 1878, à 3 heures du soir, salle des con- 
férences (ville de Tournai). 

Grand assaut, donné par MM. les frères Dekeersgieter, avec 



322 



LA BOXE FRANÇAISE 



le concours de MM. Charlemont père et fils. Assaut d’épée entre 
MM. Moreels, brigadier maître d’armes au 4 e lanciers et M. Char- 
lemont. Assaut de canne royale entre MM. Dekeersgieter et Char- 
lemont. 

Répétition de la théorie de la boxe française parM. Charlemont 
fils. 

Ouverture d’un cours de boxe à Tournai, par M. Dekeersgieter. 



LES MŒURS AMÉRICAINES 



UN COMBAT A LA BOXE 

« Il faut avoir habité les Etats-Unis ou l’Angleterre pour savoir 
ce que c’est qu’un combat de boxeurs. Celui qui n’a pas assisté à 
ces horribles querelles, organisées de sang-froid, montées avec 
toute la pompe d’une exhibition, telle que le serait un spectacle 
de cirque ou de café-concert, ne peut pas s’imaginer à quel point 
on est écœuré en sortant d’une arène où deux boxeurs sesont livré 
bataille. 

« Ces hommes se sont serré la main en présence de trois à qua- 
tre cents individus. Ils ont l’un et l’autre le corps sain, le visage 
immaculé, les poignets intacts, la poitrine ferme; et, une demi- 
heure après, l’un et l’autre tombent dans les bras de leurs partners 
les yeux pochés, les côtes enfoncées, les dents brisées, couverts 
de sang et de boue. C’est hideux ! c’est infernal ! 

« Lors de mon séjour aux États-Unis, j’étais attaché à la rédac- 
tion du New-York-Herald, la trompette la p lus célèbre de la presse 
yankee, quand un beau malin mon chef de file, M. Gordon Ben- 
nett, me manda dans son cabinet. 

— « Vous avez entendu parler de Tom Hyer, me dit-il, le 
célèbre boxeur américain du Bowery? Tl a défié au combat un 
Anglais nommé Jackson, qui passe pour le premier champion de 
la Grande-Bretagne ; je désire que vous alliez assister à la bataille 
en champ clos que ces deux imbéciles vont se livrer à Iloboken, 
dans l’État du New-Jersey. La partie de plaisir est fixée à demain 



LA BOXE FRANÇAISE 



323 



matin huit heures, dans l’enceinte de la taverne du Phénix, où 
Ton a élevé une estrade pour les spectateurs. Soyez matinal, et ne 
manquez pas le ferry boat de sept heures. Je veux avoir tous les 
détails pour les publier dans le Herald. Passez à la caisse et pre- 
nez-ycent dollars : on ne sait pas ce qui peut arriver. 

«Ces recommandations étaient des ordres, et nous tous, reporters 
du journal, nous savions que M. Bennett tenait essentiellement à 
être bien renseigné et qu’il était généreux pour ses employés quand 
ils travaillaient avec zèle. 

« Je pris les 500 francs à la caisse et les fourrai au fond de mon 
portefeuille, puis je rentrai chez moi pour songer aux préparatifs 
de mon excursion. Il faisait dix à douze degrés de froid et l'impor- 
tant était de bien se couvrir. Je fis graisser mes bottes fourrées, 
par le négrillon que j’avais à mon service; je choisis dans ma 
garde-robe mes vêtements les plus chauds et surtout une pelisse 
en fourrure, indispensable pour voyager pendant l’hiver dans les 
Etats du nord de l’Amérique. 

« Dès cinq heures, le lendemain matin, j’étais debout. Bob — 
mon domestique fmoricaud — m’avait préparé du feu et mon 
déjeuner. Je sautai, en sortant de mon logis, dans un traîneau 
loué à l’avance pour me conduire dans New-York, à travers l’Hud- 
son, sur le bac à vapeur qui traverse le fleuve, et de là à la pointe 
d’Hoboken où le pugilat devait avoir lieu. 

« Il y avait foule sur le ferry boat , et mon sleigh se trouva en 
compagnie de cinq autres véhicules du même genre rangés côte 
à côte et chargés de voyageurs. 

« Au moment où le bac allait aborder sur la rive opposée à celle 
de New-York, un homme de taille athlétique, qui m’était complè- 
tement inconnu, s’avança vers moi, le cigare aux lèvres, et me dit 
d’une voix nasillarde : 

— « Je suppose (I guess) que vous n’aurez pas d’objection à 
me faire place — une toute petite place — à vos côtés, si vous 
allez voir le combat. Vous ne serez pas fâché, je le jure, de faire 
ma connaissance. Je suis Tom Hyer. 

— « Vous avez pardieu raison, mon cher pugiliste ! Montez! 
nous causerons en route. 

« Pendant que mon attelage nous emportait vers la taverne du 



324 



LA BOXE FRANÇAISE 



Phénix , le célèbre boxeur m’entretint de sa personne, et j’appris 
qu’il était originaire d'Irlande ; mais il était venu fort jeune aux 
Etats-Unis et y avait vu se développer sa force avec l’âge. Il sou- 
levait un bœuf sur ses épaules et arrêtait, de ses deux poignets, 
cinq chevaux lancés au galop. Une fois il avait assommé un tau- 
reau qui se jetait sur lui. Bref, le champion de l’Amérique se fai- 
sait fort de donner une ignoble tripotée — a damned licking — 
à ce mangeur de rosbif anglais qui avait osé lever les yeux jusqu’à 
lui. 

— « Ou est donc votre adversaire? lui demandai-je. 

— « N’avez- vous pas remarqué ce gros « patapouf » qui avalait 
un verre de gin à la buvette du ferry boat ? 

— « Si fait, ma foi ! 

— « Eh bien ! cet éléphant mal bâti, c’est Jackson ! Un idiot, à 
qui je me propose de donner une leçon comme il n’en a jamais 
reçu une dans sa vie. 

«Nous étions arrivés. 

« Je vis le champ clos envahi par une foule idolâtre de ces plai- 
sirs farouches, et tous avaient payé un dollar par personne pour 
assister à ce spectacle. 

« Qu’on se figure un cirque lilliputien, formé avec des chaises 
et des tables sur lesquelles les uns étaient assis, les autres se te- 
naient debout. L’on avait jeté du sable et de la sciure de bois sur 
le sol, à une épaisseur de 25 centimètres, et sur le sommet de la 
maison, V Union-Jack flottait au gré d’un vent glacial. Tous les 
spectateurs fumaient, chiquaientet avalaient des grogs au brandy 
et des gin cock tail. 

« Devant une table, près du comptoir, je revis le gros Anglais 
qui se réconfortait avec un verre de punch au rhum. 

« Tom Hyer, lui, se contentait d'ingurgiter un verre de pure 
eau-de-vie qu’il sirotait avec volupté. 11 m’avait invité à partager 
son drink, et je n’avais pas pu refuser. 

« Enfin l’heure du combat sonna à l'horloge de la taverne. 

— « Time, gentlemen, dit un des deux partners des pugilistes. 

— « Fact (c’est un fait), répliqua l’autre. 

« Et l’on vit aussitôt Tom Hyer et Jackson jeter bas leur pale- 
tot et leur gilet etse placer debout, face à face, au milieu de l’arène. 



LA BOXE FRANÇAISE 



325 



« A ce moment-là, trois policemen relevant le collet de leur 
habit qui portait le numéro de la brigade dont ils faisaient partie 
se précipitèrent entre les deux combattants. 

— « Au nom de la loi et en vertu d’un mandat dont nous 
sommes porteurs , nous nous opposons au combat, dit le brigadier 
des policemen. 

« Mais... objectèrent les spectateurs. 

— (< Il fallut obéir : on tint conseil, et il fut décidé qu'on 
allait se rendre au chemin de fer qui conduisait à Philadelphie 
et que l’on chercherait là un endroit favorable pour se livrer 
bataille. 

— « Ce qui fut dit fut fait. Trois heures après, nous pénétrions 
en Pensylvanie. On s’arrêta à Bordentown, et l’on ne tarda pas à 
trouver au milieu d’un bois situé près de la pension Muratun lieu 
propice pour le but qu’on se proposait. 

« A l’aide de balais de bouleaux façonnés à la hâte, ceux-ci dé- 
blayèrent le terrain de laneigequi le recouvrait; d’autres, à coups 
de talon de botte, aplanissaient le sol et jetaient au loin les 
pierres qui eussent pu blesser les deux combattants, dans le cas où 
ils seraient tombés. 

« Tout ce travail-là avait duré une heure et demie et l’on allait 
commencer le specfacle, lorsqu’une escouade de policemen de 
Philadelphie se précipita au pas de course au milieu de nous. 

— « Gentlemen... au nom de la loi... etc., etc. 

« Même scène, même résultat que devant la taverne du Phénix 
d’Hoboken. 

— « C’est trop fort ! s’écrièrent les partners des deux boxeurs, 
les boxeurs et les dilettanti de la boxe. En route pour Baltimore ! 

« Et l’on remonta dans les wagons du chemin de fer pour se 
rendre dans l’état de Maryland. 

« Ici j’ouvre une parenthèse. Je pense que plusieurs de mes 
lecteurs n’ignorent pas que chaque Etat de l’Union américaine est 
régi par des lois spéciales. Bien souvent ce qui est permis dans la 
Virginie est défendu dans le Wisconsin, et vice versa. Mais la 
boxe n’a pas d’exception : elle est bannie — comme spectacle 
public — du nord au sud, de l’est à l’ouest. 

« Bref, nous éprouvâmes à Baltimore le même échec qu’à Ho- 



326 



LA BOXE FRANÇAISE 



boken et à Bordentown, et l’on décida que l’on se rendrait dans 
l’État de la Caroline, à Charlestown. 

« La vapeur nous emporta de nouveau vers ce pays éloigné de 
New-York, — comrnequi dirait àla distance de Paris à Marseille, 
— et nous arrivâmes là un samedi soir. 

« Il n’y avait pas à songer à agir le lendemain, jour consacré, 
où tout travail, tout plaisir, toute distraction sont défendus de par 
la religion et la loi. On remit donc la rencontre au lundi suivant. 

« Mais la police du chef-lieu de la Caroline du Nord avait eu vent 
de la bataille projetée, et le lundi, quand on arriva sur le champ 
où devait se passer la scène du pugilat, on y trouva vingt-cinq 
hommes de la police qui barraien l le passage avec la même défense. 

— « Par Dieu ! s’écria Tom Hyer, il ne sera pas dit que nous ne 
nous battrons pas, Jackson et moi. Il y a dans la baie de Chesa- 
peake, au milieu de la mer, à cinq milles du rivage une île que je 
connais. Cet endroit n’est pas sous la coupe des régulations amé- 
ricaines. Allons-y! Qui m’aime me suive! 

cc Je n’éprouvais pas pour le boxeur une passion vive, mais 
j’avais un devoir à remplir et j’opinai du bonnet, — un vrai bonnet 
d’astrakan qui me couvrait le chef de peur des rhumes de cerveau 
par le froid (( sterling » qu’il faisait. 

« J’ajouterai en passant que, tout le long de la route, le télé- 
graphe avait fonctionné afin que M. Gordon Bennett pût donner 
à ses lecteurs les nouvelles les plus fraîches du Tom Hyer and 
Jackson fight. 

« Nous frétâmes un bateau à vapeur et on n’admit à bord que 
les amis des combattants et lesreporters de la presse. Tous étaient 
soigneusement triés, de façon à ce qu’aucun policeman ne se glis- 
sât dans notre compagnie. 

« Le sifflet se fit entendre, la vapeur souffla et nous quittâmes 
le port de Charlestown. 11 gelait à pierre fendre, et les boissons 
chaudes, les punchs, les cock-tails, les bouteilles de champagne 
disparaissaientcomme par enchantement dansle gosier desboxeurs 
et de leurs amis. 

k 11 fallut quelque peu se mouiller les pieds pour aborder cet îlot 
de la baie de Chesapeake que l’on nommait Calipso’s Island. Bref, 
nous arrivâmes tous sains et saufs. 



LA BOXE FRANÇAISE 



327 



« Sur une plage de sable assez vaste, qui longeait une falaise, 
on prépara le turf, et quand tout fut terminé les combattants quit- 
tèrent leurs vêtements et ne conservèrent que leur culotte et leurs 
chaussures. Je frissonne encore... de froid, à cette heure, en son- 
geant à la température dont nous jouissions ce jour-là. 

« Les deux partners des boxeurs se placèrent côte àcôte de Tom 
Hyer et de Jackson, montre en main, et la bataille commença. 

« Après s'être serré la main droite à l'américaine, c’est-à-dire 
au risque de se désarticuler les bras, Tom Hyer et Jackson se 
mirent en garde. Les premiers coups de poings portèrent peu 
et infligèrent seulement quelques meurtrissures à l’un et à 
l’autre. 

« Au bout de cinq minutes, Tom avait reçu un coup violent, qui 
le fit chanceler sur lui-même ; mais à ce moment-là on le vit blê- 
mir de colère et je compris que nous allions assister à quelque 
chose de terrible. 

Se tenant sur ses gardes, le boxeur américain attendit l’instant 
propice et asséna un épouvantable fist-shoke sur la mâchoire de 
Jackson. Celui-ci tomba entre les bras de son partner qui le fit 
asseoir sur ses genoux, lui frictionna le visage avec du brandy et 
lui fit avaler quelques gorgées de la liqueur réconfortante. 

« Pendant ce temps-là, le partner de Tom Hyer tenait les yeux 
fixés sur la montre et attendait que les cinq minutes fussent écou- 
lées. Or on sait que si, après ce laps de temps, le boxeur frappé ne 
se met pas debout, il est déclaré vaincu. 

a Mais Jackson s’était redressé. 11 porta un coup à son adver- 
saire qui fit sonner la poitrine de celui-ci; au même instant, le 
poing fermé de Tom Hyer crevait un œil à son vis-à-vis. 

« Jackson s’appuya sur l’épaule de son partner en poussant un 
rugissement. Mais, les cinq minutes écoulées, il se releva et recom- 
mença le combat. 

u Raconterai-je les scènes navrantes de ce spectacle écœurant? 
Non. Je dirai simplement que Tom Hyer soutint « glorieusement » 
la réputation de son pays, qu'il cassa huit dents à Jackson, lui 
démit le bras et lui infligea sur la tête deux coupures horribles 
d’où le sang coulait comme si un couteau avait passé par là. 

« On fut forcé de renoncer au combat faute de combattants, et, 

21 



328 



LA BOXE FRANÇAISE 



quoique vainqueur, Tom Hyer fut, je crois, bien aise délaisser la 
place et de se retirer à bord du bateau à vapeur. 

« Jackson fut porté mourant dans la yole qui le ramena à bord, 
et il lui fut impossible de se mouvoir pour remonter l’échelle du 
navire. 

« Nous rentrâmes à Gharlestown. Tom Hyer crut prudent de 
se dérober aux ovations de ses admirateurs; il prit le train le plus 
direct pour rentrer chez lui àNew-York dans sa maison duBovery. 

« Quant à Jackson, il demeura à l’hôpital de Charlestown où il 
guérit après deux mois de souffrances. Le vaincu anglais n’eut 
jamais envie de recommencer le pugilat: il avait eu un œil crevé, 
un bras cassé et deux côtes enfoncées, et, de plus, avait perdu 
deux cents livres sterling, déposées par lui au Tammany-Hall, à 
New- York. 

« Tom Hyer, qui s’offrit encore quelquefois en spectacle à ses 
amis dans des parties de boxe sérieuses, renonça enfin à ces dan- 
gereuses rencontres et se contenta de vendre des liqueurs dans une 
taverne ouverte par ses soins dans le bâtiment du théâtre du 
Bowery. 

« Mistress Tom, la plus jolie femme de New-York, trônait au 
comptoir et percevait la valeur des consommations. 

« La boxe mène à tout. 

« Bénédict-Henry Révoil. » 

7 juillet 1878. 



cercle d’escrime «Liège; le 10 décembre 1878. 

SAINT-GEORGES 

liège « Monsieur Charlemont, 

Boulevard d’Avray, 24 professeur d’escrime à Bruxelles. 

« La mort de Pierre Hauweghem, notre ancien maître d’armes, a 
laissé sa veuve dansune situation très précaire. Le Cercle d’escrime 
Saint-Georges, afin de venir à son aide, a résolu de donner un 
grand assaut d’armes qui aura lieu le 16 du mois de janvier pro- 
chain, à 7 heures du soir, dans la salle du casino Grétry. Parmi 
ses collègues, Pierre ne comptait que des amis, aussi nous espé- 
rons qu’en nous adressant à eux, pour réclamer leur concours, 



LA BOXE FRANÇAISE 



329 



notre appel sera entendu et qu’ils viendront, en participant à 
l’assaut que nous organisons, donner une dernière marque de 
sympathie à la mémoire de leur vieux camarade. 

« Nous serons donc très heureux, Monsieur, que vous acceptiez 
Finvitation que nous avons l’honneur de vous adresser, en vous 
faisant inscrire comme tireur à notre assaut du 16 janvier. Si, 
comme nous nous en flattons, vous voulez bien accepter cette in- 
vitation, nous vous serons très reconnaissants de nous faire par- 
venir votre réponse avant le 1 er janvier, en indiquant les parties 
auxquelles vous voudriez vous faire inscrire. 

« En attendant, nous vous prions d’agréer, Monsieur, nos salu- 
tations les plus distinguées. 

« Le Secrétaire, « Pour le Président, 

« Charles Thuillier. » « Le Vice-Président, 

« Lucien Poncin. » 



CASINO GRÉTRY 

« La foule qui emplissait hier bien avant 7 heures les galeries 
et le parterre du casino Wéry, pour assister à l’assaut d’armes 
organisé par le Cercle d’escrime Saint-Georges, disait assez com- 
bien cette fête avait d’attrait pour le public liégeois et combien 
les bénéficiaires comptent de sympathies. L’assaut se donnait au 
bénéfice de la veuve de P. Hauweghem, ancien maître d’armes 
de la société qui y a fourni une carrière de cinquante ans de pra- 
tique. Il était devenu un maître hors ligne et avait acquis l'es- 
time générale. De flatteuses distinctions lui avaient été accordées : 
il était chevalier de l’ordre de Léopold et décoré de la croix com- 
mémorative des combattants de 1830. 

« L’assaut se donnait au centre de la salle ; tout autour, on 
remarquait plusieurs notabilités militaires et civiles et bon nom- 
bre de dames. 

cc L’un des atlraits de la fête était la présence des excellentes 
musiques militaires des 11 e et 9 e régiments de ligne, dirigées par 
MM. Christophe et Yan den Bogaerde. 

« Des exercices d’ensemble de canne royale, exécutés avec une 



330 



LA BOXE FRANÇAISE 



exactitude très remarquée par huit membres de la société libre de 
' gymnastique et d’escrime de Liège, ont ouvert l’assaut. 

« Le programme comprenait des assauts de pointe, de sabre, 
de bâton et d’escrime à la baïonnette. 

« On a surtout applaudi, dans les premiers assauts de pointe, 
M. Jaumain, professeur à la société de Saint-Georges, M. Mertens, 
maître d’armes au régiment des grenadiers, M. Charlemont, pro- 
fesseur d’armes et de gymnastique à Bruxelles; M. Balsa, pro- 
fesseur d’escrime à la société libre de gymnastique; M. Smets, 
attaché au même titre au club d’escrime Verviétois, et M. Alfred 
Wéry, membre du cercle Saint-Georges. 

« Dans les assauts de sabre, MM. De Zutteret Poncin, respecti- 
vement professeurs et vice-président du cercle Saint-Georges, ont 
été très applaudis, ainsi que MM. Mertens et Hymans, maîtres 
d’armes aux régiments des grenadiers et 11 e d-e ligne. 

« Le bâton a été manié avec un talent réel par MM. Simonis et 
Piron, l’un brigadier et l’autre cavalier du régiment des guides à 
Bruxelles. 

« Un assaut d’escrime très curieux à la baïonnette à ouvert la 
seconde partie. Il a eu lieu entre M. DeZutter, ancien maître d’ar- 
mes de l’armée et professeur au cercle d’escrime Saint-Georges, 
et M. Demanet, maître d’armes à Liège. 

« Après un assaut de sabre, entre M. Derath, maître d’armes 
au 1 er régiment des guides et M. Jaumain, du cercle Saint-Georges, 
on a vivement applaudi un assaut de pointe entre MM. Poncin, 
vice-président du cercle Saint-Georges, et Pourveur, maître d’armes 
à l’école militaire de Bruxelles. 

MM. Dezutter et Mertens ont été rappelés après une belle partie 
de canne royale, ainsi que MM. de Rongé frères, de Herstal. 

« Mentionnons l’ensemble parfait des exercices de bâton à deux 
mains par trois membres de la société libre de gymnastique ; enfin 
la partie de boxe entre MM. Chariemont et Lepourc, de Lize-Serang, 
qui ont enlevé des bravos chaleureux. 

« L’assaut a été terminé à onze heures. £ 

« On doit des éloges à la commission organisatrice, qui sup- 
porte tous les frais, et à MM. Wéry frères, qui ont cédé leur salle 
gratuitement ainsi que l’éclairage. 



LA BOXE FRANÇAISE 



331 



« La recette sera fructueuse. Eu outre, le Comité militaire de 
bienfaisance, sous la présidence deM. Wolf, colonel d’artillerie, a 
fait un don de 50 francs. 

« Après la fête, la commission du cercle Saint-Georges s’est réu- 
nie en un banquet qu’elle a offert aux maîtres d’armes de la ville 
et de l’étranger, » 



Charlemont rentre au cercle de gymnastique de Bruxelles, en 
qualité de professeur de boxe française et de lutte, il y reste jus- 
qu’au 15 juin 1879, date de son retour en France. 

CONTRAT 

« Entre M. Charlemont, d’une part, et M. E. Yan den Borren, 
représentant le Cercle gymnastique de Bruxelles, d’autre part, 

(( Il a été entendu ce qui suit : 

« M. Charlemont donnera aux membres du cercle gymnastique, 
dans leur local, place Rouppe, n° 24, pendant 3 mois, à partir du 
8 mai 1878, de 8 h. 3/4 à 10 h. du soir, des leçons de boxe fran- 
çaise et anglaise et de lutte, les lundi, mercredi et vendredi de 
chaque semaine. Moyennant quoi M. Charlemont recevra du cer- 
cle gymnastique 50 francs d’appointements par mois d’engage- 
ment. Pour tout ce qui n’est pas prévu spécialement dans le pré- 
sent acte, les parties s’en réfèrent à la loi et aux usages. 

« Fait en double à Bruxelles, le 2 mai 1878. 

« J. Charlemont. » « Van den Borren. » 



Casino des galeries Saint-Hubert, dimanche 12 janvier 1879, 
à 2 h. 1/2 Grand assaut donné par M. Charlemont, grand con- 
cours à l’épée de combat. Exposé pratique de la gymnastique 
graduée. Exercices de force par M. Charlemont fils. Rencontre en- 
tre MM.Heynen, Tom-Beir, boxeur anglais, etCharlemont. Le duel 
au xix e siècle, à l’épée decombat entre M. Charlemont et un profes- 
seur de l’armée française. Répétition de la théorie de la boxe fran- 
çaise parM. Charlemont fils. Assaut de boxe française par M. Char- 
lemont et M. Alexis Carpréau, son plus fort élève à Bruxelles. 



332 



LA BOXE FRANÇAISE 



Exercices de gymnastique à la barre fixe par MM. Souple, Espé- 
rance et Charlemont fils. 

Ancienne salleMarugg, 15, rue du Bois-Sauvage (derrière l’église 
Sainte-Gudule), samedi 10 mai 1879. Grand assaut d’adieux, donné 
par M. Charlemont, à l’occasion de son prochain retour en France. 
M. Charlemont espère que les sympathies qu’il a pu recueillir 
durant un séjour de huit années àBruxelles ne lui feront pas dé- 
faut en cette circonstance; il compte que ses amiset connaissances 
voudront bien lui donner une dernière marque d'estime avant 
son départ pour Paris, en assistant à cette brillante séance. Deson 
côté, il fera de son mieux pour qu’elle ne laisse rien à désirer et 
laisser un bon souvenir à la population belge. 

Le duel moderne : assaut à l’épée de combat entre M. Charle- 
mont et M. D... fort amateur. Répétition de la théorie delà boxe 
française par MM. Charlemont père et fils. Assaut de boxe française 
par M. Charlemont et un de ses meilleurs élèves. 

Grand concours à l’épée de combat : Une paire d’épées d'hon- 
neur est offerte au vainqueur, par M. le comte de R..., ex-officier 
de dragons dans l’armée française. 

Conditions : Le concours se fera en trois points, le premier coup 
touché comptera pour deux ; ne seront admis que les coups portés 
au-dessus de la ceinture. 



ADIEUX DE M. CHARLEMONT. 

« L’évolution politique qui s’accomplit en France, où la Répu- 
blique commence à être un peu moinsimplacable aux républicains, 
cette évolution prive petit à petit Bruxelles d’un grand nombre 
d’hommes qui avaient honorablement conquis chez nous droit de 
cité. 

« Les portes de la France, entrebâillées naguère pour laisser 
rentrer M. Ranc, s’ouvrent tous les jours un peu plus larges aux 
proscrits de la République hargneuse et autoritaire de M. Dufour. 
Parmi ces derniers comptait M. J. Charlemont, qui a établi à Bru- 
xelles une salle d’escrime et dont les leçons étaient fort suivies. 

a M. Charlemont va rentrer en France; il donnera à cette oc- 



LA BOXE FRANÇAISE 



333 



casion samedi prochain, à 8 heures du soir, en l'ancienne salle 
Marugg (rue du Bois Sauvage), un grand assaut d’adieux auquel 
prêteront leur concours un grand nombre de professeurs et d’ama- 
teurs français et belges. — Epée, sabre, canne, boxe française et 
anglaise, lutte parisienne et gymnastique, — telest le programme 
de la soirée. » 

La Chronique. 

<( M. Charlemont, le brillant professeur d’armes que tout Bru- 
xelles connaît, organise pour le samedi 10 mai, à 8 heures du soir, 
à l’ancienne salle Marugg, rue du Bois Sauvage, 15, un grand 
assaut d’adieux. 

« Les sympathies que M. Charlemont a pu recueillir pendant 
un séjour de huit années à Bruxelles, ne lui feront pas défaut en 
cette circonstance ; nous espérons que ses amis et connaissances 
voudront bien lui donner une dernière marque d’estime avant son 
départ pour Paris, en assistant à cette brillante séance. 

« Un grand nombre d’amateurs et de professeurs distingués, 
français et belges, prêteront leur concours à M. Charlemont. 

« L’assaut sera composé d’épée, de sabre, de canne, de boxe 
française et anglaise, de lutte parisienne et de gymnastique. 

« Nous croyons pouvoir prédire à cette soirée d’adieux le plus 
brillant succès. » 

L’Eclair. 

« A l’occasion de son prochain retour en France, le professeur 
Charlemont organise une brillante séance d’armes et de gymnas- 
tique qui sera donnée en la salle Marugg. 

« Pendant les huit années de séjour parmi nous, Charlemont 
s’est acquis toutes les sympathies et nous n’avons nul doute que 
cette attrayante soirée fera chambrée complète. 

« Pour toutes les fêtes et séances, les sociétés de gymnastique 
du pays, et spécialement de Bruxelles, ont pu compter sur le con- 
cours désintéressé de Charlemont ; elles trouveront cette fois l’oc- 
casion de lui témoigner toute leur reconnaissance. 

« A. Thlète. » 



Le Franc-Tireur. 



334 



LA BOXE FRANÇAISE 



Comme nous le disions en commençant, la période de Belgique 
est certes très intéressante. Charlemont y a déployé une activité 
dévorante; sans ressources d’aucune sorte, sans relations, sans 
connaissances du pays, de ses mœurs, et en butte à la jalousie des 
professeurs du pays, il ne se rebute pas ; il travaille à la foire, il 
donne des assauts à tout instant, il assiste à un grand nombre 
d’autres assauts où il est invité, on le voit de tous côtés, il tire 
partout, il invite, il provoque constamment les tireurs à venir 
lui disputer sa renommée et se déplace à chaque instant. Il tâ- 
tonne comme quelqu’un qui cherche son équilibre, son point 
d’appui. C’est un bon quartier qu'il cherche pour s’installer défi- 
nitivement. Nous le voyons professeur à la Société libre de gym- 
nastique de Bruxelles, au Fencing-Club, au Cercle de gymnasti- 
que. Les chefs de corps des grenadiers, des guides, des carabiniers, 
de l'artillerie de Bruxelles, lui donnent chacun deux maîtres 
d’a,rmes de leurs régiments, pour qu’il leur enseigne son art. 
Nous voyons parmi ceux-ci : M. Louis Dupont, le distingué pro- 
fesseur de Bruxelles actuellement, qui a fondé une salle d'armes, 
de gymnastique, et ouvert un cours de boxe. Tl a formé une so- 
ciété qui porte le titre de : Boxing-Club; dans cette dernière tâche 
il a été fort secondé par M. Henri Pleuser, un ancien élève de 
Charlemont. Ce Boxing-Club est très fréquenté, on y travaille 
fort ; des fêtes périodiques marquent les sérieux progrès qu’on y 
fait. 

Comment peut-on être étonné de son savoir, quand on le voit 
lutter ainsi constamment avec cette énergie qui ne l’abandonne 
pas un moment? aussi regretta-t-on son départ de Belgique, et 
de Bruxelles en particulier. Des articles en ce sens, très élogieux, 
furent publiés dans les journaux. 

Charlemont avait pu petit à petit gagner les sympathies de 
tous, éteindre les jalousies et s’attirer les relations les plus belles 
que l’on puisse désirer. Il ne laissa que de bons souvenirs per- 
sonnels, en même temps qu’un exemple de courage et de stimu- 
lant dont on profita dans le pays. 

Après son départ, on fonda des cercles d'escrime et de boxe, on 
organisa de grands assauts qui n’existaient pas avant son arrivée 
à Bruxelles. En résumé, il a bien préparé le terrain, ça pousse 



LA BOXE FRANÇAISE 



335 



bien maintenant, aussi on ne l’oublia pas; dans plusieurs grands 
assauts donnés depuis, on l’invita lui et son fils à venir y prendre 
part et contempler ce qu’on pourrait appeler son œuvre. C’est à 
Bruxelles, à l’assaut donné par le Cercle d'escrime, salle des in- 
génieurs, à la Bourse, que lui et son fils furent chaleureusement 
accueillis. A Charleroi, il fut également invité ainsi que son fils, 
à un grand assaut donné au théâtre de cette ville, au bénéfice 
d’œuvres de bienfaisance, plusieurs maîtres français furent aussi 
invités. Ce fut une réception splendide, les habitants en grand 
nombre, le comité d’organisation de la fête, en tête, les accompa- 
gnaient avec des drapeaux des deux nations. 

La salle du théâtre, celle du banquet étaient décorées,, pavoi- 
sées pour la circonstance. Pendant l’assaut il y eut une ovation 
magnifique, puis ce fut une promenade triomphale ; au banquet 
on chanta des chants patriotiques, on but à la France et les 
Français à la Belgique. On se souvenait du séjour de Charlemcnl 
en Belgique. Le fils Charlemont va souvent à Bruxelles prêter son 
concours au Boxing-Club, accompagné d’un grand nombre de 
ses élèves. 

Dernièrement il alla à Verviers assister à une fête de bienfai- 
sance, à l’occasion de laquelle un grand assaut était donné. La 
réception qu’on lui fit fut un véritable triomphe : de grandes 
bandes d’étoffes tendues en travers des rues portaient en grosses 
lettres: Honneur à Charlemont. Partout des sympathies. Charle- 
mont avait beaucoup semé en Belgique depuis 1871, c’était main- 
tenant la récolte. 

On travaille ferme aussi à Verviers, de temps en temps ils 
fournissent une petite délégation de tireurs aux assauts de Char- 
lemont à Paris. 

Cela va bien, la boxe est en bonne voie, il n'y a plus qu’à con- 
tinuer. 



336 



LA BOXE FRANÇAISE 



NOMS DES PRINCIPAUX TIREURS 

•OUI ? EN BELGIQUE, ONT PRIS GENERALEMENT PART 
AUX ASSAUTS DONNES PAR CHARLEMONT 



Adam, amateur à Bruxelles. 

Bailly , professeur à Lille (France). 
Bardoux, Louis, ex-prévôt. 

Balsa, professeur à Liège. 
Beaurain, maître au 8e de ligne. 
Bernard, cercle d’escrime de Gand. 
Blanchard, amateur, France. 
Boutée, amateur, Bruxelles. 
Carprèaux , Alexis, élève, Bruxelles. 
Catteau, 1er maître au 3e cuiras- 
siers, France. 

Charnacé, Léon, élève, France. 
Chauderlot , professeur à Paris. 
Chevalier, professeur à Mons. 
Chêne, Paul, professeur à Reims. 
Cluytmans, 1er maître au 10e de 
ligne, Namur. 

Crahy, aux Guides, Bruxelles. 
Cristol, France. 

Daveloos, maître au 7e de ligne, 
Anvers. 

Degracy, 

Dekeersgieter, 1er maître au 4 e lan- 
ciers, Tournai. 

Delalou, maître aux carabiniers, 
Bruxelles. 

Delloye, maître au 4 e lanciers,Tournai 
Demanet, professeur à Liège. 

De Mater, Anvers. 

De Mayer, Louis, maître au 2e chas- 
seurs à pied, Gharleroi. 

Derath, le r maître aux guides, à 
Bruxelles. 

Deretz, Léopold, ex-maître, France. 
Deruyser , maître au 4e lanciers, 

Tournai. 



Desmoulin, maître au 2e lanciers, 
Louvain. 

De Zutter, professeur à Liège. 

Dupont, Henri, maître aux Grena- 
diers, Bruxelles. 

Durand, ex-prévôt au 76e de ligne, 
France. 

Dutrieux, 1er maître au 5e d’artil- 
lerie, Anvers. 

Drouin, Léon, élève, France. 

Fontaine , professeur, Anvers. 

Franck, Henri, ex-maître aux cara- 
biniers, Bruxelles. 

Franque, maître au 10e de ligne, 
Namur. 

Gy sels, aux Guides, Bruxelles. 

Hauweghem, maître au 3e chasseurs, 
Tournai. 

Hiroux , le r maître au 6e d’artillerie, 
Anvers. 

Hubaut, maître au 4 e lanciers. Tour- 
nai. 

Hymans , professeur à Liège. 

Jaumain, professeur à Liège. 

Jenain, 

Jos-Gèrard , amateur, Liège. 

Keslaer , maître au 8e de ligne. 

Lallemand , 1er maître au 6e de ligne, 
Anvers. 

Lammens, 1er maître au 8e de ligne. 

Laurent, cercle d’escrime de Gand. 

Lecœur, professeur, Anvers. 

Lemignard, 1 er maître au 14e dra- 
gons, France. 

Lepourc, Félix, élève, Seraing-Liège. 

Lhoest, Joseph, professeur, Liège. 



EA ROXE 

Lhoir, aux Guides, Bruxelles. 

Loridan, professeur à Lille, France. 

Magonet, maître aux Guides, Bru- 
xelles. 

Marcunat, amateur, France. 

Martelin, 1er maître au 2e chasseurs 
à cheval, France. 

Marne ffe, maître au 7e de ligne, 
Anvers. 

Martelaere, J., cercle d’escrime de 
Gand. 

Martelaere , F., cercle d’escrime de 
Gand. 

Mathieu, 

Merckx, J. -B., professeur à Bru- 
xelles. 

Merckx, L., maître aux carabiniers, 
Bruxelles. 

Mertens, 1er maître aux Grenadiers, 
Bruxelles. 

Mesdagh, aux Guides, Bruxelles. 

Michiels, professeur à Bruxelles. 

Moreels, maître au 4e lanciers, Tour- 
nai» 

Perrot, amateur, France. 

Poncin , Lucien, cercle d’escrime 
Saint-Georges, Liège. 

Pourveur , maître à l’école militaire, 
Bruxelles. 

BOXEURS 

Bob-Eylslon. 

Ed ward- Dickson . 

George- Brown . 

Heenann. 

Jack-Dickins. 

John- Jackson. 



FRANÇAISE 337 

Schaphaut, 1er maître au 1 er lan- 
ciers, Namur. 

Smets, professeur à Verviers. 

Sory , maître de boxe au 33e de ligne, 
France. 

Toelmans, amateur, Bruxelles. 

Thoon, 1er maître au 3e d’artillerie, 
Bruxelles. 

Tiry , amateur. 

Tuncq , maître au 6e chasseurs à 
pied, France. 

Van Campen , 

Van Damme, 1er maître au 5 e de 
ligne, Anvers. 

Vandenbergh, 1er maître au 4 e de 
ligne, Ostende. 

Vanderhaeghen , le r maître au 1er 
chasseurs à pied, Mons. 

Vandersteen , 1er maître aux grena- 
diers, Bruxelles. 

Vandewarden, amateur, Bruxelles. 

Van-Moll, Adolphe, élève, Bruxelles. 

Viaene, maître au 6e de ligne, An- 
vers. 

Welkenhuisen, maître aux grena- 
diers, Bruxelles. 

Wèry, Alfred, cercle d’escrime Saint 
Georges, Liège. 



ANGLAIS 

John- Wilkins. 

Tom-Berr. 

Tom-Cribb. 

Tom-Forwell. 

Tom-Rudd. 

Wi llam-Harrison . 



338 



LA BOXE FRANÇAISE 



Charlemont revint en France le 15 juin 1879. 

De retour à Paris c’est une nouvelle période, une nouvelle lutte 
qui va recommencer, car si Charlemont a beaucoup travaillé en 
Belgique, il n’a pas beaucoup gagné. On ne faitgénéralement pas 
fortune en travaillant de ses deux braset même deses deux jambes 
avec. Sien Belgique la vie n'est pas absolument cbère, en revanche 
les gainssont relativement faibles. Aussi, malgré cette activité que 
nous lui avons vu déjà déployer avec tant d’acharnement, il est 
revenu à Paris les poches aussi garnies que lorsqu’il était parti. 

Heureusement il avait conservé une excellente santé qui lui 
permit de reprendre la lutte, le courage aidant. 

Gomme tous les commencements, celui-ci fut pénible car tout 
était changé à Paris ; l’affreuse guerre de 1871 avait tout boule- 
versé, les anciens élèves étaient dispersés, les uns tués ou blessés, 
d’autres rentrés dans leurs foyers à l’étranger ou en province, les 
étudiants, qui formaient le plus grand nombre de -sa clientèle, 
étaient devenus les uns, médecins, chirurgiens ou pharmaciens; 
les autres, avocats ou ingénieurs; les jeunes gensétaient mariés et 
pères de famille; leurs situations changées, ils ne pensaient plus 
à la boxe. Les nouveaux ne connaissaient pas Charlemont et 
n’attendaient pas après lui. Tout était à refaire. Il faut avoir vrai- 
ment une forte dose de volonté pour ne pas se rebuter dans des 
circonstances pareilles. Le courage est une belle qualité, une répu- 
tation aide, mais celanesuffit pas ; il faut du travail, et dans l’en- 
seignement de la boxe ce n’est pas facile à trouver ; si on pouvait 
attendre, mais c’est que le ventre ne peut pas espérer longtemps. 
11 était las de chercher delà besogne, n’importe quoi, il ne trou- 
vait rien. Désespéré, il monta plus d’une fois sur le pont du lac 
des buttes Chaumont, avec l’intention de se précipiter en bas sur 
les rochers; mais n’ayant pas perdu son sang-froid, il considéra 
qu’abandonner la lutte, ainsi que sa femme et son fils, c’était 
commettre une lâcheté, il continua ses recherches. C’est à ce mo- 
ment que M. Ranc le fit entrer au journal La Petite République 
française , comme imprimeur ; il endossa la cotte et le bourgeron 
bleu des travailleurs et mit les mains à la pâte (la pâte, c’était l’en- 
cre d’imprimerie et le cambouis de la machine rotative), il colti- 
nait les bobines de papier. Le travail se faisait la nuit, ce qui n’est 



LA BOXE FRANÇAISE 



339 



pas très doux ; à cela près, il était satisfait, il gagnait sa vie, cela 
lui suffisait pour le moment. Le jour il ne se reposait pas, car il ne 
pouvait dormir, aussi en profitait-il pour rechercher et renouer 
d’anciennes relations ; ses efforts furent couronnés de succès. 
M. Flanc reprit ses leçons avec lui et lui en procura d’autres, entre 
autres M. Joseph Arnaud, qui était secrétaire intime de Gambetta, 
alors Président delà Chambre. 11 retrouva quelques anciens élèves 
qui reprirent également des leçons. A un moment, Charlemont 
travaillait la nuit à l’imprimerie ; le jour, il était professeur. On 
avait déjà vu des personnes travaillant le jour, donner des leçons 
le soir, lui c’était le contraire. Cela ne pouvait durer : si le corps 
est solide il ne faut pas en abuser. Six mois après son entrée à 
l’imprimerie il quittait l’atelier, ses leçons augmentant de jour 
en jour lui suffisaient amplement. Il nous racontait que le jour où 
il quitta le travail de nuit, était un de ceux qui ont fait époque 
dans sa vie, il en souffrait fort et ne pouvait pas s’y habituer, ne 
fermant pas l’œil le jour, cela le tuait. Il devait quitter l’impri- 
merie un mois plus tôt, mais le directeur qui l’estimait et avait 
pleine confiance en lui, en raison de l’intelligence qu’il apportait 
dans son travail, le pria de rester encore un mois, le temps de 
mettre en route une nouvelle machine rotative double ; Charlemont 
accepta et c’est ce qu’il appelait le prolongement de son supplice. 

Enfin le voilà de nouveau dans son élément, les exercices 
donnent bien, la boxe surtout, il est satisfait, il n’a plus qu’à mar- 
cher de l’avant; c’est ce qu’il va essayer de faire et nous allons 
pouvoir en constater la marche ascendante. Il donne des leçons 
en ville et dans les gymnases suivants 1 : Paz-Heiser, rue des 
Martyrs; Christmann, faubourg Saint-Denis; Lopez, rue du Co- 
ysée ; Pascaud, rue Saint-Gilles et Julien, rue Saint-Antoine. 

Les leçons augmentent toujours, il attend l'occasion d’ouvrir 
une salle, cela viendra à son heure. En attendant il entre au cer- 
cle artistique et littéraire où il professe trois jours par semaine, de 
quatre à sept heures du soir. 

Au même moment, on ouvre une salle au Betting-Club, il y est 
nommé professeur et y est aidé d’un prévôt. Il donne des leçons 
trois fois par semaine, de quatre à sept heures du soir ; son prévôt 
les donne également pendant trois jours. Le soir de 8 à 11 heures, 



340 



LA BOXE FRANÇAISE 



il dirige un cours dans une société qui a son siège place Blanche. 
Boulevard de Clichy, au café Coquet, il y donne des leçons dans 
la matinée. On voit que le maître pioche dur, ce qui ne l’empêche 
pas de trouver encore quelquefois le temps pour aller en compa- 
gnie de son fils (qui lui aussi pioche comme il faut) donner un 
coup de main (même un coup de pied) dans de petites sociétés qui 
s’organisent un peu partout et de les encourager par sa présence, 
ses conseils, et aussi en payant d’exemple. C’est d’abord Jules Le- 
clerc, employé de commerce de la maison L’Viarmé-F rings et C ie , 
rue Saint-Denis, 106, aidé de plusieurs de ses camarades, qui 
forment une société dont la salle se trouvait dans un sous-sol d’une 
brasserie du boulevard Sébastopol, n° 90. D’autre part, ce sont les 
frères Knab, qui ouvrent une salle àBelleville; Philippe en ouvre 
une à Ménilmontant; Noël etMario, rueSaint-Maur; Charpentier, 
boulevard Barbés ; Emile Rive, boulevard de Strasbourg. Toutes 
ces salles étaient fréquentées par des jeunes gens occupés le jour ; 
par conséquent, on y travaillait le soir, après la journée terminée. 

Charle*mont fils dirigeait la société de gymnastique L’Avenir 
du XIX e arrondissement ; la boxe y tenait une large place. Il 
dirigeaiten même temps la société de gymnastique L’ Amorosienne, 
au grand gymnase Heiser, rue desMartyrs, 34, où son père le rem- 
plaça pour le cours de l}oxe, pendant qu’il faisait son année de 
service militaire. Cette dernière société fut une petite pépinière 
pour la boxe, elle a fourni quelques tireurs remarquables, comme 
Victor Castérès, professeur aujourd’hui, les frères Birman, les 
frères Reubens, Deleau, Saint-Quentin, Le Brasseur, Chassey, 
Lefèvre, le dessinateur et d’autres encore. 

C’est à l’aide des éléments de ces différentes sociétés, de ses 
élèves et de quelques professeurs et amateurs que Charlemont or- 
ganisa ses premiers assauts annuels de boxe françaiseet anglaise, 
qui ont eu lieu depuis, tous les ans vers la même époque. Dans 
ces assauts, la boxe est spécialisée, ce qui ne s’était pas encore 
fait jusqu’à présent. 

Dans la publication des programmes d’assaut, nous nous abs- 
tiendrons de tout commentaire sur les tireurs., laissant au public 
qui les connaît le soin de les apprécier. 

La société degymnastique l’Amorosienne a été fondée en octo- 



LA BOXE FRANÇAISE 



341 



bre-novembrel880, par l’excellent professeur M. V. Lopez, qui en 
donnant à cette jeune société le nom de « l’Amorosienne » a voulu 
honorer la mémoire du colonel Amoros, qui fut le grand propaga- 
teur de la gymnastique en France. Naturalisé français, il donna 
tout son dévouement à sa nouvelle patrie, et fut décoré de la Lé- 
gion d’honneur. 

Il était né à Valencia (Espagne), le 19 février 1770 et mourut à 
Paris en 1848. 

Le fils du colonel Amoros paya aussi de son dévouement à la 
France: Lieutenant d’artillerie à la prise cl’Algeren 1830, la veille 
de l’entréedes troupesdans la ville, il fut victime d'un guet-apens, 
après une défense héroïque et succomba, assailli par le nombre, 
il eut la tête tranchée par les Arabes. 



Nous sommes au mois de février 1880. Charlemont entre au cer- 
cle artistique et littéraire, enqualitédeprofesseur de boxe. A cette 
occasion, et pour donner une idée des préjugés qui existaient en- 
core à cette époque, vis-à-vis de la boxe, et de ceux qui s’en oc- 
cupaient, nous donnons ci-dessous un petit incident qui eut lieu 
lors de sa présentation au cercle. 

M. Alfred Roll, l’artiste peintre bien connu etM. Richerde For- 
ges, tous deux amateurs et admirateurs de la boxe, avaient, en 
compagnie d’un certain nombre de membres du cercle, adressé 
une demande au Comité, dans le but d’adjoindre à la salle d’ar- 
mes un professeur de boxe. Ces messieurs se récrièrent. 

« Comment! vous voulez introduire la boxe chez nous?... y pen- 
sez-vous, messieurs?.., un exercice commun qui n’est pas de notre 
monde... — Pardon, messieurs, répondit Roll, vous paraissez 
ignorer que la boxe française est un art et qu’elle fera fort bonne 
figure chez nous; c’est un des meilleurs sports qui existent. » — 
Ces messieursnepouvaientcomprendre une proposition pareille.— 
« Il y a donc des professeurs pour enseigner un sport semblable? — 
Parfaitement. — Qu’est-ce donc que ces professeurs ?.. vous en 
connaissez?... — Oui, plusieurs. — Où allez-vous les chercher ? — 
Nous avons le nôtre, qui nousdonnedéjàdes leçons; c’est M. Char- 
lemont, professeur avantageusement connu à tous égards. — Mais 



342 



LA BOXE FRANÇAISE 



avant de rien décider, présentez-le-nous ce professeur, nous ver- 
rons après. » — On convoqua Charlemontqui fut présenté au co- 
mité ; il expliqua succinctement à ces messieurs ce qu’était la 
boxe, son but et son utilité, puis il se retira. Il était admis. Après 
son départ les membres du comité donnèrent libre cours à leur 
étonnement, ils n’en revenaient pas. — Mais il n’est pas mal, vo- 
tre professeur ! il a l’air comme il faut, c’est un homme, comme 
un autre ! C’est un monsieur ! A la question qui leur fut posée 
par les parrains de Charlemont : c< Que pensiez-Vous donc voir 
comme professeur de boxe ? » ils avouèrent qu’ils croyaient voir un 
tireur de savate de barrière, de caboulot, un Bibi La Grillade quel- 
conque, ou Toto de Montmartre, avec une casquette à trois ponts, 
recouvrant une tête garnie d’une maîtresse pairede rouflaquettes 
bien collées aux tempes, la désillusion leur fut agréable. 

Nous pourrions écrire sur ce sujet un gros volume, ayant pour 
titre : des préjugés envers la boxe. 

Mais nous nous en tiendrons à une seconde anecdote qui don- 
nera bien la mesure des préjugés qui existaient chez les person- 
nes de toutes classes, envers cet excellent exercice, si utile à tous 
les points de vue, et heureusement mieux compris aujourd’hui. 

Un ancien élève de Charlemont disait à M me de B. .. : — « Vous 
devriez faire faire de la boxe à vos enfants. — De la boxe !... 
vous voudriez donc que je fasse de mes fils des voyous, des ba- 
tailleurs?... Ah !... non ! — Madame de B... vous vous trompez, 
la boxe est un excellent exercice très salutaire, fort bien compris 
et apprécié aujourd’hui ; beaucoup de personnes du meilleur 
monde en font et s’en trouvent très satisfaites. — On enseigne 
donc la boxe? — Comme la peinture, la musique et l’orthographe, 
madame, et cela sans le moindre danger. — Alors vous me con- 
seillez d’en faire fairè à mes enfants? — Vous feriez bien, cela 
leur donnerait de la force, de l’adresse, de l’agilité, du courage 
et une inappréciable santé. — Et vous connaissez des professeurs? 

— Le mien. — Vous en faites donc? — Oui, depuis longtemps. 

— En ce cas, voudriez-vous avoir l’obligeance de lui demander 
ses jours, ses heures et ses prix pour mes deux petits garçons? — 
C’est entendu. » 

Charlemont envoya ses conditionset fut prié de venir commen- 



LA BOXE FRANÇAISE 



343 



cer ses leçons à ses nouveaux élèves. Pendant les deux premiers 
mois M rae de B... assistait, d’un air froid et peu convaincu, aux 
leçons de ses enfants. 

Les jeunes gens étaient doués de grandes dispositions physi- 
ques et intellectuelles. Charlemont, prévenu de l’antipathie de 
M me de B... pour la hoxe, prit bonne note de la confidence et eut 
à cœur de la convaincre ; profitant des bonnes dispositions de ses 
jeunes élèves, il leur fit faire de rapides progrès. Aussi lorsque 
Charlemont présenta sa note, M me de B... lui témoigna sa satis- 
faction de ce qu’elle avait vu faire à ses enfants ; elle était émer- 
veillée, disait-elle, et ajoutant à la note une magnifique gratifica- 
tion (500 fr.) elle promit de faire de la propagande en faveur de la 
boxe et elle tint parole. 

La conversion de M me de B... à la boxe fut complétée quelques 
jours après, en assistant avec ses enfants et beaucoup d’amis au 
magnifique assaut donné le 17 février 1891, à l’hôtel Continental, 
par Charlemont et dont nous publions plus loin le programme. 
M me de B... fit des prosélytes dans plusieurs familles de sa con- 
naissance, imbues aussi de préjugés conlre la boxe. Ils furent à 
leur tour convaincus et devinrent des fervents. Quant à ses petits 
garçons devenus presque des hommes, ils font encore de la boxe 
aujourd'hui. 



ESCRIME 

« La salle d’escrime des Mirlitons est bien organisée, il n’y 
manque qu’un professeur de boxe. 

« La boxe est une science chère aux Anglais et malheureusement 
peu en faveur chez nous. C’est une faute. L’étude du fleuret 
amène à la connaissance de l’épée et peut servir quand on a af- 
faire à un homme du monde. On échange sa carte, et la rencontre 
a lieu correctement. Mais, si vous avez le désagrément d’une col- 
lision avec un manant, dirais-je un voyou, allez- vous tirer votre 
carte? — Pendant que vous faites ce geste solennel, votre adver- 
saire vous envoie un coup de poing sur le nez, ou un coup de 
pied dans le ventre ou sur le jarret... Que faire alors?.,. Se dra- 
per dans sa dignité ou se réfugier derrière un sergent de ville, 

22 



LA BOXE FBANÇAISE 



344 

quand encore il s’en trouve un?... Eh, morbleu ! apprenez plutôt 
la boxe, avec quinze ou vingt leçons de Lecour ou de Rouy, vous 
serez en état de vous défendre. Quand votre adversaire vous verra 
vous arquebouter sur les jambes légèrement pliées, la tête haute, 
l’œil fixe et les bras à demi élevés avec deux bons poings fermés, 
alors le brave zig verra que vous savez en jouer mieux que lui, 
et soyez sûr qu’il ne s’exposera pas à un bon arrêt-chassé en 
plein ventre ou un vigoureux coup de poing dans l’estomac. 
Plus que jamais il faut apprendre à se faire respecter soi-même. 
L’étude de la boxe est indispensable aux gens du monde, bien 
plus encore que tout le reste. Mon ami Saucède, président de l’E- 
cole d’escrime aux Mirlitons, me dit que, pour lui, il ne demande- 
rait pas mieux, mais que le comité du cercle n’était pas favorable 
à l’engagement d’un professeur. Je le regrettais, car j’étais 
convaincu que cette adjonction eût amené de nouveaux membres 
dans le nombre desquels j’aurais peut-être osé me glisser. 

« Signé : Charleroy. » 

20 mars 1880. 



GRAND GYMNASE PAZ 

34, Rue des Martyrs 



MARDI 4 MAI 1880 , A 8 HEURES 1/2 PRECISES DU SOIR 

GRAND ASSAUT SPÉCIAL 

DE BOXE FRANÇAISE ET DE BOXE ANGLAISE 
Donné par 

M. Charlemont, professeur au cercle artistique et littéraire 
Avec le concours de MM. les professeurs et amateurs dénommés ci-dessous. 
PROGRAMME DES ASSAUTS 

Première partie 

1° Répétition théorique et pratique de la boxe française par 
M. Charlemont fils. 

2° Boxe française MM. Jost., amateur, MM L. Charnacé, amateur. 

3° Boxe anglaise Cgeurderoi fils, amateur, Princhet, amateur. 

4° Boxe française Robert, amateur, E. Brèche, amateur. 

5° Boxe anglaise Legrand, amateur, Durupty, amateur. 

6° Boxe française Rouy, professeur, Léop. Césare, am. 



LA BOXE FRANÇAISE 



345 



Deuxième partie 



7° Boxe anglaise MM. Legrand,, amateur 



8° Boxe française 
9® Boxe anglaise 
10° Boxe française 
11° Boxe anglaise 
12° Boxe française 



Gouvet, amateur,, 

Jost, amateur, 

de la Vernède Max, amat. 

Rouer, amateur, 

Rouy, professeur, 



MIL J. Charlemont, prof. 
G. Charlemont. 
Princhet, amateur. 
Leclerc, amateur. 
X. R..., prof, milit. 
J. Charlemont, prof. 



Prix des places, 5 francs. 



Nota. On peut se procurer des billets à l’avance : Au grand gymnase Paz, 
34, rue des Martyrs et chez M. Charlemont, 73, rue des Moines. 



Voici donc Charlemont qui a donné son premier assaut depuis 
son retour de Belgique. Il ne s’est pas ménagé la pari du travail : 
Répétition de 1a, théorie de boxe française avec son fils ; un as- 
saut de boxe anglaise avec M. Legrand, ce colosse doublé d’un 
hercule, dont le jeune fils tient une des meilleures places dans les 
assauts d’aujourd’hui, pour la boxe anglaise. Un assaut de boxe 
française avec M. Rouy, professeur à l’école d’escrime française, 
un tireur difficile en raison de sa taille, de son poids et de sa force. 

L’assaut Rouy et Léopold Césare, indiqué dans le programme, 
n’eut pas lieu. Rouy refusa sous prétexte qu’il avait deux assauts 
à faire, dont un avec Charlemont, ce qui était vrai ; on lui fit re- 
marquer que Charlemont en avait trois et des mieux corsés. Léo- 
pold Césare, élève de Charlemont, était un des tireurs les plus re- 
doutables, à tel point qu’aucun tireur n’osait se mettre devant lui 
pour un assaut sérieux. Il dut faire un assaut avec Ponsol, an- 
cien maître au régiment des voltigeurs de la garde impériale, ac- 
tuellement gardien du marché de Passy. 

C’est à cet assaut que nous avons vu pour la dernière fois le re- 
gretté et courageux professeur de boxe, Charles Ducros ; atteint 
d’une maladie de poitrine, il s’était fait conduire en voiture et 
porter dans la salle sur un fauteuil par plusieurs de ses amis. 
Lorsque Charlemont alla à sa rencontre, lui serrer la main, il lui 
dit d’une voix éteinte : — « J’ai voulu te voir tirer unedernière fois. 
— Vous me verrez encore tirer, lui dit Charlemont. — Je ne me 
monte pas le coup ; je suis réglé, j'ai mon compte et en même 
temps, montrant une longue liste de noms : tiens, regarde, ce sont 



346 



LA BOXE FRANÇAISE 



mes invitations pour le grand voyage et tu vois, tu n’es pas ou- 
blié. » C’était la liste des amis et connaissances qui devaient être 
invités à son convoi. 

En effet, il sentait bien sa fin prochaine, car cinq mois après, le 
1 er octobre 1880, il mourut âgé de cinquante-six ans. 

Son ami Tessier, un fort tireur dont nous avons parlé précé- 
demment, Pa suivi de près ; il mourut le 20 novembre de la même 
année, un mois et demi après lui, il était également âgé de cin- 
quante-six ans. 



GRAND ORIENT DE PARIS 

16, Rue Cadet, 16 

MERCREDI 29 DÉCEMBRE 1880, À 8 H. 1/2 DU SOIR 

GRAND ASSAUT 



DE BOXE FRANÇAISE ET ANGLAISE, CANNE, SABRE 
Donné par 

M. Rouy, professeur à l’Ecole d’escrime française 
Avec le concours de 

MM. Charlemont, Chaüderlot, Destrée, Devost, Tenon, Thieriet, 
professeurs 

Et des principaux amateurs de Paris : 

MM. Charlemont fils, Stell, Gouvet, Leclerc, Collin, Ferdinand, Perré. 

ORDRE DES ASSAUTS 



Première partie 

Boxe française 

Gouvet, amateur, Perré, amateur. 
Charlemont fils, Collin, amateur. 
Boxe anglaise 

Stell, amateur. X..., amateur. 
Boxe française 

Chaüderlot, prof., Rouy, profes. 
Leclerc, amateur, Collin, amat. 
Sabre 

Destrée, profes., Chaüderlot, prof. 



Deuxième partie 

Boxe française 

Leclerc, amateur, Charlemont fils. 
Sabre 

Devost, professeur, Tenon, profes* 
Boxe anglaise 

Thieriet. profes., X..., amateur. 
Canne 

Chaüderlot, prof., Ferdinand, amat. 
Boxe française 

Charlemont, prof., Rouy, profes. 



Prix du billet : 5 francs. Les dames sont admises. 



LA BOXE FRANÇAISE 



347 



NOMINATION 

DE GHARLEMONT GOMME MEMBRE ü’hONNEUR 
DE LA SOCIÉTÉ « L’UNION PARISIENNE » 

« La société l’Union parisienne, réunie en assemblée générale 
le samedi 29 janvier 1881 , vote des remercîments à M. Charlemont 
pour les grands services qu’il a rendus à la Société et lui confère 
le titre de Membre d’honneur. 

« Le Président, ■ « Le Secrétaire, 

« Sautreau. )) a Ch. Turpin. » 

« Les membres du bureau : 

a G. Gâcher, « L. Grimaud. 

« A. Bertrand. « G. Séhé. » 

Paris, le 29 janvier 1881. 



GRAND ORIENT DE PARIS 

16, Rue Cadet, 16 



MERCREDI 16 MARS 1881, A 8 H. 1/2 PRECISES DU SOIR 

GRAND ASSAUT ANNUEL 



DE BOXE FRANÇAISE ET ANGLAISE, D’ÉPÉE, DE SABHE ET DE CANNE 

Donné par M. J. Charlemont, 

Professeur au Cercle artistique et littéraire 
Avec le concours de 

MM. Rouy, Tenon, Devost, Villain, Thieriet, Lorenzi, Chériglione, 
Ponsol, professeurs. 

MM. L. Gésare, Princhet, Marchant, Léon Charnacé, Leclerc, Perré, 
Collin, Flagella, Charlemont fils, amateurs. 



ORDRE DES ASSAUTS 



MM. 

1. B. fr. Perré, Collin. 

2. — Charlemont fils, Flagella. 

3. — Lorenzi, Leclerc. 

4. — Marchant, Charnacé. 

5. Epée Thieriet, Villain. 

6. Sabre Tenon, Devost. 



MM. 

7. Canne Charlemont père et fils. 

8. B. fr. Rouy, Césare. 

9. B. ang. Thieriet, Princhet. 

10. B. fr. Charlemont, Villain. 

11. — Leclerc, Charlemont fils. 

12. — Lorenzi, Charnacé. 



348 



LA BOXE FRANÇAISE 



Les dames seront admises. 

Nota. Les personnes qui prendront un billet recevront à l’entrée (gra- 
tuitement) le Traité de la Boxe française de M. J. Charlemont, volume 
in-8, 200 p. impression luxe, 50 pl. gravées sur bois. Ouvrage vendu 6 fr. 
en librairie. 



Dans l’assaut du 16 mars 1881, trois tireurs manquent : Rony 
refuse en ne se présentant pas. Leclerc prévient par une lettre 
qu’il est blessé au pied. Devost prévient également par une let- 
tre que son nom n’étant pas suivi de l’adresse de sa salle, à titre 
de compensation , il ne pouvait pas prendre part à l’assaut. Nous 
ferons remarquer que cette condition n’avait pas été présentée 
lors de son adhésion à prendre part à l’assaut, et qu’ensuile, il 
n’a jamais été de coutume de mettre l’adresse des tireurs dans les 
programmes. Nous ferons remarquer en outre que M. Devost 
avait assisté à l’assaut de Rouy, le 29 décembre 1889, sans pour 
cela que son nom fût suivi de son adresse. 

Nous avons vu Charlemont , dans ses assauts en Belgique, 
donner des bons de leçons à toutes les personnes qui y assistaien t. 

A Paris il fait mieux : il donne son traité de boxe, dont la va- 
leur est de six francs, à toute personne prenant une place. 

Il répéta cette faveur dans plusieurs assauts. C’était une bonne 
propagande ; il poussait un peu loin le sacrifice, mais Charle- 
mont est dévoué à son art. 



TIVOLI WAUX-HALL 
Rue de la Douane. 

DIMANCHE 1 er MAI 1 881 j A 1 HEURE 1/2 

GRANDE FÊTE ANNUELLE 

DE BOXE, CANNE, ESCRIME, SABRE 

Donnée par la Société d’adresse française L’Union Parisienne 
Siège social : 90, Boulevard Sébastopol. 



LA BOXE FRANÇAISE 



349 



Avec le concours de 

MM. Charlemont, Chauderlot, Allin, Villain, Trouille, Gésare, 
Gharlemont fils, Marchant, Charnacé, Berruer, 

Barbot, Quesnet, Nierre, etc., des sociétés de gymnastique de Paris et de 
L’Union musicale dés Batignolles, 

Président : M. Dumont ; Directeur : M. Auvray 

PROGRAMME. 

Salut, par la société « V Union Parisienne » et la Société de Puteaux. 

Première Partie. 

Assaut d’escrime MM. Sautreau de l’U. P. etM. Quesnet. 

— de boxe française Charnacé et M. Nierre P. A. 

— de sabre Quesnet et M. Baud, de Puteaux. 

— de canne BARBOTde l’U. P. et M. Berruer. 

Deuxième partie. 

Ouverture d’ensemble par La Parisienne. 

Assaut d’escrime MM. Grjmaud de l’U. P. et M. Goguait. 

— de boxe française Gharlemont fils etM. Nierre P. A. 

— de boxe anglaise Barbot de l’U. P. et M. Berruer. 

— de boxe française Gésare et M. Gharlemont père U. P. 

Troisième partie. 

Assaut d’ensemble: MM. Michel et Kapler ; Schikelé et Dacher ; Ber- 

trand, Baud, etc... 

Assaut de boxe française Grimaud, U. P. et M. Marchant. 

— de canne Gharlemont fils, U. P. et M. Charnacé. 

— de boxe française Gharlemont père, U. P. etM. Villain. 

Lé bénéfice de la recette sera versé aux pauvres du X e arrondis- 
sement. 



MŒURS DE L’iNDE 



A BARODA 

« La région du nord de l’Inde comprend, outre la présidence 
anglaise du Bengale, les états feudataires du Rajasthan, le Pend- 
jaub, et le Bandelenona. Le royaume de Nepaul forme un vaste 
parallélogramme borné par les Hymalayas, au sud par les Wind- 
pyas et le fleuve Nerbradda, à l’est par le Brahmapoutra et à 
l’ouest par l’Indus, que l’on nomme actuellement le Synd. 

« C’est dans ce centre de population indoue qu’est situé Baroda, 



350 



LA BOXE FRANÇAISE 



capitale des États de l’un des plus puissants Rajahs de l’Inde, le 
Guicowar. 

« Ce monarque déploie un faste qui rappelle celui des contes des 
fées et rien n’est plus curieux qu’un sovuari, grande procession 
militaire, plaisir auquel sont conviées toutes les castes de cet em- 
pire indou. A pareille fête, toutes les maisons sont décorées d’ori- 
tlammes et de bannières. On voit dans les rues de la ville des cos- 
tumes qui rappellent ceux du moyen âge. Ici, des paysans revê- 
tus de costumes de toile écrue, s’avançant en se tenant par la 
main, le nez au vent, les yeux écarquillés, suivant avec admira- 
tion un spadassin athlète qui va faire sa partie dans cette repré- 
sentation ; plus loin des femmes gracieusement enveloppées dans 
la sarri de soie de Guzarate, des bourgeois de la ville portant une 
écritoire de cuivre à la ceinture, des mohacaltes aux habits bro- 
dés d’or, le cimeterre au côté, des bayadères en pantalons collants, 
suivies de leurs musiciens, des hérauts d’armes portant des lon- 
gues trompettes ornées de draperies et qui font faire place à un 
riche zemindar. 

« On voit aussi circuler des rnttes , voitures à formes bizarres sur- 
montées de dômes et voilées par des rideaux, traînées par des 
bœufs blancs aux cornes dorées, à la bosse peinte en bleu. Ce sont 
les équipages des dames de la cour qui vont se placer derrière 
quelque treillis de marbre pour assister à la revue. Des girafes 
passent conduites par la bride, comme des coursiers du désert. 

« Et tout ce cortège pousse des cris, entonne des chants, près 
desquels le bruit d’une fête parisienne ressemble presque à du 
silence. 

« La revue des troupes du Rajah est splendide, grandiose : il 
faut avoir vu ce bariolage de couleur, ce miroitement d’acier 
poli, d’or et d’argent, ce mélange d’étoffes de soie et de laine, 
cette diversité d’armes de toutes sortes pour se faire une idée de 
ce qu’est un sowari à Baroda. 

« Le palais du Rajah, en bois de construction, est un ensemble 
très hardi, d’une architecture bizarre à l’extérieur, d’un grand 
luxe à l’intérieur, ce qui forme contraste avec runiforme du sou- 
verain, qui se compose d’un simple vêtement de toile blanche, 
sans la moindre broderie, ni le plus petit bijou. 



LA BOXE FRANÇAISE 



351 



« Le séjour favori du Guicowar est le palais des perles : « Mon- 
tibangle », où ce potentat entretient un grand nombre de bouf- 
fons, personnages drolatiques dont les plaisanteries n’égayent 
personne, des bayadères, des musiciens, des lutteurs et ds atehlè- 
tes. 11 y a aussi, pour les plaisirs du roi, des éléphants de combat, 
qui, comme les coqs d’Angleterre, se livrent à des assauts de géants, 
auxquels prennent part les sâtmarivaltahs , sortes de toréadors 
ou plutôt à’éléphantiadors, dont le costume se compose d’un sim- 
ple caleçon collant et d’un turban, de façon à ne point offrir de 
prise à la trompe du pachyderme. Leurs jeux sont les mêmes que 
dans les courses de taureaux ceux des toréadors. 

« Les hourti (lutte) des éléphants du Rajah de Barodasont des 
spectacles très émouvants. Les animaux se heurtent par le front 
et il faut que l’un des deux faiblisse et tombe. Lorsque cette lutte 
est finie, lutte pendant laquelle les Mahouts on cornacs ont couru 
de grands dangers, le jeu des sâtmarivallahs commence. Uaghur 
(l’enceinte) est envahie par ces excitateurs des éléphants qui atta- 
quent l’animal à coups de zagaies, l’agacent avec des manteaux 
de soie rouge et le forcent à se lancer sur l’un ou sur l'autre. La 
pauvre bête, excitée par la rage, piétine le sol avec fureur, et mal- 
heur à celui que la bête affolée peut saisir par une partie du corps 
à l’aide sa trompe, il est écrasé impitoyablement contre la paroi 
de l’Aghur. 

« Viennent ensuite les cavaliers mallarades montés sur des che- 
vaux à la queue coupée court, afin de ne point donner prise aux 
attaques de l’éléphant. On sait que ces animaux détestent les che- 
vaux. C’est alors le moment le plus intéressant de la lutte, car il 
faut que le cavalier déploie son habileté d’écuyer pour harceler 
le géant et ne point être pris, autrement dit écrasé par lui. 

« Le combat des éléphants se termine toujours par la mise au 
feu de fusées qui effraient le pachyderme et l’affolent au plus 
haut degré. Lorsque l’éléphant est enfin rendu, c’est le moment 
choisi par le roi pour récompenser les vainqueurs. Ceux-ci reçoi- 
vent soit une pièce de soie, soit une bourse de 500 roupies. 

« 11 y a également à Baroda des combats de rhinocéros qui ont 
leur originalité. Les deux animaux qui doivent combattre sont 
enfermés dans des casemates aux deux extrémités de l’arène ; 



352 



LA BOXE FRANÇAISE 



l’un est peint en noir, l’autre en rougé, afin que l’on puisse les 
reconnaître. A un moment donné on ouvre les barrières et les 
deux rhinocéros se lancent au petit trot, se rencontrent et s’atta- 
quent avec rage. 

« Corne contre corne, ils font des séries de tierces, quartes, 
quintes, absolument comme avec une épée, jusqu’à ce que l’un 
d’eux reçoive un coup sous la mâchoire inférieure. Ces combats 
durent souvent une heure, et, pendant ce temps-là, des valets 
leur jettent sur le corps des seaux d’eau pour les rafraîchir et leur 
permettre de continuer la lutte. 

« Enfin le Rajah ordonne que le combat cesse, et on y met fin 
au moyen d’une fusée. 

« La passion du Guicowar pour ces batailles entre animaux se 
porte aussi sur celles d’athlètes qu’il entretient à sa cour pour 
cet objet. Ces pehlwhans sont recrutés dans toutes les provinces 
de l’Inde, mais c’est particulièrement au Pendjaub et au pays de 
Travancère qu’on les trouve. 

« Qu’on se figure deux hommes nus, taillés en hercules, qui, les 
mains armées de griffes de fer (sortes de coups de poing comme 
ceux à l’usage des nations modernes de l’Europe), se livrent à 
une lutte nommée le nucki kakousti. Ces gantelets armés de 
pointes sont des armes terribles, et la mort de l’un des lutteurs 
est certaine. 

« Enivrés de bâng — sorte d’opium liquide, — ils se ruent, en 
chantant, l’un sur l’autre. Leurs figures et leurs corps sont bien- 
tôt ensanglantés, et leur frénésie ne connaît plus de bornes. L’arène 
se couvre de sang, et lorsque l’un d’eux tombe, le vainqueur reste 
souvent debout, la peau du front en lambeaux, la poitrine défon- 
cée, pouvant à peine s’avancer jusqu’au roi, qui lui donne pour 
récompense soit un collier de perles fines, soit des habits précieux. 

c< 11 arrive quelquefois que l’un des lutteurs, épouvanté à la 
vue de son adversaire, veut fuir, ou bien demande grâce. Maisalors 
le roi vocifère : Maro ! maro ! (ce qui veut dire: frappe), et celui 
des deux adversaires qui n’a pas peur assène quelques violents 
coups d’assommoir à son infortuné confrère, lequel tombe mort ou 
mourant sur le sable. 

« Ces spectacles barbares sont les plus chers au Rajah de Ba- 



LA BOXE FRANÇAISE 



353 



roda, chers en ce sens qu’il les adore au-dessus de tous les autres; 
chers, d’autre part, car il se montre toujours très généreux pour le 
vainqueur. On assure que ce souverain distribue souvent, en col- 
liers et en argent, plus de cent mille franes dans chacune de cçs 
occasions. 

« Bénédict-Henry Révoll. » 

18 septembre 1881 . 



Rouy, Auguste, professeur à l’école d’escrime, fut blessé sous 
l’aisselle par une épée cassée, en faisant assaut avec M.Paul Sohège. 
Il mourut quelques jours après, le 9 novembre 1881. 

Notre sympathique et regretté élève, Eugène Cuvillier, artiste 
peintre, fut blessé grièvement et de la même manière quelques 
années plus tard, par un fleuret cassé, en faisant assautavecM. Ho- 
race Hervegh, ingénieur civil, à la salle Mimiague, directeur 
M. Large. Il n’en mourut pas, mais il resta pendant quinze jours 
entre la vie et la mort, couchant dans une pièce attenant à la salle 
d’armes. Cinq mois après il reprenait ses leçons d’armes et de boxe. 

La même année, M. Hervegh fut transpercé aux reins par un 
fleuret cassé, en faisant assaut avec M. Porlier ; il n’y eut pas de 
suites graves car il fut rétabli peu de temps après. 

Au mois de mars 1882, Charlemont est appelé à diriger une 
Société d’armes et de boxe qui s'était formée au café Coquet, 
place Blanche, boulevard de Clichy. 

Les cours avaient lieu le soir, de 8 h. à 11 heures. 

Il y donnait aussi des leçons particulières dans la matinée. 11 y 
organisa quelques petits assauts intimes très intéressants. 



GRAND ORIENT DE FRANCE 
SAMEDI 1 er AVRIL 1882, A 8 H. 1/2 PRECISES DU SOIR 

GRAND ASSAUT ANNUEL 

DE BOXE FRANÇAISE ET ANGLAISE, CANNE, BATON 

Donné par J. Charlemont, 

Professeur au Cercle artistique et littéraire 



354 



LA BOXE FRANÇAISE 



Avec le concours de 

MM. John, Jackson, Georges Brown, boxeurs anglais ; Pénicault, 
Paul Chêne, professeurs à Reims ; Leclerc,' Nord,, Michau, Madur et 
Charlemont fils, professeurs à Paris ; Jost, Princhet, 

Colin Raoul, Perré, Léon Charnacé, Colin Léon, Charles F. 
Gaston, Jouanneau, Lescure Félix, Kappler, 

Frédéric et Michel Victor, amateurs. 

ORDRE DES ASSAUTS 

MM. Kappler, Michel. 





MM. 








MM. 






1 . 


Colin, L. Lescure 


B. 


F. 


10. 


Michau, Colin R. 


B. 


F. 


2. 


Pénicault, Michau. 


C. 


A 


11 . 


Charlemont fils. Chêne. 


B. 


F. 


3. 


Perré, Charles Flagella. 


B. 


F. 


12. 


Jackson, Brown. 


B. 


A. 


4. 


Charlemont, Ch. Charnacé 


C. 


A. 


13. 


Pénicault, Charlemont. 


B. 


F. 


5. 


Marchant, Grimaud. 


B. 


F. 


14. 


Jost, Princhet. 


B. 


A. 


6. 


Michau, Chêne. 


B. 


F. 


15. 


Chêne, Leclerc. 


B. 


F. 


7. 


Colin R. j Perré 


B. 


F. 


16. 


Nord, Charlemont fils. 


B. 


F. 


8. 


Charnacé., Jouanneau. 


B. 


F. 


17. 


Pénicault, Jost. 


B. 


F. 


9. 


Leclerc, Nord. 


B. 


F. 


18. 


Gaston, Collin R. 


B. 


A. 



Nota. Les personnes qui désireraient retenir des places à l’avance les 
recevront à leur domicile en s’adressant à M. Charlemont, 164, rue Le- 
gendre. 

Légende des assauts : Boxe française B. F. ; Boxe anglaise B. A. ; Bâton 
B. T. ; Canne C. A. 



UN ASSAUT DE BOXE 

« La boxe, la canne, la lutte, ce sont là nobles jeux qu’il ne 
faut point dédaigner pas plus qu’aucun exercice du corps. Rap- 
pelons-nous que les Grecs s’assemblaient des journées entières 
pour contempler des luttes d’athlètes, etque l’éloge des vainqueurs 
était confié tout simplement à de grands poètes. Après cela, j’au- 
rais mauvaise grâce à ne pas constater avec plaisir les exploits de 
nos boxeurs émérites. 

« M. Charlemont, l’organisateur de la séance d’avant- hier, à 
la salle du Grand Orient, rue Cadet, s’est fait remarquer par sa 
garde irréprochable, comme par des coups d’attaque bien prépa- 
rés et exécutés prestement, avec décision et à propos. 

« M. Charlemont joint la théorie à la pratique; il y a été de son 
petit traité de boxe, cette année même ; 

« Le livre est d’ailleurs intéressant. 



LA BOXE FRANÇAISE 



355 



« J’ai remarqué encore comme boxeurs, MM. Perré, Michau. 
Le premier, un amateur, a été très applaudi pour ses attaques à 
la jambe et ses ripostes à la tête. M. Michau, un professeur, 
joint aux qualités de M. Perré une plus grande sûreté de parade. 

« A citer encore un assaut de canne très applaudi entre 
MM. Marchant et Grimaud, deux professeurs. 

« Malgré la rapidité de leurs coups, ils ont su arriver près du 
corps de leur adversaire, retenir leur arme à propos et la poser à 
peine, délicatement. 

« Les autres tireurs auraient dû prendre le même soin, même 
dans les assauts de boxe. Ils ne l’ont guère fait; au demeurant, 
ils avaient la peau très dure, et recevaient d’énormes coups de 
poing et de pied, le sourire sur les lèvres. 

« Emile André. » 

Le Voltaire, mardi 4 avril 1882. 

ASSAUT DE BOXE 

« Le professeur Charlemont a donné samedi soir, dans la salle 
du Grand Orient, un assaut de boxe française et anglaise, de 
canne et de bâton, qui a obtenu un plein succès. 

« L’assistance était extrêmement nombreuse : nous y avons 
remarqué bon nombre des notoriétés de l’escrime. 

« C’est l’éminent professeur Lecour qui présidait la séance, 
MM. Chêne, Leclerc, Nord, Michau, Colin et Charlemont fils ont 
fait de bons assauts, applaudis à juste titre. 

« On a fait une véritable ovation à M. Charlemont qui a fait 
deux assauts de boxe excellents. 

« L’assistance entière a témoigné à l’organisateur, par d’una- 
nimes bravos, tout le plaisir qu’elle avait pris à le voir tirer. 

« Charlemont a montré dans ces deux luttes une incontestable 
supériorité. 

« Spada . » 

24 avril 1882. 

« Un intéressant assaut de boxe, canne et bâton a été donné, 
hier soir, par le professeur Charlemont, devant un public fort 
nombreux. Parmi les assauts les plus remarquables, il convient 
de citer ceux de MM. Charlemont fils et Chêne et de MM. Michau 



356 



LA BOXE FRANÇAISE 



et Perré qui ont prouvé, par leur agilité et leur souplesse, com- 
bien la boxe française était plus pratique et plus intelligente que 
la boxe anglaise. 

« Nous plaçons au-dessus de tout éloge M. Charlemont père, 
qui, dans son assaut avec M. Pénicault, s’est montré digne de la 
réputation qu'il s’est acquise. » 

La Lanterne, mardi 4 avril 1882. 

GYMNASTIQUE ET TIR 

« Il serait trop long de donner un compte-rendu détaillé de la 
magnifique séance organisée par M. Michaut et par M. Nord, qui 
a eu lieu samedi, salle Chaynes 12, rue d’Allemagne. 

« M. Moreau, président de la société du XVI e arrondissement, 
présidait. 11 faudrait citer tous les acteurs, artistes et amateurs, 
car tous ont rivalisé de zèle pour assurer le succès de cette char- 
mante soirée. 

« L’assaut de boxe entre MM. Jouanneau, amateur, et Charle- 
mont, fils du célèbre professeur, les gracieux exercices des frères 
Cadas et la voltige où nous avons applaudi M. Souchat, profes- 
seur de gymnastique, ont été particulièrement remarqués. 

« Les amateurs d’escrime, de boxe, canne et gymnastique ont 
passé là quelques heures fort agréables. 

« Nous avions publié le programme de cette intéressante soi- 
rée qui a dépassé, en réussite, ce que promettait le programme. 

« Tous nos compliments aux organisateurs, l’infatigable 
M. Michaut et M. Nord. Nos félicitations à MM. Charlemont père 
et fils, à M. Jouanneau, à MM. Gasbiat et X...pour leurbel assaut 
d’armes, aux sauteurs arabes, Sidi-Mohammed et ses enfants, 
aux frères Cadas, à la troupe Eliez-Nilsonn; MM. Souchal, David, 
Degruyter, etc... pour la partie gymnastique acrobatique, sans 
oublier ceux dont le nom m'échappe, et sans oublier, surtout, 
l’excellente symphonie du XIX e arrondissement qui, sous l’habile 
direction de M. Marcireau, nous a fait entendre les meilleurs 
morceaux de son répertoire. 

« Les nombreux spectateurs se sont retirés enchantés, se don- 
nant rendez-vous à une prochaine fête. » 

10 avril 4 882. 



LA BOXE FRANÇAISE 



357 



À partir du 20 décembre 1882, MAL J ale ? Leclerc et Gaston 
Charpentier ouvrent un cours de canne, d’adresse française et 
anglaise, tous les mercredis et vendredis, de 8 h. 1/2 à 10 h. 1/2 
du soir, 14, boulevard Barbés. 

Au mois de janvier 1883, Charlemont fait l’essai d’un cours 
de boxe et de canne, au Cercle protecteur des Arts, 6, boulevard 
Poissonnière. Le cours ne vécut que quelques mois. 

GRAND ORIENT DE FRANCE 



JEUDI 8 MARS 1883 , A 8 H. 1/2 PRÉCISES DU SOIR 



GRAND ASSAUT ANNUEL 

DE BOXE FRANÇAISE ET ANGLAISE, CANNE, BATON 
Donné par M. J. Charlemont, 

professeur au Cercle artistique et littéraire, avec le concours de 
MM. Villams Sutton, Tom Rudd, boxeurs anglais, 
Griessemann, professeur à Reims, Verdier, professeur à Lyon ; 
Leclerc, Michau, Knab, Charpentier, Perré, Moritz, Noël, 
Charles Flagella, Jouanneau, Lescure. 

Charlemont fils, professeurs et amateurs de Paris. 



ORDRE DES ASSAUTS 



Répétition théorique et pratique de la boxe française, par 
MM. Charlemont père et fils. 



1. B. fr. Lescure, Charles F. 

2. — Noël, Moritz. 

3. Canne Michau, Knab. 

4. B. fr. Charpentier, Perré. 

5. — Griessemann, Jouanneau. 

6. — Charles Flagella, Moritz. 

Villams Sutt 



7. B. fr. Charlemont fils, Knab. 

8. — Leclerc, Perré. 

9. — J. Charlemont, Verdier. 

10. — Charpentier, Lescure. 

11. — Jouanneau, Leclerc. 

12. — Michau, Griessemann. 

i, Tom Rudd. 



Les dames seront admises. 

Toutes les personnes qui prendront des billets à l’avance recë- 
vront à l’entrée (gratuitement) le nouveau traité de boxe fran- 
çaise de M. J. Charlemont, volume in-8, 200 pages, impression 
de luxe, 50 pl. gravées sur bois. Ouvrage vendu 6 francs en 
librairie. 



358 



LA BOXE FRANÇAISE 



ASSAUT ANNUEL DE BOXE 

« La salle du Grand Orient, rue Cadet, où avait lieu cet assaut, 
était entièrement remplie ; il y avait plus de cinq cents specta- 
teurs parmi lesquels beaucoup d’amateurs de nos salles d’armes. 

« Public très bien disposé, et qui a montré son goût pour la 
boxe, en faisant une véritable ovation à M. Charlemont et à son 
fils, lorsqu’ils ont exécuté la leçon théorique et pratique de laboxe 
française. M. Charlemont, l’organisateur de la séance, a eu une 
excellente idée, en intercalant cette leçon entre les assauts. 

« C’était le meilleur moyen de faire comprendre à ceux qui 
n'ont pas pratiqué la boxe la régularité et la perfection artistique 
qu’elle peut atteindre. 

« Charlemont et son fils ont montré dans cette leçon tant d’agi- 
lité, de vigueur et d’à-propos, qu’ils ont été rappelés deux fois. 

« Le coup de pied en tournant, ce fameux coup que les élèves 
de Lecour reprochent à Charlemont, a été applaudi comme les 
autres ; il est vrai qu’il a été exécuté très lestement. Dans les 
assauts Charlemont ne l’emploie que rarement. 

« Parmi les tireurs applaudis, citons MM. Leclerc, Charpentier, 
puis MM. Perré, Michau, Lescure, Knab. 

« La séance s’est terminée parun assaut de boxe entre MM. Char- 
lemont. Lejière et le fils ne se sont pas ménagés. 

« Très belle lutte restée indécise. 

« Robert Milton. » 



Grand gymnase H. Chéret, 6, rue Yanloo, au Point-du-Jour. 
Jeudi, 22 mars 1883, à 8 heures du soir, grande soirée extraordi- 
naire de gymnastique pratique et d’adresse française, sous la pré- 
sidence de M. Moreau, président de la société de gymnastique 
l ’ Étoile du XVI e arrondissement, organisée par M. Michau, pro- 
fesseur, avec le concours des professeurs de Paris, Lyon, Bordeaux, 
Reims, Bruxelles : MM. Charlemont père et fils, professeurs spé- 
ciaux de boxe française; M. Souchet, professeur à Lyon ; M.Morat, 
professeur à Reims; M. Mancet, professeur à Bordeaux; M. Thé- 
riard, professeur à Bruxelles; MM. Jouanneau, Perré, Leclerc, 



LA BOXE FRANÇAISE 



359 



Destouches, Lescure, Moritz, Noël, professeurs et amateurs de 
Paris. 

La soirée était composée d’exercices de boxe française, canne, 
bâton, exercices de force, anneaux, cheval, tremplin, barres à 
fond, barre fixe, corde lisse et grande voltige. 

« Mairie de Boulogne, le 21 juillet 1883. 

« Messieurs, 

« La Vigilante de Boulogne-sur-Seine donnera une fête-con- 
cours de gymnastique, le 29 juillet, à 2 heures, place du Parchamps. 

« Pour donner plus d’éclat à cette petite fête, nous serions heu- 
reux d’obtenir votre gracieux concours. 

« Certain d’avance de votre dévouement à la cause de la gym- 
nastique, nous vous prions d’agréer, avec nos remerciements an- 
ticipés, l’assurance de notre considération distinguée. 

« Pour le Comité : Le Maire, président, 

« Dehout, adjoint. » 

« A MM. Charlemont père et fils, 164, rue Legendre. » 

Inutile de dire que Charlemont et son fils acceptèrent. La fête 
fut superbe. De magnifiques médailles leur furent distribuées à 
titre de remerciements. 

SALLE DU CHALET 

43, Avenue de Glichy. 



MERCREDI 6 NOVEMBRE 1883 , A 8 H. 1/2 DU SOIR 

GRAND ASSAUT 

DE BOXE FRANÇAISE ET ANGLAISE, ESCRIME, CANNE, BATON 

donné par MM. Charpentier j et Leclerc 
Avec le concours de 
MM. Charlemont père et fils 
et des principaux professeurs et amateurs de Paris 
MM. Perré, Knab, X..., Noël, Moritz, Jouanneau, Simonel, Philippe, 
Michau, Coyette, Colin, Aufort, Lecomte, Sautreau, 

Bouvel, Grimaud, Mariot et Thierry. 



23 



360 



LA BOX U FRANÇAISE 



ORDRE DES ASSAUTS : 



Première partie 



: 1 . 


Knab et Moritz. 


B. 


F. 


6. Charpentier et Leclerc. 


B. 


F. 


2 . 


Philippe et Noël. 


B. 


F. 


7. Lecomte et Lefort. 


E. 


S. 


3. 


Saut.reau et Grimaud. 


E. 


S. 


8. Charlemont père et fils. 


B. 


F. 


4. 


Michau et Perré. 


B. 


F. 


9. Coyette et Colin. 


E. 


S. 


C. 


Mariot et Bouvel. 


E. 


S. 


10. Jouanneau et Simonel. 


B. 


F. 



Deuxième partie 



11. Leclerc, prof, et son 


frère 




16. 


Mariot et Grimaud. 


E. 


S. 


âgé de 7 ans. 


B. 


F. 


17. 


Moritz et Michau. 


B. 


T. 


12. Noël et Jouanneau. 


B. 


F. 


18. 


Colin et Bouvel. 


E. 


S. 


13. Sautreau et Thierry. 


E. 


S. 


19. 


Charlemont père, Leclerc. B 


F. 


14. Knab et X.... 


C. 


A. 


20. 


Coyette et Lecomte. 


E. 


S. 


15. Perré et Simonel. 


B. 


A. 


21. 


Charpentier, Charlemont f.B. 


F. 



L’Harmonie des Batignolles, directeur Mille, prêtera son concours. 

Les dames seront admises. 

Prix des places : Premières 2 fr. ; Secondes 1 fr. 

Légende des assauts. — Boxe française, B. F ; Boxe anglaise, B. A. , 
Bâton, B. T. ; Canne, C. A. ; Escrime, E. S. 



ESCRIME 

« L'assaut de boxe française, d’escrime et de canne, donné 
mardi 6 courant à la salle du Chalet, avenue de Clichy,a été des 
plus brillants. 

« Devant un public nombreux, où l’on remarquait les princi- 
paux amateurs de Paris, les organisateurs de celte belle réunion 
MM. Gaston Charpentier et Leclerc ont fait merveilles. Le jeu de 
ces jeunes professeurs se perfectionne de plus en plus et l’on peut 
prévoir le moment très rapproché où ils tiendront une place très 
honorable à côté des principaux maîtres de la boxe française. 

« Citons en première ligne MM. Charlemont pèreet fils dont la 
réputation n’est plus à faire. 

« Quillier, élève de Cbauderlot, qui, devant son vieux maître 
ému, a soulevé les applaudissements de toute la salle. 

« MM. Aufort, Perré, Colin, Lecomte, etc... ont également été 
fort goûtés du public. 

«L’ilarmoniedes Batignolles, sous l’habile direction de M . Mi lié. 



LA BOXE FRANÇAISE 



361 



a rehaussé l’éclat de cette belle fête et on est unanime à recon- 
naître que cette nombreuse phalange d’artistes compte parmi les 
meilleures de la capitale. 

(( R. K. » 

Lundi 12 novembre 1883. 

GRAND GYMNASE 



FÊTE DE BIENFAISANCE 

AU BÉNÉFICE DES PAUVRES DU IX e ARRONDISSEMENT 

donnée par 

la Société de gymnastique et d’escrime L’Amorosienne 
Sous la présidence d’honneur de Victor Hugo 

Le dimanche 9 mars 1884, à 2 heures précises, au Grand Gymnase 
médical G. Heiser, 34, rue des Martyrs. 

Compte-rendu de la fête par le journal Le National du 1 1 mars 
1884. 

« Hier a eu lieu, à 2 heures, au gymnase Heiser, 34, rue des 
Martyrs, une grande fête de bienfaisance au bénéfice des pauvres 
du IX e arrondissement, organisée par la société de gymnastique 
YAmorosienne. 

« Deux ministreset deux sous-secrétaires d’Etat, MM. Fallières 
et l’amiral Peyron, MM. Félix Faure et Durand, avaient pris place 
sur l’estrade, ayant à leurs côtés : MM. Ferdinand de Lesseps ; 
MM. Anatole de la Forge et Ranc, députés ; Paul Strauss, conseil- 
ler municipal du IX e arrondissement; M. Lesage, adjoint au maire 
du IX e arrondissement ; MM. Mézières, de l’Académie française ; 
notre collaborateur Edouard Siebecker, Eugène Paz, D r Hoffmann, 
Kock, colonel du 102 e de Ligne et Heiser, président de la société. 
M. Anatole de la Forge a cordialement souhaité la bienvenue aux 
invités présents. M. Fallières a prononcé ensuite une allocution 
applaudie, dans laquelle il a dit que sa présence et celle du Mi- 
nistre de la marine s’expliquaient par l’intérêt que le gouverne- 
ment porte aux sociétés de gymnastique. Il a terminé en faisant 
l’éloge de celui que Gambetta nomma le grand français, et qui 



362 



LA BOXE FRANÇAISE 



montre avec tant d'éclat ce que peut faire le génie avec la persé- 
vérance. 

« L’amiral Peyron a succédé à M. Fallières, et, après avoir dit 
que la gymnastique était l’âme de la marine, il a souhaité succès 
et prospérité à Y Amorosienne. 

« Ensuite la parole a été donnée à M. de Lesseps. 

« Le nouvel académicien, avec cette verve et cet entrain qu’on 
lui connaît a, en quelques mots, fait l’historique du canal de Suez 
et du canal de Panama, émaillant, çà et là, son récit de détails fort 
intéressants. Inutile de dire que les applaudissements ne lui ont 
pas été ménagés. 

ce Après ces allocutions, M me Franc Duvernoy et M. Nicot ont 
chanté plusieurs morceaux; ils ont été fort applaudis dans le duo 
de Mireille. 

ce M. Edouard Siebecker a dit avec sa chaleur habituelle deux 
de ses poésies, qui ont eu le plus vif succès, et M. Coquelin Cadet 
a récité deux de ses monologues désopilants. 

« Les jeunes gymnastes ont montré dans leurs mouvements 
d’ensemble, comme dans les assauts d’escrime, de canne, de bâton 
et de boxe, de grandes qualités de souplesse et d’agilité. L’assaut 
de boxe donné par l’excellent professeur Charlemont a été par- 
ticulièrement remarqué, ainsi qu’une fantaisie sur la boxe qu’il 

fit exécuter par huit de ses meilleurs élèves. » 

% 

M. Edouard Siebecker termine ainsi son article dans le Natio- 
nal : 

« Mais le bouquet a été l’assaut de boxe française où les adver- 
saires ont été étonnants de souplesse, d’agilité, d’adresseàla parade 
et d’originalité dans les surprises. 

« Ces jeunes genssont des artisans et des petits bourgeois, des 
employés d’administration, de commerce, de banque. 

« Ce seront de fiers soldats, et dès aujourd’hui, je n’engage pas 
les rôdeurs de barrière à leur marcher surle pied, car même avec 
le couteau à la main, ils auraient la mâchoire démolie avant d’ap- 
procher ceux qu’ils choisiraient comme victimes. 11 faut qu’un 
jeune homme aujourd’hui apprenne cela et se sente de force à se 
faire respecter partout, sur le champ de bataille comme au coin 



LA BOXE FRANÇAISE 363 

d’un carrefour, devant l’attaque d’un assassin, comme devant la 
mauvaise humeur d'un mauvais sujet. 

a L’égalité dans la force prépare à l’égalité des droits. » 

En remettant sa médaille à l’un des lauréats, M. de Lesseps lui 
a dit: « Jeune homme, si je suis encore à mon âge aussi leste et 
peut être aussi fort que vous, je le dois à la pratique des exercices 
de corps que je n’ai jamais abandonnés. » 

Après une quête faite par les enfants de M. de Lesseps et les 
enfants de M. Heiser, le président de la société, M. Heiser, apro- 
noncé une chaleureuse allocution de remerciements. 



SALLE DU GRAND ORIENT DE FRANCE 



VENDREDI SAINT 11 AVRIL 1884, A 8 H. 1/2 PRECISES 

GRAND ASSAUT ANNUEL 



DE BOXE FRANÇAISE ET ANGLAISE, CANNE, BATON 



Donné par M. J. Charlemont, professeur au Cercle artistique et littéraire 
Avec le concours de 

MM. Edward Saterlée, boxeur américain ; Bob-Elston, boxeur anglais ; 
Gapréaux, professeur à Bruxelles ; Griessemann, Liégeois, 
professeurs à Reims ; Quillier, Leclerc, 

Lacoste, Knab, Charpentier, Perré, Jouanneau, Moritz, Michau, 
Lescure, C. Flagella et Charlemont fils, professeurs 
et amateurs de Paris. 

M. Charles Lecour, doyen des professeurs, présidera l’assaut. 
ORDRE DES ASSAUTS 



Répétition théorique et pratique de la boxe française 
par MM. Charlemont et Charpentier. 



1. Lescure, Flagella. 

2. Michau, Moritz. 

3. Perré, Liégeois. 

4. Quillier, Carpréaux. 

5. Leclerc, Griessemann. 

6. Knab, Liégeois. 

Les dames 



7 Charpentier, Carpréaux. 

8. Charlemont père, Lacoste. 

9. Quillier, Griessemann. 

10. Perré, Leclerc. 

11. Charlemont fils, Lacoste. 

12. Knab, Louis S**\ 

seront admises. 



Régisseur : M. Deville. 



364 



LA. BOXE FRANÇAISE 



Toutes les personnes qui prendront des places réservées, à l’a- 
vance, recevront (gratuitement) le nouveau traité de boxe fran- 
çaise, de M. J. Charlemont, ouvrage très rare, vendu 6 francs en 
librairie. 

ASSAUT ANNUEL DE BOXE 

« Beaucoup de monde à cet assaut ; on y remarquait un certain 
nombre d’Anglais et d’Anglaises, et beaucoup d’amateurs de nos 
salles d’armes. 

« A côté du président, M. Féry d’Esclands, nous apercevons 
MM. Saucède, Laroze, capitaine Atkins, lord Carrington, Banc, 
Bérardi, Vavasseur, etc. 

« Le succès de la séance a été d’abord pour la leçon de boxe 
française par Charlemont et son fils, et pour un assaut entre La- 
coste et Charlemont père. 

« Celui-ci a hésité et tâtonné un peu au début, pour « déchif- 
frer » le jeu de son adversaire, avant de lancer une rapide série de 
coups d’arrêt au corps, d’attaques et de ripostes variées qu’on a 
souvent applaudies. 

« La boxe anglaise a laissé un peu à désirer par suite de l’ab- 
sence du principal tireur attendu. 

« Les champions anglais ne se dérangent guère d’ailleurs à 
moins de 20 à 25 louis par représentation. 

« Plus exact au rendez-vous, un boxeur américain, Saterlée, a 
obtenu un grand succès très mérité. Signe particulier: ressemble 
étonnamment à Baron, et lance d’ailleurs le coup de poing avec au- 
tant de grâce que de vigueur et de sûreté. 

« Comme intermèdes, on a eu plusieurs assauts de canne et de 
bâton, où les adversaires ne se contentaient pas « d’indiquer » les 
coups. Ils les marquaient à tour de bras, ce qui a satisfait du reste 
une bonne partie du public. 

« Citons parmi les boxeurs : MM. Michau, Perré, Quillier, 
Carpréauxet Leclerc, en recommandant à plusieurs d’entre euxde 
moins exagérer l’amour-propre du^coup de poing, d’ailleurs très 
natu rel. 



« Robert Milton. » 



LA BOXE FRANÇAISE 



365 



THÉÂTRE DES MENUS-PLAISIRS 

14, Boulevard de Strasbourg, 14 
DIMANCHE 20 AVRIL 1884 , A 2 H. PRECISES 

MATINÉE EXTRAORDINAIRE 

Donnée au bénéfice de la caisse de la Société de tir et de gymnastique 
Les Enfants de Paris, du X e arrondissement. 

Sous la présidence de M. Ernest Lefèvre 

député du X° arrondissement et sous le patronage de la municipalité 
du Xe arrondissement, etc. 

Charlemont prêta son concours à cette brillante fête en faisant 
un assaut de boxe. 

Le même jour Ghauderlot représentait la boxe àBruxelles, dans 
un grand assaut d’armes, donné par M. Albert Fierlants, dans les 
salons du cercle du commerce, palais de la Bourse; il tirait avec 
M. Henri Pleuser, ancien élève de Charlemont. 



VILLE DE CLICHY 

DIMANCHE 17 MAI 1894 , A 1 H., AU GYMNASE 

DEUXIÈME GRANDE FÊTE 

DE GYMNASTIQUE, D’ESCRIME, DE BOXE, CANNE ET BATON 
donnée au profit du Bataillon scolaire 

La société Y Amorosienne était représentée pour la gymnasti- 
que, la boxe, la canne et le bâton, par MM. Charlemont père et fils, 
Birmann, Castérès, Lafont, Boutan et M. Liégeois, amateurs. 

L’harmonie de Clichy prêtait son gracieux concours. Des mé- 
dailles de vermeil et d’argent furent données comme prix. 



GRAND CASINO DE LUC- SUR-MER. 

« Du 1 er juillet au 30 septembre 1884. 

« MM. Charlemont père et fils, professeurs au cercle artistique 



366 



LA BOXE FRANÇAISE 



et littéraire el. au grand gymnase Heiser (anciennement Paz) de 
Paris, ontl’honneur d’informer MM. les amateurs d’exercices qu’ils 
viennent d’ouvrir un cours d’escrime, boxe française etanglaiseet 
de canne, au casino de Luc-sur-Mer. 

«Pour tous renseignements, s’adressera M. Charlemont, hôtel 
du Soleil-levant. » 

C’est bien là des vacances de professeur. 



VILLE DE BOULOGNE-SUR-MER 



DIMANCHE 31 AOUT 1884 , A 1 H., ROND-POINT DES PRINCES 

FÊTE-CONCOURS DE GYMNASTIQUE 

ASSAUTS D’ARMES, DE BOXE ET DE BATON 

organisée par 

la. Société de Gymnastique et d’Escrime LA VIGILANTE 

Sous les auspices de la Municipalité 

(Présidence de M. le Maire) 

Assauts d’armes avec le concours de 
MM. Destrée, Frey, Vital de Chambefort, Mille, professeurs à l’Ecole 
d’escrime française; Mégie, professeur au Cercle de l’escrime et des arts: 
Sautreau, Petit, Lobrot, Jouani et Cloutier, de la Vigilante. 

Boxe : MM. Charlemont père et fils, Michau, Moritz, Marius. 
Bâton,: MM. Moritz et Rousseau. 

La fête s’est terminée par la distribution des prix 
et des médailles commémoratives. 



VILLE DE PUTEAUX 

Salle de bal Rozé-Haquin, 15, Quai National 
DIMANCHE 21 SEPTEMBRE 1884 , A 2 H. PRECISES 

GRAND ASSAUT 

D’ARMES, POINTE, CONTRE-POINTE, CANNE, BATON, BOXE 
FRANÇAISE ET ANGLAISE 

Donné par M. Liégeois, maître et professeur à Courbevoie 



LA BOXE FRANÇAISE 



367 



Avec le concours de 

MM. Charlemont, professeurs à Paris ; Imbernotte, père et fils, professeurs 
à Courbevoie ; Castellani, Blondel, ex-maîtres de l’armée ; 
et Martin, amateur à Courbevoie, Cochet. 

Desmartin, Guillot, professeurs à Puteaux, Quesnet, 
professeur à Suresnes. 



ASSAUT DE BOXE 

* ENTRE MM. LOUIS GAILLARD ET CHARLEMONT 

a l’école d’escrime 

Le 25 novembre 1884, Charlemont et son fils étaient invités à 
venir faire assaut de boxe, à la salle de l’école d’escrime, 14, rue 
Saint-Marc. 

« A leur arrivée dans la salle de boxe, Charles Lecour quitta 
aussitôt laleçon qu’il était en train de donner, vint à Charlemont 
et l’emmena de suite dans le vestiaire. C’était peut-être de peur 
qu’en restant dans la salle celui-ci ne surprît les secrets de sa 
méthode. Que diable aussi, pourquoi avoir des secrets! Enfin vint 
le moment de l’assaut. Pendant que Charlemont s’habillait, M. Ro- 
dolphe Julian, qui lui causait, lui fit remarquer dans un coin du 
vestiaire, auprès de Gaillard, Charles Lecour qui gesticulait et lui 
donnait ses derniers et infaillibles conseils sur la manière dont il 
devait combattre Charlemont. M. Julian, riant, dit à ce dernier: 
« Méfiez-vous, Lecour vide son sac de bottes secrètes, gare avons, 
méfiez-vous! » 

L’assaut commence. Beaucoup de monde dans la salle. Louis 
Gaillard est, on peut dire, un beau gaillard, solidement construit ; 
il a environ lm. 70 de taille, très énergique, ne manquant ni de 
grandes dispositions physiques, ni de vitesse, mais la méthode 
occulte de Lecour, avec tous ses secrets, ne pouvait rien contre une 
science beaucoup plus complète, et pratiquée professionnellement 
et passionnément, depuis 24 ans, par Charlemont. 

Gaillard apporta en cette circonstance toute la volonté, tout 
le courage dont il était capable, il eut beau déployer toute sa vi- 



3G8 



LA BOXE FRANÇAISE 



gueur, tous ses moyens^ il se heurtait à une impossibilité qu’au- 
cun tireur n’avait pu vaincre. 

Tout en tirant, Charlemont fit voir à Lecour, qui assistait à 
la défaite de sa méthode, qu’on peut posséder une science supé- 
rieure et rester devant un adversaire dans les termes de la plus 
grande courtoisie. Ce fut l’opinion de tous les amateurs présents, 
et plusieurs, en félicitant Charlemont sur sa conduite dans l’assaut, 
disaient : « Ce n’est pas Gaillard qui est battu, c’est la méthode 
Lecour, dans un de ses meilleurs représentants. » 

Il n’y eut pas d’autres tireurs voulant compléter l’expérience 
en tirant avec Charlemont fils. 

A la suite de cet assaut, Louis Gaillard prit des leçons avec 
Charlemont. 



Pour compléter le petit compte-rendu que nous venons de 
faire sur l’assaut Gaillard et Charlemont, à l’Ecole d’escrime, voici 
quelques impressions que nous retrouvons dans nos souvenirs, 
et qui concordent avec celles d’autres professeurs de cette époque; 
c’est avec la plus grande impartialité que nous les écrivons ici. 

Nous connaissions très peu Charles Lecour, nous ne l’avons 
jamais vu tirer. Dans son jeune temps, il tirait fort bien, paraît- 
il. Certains, même, lui attribuaient une plus grande vitesse qu’à 
son frère, qui cependant en possédait une des plus remarquables. 

On lui accordait d’être bon démonstrateur, doux, affable, con- 
sidéré par ses élèves plutôt comme leur ami. Ceci nous paraît très 
naturel, liés qu’ils sont l’un et l’autre par des intérêts communs, 
il n’y a là rien de particulier ; tous les élèves, généralement, ai- 
ment leurs professeurs. Il en était autrement vis-à-vis des profes- 
seurs, ses concurrents ; ceux-ci se plaignaient du dédain qu’il pa- 
raissait affecter pour eux, il n’en voyait ni n’en fréquentait 
aucun, ni de près ni de loin. Etait-ce un effet de la concurrence, 
cela est bien possible, croyable même, aujourd’hui encore, il n’y 
a rien de changé à ce sujet. La concurrence engendre inévitable- 
ment une antipathie entre les représentants d'une même profes- 
sion. Charles Lecour ainsi que son frère Hubert vivaient complè- 
tement à l’écart des autres professeurs, témoignant ainsi à leur 



LA BOXE. FRANÇAISE 



369 



égard un certain dédain, aussi passaient-ils pour être peu servia- 
bles et fort égoïstes. Pour notre part, nous avons. eu à le consta- 
ter plusieurs fois, voici comment. En 1876, sur le point de pu- 
blier notre premier traité de la boxe française, nous nous sommes 
adressés à Charles Lecour, pour le prier de vouloir bien nous 
donner les noms des principaux tireurs de son époque, et d’y 
ajouter ses appréciations personnelles sur les mérites de chacun 
d’eux. 

Voici sa réponse : 



« Paris, 10 juillet 1876. 

« Monsieur Charlemont, 

« Je regrette de ne pouvoir vous satisfaire relativement aux 
renseignements que vous me demandez, il y a déjà longtemps 
que j’ai fait une méthode, dans laquelle j’ai fait un peu l’histo- 
rique de la boxe française ; elle n’est pas encore imprimée et ne 
le sera que quand je ne donnerai plus de leçons, par conséquent 
la vôtre paraîtra bien avant la mienne ; vous comprenez que je ne 
peux pas vous donner ce que j’y ai mis, car plus tardje passerais 
pour vous avoir copié, ce que je ne fais jamais. 

« Recevez mes meilleurs sentiments, tout à vous, 

« Lecour. » 

Voici notre réponse : 

« Monsieur Lecour, 

« Les quelques noms que je vous ai demandés, ainsi que votre 
appréciation sur les tireurs de votre époque ne constituent ni 
l’historique de la boxe française, ni le travail contenu dans vo- 
tre méthode, ce dont je n’ai nullement besoin. Ce que je vous 
ai demandé, je vous l’eusse accordé sans la moindre hésitation , 
si vous m’en aviez témoigné le simple désir. 

« J. Charlemont. » 

Ainsi Charles Lecour avait, disait-il, une méthode toute 
prête depuis longtemps, qu’il ne publierait que lorsqu’il ne don- 
nerait plus de leçons. Pourquoi?,., ayant fait une fortune dans 



370 



LÀ BOXE FRANÇAISE 



l’industrie, ses moyens lui permettaient de faire les frais de pu- 
blication ; un éditeur l’aurait publiée à son compte. Non, il la 
réservait avec un soin jaloux (pour la fin, comme les terribles 
coups de poing de Rodolphe). 

Propagateur dévoué de son art, il nous semble qu’il eût dû 
avoir à cœur de faire profiter ses contemporains et les générations 
futures de cette merveilleuse méthode; c’était même son devoir. 
Mais rien. Il ne professait plus depuis 1884 ; sa méthode est res- 
tée dans l’oubli ; il est décédé dix ans plus tard, emportant avec 
lui les terribles secrets de la boxe française. Heureusement qu’il 
n'y en a jamais existé, pas plus en boxe qu’en toute autre 
escrime ; il n’en existe pas encore et il n’en existera jamais ; nous 
l’avons déjà dit ailleurs ; les secrets ne sont que dans les apti- 
tudes des personnes et dans un travail assidu et persistant. Ne 
pas publier une méthode aussi précieuse constiluepour nous une 
preuve du caractère personnel, égoïste que tous les professeurs 
ont constaté chez les frères Lecour. 

Nous avons eu l’occasion de nous présenter trois ou quatre 
fois à la salle d’Hubert Lecour, lorsque nous y étions appelés pour 
atîaire d’assaut. Une fois entré dans la salle, le professeur quit- 
tait immédiatement la leçon en train, venait à nous, nous don- 
nait le bonjour d’une manière affable et nous emmenait dans le 
pelit vestiaire presque noir, qui se trouvait à gauche à Rentrée de 
la salle; là, quelques paroles courtoises, mielleuses et la visite 
était terminée, on nous prenait amicalement sous le bras, on nous 
conduisait pour passer par l’autre porte du vestiaire qui se trou- 
vait près de la porte de sortie (qui était en même temps la porte 
d’entrée). C’était si l’on veut une manière polie de se débarrasser 
des importuns. On ne nous priait jamais de nous asseoir, nous 
n’avions ni le temps de visiter la salle, ni celui de surprendre les 
secrets qu’on y enseignait. Il en était ainsi chaque fois; aussi 
après plusieurs réceptions semblables, les professeurs n’y retour- 
naient plus. C’étaitsans doute ce que désirait le maître delà mai- 
son. 

Les jours d’assauts, lorsque la séance était terminée, on faisait 
accompagner les invités, professeurs et tireurs, par Etienne, le 
prévôt, qui les conduisait se rafraîchir dans une brasserie voisine. 



LA BOXE FRANÇAISE 



371 



Le professeur et les élèves de la salle allaient se rafraîchir dans un 
autre établissement. 

En somme par leur façon d’agir, les deux frères Lecour parais- 
saient vouloir monopoliser la boxe à leur profit. Il semblait aussi 
qu’ils avaient choisi avec soin leurs prévôts pour que ceux-ci ne 
pussent les éclipser dans les assauts. Nous l’avons dit : Etienne, 
le prévôt d’Hubert, était incapable de faire un assaut de boxe 
française et encore moins de briller dans une séance. Le prévôt que 
Charles Lecour avait à l’école d’escrime était aussi un inconnu, 
on l’appelait : le père Jules!... il était vieux et sans moyens phy- 
siques pour faire un boxeur. Les deux frères Lecour pouvaient 
être tranquilles, si leurs prévôts pouvaient les aider dans les le- 
çons données à la salle, ils n’avaient rien à craindre des compa- 
raisons qu’on aurait pu faire étant donné qu’ils ne pouvaient pa- 
raître comme tireurs dans les assauts (c’était profond). 

Nous sommes convaincus que les frères Lecour n’avaient pas ce 
qu’on pourrait appeler l’amour ou la passion de leur art; ils pa- 
raissaient plu tôt professer pour l’intérêt qu’ils en retiraient (nous ne 
les en blâmons pas, nous constatons). Ainsi Charles Lecour avait 
abandonné l’enseignement de la boxe pour se mettre dans une 
industrie qui devait lui être plus lucrative ; en effet, il y fit for- 
tune. Hubert Lecour ne paraissait pas très flatté d’être profes- 
seur de boxe. Aussitôt après son mariage, il ne paraissait plus 
en public, ça ne plaisait pas à sa femme ; il allait souvent avec 
elle dans des soirées où ils chantaient ensemble des duos. Il jouait 
un peu à l’homme du monde. Aussi il ne fallait pas lui parler de 
sa profession, il n’aimait pas qu’on l’entretînt de boxe une fois 
hors de sa salle, il semblait avoir honte de son métier, il ne tenait 
pas à le faire connaître. Il est de fait qu’à cette époque la boxe 
n’était pas très bien considérée, les préjugés battaient leur plein. 
Il nous souvient du reste d’une époque moins éloignée où nous 
n’étions pas très fiers d’avouer notre profession. 

Il n’en est plus de même aujourd’hui, au contraire nous nous 
honorons d’enseigner un exercice pour lequel nous avons contribué 
à lui obtenir la place qu’il mérite dans l’éducation physique de la 
jeunesse. D’ailleurs, tout en luttant, nous nous inspirions du 
dicton (ce n’est pas le travail qui déshonore l’homme) et mainte- 



372 



LA BOXE FRANÇAISE 



nant la boxe française est appréciée par toutes les classes de la 
société. 

Nous étions jeunes, ces diverses impressions nous laissaient in- 
différents ; seul le plaisir de travailler et d’apprendre nous fai- 
sait passer sur ces petits détails qui ont bien aujourd’hui leur 
valeur pour peindre correctement les hommes du passé. Nous les 
jugeons impartialement avec la conviction que ceux qui les ont 
connus comme nous, en nous lisant les reconnaîtront tels qu’ils 
étaient. 



COMMUNE DE MAISONS-LAFFITTE 

UNION DES SOCIÉTÉS DE GYMNASTIQUE DE FRANCE 



A l’occasion de la remise du drapeau à la Société L'Avenir 

FESTIVAL DE GYMNASTIQUE 

LE DIMANCHE 30 NOVEMBRE 1884 

Précédé d’un concours de tir, offert aux délégations des so- 
ciétés de gymnastique de la Seine et de Seine-et-Oise, ainsi qu’à 
ses membres honoraires par la société de gymnastique L'Avenir 
de Maisons-Laffitte. * 

La société YAmorosienne était représentée pour la boxe et la 
gymnastique par MM. Charlemontfils, Castérès, Joseph Birmann, 
Robert Reubens, Deleau, Quentin, Lebrasseur, Chassey et Char- 
lemont père. 

Des médailles de vermeil, d’argent et de bronze ont été offertes 
par la société l'Avenir, la société La Basse-Seine, MM. Dousi- 
nelle, Georget, Bidault, Volland, Chardine fils, Boyer, O. Gounet 
et Lemaître. 

Les exercices avaient lieu dans la salle de bal de M. Bulard. 
Le soir on dansa. 

Le 1 er décembre 1884, ouverture d’un établissement dénommé : 
Réunion du High-Life. Sous la direction de MM. Folie, Roche, 



LA BOX K FRANÇAISE 373 

47, rue de l’Echiquier et Faubourg Poissonnière, 14. L’établisse- 
ment comprenait : 

Académie de danse, d’escrime, de boxe et de canne. 

MM. Roche dirigeait la danse, Damotte l’escrime et Charlemont 
la boxe et la canne. On y donnait des concerts et des bals de nui(, 
il y avait restaurant. On en fitl’inaugurationparunassaut d’armes, 
de boxe, etc... sous la présidence de M. le colonel Dérué. 

Trois mois après l’établissement fît faillite. 



L’ESCRIME 

AU « VOLNEY » SALLES BERGES, CHAZALET ET MERIGNAC 

« La saison commence, pour les assauts, un peu plus tardqu’au- 
trefois ; en revanche lorsque nos maîtres d’armes s’y mettent, on 
dirait qu’ils se sont donné le mot. Assauts sur toute la ligne cette 
semaine : au cercle de la rue Volney, dans les salles Berges, Cha- 
zalet et Mérignac. 

« A «Volney» on fait beaucoup d’armes sous la direction de 
Pellerin et Gaillard; on y fait également de la boxe avec Charle- 
mont. 

« Ce dernier se plaignait l’autre jourde certains articles inexacts, 
écrits sur la boxe, à propos du duel à coups.de poing qui a eu lieu 
récemment à Maisons-Laffitte entre deux champions anglais et 
américain. 

« Comme me le disait Charlemont, la boxe compte à Paris 
nombre d’amateurs et dans tous les mondes. 

« Quanta l’infériorité prétendue de la boxe française sur la boxe 
anglaise, Charlemont répond en acceptant le défi de n’importe 
quel champion anglais ou américain, pour un combat sérieux, 
sans gants, mais aussi, bien entendu, avec des chaussures solides 
et non avec des sandales, puisque les coups de pied jouent un 
grand rôle dans la boxe française. Pour ma part, je parierais sans 
hésiter pour Charlemont. » 

Le Voltaire, mardi 2 mars 1886. 



374 



LA BOXE FRANÇAISE 



i i M. Charlemont donnera à la salledu Grand Orient de France, 
16, rue Cadet, son grand assaut annuel de boxe française et an- 
glaise, le jeudi 15 avril, à 8 heures et demie du soir. 

« Des moniteurs de l’Ecole de Joinville, des professeurs et ama- 
teurs de Paris, prêteront leur concours à cette fête. Y prendront 
part également des boxeurs anglais. 

« MM. Charlemont père et fils sont si connus qu'il y a chaque 
année foule à leurs assauts. Cette fois l’assistance sera d’autant 
plus nombreuse que malgré le prix peu élevé de l’entrée (places 
réservées 5 fr., entrée 3 fr.), MM. Charlemont feront bénéficier les 
sociétés de gymnastique, qui leur en feront la demande, d’une 
réduction de moitié. 

« Adresser ces demandes, avant le 15 avril, à M. Charlemont, 
164, rue Legendre. » 

La Gymnastique , Organe de l’Union des professeurs de gymnastique de 
France. 



GRAND ORIENT DE FRANCE 



JEUDI 16 AVRIL 1885, A 8 H. 1/2 PRÉCISES DU SOIR 

GRAND ASSAUT ANNUEL 

DE BOXE FRANÇAISE ET ANGLAISE, CANNE, BATON 

Donné par M. J. Charlemont, professeur 
au Cercle artistique et littéraire. 

Avec le concours de 

MM. Tom Hatton, Ben Johnson, Harry Smith, Jones Poulson 
boxeurs anglais ; Charles F. Perré, E. Leclerc, Michau, L. Moritz, 

M. Qüillier, Ch. Knab, J. Liégeois, Quillier A., Vincent, 

Lescure, F. Richard, A. Jouanneau, 

O. Boitel, R. ReubeNs, V. Castérès, G. Charpentier, Noël, 
Simonel, Desfontaines, Lacoste, Saint- Quentin, Rodolphe, Joseph Birman 
et Charlemont fils 
professeurs et amateurs à Paris. 



LA ÏÎQXB FRANÇAISE 



375 



ORDRE DES ASSAUTS 

Répétition de la boxe française, théorie et pratique, par M. Charlemont fils 
et M. Castérès. son. élève. 



Première partie 

1. Charles F., Vincent. 

2. Perré, Lescure. 

3. Michaud, Richard. 

4. Moritz, Jouanneau. 
o. Quillier, Boitel. 

6. Knab, Ch. Reubens. 



Deuxième partie 

7. Knab, J. Castérès. 

8. Liégeois, Charpentier. 

9. Quillier 0>, Noël. 

10. Charlemont père, Simonel. 

11. Charlemont fils, Desfontaines. 

12. Saint-Quentin, Lacoste. 



Les dames seront admises. 

Places réservées : 5 fr. Régisseur, M. Deville. 



M. J. Leclerc prévient par une lettre qu’ayant un tendon duge- 
nou rompu et une entorse au pied, il ne pourra pas prendre part 
à l’assaut du jeudi 15 avril 1885. 

Anatole Perdriel, dit « Vigneron fils », décédé à Paris le 21 no- 
vembre 1885, âgé de 37 ans. 

Son ami intime, Lioul, dit « le Cocher », surnommé o Charles de 
Paris », mourut peu de temps après, 26 août 1886, âgéde42ans. 



GRAND ORIENT DE FRANCE 



JEUDI 15 AVRIL 1886, A 8 H. 1/2 PRÉCISES DU SOIR 

GRAND ASSAUT ANNUEL 

DE BOXE FRANÇAISE ET ANGLAISE, CANNE ET BATON 

Donné par M. J. Charlemont, professeur au Cercle artistique et littéraire 
Avec le concours 

des principaux professeurs et amateurs de Paris, 
des. Moniteurs de l’Ecole militaire.de gymnastique de Joinville 
et de ses nombreux élèves. 

MM. Antonio, Armand, R. Birmann, Blondel, Castérès, 
Charlemont fils, Léon Charnacé, Deleaü, Grimaud, J. Knab, C. Knab, 
Lacoste, Leclerc, Lefèvre, Liégeois, Marius, 

S. Meyer, Quentin, Richard, Joseph Dugniol, Bob Cribb, 

Bill Coob, boxeurs anglais. 



24 



376 



LA BOXE FRANÇAISE 



ORDRE DES ASSAUTS 



Répétition théorique et pratique de la boxe française par 
M. Charlemont fils et M. Castérès, son élève. 

Première partie 



1. Deleau, Antonio. 

2. Léon Ç.> Moniteur. 

3. Quentin, Grimaud. \ 

4. G. Knab, Moniteur. 

5. Richard, S. Meyer. 

6. Marius, Liégeois. 



Deuxième partie 

7. Armand, Lefèvre. 

8. Charlemont fils, Leclerc. 

9. Charlemont père, Moniteur, 

10. J. Knab, Lacoste. 

11. Castérès, Moniteur. 

12. Birmann, Moniteur. 



Une leçon de canne, par M. J. Charlemont et M. Joseph Dugniol, 
son élève. 



Les dames seront admises. Régisseur : M. Deville. 



ASSAUT ANNUEL DE BOXE ET DE CANNE. 



«J’ai vu rarement autant de monde à cetassaut, organisé comme 
d’ordinaire par Charlemont, à la salle du Grand Orient. 

« On y remarquait beaucoup d’amateurs connus de nos salles 
d’armes et même quelques spectatrices. 

« Le président était le capitaine Dérué, ayantprès de lui MM. le 
baron A. d’Ezpeleta, Waskiewiez, Saucède,Corthey, Halphen, L. 
Bardoux, A. Germain, etc. 

« Le succès de la soirée a été pour la leçon de boxe française par 
M. Charlemont fils et Castérès, et pour la leçon de canne, par 
M. Charlemont père et Joseph Dugniol. 

« Les deux Charlemont ont été aussi applaudis dansdes assauts 
de boxe française, où j’ai remarqué surtout leurs coups de pied bas 
et leurs chassés-croisés. 

« Je citerai encore, pour la boxe française, Antonio, Deleau, 
Charnacé, Knab frères, Marius et Liégeois ; pour la boxe anglaise 
J. Dugniol, et pour la canne MM. Knab frères et Lefèvre. 

« E. C. » 



J. Leclerc prévient par lettre du 14 avril qu’il ne pourra pren- 
dre part à l’assaut du 15 avril 1886, ayant un effort dans l’aine 
droite. Pas de chance, ce pauvre Leclerc. 



LA BOXE FRANÇAISE 



377 



Le dimanche 9 mai 1886, au préau des Ecoles, 3, rue Tandou, 
fête de gymnastique, offerte aux membres honoraires par la so- 
ciété « L’Avenir du XIX e arrondissement ». 

Président M. le docteur A. Royer. 

Président d’honneur : M. Mathurin Moreau, maire de l’arron- 
dissement, sous le patronage de MM. les conseillers municipaux, 
de la municipalité, de M. Laisné, inspecteur de gymnastique des 
écoles de la ville, M. Christmann, professeur de gymnastique, 
M. Flamery, membre d'honneur et président de la société de tir 
« l’Espérance », MM. Allain-Targé et Delattre Eugène, membres 
d’honneur et anciens députés de l’arrondissement, deM. Pinotteau, 
ex-vice président delà société. Avec le gracieux concours des so- 
ciétés : La Chorale de La Villette, directeur M. Perrin ; l’harmonie 
des Enfants de La Villette, directeur M. Bellanger, etdes délégués 
des sociétés de gymnastique : L’Amorosienne, la Parisienne, 
l’Avenir de Pantin, sous la direction de M. Charlemont fils, pro- 
fesseur de la société. 

Nous voyons, intercalés dans le programme, les assauts sui- 
vants : n° 6, Assaut de boxe française entre MM. Birmann et Char- 
les Knab ; n° 8,Assautde canne parMM. Knab frères ; n°12, Assaut 
de boxe française entre MM. Charlemont fils et Knab Jules ; n°16, 
Démonstration de la boxe française parMM. Charlemont fils et 
Castérès, et enfin un assaut de boxe entre MM. Charlemont fils et 
Castérès ; c’est dans cet assaut que ce dernier a failli renverser 
d’un coup de tête une colonne en fonte servant de pilier. 



GRAND CASINO DE LLC-SUR-MER 
LUNDI 23 AOUT 1886 , A 8 H. 1/2 DU SOIR 

GRAND ASSAUT 

BOXE FRANÇAISE ET ANGLAISE, ESCRIME ET CANNE 

Organisé par MM. Charlemont père et fils, 
professeurs au Cercle . artistique et littéraire et au grand gymnase Heiser 

de Paris 

Avec le concours de plusieurs maîtres d’armes 
de Paris et de Caen. 



378 



LA BOXE FRANÇAISE 



ORDRE DES ASSAUTS. 

1. Escrime. M. Carpentier, professeur civil et M. X..., caporal d’escrime 
au 5e de ligne. — 2. Canne. MM. Charlemont père et fils. — 4. Boxe fran- 
çaise. MM. Birmann et Reubens, amateurs de Paris. — 4. Escrime. MM.X. 
et Z..., prévôts au 5° de ligne. — -5. Boxe française. MM. Charlemont fils et 
Birmann. — 6. Escrime. MM. Carpentier etX... du 5 e deligne. — 7. Boxe 
française. MM. Charlemont père et Reubens. — 8. MM. X... et Z... prévôts 
au 5 e de ligne — Et pour terminer : Répétition théorique et pratique de 
la boxe française, par MM. Charlemont père et fils. 

Le 7 novembre 1886, un grand assaut d'armes est organisé 
par le regretté M. Albert Fierlants, dans les salons de la Société 
des ingénieurs et des industriels, dans le Palais de la Bourse de 
Bruxelles, sous la présidence de M. le baron d’Hooghworst et sous 
la direction de M. Cordelois. 

Ont pris part à ce remarquable assaut : MM. Fradin, Charle- 
mont père et fils, Ruzé Adolphe, Alphonso de Aldama et Rouvière 
(de Paris), Egerton-Castle et Thirriet (de Londres), Midelair (de 
Liège), Merckx(de Bruxelles), Klopp (de Valenciennes), Katzen- 
fort (de Bordeaux),' Varnots, de Almeida, Prado, Prince deCaraman 
Chimay, Barbier, Hauman, Pleuzer, Strens, Chalie, Seeger, E. de 
Roubaix, Adan, Lebourguignon, Hessel, Fierlants et Lafon (de 
Bruxelles). 

Le Franc-Tireur du 21 novembre 1886 donne un long compte- 
rendu très détaillé, dont nous extrayons ce qui nous concerne : 

« L’assaut de boxe française entre MM. Charlemont père (Paris) 
et Pleuzer (Bruxelles), a été très intéressant. M. Charlemont, qui 
n’avait plus boxé à Bruxelles depuis plusieurs années, s’est mon- 
tré à la hauteur de sa réputation incontestée de champion de la 
boxe française. La souplesse, la précision, l’aisance de tous ses 
mouvements exécutés avec une vitesse et une justesse exception- 
nelles, jointes à un sang-froid, une science et un à-propos qui ne 
se démentent jamais, a obtenu le plus vif succès. 

« M. Pleuzer, avec son étonnante souplesse, ses moyens excep- 
tionnels et son jeu si fin, si rapide et si varié, a parfaitement donné 
la réplique au professeur parisien et lui a fort bien tenu tête. Ce 
brillant assaut a été fort applaudi. » 



LA BOXE FRANÇAISE 



379 



(( MM. Charlemont père et fils ont fait une remarquable partie 
de boxe française dans laquelle ils ont, entre autres, mis en 
action trois ou quatre leçons de l’excellent traité du savant pro- 
fesseur. 

« Nous avons apprécié plus haut le beau talent de M. Charle- 
mont père, disons maintenant que son fils, un véritable athlète, 
lui a, sans nul respect pour l’auteur de ses jours, donné rude-^ 
ment la réplique. 

« M. Charlemont fil s possède le mêmejeu, les mêmes moyens, 
et naturellement les mêmes principes que son père, avec la jeu- 
nesse et une vigueur exceptionnelle en plus ; un peu d’expérience 
et une légère différence de taille en moins. 

« La taille en restera là, mais l’expérience ne tardera guère et 
alors... avis aux amateurs. » 

La soirée se termina par un banquet offert par M. Albert 
Fierlants, chez lui, où il réunissait un grand nombre de tireurs 
et d'invités; il présidait avec sa courtoisie bien connue et mettait 
tout son monde à l’aise par son amabilité et sa franche gaîté. 

Le jeudi 2 décembre 1886, à 8 b. 1/2 du soir, Salle du Grand 
Orient de France, 16, roe Cadet, J. Leclerc donne son premier as- 
saut de boxe sous la présidence de M. Charles Lecour, ex-profes- 
seur. 

Les tireurs sont ainsi classés : Boxe française. MM. Broca- 
Lacoste, Knab Jules-P.. , Bourdier-Damey, Deleau-M... , Raynal- 
Leclerc, Liégeois-Gross, Knab Charles-Birmann, Charlémont 
fîls-O. Qui Hier, Chauderlot-Leclerc ; Sabre. Chauderlot-Boudeau ; 
Boxe anglaise. Raynal-Duquesne ; Canne. Knab frères. 

COMPTE-RENDU DE LA SÉANCE 

<( L’assaut de boxe française et anglaise organisé hier soir par 
Leclerc, à la salle du Grand Orient, avait attiré un grand nombre 
d'amateurs et même quelques spectatrices. 

« Charles Lecour, le doyen des professeurs de boxe, présidait 
la réunion. 



380 



LA BOXE FRANÇAISE 



« Remarqué également MM. le docteur Ménière, Corthey, Va- 
vasseur, A. Germain, Nadar, Charlemont, Rue, L. Rardoux, etc.. 

« Les honneurs de la soirée ont été pour Leclercet Charlemont 
fils, que tous les amateurs de boxe française voudraient bien voir 
tirer ensemble. 

« Leurs deux adversaires, Ghauderlot et Qui Hier, leur ont 
d’ailleurs fort bien donné la réplique. 

« Citons encore MM. Perré, Knab, Danny, Deleau, Marius, 
Renaud, etc... Deux assauts de sabre et de canne ont servi d’in- 
termèdes à cette intéressante réunion. » 

Nous recevons de Rruxelles, l’article suivant, extrait du jour- 
nal le Franc-Tireur. 

ESCRIME 

« L’épée, la noble épée, qui a si brillamment conquis en 
France ses grands quartiers de noblesse, est la seule arme vrai- 
ment digne de trancher tout différend de gentleman à gentleman. 

« Le pistolet, il est vrai, a pris dans nos mœurs, surtout de- 
puis quelques années, une assez large place, mais c’est une arme 
brutale, très meurtrière, ou qui frise le ridicule, quand le com- 
bat est sans résultat. 

« On éprouve, en effet, un sentiment pénible, quand on ap- 
prend que deux hommqs sont allés sur le terrain, ont échangé 
deux balles qui n’ont laissé aucune trace ; piètre mise .en scène 
à la suite de laquelle les témoins ont déclaré l’honneur satisfait. 

« L’épée sera donc toujours l’arme recherchée et préférée par 
tout vrai gentilhomme français. 

« Malheureusement, on n’a pas toujours en face de soi un gent- 
leman et, par ces temps d’agressions, d’attaques nocturnes, 
d’insultes brutales, si, par aventure, on n’a pas pris soin de se 
munir d’un excellent revolver, ou si on n’a pas le temps d’en 
faire usage, il est fort utile de pouvoir compter sur ses biceps, et 
surtout sur son adresse physique, pour pouvoir se défendre contre 
tout agresseur, même le plus robuste. 

« 11 est utile aussi parfois, tout en n’ayant recours qu’à la der- 
nière extrémité, d’être à même de se faire une justice sommaire 



LA BOXE FRANÇAISE 381 

sans invoquer l'action lente, solennelle et insuffisante du magis- 
trat. 

« L’étude de la boxe remonte aux temps les plus reculés : tous 
les auteurs les plus éminents de l’ancienne Grèce, Pausanias, 
Pindare, Homère, etc..., ont célébré les jeux du cirque en si 
grand honneur aux temps héroïques. 

« Parmi eux les exercices préférés étaient la palestre et le pa- 
nératium qui se rapprochaient énormément de la boxe moderne. 

« Ces exercices étaient aussi en grand crédit chez les Romains, 
les empereurs les honoraient de leur présence, distribuaient des 
prix, et bien souvent les héros les plus renommés, les sénateurs 
les plus illustres y prenaient part (qu’en pensent nos honorables 
pères conscrits du palais du Luxembourg!). 

« En Angleterre depuis Georges II, l’art de la boxe a été cul- 
tivé avec passion et encouragé par Georges IV qui était lui-même 
un boxeur émérite. 

« Ses successeurs et les hommes les plus distingués de la 
Grande-Bretagne lui ont continué leur patronage jusqu’à nos 
jours. 

« Citons par exemple : 

« Le comte Eldon, lord Byron, le duc de Wellington, le mar- 
quis de Waterford, le comte de Munster, sir Robert Peel, le colo- 
nel Berkeley qui étaient passés maîtres en cet art. 

« Nous devons citer l’excentrique lord Seymour, surnommé 
« milord l’Arsouille » dont les exploits sont légendaires. 

« En France, jusqu’à présent, la boxe ne compte que quelques 
adeptes et nous le regrettons vivement, car en dehors des avan- 
tages déjà spécifiés, les effets salutaires de cet exercice, au point 
de vue de l’hygiène, sont vraiment admirables, les médecins les 
plus renommés sont unanimes à l’attester. 

« L’un d’eux, le célèbre professeur Abernethy, est même allé 
jusqu’à affirmer que l’exercice de la boxe dans neuf cas de maladie 
sur dix, supprimerait le médecin. 

«• Nous comptons cependant en France quelques célèbres ama- 
teurs, entre autres : 

« Le général Ney, duc d’Elchingen, vicomte fie MaulmonLHo- 
chon, marquis de Laval, comte de Monthozon-Brachet, comte 



382 



LA HOXE FRANÇAISE 



d’Enval, vicomte de Beaumont, capitaine Leroux, baron d’Escou- 
blot, de Waeytens, Levé, Rouillard, baron de Watteville, etc. 

« Nous ne parlerons pas bien entendu des lutteurs de profes- 
sion, de la Cannebière et autres lieux. Versons un pleur cepen- 
dant sur Arpin, le Samson du xix e siècle, qui est mort à Cette. 

« Quant aux règles qui régissent la matière, il ne m’appartient 
pas de les déterminer ici, je laisse la parole aux excellents pro- 
fesseurs parisiens et je citerai au nombre des plus autorisés 
MM. Charles Lecour, vétéran de la boxe, Leboucher, Charlemont, 
Chauderlot, Devost, etc... MM. Charlemont et Chauderlot sont 
les chefs d’école de la boxe française, et sortent de l’armée. 

« Les trois autres professeurs MM. Charles Lecour, Devost et 
Leboucher, sont des disciples de la méthode anglaise. 

« Disons, pour terminer, que tout élève bien constitué, intel- 
ligent et bien dirigé, doit, au bout de trois mois de leçons, possé- 
der à fond la théorie de la boxe et se servir correctement de l’at- 
taque, de la parade, des retraites et des contres. 

« Grâce à cela, il sera un boxeur de moyenne force ; quant à 
atteindre la perfection, dame ! comme pour toute autre étude, 
cela demande du temps. » 

Le Carabinier- Gymnaste. 

Le 21 février 1887, le Cercle d'escrime et PUnion gymnastique 
de Gharleroi donnent une fête de charité dans le théâtre de cette 
ville. Gymnastique, escrime, boxe française, avec le concours 
de MM. Michon, Charlemont père et fils (Paris), de Mulder, Rabin, 
Desmedt, Merckx, Pleuzer, Dupont, Fadeux (Bruxelles), Brun 
(Senlis), Gabriel (Saint-Cyr), Lemignard, Meurs (Valenciennes), 
Blampain, Bervoets, Destrée (aux chasseurs Charleroi), Dupuis 
(Louvain), baron de Callewaert, Balz.a (Liège), Quicampois. 
Robert, Gador, des Essarts, Buisset et Van der Elst (Charleroi). 

La fanfare du I e1- bataillon de chasseurs à pied, sous la direc- 
tion de son chef M. Muldermans, prêtait son concours pour la 
partie musicale. 

Les secrets de la boxe française dévoilés, partie démonstrative, 
par MM. Charlemont père et fils. Dans la seconde partie, assaut 
de boxe française entre MM. Charlemont père et Pleuzer. 



LA. BOXE FRANÇAISE 



383 



FÊTE DE CHARITÉ 

« Nous avions dit que la fête de charité organisée par le cercle 
d’escrime et de l’Union gymnastique serait probablement l’une 
des plus attrayantes de la saison d’hiver, et nous ne pensons pas 
aujourd’hui que l’événement soit venu nous donner un démenti. 

« C’était un lendemain de plusieurs grandes fêtes dansantes, 
à une heure où le culte de maître Gaster attache encore beaucoup 
de £ens aux grandeurs de la table. N’importe, à l’heure dite, avec 
une exactitude toute militaire, le rideau de l’Eden-Théâtre se le- 
vait devant une salle des mieux garnies, découvrant l'excellente 
musique du 1 er chasseurs qui ne voudrait pas laisser à d’autres 
qu'à elle le soin de compléter une fête de ce genre. 

« Puis sont entrés successivement en scène nos gymnastes 
aux bicepà d’Hercule, aux jarrets d’acier, une série d’excellents 
tireurs et, pour couronner le tout, les maîtres de la boxe, les Char- 
lemont père et fils, contre lesquels un amateur de Bruxelles, 
M. Pleuzer, n’avait pas craint de se mesurer. 

« Nous serons sobres de détails, d’autant plus qu’en ce qui 
concerne la partie de l’escrime, nous aurons à examiner spéciale- 
ment demain le jeu de chacun des jouteurs. Disons au plus vite 
que les assauts ont été presque tous remarquables, et que tous 
ont été combinés de façon à mettre en présence, soit des élèves, 
sait des maîtres,' de force égale. 

« H y a bien eu par-ci, par-là quelque amateur ou quelque élève 
boutonné de main .. de maître, ruais ce fut la part de l’imprévu. 

« Nos gymnastes ont été admirables de précision dans les mou- 
vements d’ensemble et de massues qui ont ouvert la série des 
exercices. 

« Très applaudie surtout la marche d’entrée rythmée sur la 
sonnerie éclatante du clairon. Pour le travail aux appareils ils 
s’étaient fait renforcer de quelques collègues des Sociétés de 
Bruxelles triées sur le volet. 

« Aussi ne faut-il pas s’étonner si nos jeunes concitoyens ont 
été quelque peu éclipsés par ces virtuoses de la barre fixe et sur- 
tout des barres parallèles. Tudieu ! il y a là des gaillards qui vous 



384 



LA BOXE FRANÇAISE 



font des « planches » à bras tendus... mais des planches qui mé- 
ritent d’être vues. 

« Franchement, c’est plaisir de voir des jeunes gens musclés 
de cette façon et de penser que nous pouvons en faire tout autant 
avec quelque peu de pratique et de dispositions. 

« Ce n’est que cela d’ailleurs : pratique et dispositions. Les 
Charlemont père et fils vous le diront. 

« Y a-t-il rien de plus élémentaire que de donner un coup de 
poing ou un coup de pied?... Absolument rien. Seulement tout 
l’art consiste dans la façon de les donner et surtout de les éviter. 
Pour bien nous en convaincre, ces Messieurs nous ont fait tout 
d’abord la démonstration de la boxe et du chausson, en décompo- 
sant les coups d’attaque et de parade. Aussi, comme le programme 
le promettait, la boxe française n’a-t-elle plus désormais de se- 
crets pour nous. 

« Et cependant il y a là une façon de promener son pied sous 
le nez, et même parfois sur le nez des gens, qui fait rêver. 
M. Pleuzer, l’amateur de Bruxelles, que nous avons cité plus haut, 
doit en savoir quelque chose. 

« Certes, notre compatriote est d’une force respectable, mais les 
hasards du programme ont voulu qu’il ait affaire aux premiers 
maîtres de France, et cela rendait la lutte quelque peu inégale. 

« Il n’en a pas été de même de l’assaut entre Charlemont père 
et fils. Allons !... le père peut se vanter d’avoir fait là un fier élève. 
Ce dernier en manifeste d’ailleurs toute sa reconnaissance chaque 
fois qu’il peut en administrant à son professeur de formidables 
taloches, avec une pitié... toute filiale. 

« De coups de massues en grandes volées, et de grandes volées 
en coups de poing, nous sommes arrivés à 7 h. 1/2 du soir, pres- 
que sans nous en douter. On a même été obligé de supprimer le 
dernier article du programme : « saut du bock par les gymnastes », 
afin de pouvoir aménager la salle pour le bal masqué du soir. 
Aussi, en sortant, personne ne se plaignit de ne pas en avoir eu 
pour son argent. 

« En somme, on avait assisté à un spectacle peu ordinaire dans 
certaines de ses parties, tout à fait nouveau dans d’autres. On 
s’était amusé en faisant le bien ; car n’oublions pas que la fête 



LA BOXE FRANÇAISE 



385 



avait été donnée au profit des pauvres de la ville ; on a fait pour 
eux bonne et fructueuse recette, et ils en devront de la reconnais- 
sance tout à la fois à ceux qui ont prêté leur généreux concours 
et aux sociétés qui ont entrepris la tâche de l’organisation. Ne 
terminons pas sans accorder une mention spéciale au joli pro- 
gramme que l’on vendait dans la salle au profit des pauvres ; 
le dessin artistique que Ton admirait est dû à M. E. Masson, un 
des ingénieurs les plus sympathiques de notre corps des mines. » 

Journal de Char leroy. 

Le Boxing-club de Bruxelles a été fondé en 1887. 

L’initiateur, qui en est aujourd’hui le président, M. Henri 
Pleuzer, fut aidé par MM. 0. Grégoire, Adolphe Prier, de Saône, 
Evely, E. François, Miette, Gernaey, Tilbury, Jacques Dubois, 
Fiévet et Reiske. 

Le Boxing-club donne une séance annuelle internationale à 
laquelle prennent régulièrement part les champions des métho- 
des diverses de chaque nation, pour la boxe française et anglaise. 

Les couleurs du club ont été représentées aux différents as- 
sauts d’armes et de boxe qui se sont donnés dans le pays, ainsi 
qu’à de nombreux assauts à Paris, à un nombre plus restreint à 
Londres, et. aux championnats d’Angleterre. 

C’est dans les locaux de la salle Dupont, qui est le professeur 
du club, 30, rue des Petits-Carmes, que les cours ont lieu ainsique 
les assauts. 



GRAND ORIENT DE FRANCE 



VENDREDI 8 AVRIL 1887 , A 8 H. 1/2 PRECISES DU SOIR 

GRAND ASSAUT ANNUEL 

DE BOXE FRANÇAISE ET ANGLAISE, CANNE, BATON 

Donné par M. J. Chap.lemont, 
professeur au Cercle artistique et littéraire 
Avec le concours des 

Principaux Professeurs, élèves et amateurs de Paris et des Moniteurs 
de l’Ecole militaire de gymnastique de Joinville. 



386 . 



LA BOXE FRANÇAISE * 



O ItD RE DES ASSAUTS 

Démonstration théorique et pratique de la boxe française par 
MM. Charlemont fils et Castérès, son élève. 



Première partie 



Deuxième partie 



1. Knab G., Siauve; 

2. Knab J.,, Marius. 

3. Lacoste, Lescure. 

4. Moritz M., Liégeois. 

5. Noël, Casier. 

(j. Charlemont père, Quillier. 



7. Leclerc, Charlemont fils. 

8. Moritz M., Knab. 

9. Raynal, Castérès. 

10. Quillier, Birmann. 

11. Gross, Lefèvre. 

12. Boxeurs anglais. 



Une leçon de canne par M. Charlemont fils et M. Lefèvre, son élève. 
150 coups de canne 

seront développés en 50 secondes par M. Charlemont fils 
Les dames seront admises. Régisseur: M. Léon Charnacé. 



C’est le 1 er octobre 1887, que M. Charlemont fonda l’académie 
de boxe, 24, rue des Martyrs. 

Cet établissement modèle, situé au rez-de-chaussée, est le plus 
grand et le plus confortable qui ait existé jusqu’à présent pour ce 
sport. Fort bien éclairé et aéré, il est composé comme il suit : on y 
accède de la rue par un long et large couloir traversant deuxcorps 
de bâtiment d’une maison très propre. Au bout de ce couloir deux 
portes donnent accès, l’une à gauche, dans le vestiaire des hom- 
mes et servant d’entrée aux tireurs, les jours d’assauts, l’autre à 
droite, servant d’entrée habituelle aux élèves. 

A droite, en entrant, deux jolis vestiaires pour les enfants ; à 
gauche le salon tenant lieu de bureau, où chacun peut faire sa 
correspondance. Ce bureau est aussi un véritable musée de la boxe. 

On entre ensuite dans la salle d’exercices qui mesure plus de 
11 m. de longueur sur 6 de large et 5 de hauteur. 

Cette salle est garnie de grandes banquettes en chêne, ten- 
dues de drap rouge; au mur, sont accrochésdes portraits d’élèves, 
de boxeurs anglais et américains célèbres, ainsi que les deux bus- 
tes en bronze des Charlemont père et fils, œuvres de Charlemont 
fils, ayant été exposées au salon de 1894. Une bascule automatique 
permet de se rendre compte des variations du poids. 

Au fond de la salle, à gauche, le vestiaire fort bien aménagé de 



LA BOXE FRANÇAISE 



387 



banquettes et de porte-manteaux, de casiers où sont placés les vê- 
tements de travail des élèves. Attenant au vestiaire, le cabinet de 
toilette avec grands lavabos et plus loin la salle d’hydrothérapie 
fort bien installée, eau froide et chaude. 

Les leçons y sont données par M. Gharlemont et ses deux pré- 
vôts, MM. Manguet et Chabier. 

GHARLEMONT ET CASTERÈS A LONDRES. 

Les Anglais ont enfin rompu avec les vieilles traditions, au- 
jourd’hui dans la plupart de leurs assauts, ils y font figurer la 
boxe française (ils font bien), de là à la pratique il n’y a pas loin. 

Les Français les premiers ont rompu depuis longtemps déjà avec 
la traditionnelle savate en la complétant par les exercices des bras, 
c’est-à-dire par la boxe anglaise. Ils s’en trouvent très bien. 

Le vendredi 24 juin 1887, à l’occasion du grand jubilé de sa 
majesté la reine d’Angleterre, un grand assaut d’armes a eu lieu 
à Londres, à Saint-James’s Hall (Piçcadilly). 

L’épée, la boxe et le grand bâton à deux mains faisaient par- 
tie du programme. Les meilleurs champions anglais s’y mesurè- 
rent, entre autres: Jem Smith, alors champion d’Angleterre. 

La boxe française était représentée par Gharlemont fils et son 
élève Gastérès qui tirèrent ensemble. Les spectateurs, qui certai- 
nement n’avaient jamais vu d’assauts de boxe française, rirent 
tout d’abord, tellement il Jeursemblait bizarre de voir donnerdes 
coups de pied ; mais par la suite, ils se rendirent compte du côté 
sérieux de notre boxe et s’enthousiasmèrent au point de rappeler 
cinq fois les deux adversaires. 

Le dimanche suivant eut lieu un assaut au Pélican-Club qui, 
alors, donnait de fréquents assauts et combats de boxe anglaise. 

Gharlemont fît sa démonstration de la boxe française et un 
assaut avec Castérès. La démonstration et l’assaut eurent un suc- 
cès semblable au précédent. Gharlemont croyait avoir terminé la 
soirée quand on vint lui demander de tirer courtoisement, en boxe 
française, contre un professionnel anglais ; il accepta quoique fa- 
tigué. 

Les deux adversaires se placèrent en garde. Dès que l’An- 



388 



LA BOXE FRANÇAISE 



glais, se rapprochant petit à petit, fut à sa portée, Charlemont 
lui porta un chassé-croisé en pleine poitrine qui envoya son ad- 
versaire contre le mur. 

Deux autres fois Charlemont réussit le même coup et envoya 
rouler son adversaire à terre. 

L’Anglais qui n’avait pu placer un seul coup de poing, voyant 
qu’il recevait toujours le même coup à la même place, effaça son 
corps davantage pour moins présenter de surface, ne se doutant 
pas qu’il prêtait aux coups bas. Charlemont ne perdit pas l’occa- 
sion de lui porter un chassé-croisé sur le genou, qui le fît pirouet- 
ter sur lui-même et tomber à terre. 

Enfin Charlemont recommença un chassé-croisé au corps 
qui glissa sur le côté de l’Anglais ; mais voulant éviter une mêlée 
de coups de poing, il lui porte un coup de hanche en tête avec 
tant de vitesse que l’Anglais, surpris, se trouva sur le dos en 
moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire ; l’assaut se termina 
ainsi. 

Le résultat de cet assaut n’est certainement pas une conclu- 
sion définitive sur la supériorité de la boxe française, mais on 
peut en tirer cet enseignement que deux boxeurs de deux écoles 
différentes se sont rencontrés de leur propre volonté, ne se con- 
naissant pas, que le boxeur anglais n’a pas pu approcher de son 
adversaire et par conséquent placer un seul coup de poing, qu’il 
s’est fait surprendre par un coup de lutte que nous démontrons 
dans notre théorie, pour les cas semblables, et qu’il a été mis hors 
de combat. 

On nous objectera : mais l’Anglais n’était probablement pas 
entraîné. Charlemont ne l’était pas davantage et il était fatigué. 

Néanmoins, il faut bien le constater, c’était un succès pour 
la boxe française. 

Nous donnons ci-dessous le programme de cette magnifique 
séance. 



LA BOXE FRANÇAISE 



389 



SAINT JAMES HALL 

Piccadilly 



THE GRAND JUBILÉE 

ASSAULT-AT-ARMS 

Under Distinguished. Patronage. Wil take place on Friday, 

June 24 th 4887 

Boxing 

By ail the amateurs, and professionnal, champions 
Jem Smith, Toff Wall, Jem Mace, Lees (the australian champion) 

Bat Mullins, Alec Roberts, Coddy Meddings, 

Dick Roberts, Pat.Condon, Ben SetR, Sam Blacklock, H. Mead, 

C. Williams, J. Sharp, W. Gee, W. Willis and others. 

Wrestling 

By J. Wannop and G. Brown. 

Wrestling (Indian style) 

By indian from the ” Wild West ”, by Kind permission 
of the Hom W. F. Gody, 

Gymnastic and Indian club exercices 
By members of the Saint James’s athletic club. 

French Boxing 

Mons. Gharlemont. champion of France, and Mons. Gastërès, of Paris. 
Fencing. Quaterstafï, etc.., by éminent Masters 

M. G’. S R. Habbyamand J. Harper. 

Général Manager M. J. fGeming. 

Dvors, open at 7.30 p. m. Gommence at 8 o’elock. 

Prices, £1 ls (Ladies admitted to the Guinea stalls, 40s. 6d. 2s. 6d. et 4s. 



C’est le 24 octobre 1887, que mourut M. Emile Rive, ancien 
prévôt de Louis Vigneron ; il était âgé de 45 ans. Il avait travaillé 
pendant de nombreuses années chez M. Paris, rue des Petites- 
Ecuries, comme ouvrier emballeur; le soir il donnait des leçons. 
C’était un bon tireur mais un peu rageur. 



390. 



LA HOXE FRANÇAISE 



SALLE DU GRAND ORIENT DE FRANCE 



MERCREDI 18 AVRIL 1888, A 8 II. 1/2 PRECISES DU SOIR 



GRAND ASSAUT ANNUEL 



DE BOXE FRANÇAISE ET ANGLAISE ET DE CANNE 
Donné par M. J. Charlemont, 

professeur au Cercle artistique et littéraire et au Betting-Club. 

Avec le concours des principaux professeurs, élèves et amateurs de Paris. 



ORDRE DES ASSAUTS 



Démonstration théorique et pratique de la boxe française par 
M. Charlemont fils et M. C.... son élève. 



Première partie 

1. Lacoste, Philippe. 

2. Knab Ch., Mari us. 

3. Rogé, Duchêne. 

4 QuillierJ., Noël. 

o. Knab X. C., Knab Z. J. 

6. Moritz, Knab J. 

7. Charlemont fils, Leclprc. 



Deuxième partie 

8. Quillier O., Liégeois. 

9. Charlemont père, Chêne. 

10. Moritz, C.. . 

11. Chêne, Knab J. 

12. Lefebvre, Richart. 

13. Duchêne, Knab J. 

14. Tom Gibson, Bob Cobley. 



Les dames seront admises. 



M. O. Quillier prévient par lettre qu’il regrette cle ne pouvoir 
prendre part à l’assaut du 18 avril 1888, il Irouve son tireur infé- 
rieur. Il y en a d’autres quelquefois qui trouvent leur adver- 
saire supérieur et ne tirent pas pour cette raison. 



LES JEUX SCOLAIRES ET l’ÉDUCATION PHYSIQUE 

Notes de voyage 



LA BOXE 

« La boxe n’est pas, à proprement parler, un jeu scolaire, 
mais, elle tient dans la vie des écoliers anglais et dans l’histoire 
de leur développement physique un rôle trop important pour 



LA BOXE FRANÇAISE 



391 



n’avoir pas droit à une mention en celte revue des exercices pra- 
tiqués par la jeunesse d’Outre-Manche. 

« Est-il bien sûr d’ailleurs que celui-là ne doive pas être rangé 
parmi les jeux? .. On ne voudrait pas en jurer. 

«Il arrive certainement à plus d’un collégien d’Elon, de Harrow, 
ou de Rugby de jouer des poings avec un camarade par simple 
plaisir. 11 y a d’ailleurs une volupté particulière dans la confiance 
que l'adresse du pugilat inspire à l'individu qui en est doué, et 
dans la certitude de pouvoir toujours, en tout temps, en tout 
lieu, et sans autres armes que celles de la nature, repousser scien- 
tifiquement une attaque. Cette volupté particulière permet de 
ranger la boxe au nombre des sports. Elle possède au plus haut 
degré ce caractère quand elle reste, comme le jeu du fleuret, à 
l’état d’assaut courtois entre adversaires, pourvus de gants rem- 
bourrés. Pourquoi donc lui refuser le droit de cité dans l’arène 
gymnique et persister sottement à flétrir comme indigne d’un 
homme bien élevé ce qui est, après tout, la forme la plus natu- 
relle et la plus loyale du combat réel ou simulé. 

« Les gens qui affectent de considérer la boxe comme une es- 
crime de goujats oublient un peu trop qu’ils sont exposés tous 
les jours à se trouver, bon gré, mal gré, engagés dans une que- 
relle et même dans une lutte avec lesdits goujats. Quelle figure 
feront-ils s’ils n’ont jamais appris à se servir de leurs poings? 

« Il est fort joli de hausser les épaules et de se considérer 
noblement comme supérieur à ces adversaires de bas étage, mais 
les injures ou les coups de ces adversaires n’en sont pas moins 
des injures qu’il est bon de châtier et des coups qu’il est utile de 
parer. Au fond c’est un pauvre homme qui ne s’est pas mis en 
état de repousser et de punir sur l’heure une insulte quelconque. 

« Or, il n’y a pour cela qu’un moyen connu : avoir à son actif 
quelques leçons de boxe et ne jamais hésiter à les appliquer, 
quand c’est nécessaire. 

« On n'imagine pas le bien que deux ou trois coups de poing 
bien envoyés en pleine figure, font au moral, sinon au physique 
d’un insolent, quel que soit son état. Il est rare qu’il s’expose ja- 
mais à la récidive. 



23 



392 



LA BOXE FRANÇAISE 



« Quant au bien que ces coups de poing font à celui qui les 
administre à bon droit, il est purement délicieux, et c'est proba- 
blement la plus grande joie qu'il soit donné d'éprouver en ce bas 
monde. J’en appelle à tous ceux qui l’ont goûtée. 

« Comme exercice proprement dit, la boxe est un des meilleurs 
qu’il soit possible de donner au tronc, aux épaules et aux bras. 
Elle endurcit les muscles et leur communique une consistance 
qui les rend presque invulnérables, en ce sens du moins que les 
contusions s’y marquent plus difficilement et que les blessures 
guérissent avec une rapidité extraordinaire. .11 n’y a qu’à voir un 
pugiliste de profession pour reconnaître en lui les attributs les 
plus marqués de la force et le type même de l’Hercule antique : 
front bas, maxillaires de bouledogue, cou de taureau, développe- 
ment colossal des muscles du bras et de l'épaule. 

« Si la boxe, considérée comme art de la défense naturelle, donne 
une supériorité évidente à l’individu, dans la vie ordinaire, il va 
de soi que cette supériorité sera également marquée à la guerre, 
quand le boxeur deviendra soldat. Habitué à ne compter que sur 
lui-même, à considérer comme inférieur et méprisable tout adver- 
saire qui n’est pas rompu aux luttes corps à corps, il va de soi 
que ce boxeur sera, mieux que tout autre, propre à l'assaut ou à 
l’abordage. Ce n’est pas parce qu'il aura aux mains un fusil ou 
une hache, qu’il perdra sa force et son adresse. Et cette force, 
cette adresse trouveront nécessairement leur emploi en lui faisant 
rechercher le contact avec l’ennemi, contact qu’un combattant 
moins robuste ou moins habile n’ambitionne généralement pas. 

« Ces motifs, ajoutés à toutes les autres habitudes athlétiques 
de la jeunesse anglaise, lui font cultiver avec passion ce qu’on 
appelle toujours de l’autre côté du détroit le « noble art de la sell 
défence », en dépit du discrédit où est tombée la boxe comme 
sport public et des lois répressives qui l’interdisent dans le 
Royaume-Uni. 

« Lois et discrédit s'expliquent aisément, quand on sait à quels 
spectacles répugnants donnaient lieu les luttes des prize figliters 
pour le championnat, ou simplement pour les sommes d’argent 



LA BOXE FRANÇAISE 



393 



engagées sur eux. Que des pugilistes de profession vinssent pério- 
diquement se livrer des combats parfois mortels et s'assommer 
en présence d’une foule idolâtre, pour la plus grande joie de quel- 
ques garçons bouchers et quelques seigneurs, il n’y avait là rien 
de bon à la cause de la moralité nationale ou de l’éducation phy- 
sique. Les chambres anglaises ont bien fait d’intervenir et la po- 
lice anglaise fait bien de traquer sans pitié ces jeux sanglants, 
rénovateurs du cirque antique. 

« Mais les abus d’une escrime, excellente en soi, ne sauraient 
effacer ses mérites. Tous les sports donnent lieu en Angleterre à 
des excès analogues, parce que la passion du jeu y trouve un ali- 
ment particulièrement approprié aux appétits britanniques. 

« Les Anglais en effet n’aiment pas le jeu pour lui-même comme 
une lutte avec le hasard et un coup de sonde dans l’inconnu ; ils 
aiment le jeu pour le gain, à la manière du chevalier de Gram- 
mont, qui corrigeait volontiers la chance, c’est-à-dire quand ils 
croient avoir les atouts dans leur manche, sous la forme de ren- 
seignements secrets sur la valeur respective des concurrents. 

« C’est pourquoi les meilleurs sports, les plus virils et les plus 
légitimes, dégénèrent toujours chez eux en coups de filet pour les 
aigrefins. L’habileté consommée aux exercices du corps suppose 
naturellement et produit 1 e professionnal ; or, l’homme du métier 
n’est pas plutôt au jeu, qu’il trouve tout simple de se faire payer 
pour perdre, et de gagner ainsi à coup sûr. 

« Dans les luttes de prize figthers , l’escroquerie se compliquait 
de coups et blessures volontaires, offerts en spectacle à des ama- 
teurs déjà trop portés pour la plupart aux brutalités et aux vio- 
lences. 

« On ne peut donc qu’approuver la guerre acharnée que leur 
font les pouvoirs publics, précédée et soutenue par l’opinion. De 
nos jours, leà combats du ring proprement dits sont devenus en 
Angleterre une sorte d’anachronisme des plus exceptionnels. On 
voit de loin en loin conter par les journaux que deux pugilistes 
s’étaient secrètement donné rendez-vous dans, une plaine isolée et 
qu’entourés d’un certain nombre d’affiliés, ils avaient déjà com- 
mencé à se marteler la face à coups de poing, quand les consta- 
bles sont arrivés et les ont mis en état d’arrestation. Les feuilles 



394 



LA BOXR FRANÇAISE 



radicales ajoutent ordinairement à mots couverts que parmi les 
spectateurs de cétte boucherie, on a cru reconnaître le prince de 
Galles. Deux ou trois jours après, le juge de police prononce con- 
tre les délinquants la peine de quelques semaines d’emprisonner 
ment* et c’est fini pour un semestre ou deux. 

« Il en est de même des combats de coqs, également patronnés 
par l’héritier présomptif de la couronne et réprouvés par la police. 

« En somme, on peut dire que la mémorable lutte de Tom 
Sayers avec Heenan, pour le championnat international, a clos 
sans retour l’ère du pugilat public. 

ce Mais, dans les mœurs privées, la boxe est toujours en hon- 
neur et peu de réunions hippiques ou autres ne s’achèvent sans 
qu'une altercation personnelle ou un différend quelconque ne se 
liquide par l’échange de quelques coups de poing. 

« C’est vraisemblablement à cette habitude, autant qu’à la 
sévérité des lois, qu’il faut attribuer la disparition du duel -en 
Angleterre. Il est admis qu’une injure, une parole malsonnante 
valent un œil au beurre noir ou une fracture des os propres du nez. 
Après quoi, l’affaire est considérée, d'un accord tacite, comme 
terminée, et l’honneur des hautes parties belligérantes est parfai- 
tement satisfait. 

« Il en est de même dans les écoles, où l’on retrouve l’image la 
plus parfaite de ce que fut le ring en ses plus beaux jours. 

« Le duel à coups de poing y est en effet resté très populaire, et 
quoique les maîtres ne l’approuvent pas ouvertement, quoiqu’ils 
affectent même de le blâmer et de le punir, on est fondé à croire 
que leur opposition est toute de surface. 

« En tout cas, l'affaire se passe toujours dansles règles. Quand 
deux élèves ont résolu d’en venir aux mains, ils prennent jour 
et heure pour le combat et choisissent un endroit écarté où ils 
aient chance de ne pas être dérangés. Dans certains collèges, à 
Rugby, par exemple, il y a un champ clos consacré par l’usage, 
derrière le mur protecteur de la chapelle. Les camarades, avertis 
de la petite fête, ne manquent pas de s’y rendre pour former le 
ring ou cercle, qui est ordinairement un carré, par parenthèse. 

Deux témoins, désignés par chacun des adversaires, apportent 



LA BOXE FRANÇAISE 



395 



la serviette, pour éponger la sueur qui va ruisseler sur les mem- 
bres des combattants ; la bouteille, pour baigner leurs tempes ou 
leurs contusions et les ranimer, au besoin, d’une gorgée d’eau 
fraîche. 

« Les champions dépouillés de leur veste, parfois de leur chemise, 
et restés en pantalon, se donnent la main pour affirmer que la 
lutte sera loyale, c’est-à-dire qu’aucun coup ne sera porté au- 
dessous do l'ombilic, que les jambes resteront étrangères à la 
lutte et que les mains ne seront point ouvertes, ni employées à 
saisir l’adversaire. Puis, sur un signal, le combat s’engage. Un 
arbitre ou umpirè , montre en main, indique la durée des rounds 
ou reprises et des repos, qui sont alternativement d’une minute 
ou deux. 

« Le pied gauche en avant et le poids du corps portant sur le 
pied droit, les adversaires échangent des deux poings, mais spé- 
cialement du poing gauche, des coups qui visent les deux yeux, 
les oreilles, le nez, la mâchoire, le creux de l’estomac ou les es- 
paces intercostaux. Le bras droit, à demi replié en avant de la face 
et du thorax, pare ces bottes du mieux qu’il peut. Il est permis de 
baisser la tête, — techniquement de plonger, — pour esquiver 
un coup, mais non pas de se servir de la tête pour frapper à la 
manière du bélier. Les poings seuls doivent être en jeu. 

« A la seconde précise qui marque la fin de la reprise, l’arbitre 
suspend le combat et chacun des témoins, un genou en terre, re- 
çoit sur l’autre genou son combattant, qu’il éponge et rafraîchit 
de son mieux. Défense de s’asseoir à terre ou sur un autre siège, 
et de prendre un cordial quelconque. La pose finie à l'avertisse- 
ment de time is up (le temps est écoulé) la lutte reprend de plus 
belle, pour se continuer ainsi, avec des reprises et des repos al- 
ternatifs, jusqu’à ce qu’un des champions soit hors d’état de se 
remettre en garde ou se reconnaisse battù. 

« Ordinairement, c’est un coup de poing sur.lescôtes, en cou- 
pant la respiration, ou un double knocker sur les yeux, en l’a- 
veuglant momentanément, qui amènent ce résultat. 

« 11 ne reste plus alors qu’à ramener au logis vainqueur et 
vaincu, pour panser leurs contusions. Elles sont habituellement 
peu _d a n gere uses et ne résistent pas à deux ou trois compresses 



396 



LA BOXE FRANÇAISE 



d’arnica. Parfois pourtant il y a des fractures qui nécessitent un 
traitement plus compliqué. Mais c’est chose exceptionnelle au 
collège, où les témoins s’efforcent en général d’empêcher que le 
combat ne soit trop acharné, tout en veillant à ce qu’il soit sé- 
rieux. 

« Les yeux au beurre noir sont traditionellement pansés avec 
un cataplasme formé d’une rondelle de veau cru. On n’a jamais 
pu savoir si ce pansement bizare accélère la résolution de l’ec- 
chymose orbitaire ou se borne à ne pas la retarder. Toujours est- 
il qu’un pugiliste se croirait lésé dans son droit le plus sacré si 
l’on prétendait lui en administrer un autre dans le cas d’œil po- 
ché ou blinquer , comme on dit en argot du ring. 

« Car la boxe a sa langue à elle, que les collégiens anglais cul- 
tivent beaucoup plus volontiers que les langues mortes. 

« Dans ce vocabulaire spécial, le poumon s’appelle le soufflet ; 
les yeux des hublots , des lunettes , des clignotants , des louchants ; 
le nez devient la trompe , le proboscis , la tabatière , la bouteille 
de vin rouge (quand il saigne) ; la bouche est la boîte à dominos, 
la sifflante ; la tête, la boîte à malice, la cruche à cervelle ; les 
poings sont la grappe à cinq grains ; les jambes sont des quilles 
ou des épingles ; la poitrine est le porte-manteau. Pocher les 
yeux à son adversaire, c’est lui peindre les hublots ; lui allonger 
un coup dans les côtes, c’est lui servir une côtelette y lui écraser le 
nez, c’est lui tirer une pinte de claret ; le coucher à terre, c’est 
l’asseoir sur le gazon..., etc... 

« Quant à l’honorable corporation des pugilistes, elle s’honore 
du titre de the fancy , le caprice, c’est-à-dire l’art par excellence 
entre tous les sports. 

« C’est pourtant un art relativement facile et qu’un gymnaste 
adroit apprend en quelques leçons. Il s’agit surtout, dans cette es- 
crime, de s’exercera décocher le coup bien droit, d’un poing ou 
de l’autre, mais toujours en garde, c’est-à-dire sans se découvrir, 
pour donner plus de jeu à l’avant-bras, avant de le lancer. Le tout 
est de deviner, au regard de l’adversaire, où il va frapper, pour 
arriver à la parade et au même instant de le tromper par une 



LA BOXE FRANÇAISE 



397 



feinte, pour cogner au point qu’il découvre ; par exemple de lui 
envoyer le poing au creux de l’estomac, quand il l’attend entre 
les deux yeux, ou sur l’oreille gauche, quand il couvre instinc- 
tivement ses fausses côtes. 

c< Un coup plein au-dessus du diaphragme a généralement 
pour effet immédiat de « casser les jambes » à l’adversaire qui 
tombe sur les genoux comme une masse, et de mettre fin au com- 
bat sans laisser de traces visibles ou dangereuses. 

« Mais les raffinés préfèrent en général ne donner ce coup de 
grâce qu’après avoir convenablement pilé le nez, les yeux et la 
mâchoire du sujet. Au bout de deux ou trois minutes, sa face 
devient une masse informe et boursouflée, d’un aspect tout à fait 
conforme à leur sentiment esthétique en matière de piTgilat. 
Alors seulement d’un coup sec sous le sternum, ils complètent 
la cure. 

« Ces détails, avec les légendes plus ou moins fondées qui ont 
cours sur les exploits pugilistiques de la première moitié du 
siècle, ne peuvent guère manquer de laissser au lecteur français 
une impression défavorable de la boxe. Il se dit sans doute que 
c’est un sport sauvage et que le dernier mot de la civilisation ne 
saurait être de défigurer le prochain, soit à coups de poing, soit 
avec tout autre instrument contondant. 

« Eb bien, il faut avoir le courage de le dire, c’est là une vue 
fausse et injuste de la boxe. Sous des dehors barbares, ce sport 
est le plus inofîensif et le plus véritablement utile de tous. Au- 
cune autre escrime ne donne le moyen de mettre un mécréant 
hors d’état de nuire, sans danger sérieux pourra vie. Aucune 
autre ne développe aumême degré, chez ses adeptes, le sentiment 
de la justice et de l’égalité sociale. Aucune autre ne permet, à l’oc- 
casion, de redresser des torts qui crient vengeance ou de conjurer 
un danger imminent. 

« Donnera- t-on des coups de revolver ou des coups d’épée à 
une brute qui bat une femme ou un enfant? à un ivrogne qui 
vous outrage? à un escarpe qui vous attaque inopinément ?... Un 
coup de poing bien placé règle tous ces comptes de la manière la 
plus rapide et la plus simple. 



398 



LA BOXE FRANÇAISE 



(( Eugène Sue en avait eu le sentiment, quand il avait fait de 
son redresseur de torts, le prince Rodolphe, un pugiliste émérite : 
il n’y a rien au fond de plus humain que la boxe, parce qu’elle 
met le châtiment à la portée et au niveau de la faute, parce qu’elle 
est la seule langue que comprennent certaines natures et celle 
qu’il faut leur parler. 

« Les leçons de boxe se prennent habituellement avec des 
gants rembourrés, analogues au gant d’escrime. Mais il est essen- 
tiel, si l’on veut tirer de cet exercice tous les avantages qu’il 
comporte, de faire assaut sans gants avec un maître habile ; il 
s’arrange pour ne pas vous toucher à la face, mais vous allonge 
dans le thorax des poussées qui vous apprennent vite à ne pas 
le découvrir. Il faut avoir reçu sous les fausses côtes un coup de 
poing bien envoyé et qui vous coupe net la respiration, pour se 
rendre compte de ce qu’un boxeur adroit peut faire avec ses seules 
armes naturelles, contre deux ou trois assaillants plus robustes 
que lui. En trois temps et trois mouvements, il doit leur faire 
mesurer le terrain et leur ôter l’envie de revenir à la charge. 

« Dans, certaines professions, telles que celles d’agent de police, 
de gardien de prison, etc... la boxe devrait être l’A. B. C. de la 
gymnastique professionnelle. Mais il n’est presque pas d’homme 
qui n'ait, au moins une fois dans sa vie, l’occasion de se servir de 
ses poings et de regretter amèrement sa maladresse, s’il n’en 
connaît pas l’escrime. Car il n’y a pas, en pareil cas, de force qui 
tienne, il s’agit exclusivement de savoir parer et envoyer un coup. 

« Nous avons, au surplus, une école de boxe française qui 
vaudra l’école anglaise le jour où elle renoncera à l'emploi du 
pied, qui est canaille , comme on l’a dit récemment à la Cham- 
bre, et unanimement réprouvé par tous les vrais sportsmen. Les 
Français par leur légèreté spécifique et leur adresse naturelle, 
ont même dans cette escrime des avantages tout particuliers et 
qui leur permettent souvent d’avoir raison de l’adversaire le plus 
musculeux, en le harcelant de tous côtés sans se laisser atteindre. 
Ils s'entraînent plus vite et arrivent plus aisément à cette condi- 
tion parfaite du pugiliste qui fait dire à ses admirateurs, tant il 
a la peau lisse et brillante : 



LA BOXE FRANÇAISE 



399 



« Il est blanc comme une femme !... » 

« Il serait donc à désirer que « le noble art de la défense per- 
sonnelle » ne fût. plus aussi négligé qu’il Test présentement dans 
nos gymnases et qu’on revînt sans plus tarder à des traditions 
aussi bonnes pour le moral que pour le physique. La mode peut 
beaucoup à cet égard. 

« Si tous les habitués de salles d’armes se mettaient en tête 
d’avoir des gants de boxe, pour varier leurs exercices, ils en ver- 
raient bientôt le prix. 

« Dans les collèges et lycées, la boxe- devrait faire partie des 
exercices réglementaires. Si l’on osait même énoncer ce qui pa- 
raîtra sans doute une énormité, peut-être faudrait-il désirer que 
le duel pugilistique devînt, en certains cas, et entre grands élè- 
ves, obligatoire dans nos écoles, -comme le duel au sabre l’est 
dans nos régiments entre sous-officiers et soldats, à la suite d’une 
injure grave. 11 n’y a pas de meilleur système pour enseigner à 
un enfant le respect de lui-même et des autres, autant que l’uli- 
lilé d’un bon biceps. 

« Mais ce serait trop demander sans doute à nos mœurs de sy- 
barites. 

« Tout au moins peut-on souhaiter que cette pratique se déve- 
loppe d’elle-même et que les maîtres la favorisent en fermant les 
yeux sur les combats de ce genre. 

« Il est vrai qu’ils auraientàcompter avec les familles. Ellesn’en 
sont pas encore, hélas ! à comprendre que l’Europe est un champ 
clos, que les jeunes hommes ne doivent pas être élevés dans du 
coton, que, voués à faire un jour des soldats, le mieux pour le 
pays et pour eux-mêmes est qu’ils soient des soldats suffisants. 

« Philippe Daryl. » 

Le Temps, 7 septembre 1888. 



BONS FRANÇAIS ET BONS ANGLAIS. 

« L’autre jour, un journal grave consacrait un long article à la 
boxe anglaise. La plupartdes journaux, sérieux ou non, reprodui- 
saient trois ou quatre faits divers venus d’Amérique se rapportant 
à des boxeurs célèbres ou à des assauts importants; enfin récem- 



400 



LA BOXE FRANÇAISE 



ment, nousavonseu en France, la visitede champions qui venaient 
sur le continent accomplir les paris qu’ils n’avaient pu exécuter 
sous l’œil de la police anglaise. 

« Nous ne pouvons faire mieux que d’ajouter notre note modeste 
à ce concert universel. 

« Seulement nous nous permettrons de mettre en face de laboxe 
anglaise dont on parle tant et qui n’est, en réalité, qu’un exercice 
de convention, la boxe française qui estl’image complète du com- 
bat, entre hommes livrés à leurs armes naturelles. 

« A quel moment exact commence l’art de se servir de ses poings 
comme armes offensives etdéfensives, art qui constitue laboxe an- 
glaise par opposition à la boxe française où il est permis de frap- 
per des pieds comme des poings? 

« Le moment sera difdcile à déterminer. 

« Les Grecs avaient déjà le jeu du ceste, dans lequel ils rempla- 
çaient notre gant rembourré par une sorte de gantelet muni de 
plaques et de cercles de métal qui, comme on se l’imagine, n’é- 
taient pas précisément destinés à rendre le coup plus anodin. 

(( Ils avaient en outre, une sorte de lutte dans laquelle les poings 
étaient des armes, mais où, en revanche, les prises alternaient 
avec des coups. 

« Si nous en croyons un petit livre, assez rareet traduit de l’an- 
glais, la science du poing n’aurait apparu en Angleterre qu’au mi- 
lieu du siècle passé. 

« Quant à la boxe française, elle ne se perd assurément pas dans 
la nuit des temps, mais nous serions bien embarrassés de dire le 
jour où elle a pris naissance. 

« Ce que nous pouvons remarquer, c’est que tandis que les An- 
glais ne se servent que des mains, les Français se servaientd’abord 
uniquement des pieds. 

« Seulement quand nous disons français il ne s’agit que des 
gentlemen des barrières de Paris, et peut-être des messieurs du 
port de Marseille. 

« C’est peut-être cette origine peu aristocratique qui a fait con- 
sidérer notre exercice national comme pas chic. 

« Ajoutons, pourêlre juste, que si anglaise qu’elle soit, lascience 
du poing n’est pas encore devenue select. 



LA BOXE FRANÇAISE 



401 



« Il n’y a du reste guère qu’une cinquantaine d’années que le 
chausson français a pris le nom de boxe française en combinant 
une partie des coups et des poses de sa sœur d’Angleterre, avec ses 
propres procédés. 

« C’est seulement aussi à dater de cette époque qu'elle a pris 
une allure scientifique et qu’elle a pu suivre, sans faire trop mau- 
vaise figure, l’escrime par excellence : celle du fleuret. 

ce Nous ne dirons pas tout à fait comme le journal grave auquel 
nous faisions allusion en commençant : « Que la boxe anglaise, 
est un art relativement facile et qu’un gymnaste adroit l’apprend 
en quelques leçons. » Il faut qu’un journal ait une forte réserve 
de gravité pour émettre sérieusement dépareilles... plaisanteries. 

« L’alphabet n’a que vingt-quatre lettres, la gamme n’a que sept 
notes, la palette du peintre sept couleurs et cependant avec ces 
vingt-quatre lettres, ces sept notes et ces sept couleurs, on peut 
être tour à tour Molière, Michel-Ange, Rossi ni, voire Wagner. 

« Evidemment l’Anglais, lui, n’a que deux poings pour exécu- 
ter sa symphonie ; évidemment les combinaisons qu’il en tire sont 
moins compliquées qu’un vaudeville de feu Hennequin ; mai si peu 
compliquées qu’elles soient, nous sommes désolés de troubler la 
gravité de notre confrère en lui disant que ce n’est pas quelques 
leçons qu’il faut pour les apprendre ; mais des mois et des 
années. 

« Un de nos jeunes champions faisait à ce propos une remarque 
fort juste : 

« Un homme qui n’a pas appris à se servir de ses poings, disait- 
il, est bien plus désarmé vis-à-vis d’un professeur de boxe, qu’un 
ignorant de l’épée vis-à-vis d’un vieux tireur. 

« Dans ce dernier cas, l’arme est la même et il n’y a de diffé- 
rence entre ceux qui s’en servent que dans la manière de s’en ser- 
vir; mais dans le premier cas, c’est l’art qui fait l’arme, qui ne 
vaut précisément que par la façon dont on en use. 

« Le coup de poing du premier venu, si grande que soit sa force 
naturelle, ne produit qu’une poussée, laquelle, mesurée au dy- 
namomètre, équivaudra au plus à 50 ou 70 livres; celui d’un 
amateur entraîné atteindra une moyenne de 400 livres environ, 
qui pourra s’élever à plus de 600, dit-on, chez un professionnel. 



402 



LA BOXE FRANÇAISE 



« Mais, si la boxe anglaise n'est pas un artfacile, il fautajouter 
que la boxe française est un art très difficile. Aussi, peu d’ama- 
teurs arrivent-ils à être de première force. 

(( En revanche, elle présente des ressources innombrables pour 
l’attaque et la défense sans qu’aucune convention vienne l’entra- 
ver dans le développement de ses moyens. Car, non seulement 
elle tolère les coups de pied comme les coups de poing, mais elle 
enseigne même les prises de lutte. 

« C’est donc en réalité trois arts différents qu’elle combine en 
un seul. 

« Toutes les parties du corps doivent être à l’abri d’une attaque, 
et il faut surveiller son estomac comme sa tête, ses tibias aussi 
bien que son nez. 

« Nous pourrions dire ses tibias surtout, caria moindre atteinte 
du soulier ou de la bottine brise l’os ou du moins le dénude de la 
façon la plus désobligeante. 

« Ceci établi, il ne nous sera pas difficile de conclure au sujet de 
la supériorité d’une boxe sur l’autre. 

« Et nous en faisons si peu une question de patriotisme, que 
nous sommes prêts à avouer, à la face de l’Europe, que ce sont les 
Allemands qui ont inventé la poudre. 

« Mais enfin il faut être équitable, même pour soi ; et quedirait- 
on d’un soldat qui prendrait son fusil par la baïonnette pour as- 
sommer ses adversaires à coups de crosse. 

« En réalité, c'est à peu près ce que font nos voisins enlaissant 
de côté volontairement les trois quarts de leurs moyens. 

« Nous disons les trois quarts parce que, non seulement, des 
deux armes qu’ils possèdent, ils n’emploient que la plus faible, 
mais parce qu'ils s’astreignent à rester dans une seule garde, le 
pied droit en arrière. 

« Pourquoi?... 

<( Peut-être le premier boxeur anglais (par ordre de date) était- 
il u n gaucher et a-t-il trouvé moyen de persuader à ses compa- 
triotes que se mettre en garde à droite était souverainement ridi- 
cule. C’est aussi la raison pour laquelle les gens chauves ont un 
profond mépris pour la chevelure. 

« La question est, du reste, jugée pratiquement. Un de nos 



LA BOXE FRANÇAISE 



403 



jeunes prôfesseurs est allé à Londres récemment, et les deux mé- 
thodes ont été mises en présence. 

« Le résultat a été décisif en faveur de notre compatriote. 

« 11 l’aurait assurément été davantage si l’assaut avait été un 
combat. 

« A ce sujet, une anecdote racontée par le vaincu lui-même : 

« Un des premiers professeurs d’Angleterre s’était attardé dans 
les rues de Londres. 11 est heurté par un quidam. Deux ou trois 
jurons de part et d’autre, mais en langues différentes. Le profes- 
seur se met correctement en garde et reçoit un coup de pied. 11 
tombe, se relève, se remet non moins correctement en garde, re- 
çoit le pendant du premier coup, retombe... Mais le vainqueur 
avait fui, trahissant sa nationalité encore plus par son coup de 
pied que par son accent. 

« Gela ne nous empêche pas de considérer la boxe anglaise 
comme un exercice excellent qui développe toutes les parties du 
corps, même... les gros orteils. 

« Que l’on ne crie pas au paradoxe! .. un docteur, dont nous 
avons parlé surabondamment, recommandait le travail des jambes 
pour fortifier la poitrine. 

« Et maintenant, terminons par une citation empruntée à un 
article de la Vie Sportive et signé A. G. 

« Elle (la boxe anglaise) est contraire à tous nos principes 
« d’escrime. 

« Attaquer, parer et riposter, les voilà en trois mots. 

« Or, au contraire, le meilleur boxeur anglais est celui qui 
« peut, sans s’émouvoir, supporter le plus longtemps les coups 
« de son adversaire. 

« Il se pique de bien recevoir... comme une maîtresse de mai- 
« son. 

« Aussi s’entraîne-t-il tout particulièrement à se durcir la 
« peau, son idéal est de l’avoir aussi dure que celle du rhinocé- 
« ros. 

« Il en résulte que chaque fois que je vois deux boxeurs 
« anglais en face l’un de l’autre, pendant qu’ils se présentent 
« réciproquement leurs figures, je crois entendre chacun mur- 



« murer : 



404 



LA BOXE FRANÇAISE 



« Frappe donc ! frappe bien fort ! pour que je te casse les poings 
« avec mon nez. 

« Joyeuse. » 

Le Monde Sportif, du 7 octobre 1888. 



LA BOXE FRANÇAISE 

« Faut-il ou ne faut-il pas, dans le combat sans arme, se ser- 
vir des membres inférienrs, et est-il bien vrai, comme on Ta dit 
récemment à la Chambre, que le « chausson » soit canaille ? 

« Telle est la question qui divise présentement le monde de la 
boxe. Monde beaucoup plus élégant, par parenthèse, que le pro- 
fane ne le supposerait à première vue ; car, s’il n’est pas sans re- 
céler un certain nombre de bookmakers et de garçons bouchers, 
il se compose principalement d’hommes d'épée, de fins cavaliers 
et de gymnastes émérites. 

« La chose vaut qu’on l’examine, elle prendra bientôt un in- 
térêt international : il s’agit d’organiser pour l’exposition de 1889 
un grand concours athlétique où la boxe aura sa place au même 
titre que la lutte à main plate, et le défi des champions français 
devant s’adresser spécialement aux champions américains et an- 
glais, il importe avant tout de régler ce point épineux. 

« De l’autre côté du détroit, le verdict est acquis d’avance. 

« La règle du sport interdit formellement aux deux lutteurs de 
faire intervenir les jamhes dans le combat et de frapper au-des- 
sous de la ceinture. Les coups doivent être portés à poings fer- 
més, exclusivement sur le thorax et sur la tête. 

« On sait quels terribles horions peuvent être échangés de la 
sorte, soit qu’ils portent sur les espaces intercostaux et paralysent 
momentanément le jeu des poumons, ou sous l’oreille, et qu’ils 
amènent l’anémie du cerveau par compression de la carotide, ou 
sur les yeux qu’ils aveuglent. 

« Ce n’est donc pas un sentiment d’humanité qui fait défendre 
aux boxeurs anglais l’usage des membres inférieurs. 11 y a là une 
convention pure et simple, analogue à celle qui interdit, en 
France, sur le terrain, de saisir l’épée de l’adversaire avec la 



LA BOXE FRANÇAISE 



405 



main gauche, ou qui fait juger défavorablement un Italien quand, 
au milieu d’une rixe, il tire son couteau. Et cette convention ré- 
pond si bien à un instinct secret ou à un sentiment honorable, 
qu’on ne peut guère s’empêcher d’abord de l’approuver et de 
trouver plus noble, plus correct, plus régulier, l’usage exclusif 
des bras. Il est incontestable d’ailleurs que l’attitude et l’action de 
deux boxeurs, bien assis sur les jambes et se martelant le buste 
à poings fermés, ont je ne sais quoi de classique et de relevé, qui 
manque toujours un peu au coup de pied le plus lestement en- 
voyé. 

« C’est l’impression qu’on éprouve nécessairement, quand on 
a vu surtout pratiquer la boxe anglaise. On s’explique donc que 
des sportsmen élevés dans ce préjugé (car c’est un préjugé) aient 
de la peine à s’en défaire. 

« Ils changent souvent d’avis, quand ils assistent à une lutte 
courtoise entre boxeurs français, et sont témoins des effets im- 
prévus, charmants, pleins de grâce et de légèreté, qui peuvent 
résulter du travail des jambes. 

« Il n’est même pas rare, dans ce cas, que la conversation soit 
aussi radicale que soudaine, et que les plus fins connaisseurs an- 
glais, comme lord ï..., se déclarent convaincus de la supériorité 
de la boxe française. 

« Mais il faut bien le dire, pour que cet effet se produise, il est 
indispensable que les lutteurs soient des virtuoses. 

« Chez les simples amateurs, l’emploi du pied manque habi- 
tuellement de maestria et prête le flanc à la critique, dans l’as- 
saut public, bien entendu. 

« Si l’on considère simplement la boxe comme un exercice, il 
en est peu d’aussi salutaire à la santé; il va de soi que le jeu des 
membres inférieurs ne pourra que le rendre plus complet. Et, 
dès lors, pourquoi s’en priver ?... 

« Enfin, si l’on admet que la boxe est avant, tout l’art de re- 
pousser sans armes une agression brutale et soudaine, dans ce 
cas, l’usage des membres inférieurs n’est pas seulement naturel 
et logique, il est en quelque sorte obligatoire, et il serait par trop 
ridicule de limiter les moyens de défense. 



406 



LA BOXE FRANÇAISE 



Un homme attaqué par des assassins ira-t-il s'interdire de leur 
casser les tibias à coups de bottes, s’il peut et s’il sait le faire?... 
— évidemment non. Con viendra- t-il avec ses agresseurs qu’on 
frappera de paî t et d’autre exclusivement au-dessus de l'ombilic? 

« Poser la question, c’est la résoudre. 

« L’excellent maître Charlemont, qui perpétue chez nous la 
tradition des Vigneron et des Lecour, est donc parfaitement en 
droit de dire que la boxe française reste un art plus raffiné et 
plus complet que la boxe anglaise. Et Théophile Gautier, qui 
se connaissait en sports comme en tout, a pu écrire avec raison 
que « La boxe française est le plus beau développement de la 
« vigueur humaine , une lutte sans autres armes que les armes 
« naturelles , où Von ne peut être pris au dépourvu ». 

« La méthode française a donc une supériorité évidente quand 
il s'agit de la lutte sérieuse, de la lutte pour la vie. Et l’assaut de 
salle d’armes n’ayant de sens que s’il est uiïe image fidèle du 
combat, il s’ensuit que des boxeurs français sont pleinement 
dans le droit et même dans le devoir, comme artistes et comme 
sportsmen, en enseignant et prescrivant à leurs élèves le travail 
du pied. 

« Reste la question du tournoi internalional. 

« Faut-il qu’ils fassent aux champions anglais la concession de 
limiter au buste l’aire d’activité de leurs muscles? Il semble 
qu'ils le pourraient sans déchoir, à la condition de réserver, dans 
les séances préparatoires et dans la séance suprême, une large 
place à la boxe française. 

« Pourquoi ne pas stipuler, par exemple, qu’il y aura un grand 
prix pour l’une ou pour l’autre ? 

« A supposer que le champion français triomphe de deux ma- 
nières, sa gloire serait double. A supposer qu’il eût le dessus seu- 
lement dans l’assaut à la française, l’humiliation d’être vaincu 
dans l’autre serait moins amère. Et quelle plus belle occasion 
de montrer aux anglo-saxons la finesse et la grâce de notre mé- 
thode, dans tout son éclat?... 



LA BOXE FRANÇAISE 



407 



« Il va sans dire qu’il ne saurait être question de renouveler à 
Paris les sanglants spectacles du prize-ring anglais, et que tout 
devrait se régler à armes courtoises, c’est-à-dire à poings gantés. 

« Mais quel spectacle unique et d’un intérêt superlatif, celui 
où les deux méthodes, en leurs représentants autorisés, se sou- 
mettraient parallèlement à l’appréciation des connaisseurs ! 

« Ce n’est pas seulement du fin fond de l’Angleterre et de l'E- 
cosse, c’est de la Nouvelle-Orléans, de l’Inde et de l’Australie que 
les amateurs s’empresseraient à ce régal sans précédent. Les 
beaux jours de la salle Montesquieu seraient effacés, et les sou- 
venirs alcyonnesques du passage des Panoramas passeraient du 
coup au rang des vieilles lunes. 

« Philippe Daryl » 
Supplément du Figaro du 13 octobre 1888. 



BOXE FRANÇAISE ET BOXE ANGLAISE 

« Mon cher Joyeuse, votre dernier article sur la boxe, est, sans 
contredit, très intéressant, très. piquant, très amusant, mais... 

« C’est ainsi que l’autre jour sur le boulevard m’interpellait un 
Monsieur qui est bien l’homme le plus aimable, le plus gracieux, 
le plus intelligent, le plus spirituel, le plus... Je regrette que la 
langue française soit si pauvre. 

« Il s’était arrêté un instant sur le mais. 

— « Mais quoi?... lui répondis-je... 

— « C’est beau le patriotisme, c’est très beau ! 

« Mais c’est comme la vertu, il ne faut pas en mettre partout. 

— « Sans doute. 

— « On ne doit pas l’employer mal à propos?... 

— « Evidemment. 

— « Et il est nécessaire que l’élévation de ce noble sentiment 
ne jure pas avec le fond du sujet que l’on traite. 

— « C’est exact !... 

— « Eh bien alors, mon cher Joyeuse, pourquoi avez-vous fourré 
le patriotisme dans vos coups de pied et vos coups de poing?... 

« Autant mettre de la vertu dans les épinards. 



26 



408 , 



LA BOXE FRANÇAISE 



— « Moi !... J’ai mis de la vertu dans... pardon. Je ne com- 
prends pas du tout ! 

— « Vous intitulez votre article qui a pour sujet la valeur 
comparative des deux boxes : 

« Bons français et bons anglais. » Voulez-vous contribuera 
tendre les rapports suffisamment tendus déjà entre la France et 
l'Angleterre. 

— « Que me chantez-vous là?. .. J’avais l’intention de dire quel- 
ques mots de la boxe anglaise et de la boxe française ; j’ai pris 
tout simplement pour titre : Boxe française et boxe anglaise. 

— « Eh bien, lisez. 

« Et mon interlocuteur sortit de sa poche un chiffon de papier 
rose, constituant le reste du dernier numéro du Monde sportif. 

« Je ne pus retenir un juron qui fit retourner les promeneurs 
et je ne sus pas arrêter un geste qui_ envoya à trois pas sur la 
chaussée le parapluie d’un vieux monsieur. Il y avait en effet en 
tête de l’article : Bons français et bons anglais. 

— (c Prenez garde, mon cher Joyeuse, vous allez ameuter les 
passants. Gela ne vaut pas la peine de vous emporter. 

— « Vous en prenez bien à votre aise. 

— « Au contraire je suis embarrassé pour vous dire... 

— « Quoi ?... 

— « Vrai ! votre article est très amusant, très piquant, très in- 
téressant, très... 

— « Pardon vous me l’avez déjà dit. Quelle bévue ai-je encore 
commise ou m’a-t-on fait encore commettre ? 

— « Voilà, moi, je suis de l’avis de mon journal, un jour- 
nal très sérieux; l’emploi du pied dans le combat est un peu 
canaille ! 

— - « Pourquoi canaille ? 

— « Parce que... 

— « Dame! parce que, mon journal, qui est un journal très 
sérieux, dit que cet emploi est unanimement réprouvé par tous 
les vrais sportsmen. 

— « Et pourquoi est-il réprouvé? 

— « Pourquoi? pourquoi ? mais puisque tous les sportsmen.. . 

— « Alors, si le soir, un rôdeur de barrière vous envoyait un 



LA BOXE FRANÇAISE 409- 

joli coup de pied chassé dans le tibia, vous vous contenteriez de 
lui dire, tout en prenant un maintien digne : 

— • « Monsieur, l’emploi du pied est unanimement réprouvé 
par tous les sportsmen. 

— « Non, je ne m’en contenterais pas. 

— « Que feriez-vous donc ?... 

— « J’appellerais avec énergie un sergent de ville ! 

— « Pardon ! il n’y a pas besoin de crier, de connaître la boxe 
anglaise ; il suffit de ne pas avoir une extinction dé voix. Non, 
voulez-vous que je vous le dise à mon tour ; on répète ainsi une 
quantité de phrases qui n’ont d’autre raison que d’avoir été déjà 
répétées par d’autres avant vous. Nous ne sommes souvent que 
des perroquets. 

« Si Ton en croyait une autre phrase plus ancienne encore, on 
n’emploierait, pour se défendre, pas plus le pied que le poing. Car 
on dit : « Jeux de mains, jeux de vilains. » 

« Cette expression du moins avait l’avantage de signifier quel- 
que chose, au temps où les gentilshommes seuls avaient le droit 
de porter l’épée ; se battre avec un bâton ou avec ses armes natu- 
relles, ne pouvait être que le fait d’un homme d’une classe infé- 
rieure, d’un vilain. 

« Aujourd’hui où personne ne porte l’épée, et où tout le monde 
est gentleman, sinon gentilhomme, quand on vous attaque, on se 
défend comme on peut, avec tout ce que l’on a avec soi. 

« Et comme, à moins d’être manchot ou cul-de-jatte, on a géné- 
ralement avec soi ses pieds et ses poings ; si l’on sait se servir des 
uns et des autres, on est perpétuellement armé. 

— « Vous avez beau raisonner, mon cher Joyeuse, puisque 
mon journal, qui est un journal sérieux, réprouve l’emploi du 
pied. 

— « Eh bien ! 

— « J’achèterai un revolver. 

— « Très bien ! Seulement prenez garde de ne pas tuer un 
passant inofïensif ! Cela coûte très cher ! 

« Joyeuse. » 

Lé Monde sportif, 14 octobre 1888. 



4 1 U 



LA BOXE FRANÇAISE 



LFS PEUPLES SAUVAGES 



LES TONGUIENS DES ILES DES AMIS 

« Sous ce titre, le capitaine Mayne-Reid raconte, dans un de ses 
voyages aux îles des Amis (archipel indien), que les habitants 
des îles Tonga se livraient à l’exercice de la boxe, il dit : 

« Le jeu favori des Tonguiens est la boxe. » 

— « Dans les fêtes qu’ils organisent — leurs bals proprement 
dits, — le beau sexe joue un grand rôle et l’on peut dire que ces 
parties de plaisir offrent un coup d’œil unique, qui ne serait pas 
déplacé dans nos cercles civilisés. Leur façon de danse est réelle- 
ment très élégante. L’un de leurs principaux amusements est la 
boxe : ils se mettent Sur une longue file et à un moment donné, 
ils commencent le combat avec leur voisin direct. 

« Cela vaut encore mieux que de faire la guerre avec des flèches 
empoisonnées, et de manger ses prisonniers. » 

. 14 octobre 4888. 



A l’occasion de l’exposition de 1889, il était question d’organiser 
un grand assaut international de boxe et le championnat des 
deux méthodes diverses : boxe française et boxe anglaise. L’idée 
fut abandonnée, on ne sait pas pourquoi. 

Sur ces entrefaites, la fondation de la Ligue nationale de l’é- 
ducation physique vint donner un élan nouveau à l’enseignement 
de la boxe française. 

On sait l’histoire de ce grand mouvement national, préparé 
de longue date (depuis 1880) parles livres bien connus où M. Pas- 
chal Grousset, sous les pseudonymes de André Laurie et Philippe 
Darÿl, étudia la scolaire des divers pays et spécialement les mœurs 
pédagogiques de l’Angleterre, accéléré par une série d’articles 
mémorables du même auteur, dans le journal « Le Temps », arti- 
cles qui exercent une influence décisive sur l’Université : cette 
active propagande aboutit en 1888 à la création de la ligue. 



LA BOXE FRANÇAISE 



411 



Tous les recteurs de France, la plupart des proviseurs de lycées 
et des principaux collèges, un grand nombre de pèresde famille et 
d’hommes éminents appartenant aux classes les plus éclairées de 
la nation, tinrent à honneur de s’inscrire parmi les fondateurs de 
la nouvelle association. 

Le Lendit des lycées et collèges fut institué et dès la première 
année, la boxe française fut inscrite parmi les divers concours de 
cette grande épreuve nouvelle. 

Le lycée Janson de Sailly puis le collège municipal Rollin, se 
signalèrent tout d’abord parle nombre et l’excellence relative des 
champions qu’ils mettaient en ligne. 

Le lycée de Rouen, puis le lycée Gondorcetse signalèrent bien- 
tôt parmi les plus ardents à suivre le mouvement. 

Aujourd’hui, la tradition est établie et la boxe française déci- 
dément entrée dans nos mœurs scolaires. 

Voici la liste des lauréats de boxe dans les Lendits successifs 
ouverts depuis la fondation. 



CONCOURS DE BOXE FRANÇAISE 



1889 


1 er Prix. 


Arguello. 


Lycée Lakanal. 




2 e Prix. 


Gilbert. 


id. 




Accessit. 


Dubreuil. 


Institution Cavé. 


1893 


1 er Prix. 


*Duchez. 


Janson de Sailly. 




2° Prix. 


Dan. 


Lycée de Rouen. 




Accessit. 


Prax . 


Louis-le-Grand. 




Accessit. 


*Roll. 


École Monge. 


1891 


1 er Prix. 


*Holzschuch. 


Lycée Condorcet. 




2 e Prix. 


*Paulian. 


Janson de Sailly. 




Accessit. 


*Renaud J. 


Condorcet. 


1892 


1 er Prix. 


*Paulian. 


Janson de Sailly 




2 e Prix. 


*Lecler. 


Rollin. 




Accessit. 


Berthe. 


Rollin. 


1893 


1 er Prix. 


*Siegler. 


Rollin. 




2 e Prix. 


*Daltroff. 


Condorcet. 




Accessit. 


*Couchy. 


Janson de Sailly. 


1894 


1 er Prix. 


*Siegler. 


Rollin. 




2 e Prix. 


*Lecler. 


Rollin. 




Accessit. 


*Cabrol. 


Rollin. 


1893 


1 er Prix. 


*Magherini. 


Rollin. 




2 e Prix. 


Ducrocq. 


Chaptal. 




Accessit. 


*Hattat. 


Rollin. 



412 




LA BOXE 


FRANÇAISE 


1896 


1 er Prix. 


*Hattat. 


Rollin. 




2° Prix. 


*Laburthe. 


Rollin. 




Accessit. 


*Naeder. 


Rollin. 


1897 


1 er Prix. 


*Reinhardt. 


Condorcet. 




2° Prix. 


Maymon. 


id. 




Accessit. 


*Rives. 


Chaptal. 


1898 


1 er Prix. 


*Chataignier. 


Janson. 




2® Prix. 


*Muntz. 


Rollin. 




3* Prix. 


*Darraste. 


Rollin. 




» 


Louvet. 


Janson. 



C’est à partir de 1890, que Charlemont fils présenta ses élèves 
des lycées au concours du Lendit. Comme on peut le voir sur la 
liste des lauréats, les noms précédés d’un astérisque sont ses élè- 
ves, ils ont remporté vingt-trois prix sur vingt-neuf, tel est le 
résultat. 



SALLE DU GRAND ORIENT DE FRANCE 



JEUDI 20 DECEMBRE 1888, A 8 H. 1/2 PRECISES DU SOIR 

GRAND ASSAUT 

DE BOXE FRANÇAISE ET ANGLAISE, SABRE, CANNE ET BATON 

donné par M. J. Leclerc, 
professeur à l’Ecole d’escrime française. 

ORDRE DES ASSAUTS 

Boxe française : MM. Schultz, Guelpa, I. Knab, Marius, Noël, 
Robert, Garnier, Leclerc, Colle, C. Knab. Raynal, Lorenzi, Philippe, 
H. Knab, Langlois,. Jacquelard, Chauderlot, Leboucher. 

Sabre : MM. Chauderlot, Barba. 

Canne : WA. Quillier, Langlois, Hippolyte, Knab, 

J. Leclerc et E. Leclerc, son élève. 



En 1889, on fît l’adjonction d’une salle d’armes au cercle le 
Betting-Club. Charlemont fut nommé professeur ; on y pratiquait 
l’escrime, la boxe et la canne. Cet essai ne réussit pas, car 5 mois 
après, le cours cessait faute d’élèves. 



LA BOXE" FRANÇAISE 



413 



Jl faut croire que lorsqu’on, s’occupe d’améliorer la race si inté- 
ressante des bêtes, on n'a plus le temps d’améliorer celle des 
hommes. Cest comme ceux qui croient améliorer leur porte-mon- 
naie en allant jouer aux courses ou au baccara, ils en reviennent 
fort désillusionnés. 

Samedi 23 mars 1889, salle du Balneum, 16 bis, rue Cadet. 
Un grand assautd’armes estdonné aubénéfice de ^Orphelinat des 
arts et de la presse, sous la présidence de M. Bergès père. 

Les assauts d’escrime sont représentés par MM. Boitel, Gi- 
gnac, Cherbouquet, Leneveu,Deydier, Decroix, Ranchoux, Bouard, 
Bergès fils, Lecomte, Garichon, Jéicoby, Laurent, Hazotte, Da- 
motte, M ,Ie Marcel le ; 

La boxe est représentée par MM. Leclerc, Chauderlot et Qui Hier 
frères ; 

Le sabre par MM. Boudier et Chauderlot ; 

Intermèdes musicaux parles Tziganes. 



GRAND ORIENT DE FRANCE 
VENDREDI-SAINT, 19 AVRIL 1889, A 8. H. 1/2 PRECISES 

GRAND ASSAUT ANNUEL 

DE BOXE FRANÇAISE ET ANGLAISE, CANNE ET BATON 

Donné par MM. Charlemont père et fils, 
professeurs au Cercle artistique et littéraire et à l’Académie de boxe. 

Avec le concours de 

MM. Pleuser, de Bruxelles, Chêne et Griessemann, de Reims, 
Moritz, M. Knab J. Ch. et Henri, Noël, Philippe, 

Massot, Jost, Richard, Liégeois, Blondel, Ruby, Robin, Lucet fils, 
et de Bob, le nègre, boxeur américain, 
professeurs et amateurs, 

et MM. C. V. Duchêne, Birmann, Lefebvre, Roger, H. G. Rogé, 
Mathiot Fernand, élèves de MM. Charlemont. 



414 



LA BOXE FRANÇAISE 



ORDRE DES ASSAUTS 



Démonstration théorique et pratique de la boxe française par 
M. Charlemont fils et M. Mathiot Fernand, son élève âgé de 8 ans. 



1. 


Lucet fils. Ruby 0. 


B. 


F. 


9. 


Blondel, Chêne P. 


B. 


T. 


2. 


Robin E., Roger H. 


B 


F. 


10. 


Charlemont fils, Noël. 


B. 


F. 


3. 


Knab C., Marius M. 


C. 


N. 


11. 


Pleuser H., Richard. 


B. 


F. 


4. 


Lefebvre, Knab J. 


B. 


F. 


12. 


Charlemont père, C. V. 


B. 


F. 


5. 


Démonstration. 


B. 


F. 


13. 


H G., Knab C. 


B. 


F. 


6. 


Chêne P., Knab H. 


B 


F. 


14. 


Knab J , Chêne P. 


C. 


N. 


7. 


Griessemann, Duchêne. 


B. 


F. 


13. 


Massot, Liégeois. 


B. 


F. 


8. 


Moritz M., Birmann. 


B. 


F. 


16. 


Jost, Philippe. 


B. 


F. 






Boxe anglaise 







MM. J. Dugniol, Bob, le nègre, Duchêne, Jost, Rogé 
Charlemont père. 

Les dames seront admises. 

Légende : Boxe française. B. F. ; Bâton, B; T. ; Canne, C. N. 



SOCIÉTÉ DE BOXEURS FRANÇAIS. 

La sociétédes boxeurs français a été fondée le 1 er janvier 1890. 

Extraits des statuts: c< Art. 1 er , 11 est fondé à Paris une société 
ayant pour but : l°DedéveIopper le goût de laboxe et d’en favoriser 
lesprogrès; 2° L’union amicale des élèves delà saRe Charlemont et 
de tous les amateurs de boxe. Elle prend le titre de : « Sociétédes 
boxeurs français. » — Art. 2. La société réalise son but par tous les 
moyens en son pouvoir et en organisant des assauts intimes et des 
assauts publics. — Art. 6. La cotisation annuelle est de 20 francs. 
Le siège social est à l’Académie de boxe, 24, rue des Martyrs. » 



MEMBRES DU COMITÉ. 

MM. D r Ménière, président, 

Jean, vice-président. 

H. Groslambert, secrétaire. 

J. Charlemont, trésorier perpétuel. 
A. Rogé, trésorier adjoint. 

Ch. Charlemont. 

San -Marin. 



LA BOXE FRANÇAISE 



415 



MEMBRES FONDATEURS 



Belleroche (A. de), artiste peintre. 
Bouge, député. 

Bourgoin (Gh. de), avocat. 

Brault (Alb.), avocat. 

Charlemont (J.), professeur de boxe. 
Charlemont (Ch.), professeur de boxe 
Cuvillier (Eug.), artiste peintre. 
Daltroff (Alb.), manufacturier. 
Demoisson (Yalère). 

Groslambert (H.). 

Hauguet, rentier. 

Jean (A.). 

Lambourg (H.). 

Laitier (J.). 

Lefebvre (Aug.), dessinateur. 
Levallois (E.). 



Magny (A. de), rentier. 

Mathiot (E.), négociant. 

Meyenrock (C.). 

Ménière (E.), docteur en médecine. 
Motot (G.). 

Périn. 

Personne (Ai). 

Ponsolle (E. de), artiste peintre. 
Ranc (A.), sénateur. 

Reubens (Robert). 

Risler (P.). 

Rogé (A.), négociant. 

Salomon (A.). 

San-Marin, propriétaire. 
Santa-Maria (A. de), artiste peintre. 



CONCERT DES FOLIES DE BELLE VILLE 



DIMANCHE 17 AVRIL 1890a1 H. 1/2 PRECISES 

GRAND ASSAUT 

DE BOXE FRANÇAISE ET ANGLAISE 
donné par MM. Knab, professeurs. 

ORDRE DES ASSAUTS 

1. Machet-Lebeaut. 2. H. Knab- Besançon. 3. Castérès-Noël. 4. Siauve- 
Casier. 5. Charlemont père-J. Knab. 6. Leclerc-Lescure. 7. Charlemont 
fils- Ch. Knab. 8. Moreau-X... 9. Philippe-Mariot. 10. J. Knab-Ch. 
Knab. Répétition de la théorie de canne par Ch. Knab et Ph. Knab, son 
élève. 

Intermèdes 

Grand quadrille excentrique par les Pulcinelli. 

La barre fixe par les frères Waltas’s de PHippodrome de Paris. 



416 



LA BOXE FRANÇAISE 



SALLE DU GRAND ORIENT DE FRANCE 



JEUDI 24 AVRIL 1890 , A 8 II. 1/2 DU SOIR 



GRAND ASSAUT ANNUEL 



DE BOXE FRANÇAISE ET ANGLAISE, CANNE ET BATON 



Donné par MM. Charlemont père et fils, 
professeurs au Cercle artistique et littéraire, au lycée Janson de Sailly, 
et à l’Académie de Boxe. 

ORDRE DES ASSAUTS 

Démonstration théorique et pratique de la boxe française, par 
M. Charlbmont fils et M. M .'. Fernand, son élève âgé de 9 ans. 



1 . Lambourg, Dumez. 

2. Dandry, Lecocq. 

3. Meyenrock. 

4. C. Knab, Maurice, 
o. Massot,- Richard. 

6. Groslambërt, J. Knab. 

7. Charlemont fils, Leclerc. 



8. Perré, Brault. 

9. Chêne, Massot. 

TÛT Cuvillier, C. Knab. 

11. Cuvillier E., Noël. 

.12. Lucet, Fernand.. 

13. Charlemont père. X... 

14. Moritz, Groslambert. 



Boxeurs anglais 

Edward Johnston, Jem Broode. 

Les dames seront admises 



LA BOXE A PARIS. 

Représentation annuelle de MM. Charlemont , rue Cadet. 

« Les combats de boxe avec prix sont des passe-temps essentiel- 
lement anglais, et bien qu’ils soient le sport par excellence de Fhé- 
misphère occidental, bien des villes du continent ont des clubs 
destinés au noble sport de légitime défense. Hier soir, à la salle 
du Grand Orient, rue Cadet, M\I. Charlemont pèreet fils donnaient 
leur représentation annuelle de boxe et d’escrime, dans laquelle ils 
étaient secondés par leurs élèves et leurs collègues professeurs. 

« Chacun connaît les Charlemont, car non seulement ils sont 
professeurs au cercle artistique et littéraire, au lycée Janson de 



LA BOXE FRANÇAISE 447 

Sailly et à F Académie de boxe, mais ils ont des élèves dans la haute 
société parisienne où ils sont connus de tous. 

« Il est inutile de dire que quand le moment de commencer est 
arrivé, tous les sièges étaient remplis et qu’il n’y avait même plus 
de place pour regarder debout. Les deux ou trois premiers assauts 
de boxe française furent plus paisibles, mais la fine savate entre. 

« MM. Meyenrock et Lucet furent beaucoup admirés. Ce dernier 
promet de devenir un fin boxeur, car ses feintes ont été excellen- 
tes, mais il est trop découvert. 

« Deux professeurs ont combattu à la 4 e reprise : MM. Massot 
et Richard. Ce dernier possède un diabolique regard quand il est 
dans l’arène, et rappelle fortement Jake Kiirain. Tous deux ont 
boxé courageusement des pieds et des mains. Mais bien avant le 
laps de temps voulu, un bon coup de main gauche sur le nez de 
Massot fait jaillir le sang, ettous deux se retirent après s’être serré 
la main. Cela semble curieux aux nombreux Anglais présents, et 
les cris de « cherchez le médecüi », suivent leur retraite. 

« Un match de canne entre MM. Knab et Maurice eut lieu en- 
suite, dans lequel le monsieur sans « le Mac » ?... fut victorieux. 

« Ils y allaient si courageusement que une ou deux fois le public 
cria « assez ! » Ce fut une chaude affaire de coups et de ripostes 
et le couple se sépara au milieu des acclamations. 

« M. Knab, frère de celui du précédent combat, professeur, et 
M. Groslambert, amateur, firent en peu de temps un vigoureux 
échange de coups de pied et de coups de poing, et quoique l’ama- 
teur eût semblé dans le début prendre l’avantage, avec une belle 
série de coups à gauche, il les reçut à son tour avec intérêt pour 
terminer. 

« Une démonstration de leçon de boxe par M. Charlemont fils et 
son élève de 9 ans, provoque absolument une salve d’applaudis- 
sements, puisvient l'entr’acte. 

UNE CHAUDE RENCONTRE. 

« A la reprise suivante MM. Perré et Noël donnent une autre 
performance de savate. C’est alors que les nombreux Anglaise! 
Américains présents furent surpris de ne pas voirparaître, dansla 
boxe anglaise, l’adversaire de M. Cuvillier, tandis que M. Reynolds, 



418 



LA BOXE FRANÇAISE 



plus connu des habitués sous le nom de Billv, le plongeur, pre- 
nait le ganta sa place. Cuvillierétaitdeplusieursincheplusgrand 
que son partenaire ; le public éclate de rire quand ils se serrent la 
main et tombent en garde. Le Français vit cependant bientôt qu’il 
n’avait pas à faire à un novice, car quoique ayant un parti pins 
fort que lui, et dépourvu d’entraînement, Reynolds lui envoie sur 
la face trois ou quatre gauche et droite qui le font reculer. Rien de 
spécial dans cette rencontre qui fut acharnée. Naturellement Billy 
eutle dessous pour finir, car il ne pouvaitatteindre son adversaire, 
mais les applaudissements qui le ramenèrent après sur l’estrade 
montrèrent combien le vaincu avait été admiré. 

LE CLOU. 

« Mais le clou de la soirée fut la rencontre de MM. Charlemont 
fils et Castérès, M. Leclerc, avec lequel le premier devait boxer, ne 
venant pas. 

« Rien de plus joli que la science déployée par chacun d’eux 
avec leurs pieds et leurs poings. Ils étaient aussi vifs que deux 
singes, et même ceux qui ont vu Charles Laury, le plus agile des 
acrobates dans les Pilules du diable, les regardaient avec ébahis- 
sement. Une fois ou deux, il semblait queCharlemont allait avoir 
le dessus, mais, se rassemblant dansla dernière reprise, il renversa 
son adversaire. Il devait y avoir beaucoup d’autres rencontres en- 
core, mais en raison de l’heure, nous dûmes quitter les lieux. 
Toute la séance avait été habilement dirigée et comme les années 
précédentes, il y eut un grand succès. » 

The New York Herald. 



SOCIETE DES BOXEURS FRANÇAIS 

Programme de l'assaut d’ inauguration 
donné à VHôtel Continental le 17 février 1891. 







ORDRE DES 


ASSAUTS 






1. 


Levallois, 


S. B. F., 


Perré, Paris, 


B. 


F 


2. 


Rogé, 


id. 


Pleuser. B. C. B. 


B. 


A, 


3. 


Brault, 


id. 


Gross, S. B. F. 


B. 


F 


4. 


Charlemont fils, 


id. 


Armstrong, B. C. B. 


B. 


A, 





LA BOXE FRANÇAISE 


419 


fl? Sttn-Marin, 


S. B. F., 


Beauné, E. G. J. 


B. F. 


6. Cuvillier, 


id. 


Tilbury, B. C. B. 


B. A. 


7. Groslambert, 


id. 


Parmentier, E. G. J. 


B. F. 


8. Gastérès, 


id. 


Leclerc, E. E. F. 


B. F. 


9. Charlemont père, 


id. 


Follet, Verviers, 


B. F. 


10. Armstrong, 


B. C. B.; 


Tilbury, B. C. B. 


B. A. 


11. Cuvillier, 


S. B. F.; 


Jolit, E. G. J. 


B. F. 


12. Charlemont fils. 


id. 


Pleuser, B. C. B. 


B. F. 



LÉGENDES 

S. B. F. Société boxeurs français. — B. G. B. Boxing-club Bruxelles. — 
E. E. F. Ecole d’escrime française. — E. G. J. Ecole gymnastique Join- 
ville. — B. F. Boxe française. — B. A. Boxe anglaise. 

La salle Charlemont a fourni dans cet assaut neuf tireurs de 
première force; la salle Leclerc, un; le Boxing-Club de Bruxelles, 
trois; la Société de Verviers, un; l’Ecole de Joinville, trois. 
M. Pleuser est aussi un ancien élève de Charlemont. La soirée se 
termine par un banquet offert aux tireurs par les membres de la 
Société. 

BOXING-CLUB DE BRUXELLES 



ASSAUT INTERNATIONAL DU 22 MARS 1891 

Salle Dupont, 19, rue du Pépin (local du Club). 

À cet assaut, il y avait 17 tireurs inscrits qui ont fourni 14 assauts, 
dont 9 de boxe anglaise et 5 de boxe française. 

ORDRE DES ASSAUTS 

MM. Simonis-Romedenne, — Tscharner- Wilkinson, — François-Follet, 
— Dumoulin-Wood, — Tilburg-Davis, — Pleuser-Dardenne, — Simonis- 
Hart, — Raes-Jônes, — Dumoulin-Osmonde, — Devenster-Wood — Tschar- 
ner-Follet, — Tilbury-Hart, — François-Dardenne, — Pleuser-Davis. 

Les Boxing-Glubs de Verviers et d’Anvers y étaient représentés. 

SALLE DES FÊTES DE L’HOTEL CONTINENTAL 

(Entrée, rue Rouget-de-Lisle). 

VENDREDI 18 DÉCEMBRE 1891, A 8 H. 1/2 PRECISES DU SOIR 

GRAND ASSAUT ANNUEL 

DE BOXE FRANÇAISE ET ANGLAISE 

i donné par MM. Charlemont père et fils, 

directeurs et professeurs à l’Académie de Boxe, 
professeurs de plusieurs établissements d'instruction publique 



420 



LA BOXE FRANÇAISE 



Avec le gracieux concours de 

MM. Tscharner, professeur au régiment des guides de Bruxelles.. 
Delbrouwir, professeur à Liège ; Pleuser, amateur à Bruxelles. 
Leclerc, M. Moritz, Jules et Charles Knab, Piazza, 
professeurs à Paris ; Beauné, Jolit, Parmentier, Salini, Moscovino, 
moniteurs à Joinville-le-Pont ; Andrieux, Gross, 
amateurs à Paris ; Groslambert, San-Marin, Levallois, Reubens, 
Albanel, Fernand Mathiot, élèves de l’Académie de boxe. 

ORDRE DES ASSAUTS 



Démonstration théorique et pratique de la boxe française par 
M. Charlemont fils 

et Fernand Mathiot, son élève âgé de 10 ans. 



1. Albanel-Beauné. 

2. Jolit-Ch. Knab. 

3. Reubens-Jules Knab. 

4. Démonstration. 

5. Pleuser-Gross. 

6. San-Marin-Parmentier. 

7. Levallois-Moscovino. 



8. Charlemont père-Delbrouwir. 

9. Charlemont fils-Tscharner. 

10. Pleuser- Andrieux. 

11. Leclerc-Groslambert. 

12. San-Marin-Salini. 

13. Tscharner-Piazza. 

14. Levallois-M. Moritz. 



Les dames seront admises 



Premières : prix, 5 francs. 



Par décret du 10 janvier 1892, de M, le Ministre de l’Instruc- 
tion publique et des Beaux-Arts, M. Léon Bourgeois, M. Charle- 
mont père est nommé officier d’académie. Jusqu’à présent, c’est 
la première distinction qui fut accordée à la boxe, aussi nous 
sommes heureux de le constater, c’est la consécration intégrale, 
officielle de la boxe française dans l’éducation physique. 

C’est aussi le commencement de la fin des préjugés. 

Dans les premiers mois de l’année 1892, une Société de boxe 
a été formée à Marseille, ayant pour titre : « Boxing-Club de 
Marseille. ». 

Société française de boxe, canne et escrime. Nous extrayons 
des statuts : « Art. 1 er . 11 est formé, à Marseille, une association 
d’amis ayant pour objet l’application, et pour but le développe- 
ment du goût des exercices athlétiques, notamment de la boxe 
française, de la canne et de l’escrime. 

« Ce projet, emprunté des sommités médicales et philosophi- 



LA BOX E FRANÇAISE 



421 



ques de l’époque actuelle, est basé sur des considérations d'utilité 
publique. 

« Il a pour fondement la conservation de l’hygiène indivi- 
duelle, la foi dans le relèvement moral de la jeunesse atlachée 
par l’attrait d’un art revivifiant et viril ;il a pour objectif d’aider, 
dans de modestes limites, à la prospérité vitale et à la puissance 
de la Patrie. 

« Art. 3. — Est nommé président d'honneur, M. Charlemont 
père, grand maître de la Boxe française , professeur à la Société 
des Boxeurs français de Paris. 

« Art. 9. — Sont admises spécialement pour la boxeet la canne 
la théorie de J. Charlemont; pour l’escrime à l’épée celles de 
MM. Prévost et Mérignac de Paris^ 

« Art. 20. — M. Charlemont fils est nommé membre d’hon- 
neur. 

« Membres du comité : MM. Allard Henri, président; Allard 
Louis, vice-président ; Rieutor Ulysse, secrétaire ; Costabelle 
Ulysse, vice-secrétaire ; Ravaccia Jean, commissaire. 

« Membres fondateurs: MM. Allard Eugène, Allard Henri, 
Allard Louis, Améglio Marius, Augias Antoine, Barielle Marius, 
Chave Clément, Costabelle Ulysse, Durbec Joseph, Escalière 
Valentin, L.-T. du Chénouax, Marion Edmond, Martin, Milhaud 
Henri, Nègre Pierre, Rieutor Amédée, Rieutor Ulysse, Ravaccia 
Jean, Valettes Jules. » 



SALLE DU GRAND ORIENT 



MERCREDI 24 FÉVRIER 1892, A 8 H. 1/2 PRECISES DU SOIR. 

GRAND ASSAUT 

DE BOXE FRANÇAISE ET ANGLAISE, CANNE, SABRE ET BATON 
donné par M. Leclerc, professeur à l’Ecole 
d’escrime française. 

ORDRE DES ASSAUTS 

Boxe française : MM. Loustalot-X..., — Langlois-Moscovino, — Bayle- 
Mayodon, — Deligny-Parmentier, — E. Quillier-Deligny, — E. Leclerc- 



422 



LA BOXE FRANÇAISE 

Jolit, — J. Leclerc-Castérès, — Gharlemont fils-Gross, — O. Quillieï-Gros- 
lambert, — Chauderlot-Beauné. — Boxe anglaise: MM. Andrieux-E. 
Quillier. — Sabre : MM. Chauderlot-Arnaud. — Bâton : MM. Moscovino- 
Loustalot. — Canne : MM J. Leclerc et E. Leclerc. 



SOCIÉTÉ DES BOXEURS FRANÇAIS 

Programme de l'assaut annuel , 
donné au cirque d'été le 18 mars 1892. 



ORDRE DES ASSAUTS 

1. Leclerc, E., professeur; Paulian, J., amateur, B. F. 

2. Reubens, amateur; Beauné, moniteur à l’Ecole de Joinville, B. F. 

3. Albanel, amateur ; Bayle, amateur, B. F. 

4. Démonstration théorique et pratique de la boxe française par 

MM. Gharlemont fils et Mathiot Fernand, son élève. 

3. Gross, amateur ; Parmentier, moniteur à l’école de Joinville B. F. 

6. Mathiot, Fernand ; Jacques Müntz, âgés de 10 ans B. F. 

7. Levallois, amateur ; Jolit, moniteur à l’Ecole de Joinville B. F. 

8. Tarride, amateur; Leclerc, E., professeur G. 

9. Rogé, amateur ; Paulian, A., .amateur B. A. 

10. Groslambert, amateur; Moritz, M., professeur B. F. 

11. San-Marin, amateur; Leclerc, J., professeur B. F. 

12. Charlemont fils, professeur; Castérès, professeur B. F. 

LÉGENDE 

B. F. Boxe française. — B. A. Boxe anglaise. — C. Canne. 



Compte-rendu. — « La Société des boxeurs français donnait hier 
soir, à 8 heures 1/2, au Cirque d’été, son grand assaut annuel. 
Parmi les assauts de boxe française, les plus intéressants et les 
plus applaudis ont été ceux de MM. Albanel et Bayle, Levallois 
et Jolit, Moritz et Groslambert. Ce dernier, quoique simple ama- 
teur, a un jeu vraiment magistral. 

« Nous devons citer également la démonstration théorique et 
pratique de la boxe française par M. Charlemont fils et le jeune 
Mathiot Fernand, son élève. Ce dernier a fait assaut ensuite avec 
le jeune Jacques Müntz, âgé comme lui de 10 ans, et cette lutte a 
été vraiment le clou de la soirée. La boxe anglaise a été digne- 
ment représentée par MM. Rogé et Paulian A. et la canne par 
MM. Tarride et E. Leclerc. Enfin la séance a été close par un der- 



LA BOXE FRANÇAISE 



42^ 



nier assaut de boxe française entre MM. Charlemont fils et Castérès. 

« M. Charlemont père, indisposé, assistait à la séance, mais n’a 
pas tiré, ce qui est assez rare. » 



PALAIS DU TROCADÉRO 
Dimanche 27 mars 1892. 

Grande matinée et conférence pratique sur les exercices physi- 
ques en France et à l’étranger par M. Désiré Séhé, au bénéfice 
de l’Union des sociétés de gymnastique et de l’Union des profes- 
seurs de gymnastique de France, pour la fondation d’une caisse 
de secours. 

Tous les exercices de gymnastique en général y sont repré- 
sentés. La Russie y est représentée par le patinage ; V Alsace- 
Lorraine par la gymnastique ; Y Espagne par la danse ; Y Angle- 
terre pàv les exercices des massues; la Suisse par la lutte; la 
Suède par la gymnastique nationale et la France par la boxe, 
l’escrime et la gymnastique. 

LaFoxe d’ensemble, exercice fantaisiste exécuté par une sec- 
tion de professeurs, anciens moniteurs ou sous-officiers de l’Ecole 
normale militaire de gymnastique de Joinville-ie-Pont. Un assaut 
de boxe française entre MM. Charlemont fils et Groslambert, un 
assaut de. boxe anglaise par MM. Rogé et Paulian et la démons- 
tration de la boxe française par M. Charlemont fils et M. Mathiot, 
âgé de 1 0 ans. 

L’escrime est représentée par MM. Adolphe Ruzé et Joseph 

Renaud. 

L’ACTUALITÉ . 

Le premier boxeur du monde battu et la Nouvelle- Orléans 

« Sullivan a trouvé son maître. — Un combat épique. — Les 
péripéties de la lutte. — Le nez cassé. — Un million de dollars 
d’enjeux. — L’Amérique enchantée. — Nouveau champion. 

« L’athlète invincible, le rude jouteur, le boxeur qui n’avait 
jamais trouvé son maître : Sullivan est vaincu. C’est en Amérique 
.l’événement qui prime tous les autres. 

27 



424 



LA BOXE FRANÇAISE 






«* Le vainqueur, — champion du monde désormais pour la boxe 
— est un californien de bonne tenue, qui eut une certaine situa- 
tion dans la finance, appelé Corbett . 

« L’Amérique se^fiéjouit de son triomphe, car Sullivan était un 
champion insupportable, vaniteux, querelleur, et même méchant. 
Voilà donc pour l’humilier et l’amener à des sentiments moins 
glorieux. Il faisait de sa personne une estime exagérée et lorsqu’il 
était ivre, il fallait éviter de se quereller avec lui ; trente hommes 
une fois ne parvinrent pas à le maîtriser. Lorsqu’il donnait un 
coup de poing de son poing de fer à un adversaire, si le combat 
était sur la scène, il l’envoyait se promener dans la salle par des- 
sus la rampe. De la force, de l'agilité, du muscle, mais ni géné- 
rosité, ni délicatesse et une morgue si ridicule qu’il était devenu 
inabordable. Mais doué de mains énormes et de muscles résis- 
tants, on ne voulait pas croire à sa défaite, et lorsque, vers mi- 
nuit, la nouvelle fut connue à New-York, on se refusait à l'ac- 
cepter. Sullivan battu, c’étaient toutes les prévisions déjouées et 
des dollars par centaines de mille perdus. 

« On avait parié avec frénésie. Dans les dernières vingt-quatre 
ou trente-six heures, il avait été mis au jeu. pour plus de 
500.000 dollars. Sullivan était favori ; on payait 2 et 3 pour l’a- 
voir. Le nombre des assistants à cette fête de la brutalité fut 
inouï ; l'établissement où le combat eut lieu a retiré des entrées, 
pour l’unique journée de ce sport, 125.000 dollars. 



Le combat. 



« La bataille n’a pas été très longue, si elle a été singulière- 
ment chaude. Elle a duré une heure vingt el une minutes et 
quarante-cinq secondes. La condition de Sullivan était médiocre: 
la noce a déprimé quelque peu ce géant ; il s’est présenté essouf- 
flé, accusant un âge au-dessus du sien, quand au contraire Cor- 
bett était jeune, bien conformé, si agile dans sa boxe et si vite 
sur ses pieds qu’il a rappelé aux anciens amateurs l'idéal Mitchell 
et les beaux jours du vieux Tom-Sayers. 

« Corbett était si vif et décochait les coups avec une telle habi- 
leté, que son adversaire n’avait pas le temps de les deviner. La 
fatigue arriva très vite pour Sullivan, qui suait à grosses gouttes 



LA BOXE FRANÇAISE 



425 



el se démenait en pure perte. Corbelt l’eut enfin à sa merci, il le 
frappa sur le visage et dans Teslomac, par ce dernier coup il lui 
coupa la respiration. Le pauvre diable de grand champion hale- 
tait, tout penaud, Corbett était sans pitié^Chaque seconde, de 
son poing, il lui martyrisait le visage. Enfin, rNui écrasa le nez, 
qu’il lui fendit littéralement. Sullivan était méconnaissable, hi- 
deux, sa force morale l’abandonnait en même temps que sa résis- 
tance physique; on le surprenait les bras ballants, recevant les 
cruels camouflets sur sa figure tuméfiée. Le Californien lui infli- 
gea une humiliante punition : il lui donna, sur la mâchoire, un 
coup de sa main gauche qui coûta à Sullivan, outre une dent, la 
jolie somme de 45.000 dollars et le titre de champion du monde. 

« Le dernier coup de poing, sur son pauvre nez en marmelade, 
l’étendit à terre. Il tomba comme une masse et resta sur le sol, 
inanimé. On le traîna dans son coin, on le frictionna avec du 
vinaigre. Quand il rouvrit les yeux, ses premières paroles furent 
pour dire : « Est-ce que j’ai été fouetté? Quoi, c’est ce petit blanc- 
bec qui m’a fait cela! » 

Sullivan humilié „ 

« Et la foule applaudissait le triomphateur qui se redressait 
avec modestie, il avait reçu une douzaine de bons coups de Sul- 
livan, mais il les portait avec sérénité ; il n’y paraissait pas trop. 
Sullivan au contraire était affreux. 11 faisait une mine d’orateur 
vraiment singulière lorsqu’avec sa face toute boursouflée, bleuie, 
tuméfiée, camarde, il s’avança pour faire un discours généreux. 

« Je suis allé, dit-il, sur l’arène une fois de trop. » Puis il se félicita 
d’avoir eu à combattre un aussi remarquable adversaire qui faisait 
à l’Amérique tant d’honneur. 

« Mais au fond il frémissait de colère ; il venait d’être décou- 
ronné, et c’était la courtoisie obligatoire qui lui dictait ce speèch. 
Son hacker, pour le remonter, déclarait que jamais Sullivan n’a- 
vait été plus en forme et que lui, Johnston, tiendrait encore20.000 
dollars contre qui dénierait à Sullivan de battre qui que ce soit 
excepté bien entendu Corbett. 

cc Ce compliment parut un peu frais à l’infortuné vaincu. C’était 
lui avouer que sa place était au second rang, qu’il n’était plus 



m 



LA nOXFÜ FRANÇAISE 



qu’un boxeur comme tant d’autres. Oh cela non, c’était trop cruel, 
il envisagea sa déchéance et pleura comme un enfant. 

« La presse anglaise et américaine consacra à cet événement 
des articles d’esprit fort grave. Tous s’accordent à féliciter Corbett 
d’avoir battu le record du monde, ce malheureux Sullivan qui 
n’aura même pas eu, pour étaler sur ses blessures et sur son pau- 
vre nez malade, le baume des paroles consolantes.» 



L’ECOLE NORMALE CIVILE DE GYMNASTIQUE. 

: En 1892, sous l’instigation de notre ami Désiré Séhé, une école 
normale civile fut créée dont le but était indiqué comme il suit : 
Former des professeurs ; donner une méthode uniforme d’enseir 
gnement à tous ceux qui, à un titre quelconque, dirigent les exer- 
cices, du corps : offrir à la jeunesse des écoles (Facultéde médecine, 
Faculté de droit, Ecole centrale des arts et manufactures, Ecoles 
supérieures et spéciales; le moyen de participer aux bienfaits des 
divers sports gymnastiques ; propager dans Rétablissements uni- 
versitaires le g*oût et la culture des exercices physiques ; resserrer, 
par un entraînement esthétique et viril, le lien de solidarité et 
d'union créé par le patriotisme entre jeunes hommes de notre 
époque.. 

Un comité composé de MM. Paz, Charmeroy, Loutil, Léon Ro- 
belin et.Gustave Rey en prilla direction administrative etlescours 
furent confiés aux professeurs suivants : MM. le D r Bilhaut (ortho- 
pédie), le D 1 * Gollineau (hygiène), le D r Damain (anatomie), le D r 
Laburthe (physiologie), le D r Wangelder (gymnastiquemédicale), 
le D r Verdier(massage et hydrothérapie), et MM. Charlemont])our 
-la boxe et la canne, le capitaine Faber pour la marche, la course 
et le saut, Césari pour la gymnastique, Jamin pour l’équitation, 
Ad. Ruzé pour l’escrime, Léon Ville pour la lutte et P rot pour la 
danse. 

Pendant l’exercice d’essai, c’est-à-dire de novembre 1892 à juin 
1893, les recettes et les dépenses s’élevèrent à environ 2000 fr. yen- 
fin, 2036 présences furent constatées aux différents cours et con- 
ifère ricesL .... . . . 



LA BOXE -imANÇAlSE 



m 

Il est doue permis cle croire que le second exercice* 1893-1894, 
aurait affirmé la fondation de l’école normale civile,' si les sociétés 
et associations de gymnastique n’avaient témoigna Fin différence, 
qu’elles manifestent d’ailleurs presque toujours pour tout ce qui 
se fait de nouveau. 

Ce n’est peut-être pas l’indifférence qui domine, mais ce qui 
est plus grave encore, la question d’église, de clocher et de per- 
sonnes. 

Nous regrettons d’être obligé de l’avouer, mais dans le monde 
des gymnastes l’accord n’est pas toujours parfait et l’intérêt géné- 
ral passe, trop souvent hélas, après l’intérêt particulier. 

Nous avons, notre fils et nous, prêté notre concours à cette créa- 
tion appelée à rendre de grands services plus tard et nous ne déses- 
pérons pas de voir plus grande et plus prospère cette école normale 
civile, tant réclamée par les Laisné, les Paz, les de Jarry, lesSéhé, 
qui sera le complément de l’école normale militaire de Joinville- 
le-Pont et où se recruteront les praticiens et les physiologistes 
distingués. 

La séance d’ouverture des cours de l’école (exercice 1892-93) a 
eu lieu au siège social, Hôtel -des sociétés savantes, 28, rue Ser- 
pente, le mercredi 7 décembre 1892, à 8 h. 1/2 du soir ? sous la 
présidence de M. Eugène Paz. 

Programme dè là soirée.'— Allocution du président ; Causerie 
sur les exercicesphysiques, parle D r Collineau ; Démonstration de 
la lutte française, professeur Léon Ville; Dénïonstrationde la boxe 
française et de la canne, assaut, professeur M. Gharlemont ; Dé- 
monstration de l’escrime, assaut, professeur, M. Ad. Ruzé. 

Le I er février 1893, M. J. Gharlemont cède à son fil s la direction 
de l’académie de boxe, située, 24, rue des Martyrs (Place aux jeu- 
nes !). 

Gymnase municipal. Société de gymnastique, l’Avenir du 
XIX e arrondissement (fondée en 1880). Dimanche 3 février 1893, à 
1 heure 1/2. Grande fête de gymnastique gratuite offerte à ses 
membres honoraires. Tombola au profit de la caisse de secours 
des écoles de -L’arrondissement. Avec le gracieux concours de 



428 



LA BOXE FRANÇAISE 



MM. Charlemont père et fils, Groslambert, Knab frères, professeurs. 

Nous extrayons du programme: Boxe en section par la société; 
Assaut de boxe française par MM. Cbarlemont fils et Groslambert 
et assaut de canne par MM. Knab frères. 

THE GALIGNANI MESSENGER. STURSDAY 
13 avril 4893 

. « Les visiteurs anglais et américains de Paris aurontce soîrune 
bonne occasion de voir « lasavate *> ou boxe française dans laquelle 
les pieds, aussi bien que les mains, jouent un rôle important. 
L’assaut sera donné dans la salle des fêtes du Grand Hôtel, et au 
bénéfice de Charlemont père qui a si largement contribué à dé- 
velopper la savate et à en faire une science de légitime défense et 
un exercice salutaire 

« Parmi les professionnels qui doivent nous donner ce soir le 
spectacle de leur habileté, citons: J. Leclerc, Lorenzi, Langlois, 
Castérès, E. Leclerc, Louslalot, Albert et les deux Charlemont. 

« Parmi les amateurs les plus connus, admis ày prendre part, 
MM. Groslambert, Maynadié, Mayodon, Levallois, L. Georges 
Rogé, Deligny et Fernand Malhiot. » 

En cédant sa salle à son fils, M. J. Charlemont abandonne la 
boxe d’une manière active, des raisonsde fatigue lui ont conseillé 
cette détermination. 

A cette occasion, la Société des boxeurs français, dont il est le 
fondateur, organise un grand assaut à son bénéfice. A cet effet le 
Comité adresse à ses membres, ainsi qu’à la presse, l'appel sui- 
vant: «Le Présidente! les membres delà Société des boxeurs fran- 
çais ont l’honneur de vous informer qu’ils organisent un assaut 
au bénéfice de M. Charlemont père qui prend sa retraite. 

« Cet assaut aura lieu le vendredi 14 avril prochain, dans les 
salons du Grand-Hôtel. Des billets seront mis à votre disposition 
au siège social, 24, rue des Martyrs. Les dames seront admises. » 

Prix des places : Réservées, 10 fr. — Entrées, 5 fr. 

Nous ferons remarquer que c’est par exception que le. présent 



LA BOXE FRANÇAISE 429 

assaut est payant. La Société des boxeurs français donne ordinaire- 
mentses assauts par invitation et par conséquent gratuits. 

La siciété fait bien les choses, car l’assaut donné pourM. Char- 
lemont est sans préjudice de son assaut annuel qui aura lieu le 18 
mai prochain, également au Grand-Hôtel. 



PROGRAMME 

ORDRE DES ASSAUTS 



Première partie 






Deuxième partie 




1. Kepler-Foreau 


B. 


F. 


3. Deligny-Groslambert 


B. F. 


2. Larpin-Hugny 


B. 


F. 


9. Mayorlon-Levallois 


B. F. 


3. Loustalot-Baumblatt 


B. 


F. 


10. Maynadié-Leniaître 


B. F. 


4. Langlois-Rogé 


B. 


A. 


11. Albert-Charlemont père 


B. F. 


5. Müntz Jacqnes-MathiotF. 


B. 


F. 


12. Rogë-Degreff 


B. A. 


6. Jolit-Ranowitz 


B. 


F. 


13 Castërès-Charlemont fils 


B. F. 


7. Leclerc J.-Salini 


B. 


F 


14. Moscovino-Leclerc E. 


B. F. 



15. MM. Jolit et Loustalot, B. T. 

LÉGENDE 

B. F. Boxe française. — B. A. Boxe anglaise. — B. T. Bâton. 



La soirée se termine par un banquet offert aux tireurs par 
MM. les Membres de la Société. 



BOXE FRANÇAISE 

« Le vendre li 14 avril, dans les sa'ons du Grand Hôtel, bail- 
lant assaut organisé par la So -iété desBoxeurs français. M. Char- 
lernont père, le renommé professeur, prenant sa retraite, c’est en 
son honneur et à son bénéfice, que l’assaut avait éléorganisé. Une 
des principales attractions était d'y voir tirer encore une fois 
celui qui fut, depuis vingt années, le maître en cette science dif- 
ficile. la boxe française. 

« Cé’ait, croyons-nous, la première fois qu’un assaut de boxe 
avait lieu dans le grand salon du Grand Hôtel. 

« M. Ranc, sénateur, présidait, ayant à ses côtés M. Jean, le 
sympathique président de la Société organisatrice, M. le l) r Mé- 
nière. Puis MM. Roustan, commandant l’école de Joinville, Pas- 
chal Grousset, Robbe, Ch. Leroy, le comte de Luçay, Cuvillier, 
Charrière, San-Marin... etc... etc... 



LA: BOXE FRANÇAISE 



m 

-■■« bansia. salle, cle jojies toilettes et de -jolies femmes, venues 
pour assister à ces luttes. courtoises, si bien faites pour mettre en 
valeur la vigueur et la souplesse de ceux qui s’y adonnent. 

«- Après; un premier assaut, entre MM. Forreau et Kepler, deux 
jeunes tireurs, lutte assez mou.vernentée,. entre MM. La r pin et 
Hugny, où celui-ci a montré beaucoup d’à-propos, et celui-là 
beaucoup de sang-froid. 

« Assauts intéressants, entre MM. Joli F, de l’école de Joinville 
et Ranowitz. — M. Jolit est un tireur élégant, et ne manquant 
pas de coup-d’œil ; etentre MM. Loustaiot et Baumblatt, qui nous 
a paru ému de paraître pour la première fois devant un public 
aussi nombreux, et qui s’est laissé déconcerter un peu par un 
coup de poing de figure, pris dès le début, par M. Loustaiot. 

« Un assaut de boxe anglaise mettait en présence MM. Lan- 
glois et Rogé M. Langlois manque un peu, à notre avis, de sta- 
bilité, et M. Rogé ne nous a pas semblé suffisamment entraîné. 
11 y a un an environ, M. Rogé était plus vif, ét semblait, plus 
endurant. 

: « Viennent .ensuite, deux bambins d’une douzaine d’années, 
les jeunes Müntz et Mathiot, élèves to.qs deux de Charlemont fils, 
qui nous ont fait assister à un assaut charmant, plein de correc- 
tion. Les mouvements sont bien exécutés, et quelle souplesse à 
cet âge, c’est surprenant ! 

- <r Nos compliments à MM. Leclerc et Salini, pour leur assaut. 
M. Salini avait affaire à forte partie, et s’est bien défendu. M. Le- 
clerc n beaucoup d’à-propos, de coup d’œil. Il pare très juste et 
riposte avec beaucoup de décision. 

! « Assaut des plus intéressants, entre MM. Deligny et Gros- 
lambert. M. Deligny possède des moyens remarquables, et a quel- 
ques-unes des qualités de son professeur M. Leclerc. 

« Dès le début de l’assaut, il a pu toucher deux coups de pied 
bas. M. Groslambert, un tireur de mérite, qu’on a déjà vu fré- 
quemment dans les assauts, a repris l’avantage, surtout vers la 
fin de l’assaut. Il a eu notamment un revers de pied pris sur une 
attaque de chassé-bas, et le dernier, par un magistral coup de 
poing de figure. 

« Lassons à l’assaut très attendu , de M. Charlemon t père contre 



LA BO X K f R A N ÇA I SE 



m 

M. Albert. M.Gharlemont entre dans le cercle, avec des allures 
jeunes, malgré ses cinquante-trois ans. lia conservé une sou- 
plesse et une rapidité de jambes surprenantes. Mais ce qui domine, 
c’est la science et le jugement dans son jëu. M. Albert, très en 
progrès depuis un an, se défend a v.e_c habileté. II. réussit, notam- 
ment, un coup d’arrét-chassé, sur un coup de pied tournant de 
M. Charlemont, un revers de pied très rapide, que son adversaire, 
il est vrai, lui rend quelques secondes après. M. Charlemont père 
a pris sur son jeune et robuste adversaire - trois magnifiques 
ripostes de coup de poingde figure, sur des attaques qu’il a provo- 
quées très savamment. 

« Une véritable ovation est faite aux deux tireurs que le public 
rappelle après leur départ. 

« Pour mémoire, l’assaut de M. Leclerc jeune, et de M. Mosco- 
vino, qui a un peu perdu ses moyens, et s’est vraiment trop livré 
à son adversaire qui, lui, a manqué de générosité en tirant 
dur, et en faisant deux prisés de jambes trop brutales à notre 
avis. 

« Enfin, après un joli assaut, entre MM. Levalloiset Mayodon, 
où Levai lois s’est montré adversaire rapide, doué de beaucoup de 
coup d’œil, et M. Mayodon, un tireur habile, vient l’assaut, final 
entre MM. Castérès et Charlemont fils. 

« Cet assaut, qui aurait, pu être fort intéressant et mettre en 
relief toutes les qualités des deux tireurs, a été pénible pour le 
public, et même pour les initiés de la boxe française. 

« M. Charlemont fils s’est cru obligé de prendre sa revanche 
du cirque d’été et a fait un jeu trop sévère et trop dur. Trop d’a- 
mour-propre, de. part et d’autre, pour qu’il soit agréable de voir 
deux tireurs de cette force en présence. 

« M. Charlemont a eu l’avantage, c’est indiscutable, mais nous 
sommes convaincus qu’il l’aurait eu bien plus encore, s’il avait 
fait montre de cette aisance et de cette virtuosité qu’il nous a 
montrées parfois. 

« M. Castérès s’est remarquablement défendu et a montré beau- 
coup de ténacité. J’ajouterai qu’il a eu pour lui les sympathies du 
public, que nous aurions voulu voir partager également entre 
deux tireurs de cette valeur, qui ont été amis autrefois et dont 



432 



LA BOXE FRANÇAISE 



l’un est élève de l’autre, ce qui devrait surtout donner de la vanité 
au dernier. 

« Laparade. » 

L’Escrime française, mai 1893. 

SOCIÉTÉ DES BOXEURS FRANÇAIS 



ASSAUT ANNUEL 

donné au Grand Hôtel, le 18 mai 1893. 
PROGRAMME 

ORDRE DES ASSAUTS 



Première partie 

1. Hugny, Jolit. B. F. 

2. Lemaître, Parmentier id. 

3. J. Paulian, Mayodon id. 

4. Levallois, E. Leclerc. id. 

5. A. Paulian, Piazza. B. A. 

6. Maynadié, Charlemont, p. B. F. 



Deuxième partie 

7. Deligny, Albert. B. F. 

8. J Müntz. R. Fonst. id. 

9. Moscovino, Loustalot. id. 

10. Groslambert; Salini. id. 

11 J. Leclerc, Castérès. id. 

12. San-Marin, Charlemont f. id. 



B. F. Boxe française. — B. A. Boxe anglaise. 

Samedi 3 mars 189t, Salle dudit on dort, 212, boulevard de la 
Villette, Grande Fête , donnée par la Socié'é : Les Sauveteurs 
ambulanciers de la Seine et de la Marne, au profit de la caisse 
de secours. Grand concert, assaut d armes et de boxe. La boxe 
est représentée par MM. Chauderlot, Loustalot et Lefèvre. 

SALLE DES FÊTES DE LA SOCIÉTÉ 

DES AGRICULTEURS DE FRANCE 

8, rue d’Athènes. 



ASSAUT ANNUEL 

donné par M. Charlemont fils, le 23 mars 1894 
PROGRAMME 

ORDRE DES ASSAUTS 



Première partie 

) . Baumblatt A. B., Mahy. 

2. Albert, prof., Leclerc E. 

3. Maynadié, am., Allard, pr. A. B. 

4. Fiévet, B. G. B., Stock, A. B. 



5. Démonstration théorique et pra- 
tique de la boxe française par 
M. Charlemont fils et Fernand 
Mathiot, son élève âgé de 14 ans. 

6. Pleuser, B. G. B., Deligny, am. 



LA BOXE FRANÇAISE 



433 



7. Dardenne.B.C.V., Castérès,prof. 11. Jolit, E. J., Mainguet. A. B. 

8. Charlemont, p., Honay, B. G. Y. 12. Follet, B.C.V., J. Leclerc, prof. 

Deuxième partie 13. Pleuser, B. G. B., Fievet, B. G. B. 

9. Moscovino, E. J., Allard, pr. A. B. 14. Groslambert,A.B. Albert, aîné,p. 

10. Mathiot, A. B., J. Müntz. A. B. 15. Miette, B. C. B., Charlemont, f.pr. 

LÉGENDE 

A. B. Académie de boxe. — B. C. B Boxing-club de Bruxelles. 

E. J. Ecole militaire de Joinville. — B. G. V. Boxing-club de Verviers. 
prof, professeur. 



LE 18 AVRIL 1894 



GRAND ASSAUT 

donné par M. J. Leclerc, dans la salle des fêtes 
de la Société des Agriculteurs de France 

PROGRAMME 



ORDRE DES 

Première partie 

Boxe française 

1. Prosper, am., Broca, am. 

2. Guelpa, am., A .., am. 

Sabre 

3. Chauderlot, pr., Laurent, prof. 

Boxe française 

4. Moscovino, E. J., Mayodon, pr. 

Bâton 

5. Gaultier, prof., A. C prof. 

Boxe française 

6. Langlois, prof., Maynadié, E. 

7. E. Leclerc, prof., Salini, E. J. 



ASSAUTS 

Deuxième partie 

Boxe française 

8. Jolit, E. J., Legrand, E. 

Canne 

9. Chauderlot, pr., A. C..., prof. 

Boxe française 

10. Deligny, E., Loustalot, prof. 

11. E. Quillier, Albert, jeune, pr. 

Boxe anglaise 

13. Charlemont, fils, pr., Bayle, E. J. 

14. J. Leclerc, pr., Albert, aîné, pr. 



LEGENDE 

am. amateur. — E. élève de la salle. — prof, professeur. — 
E. J. Ecole militaire de Joinville. 



« 19 avril 1864. — L’une de nos meilleures salles d’armes, diri- 
gée par l'excellent maître Spinnewin, avait, sous la présidence du 
général Lewal, ancien ministredela guerre, pris l’initiative d’une 
fêle de charité au profit des pauvres du IX e arrondissement. Cette 
fête a eu lieu jeudi soir 19, en la coquette salle des agriculeurs 
de France, rue d’Athènes ; et, hâtons-nous de le dire, elle a plei- 
nement réussi. 



m 



L'ABUXE TirAN’ÇAl&E. 



« Sous le patronage de M P, Escudier, conseiller, municipal du 
LK' e arrondissement, et avec l’aide du comité composé de MM. le 
comte de l’Angle Beau manoir, le colonel. Dérué, de la Grange, de 
Villiers et Bouclier. M. Spinnewin, avec un goût et un tact par- 
faits, avait composé un programme des plus attrayants dont la 
monotonie était exclue, grâce à un heureux mélange d’assauts : 
épéè, sabre, fleuret et boxe française. . c ! .. 7. 

« Les assauts au fleuret et àTépée, fort remarquables, furent 
représentés par MM Roux, Jean vois, Lemoine, de la Frémoire, 
Gabriel, Kirclioffer, Bergès* comte delà Grange, Bouchard, Saus- 
sine, Orâzi. 

« Citons encoreles assauts de boxe des professeurs Charlemont 
et Albert aîné, aux coups vigoureux et bien offensifs, des profes-* 
seurs Allard et Mainguet qui, savants et forts, surent rester cour- 
tois et élégants. 

« La musique du 28 e de ligne, qui prêtait son concours à cette 
soirée, a été acclamée. 

a En résumé, réussite complète et lespauvres du IX e arrondis- 
sement ont pu se réjouir. » - - 

La Cocarde, du 23 avril. 7— Cab. 

Les. journaux suivants ont publié des comptes-rendus : le Petit 
Journal du 20 avril, l’Echo de Paris e t l'Evénement du 21, l x Au- 
torité du 22, et le Rappel du 23. - 

Le Rappel s’exprime ainsi :/< MM. Mainguet, Allard, Charlemont 
et Albert aîné ont soulevé les applaudissements de la salle par 
leurs assauts de boxe, vifs et clairsemés decoupsbien appliqués. » 



SOCIÉTÉ DES BOXEURS FRANÇAIS 

ASSAUT ANNUEL 

donné à la Comédie-Parisienne, le 8 mai 1894. 
PROGRAMME 



ORDHE DES ASSAUTS 



Première partie 

1. Bayle, pr,, Mayodon, pr. B. F. 
2 Albert, pr., Joli t. id. 



3. Allard, pr. E, Leclerc, pr. id. 

4. Levallpis, am. Rémion, am. 3. A 

5. Charlemont p. Loustalot,pr. id.. 



LA BOXE FRANÇAISE 



435 



Démonstration théorique et pratique de la boxe française par M. Charle- 
mont père et Georges Joninon, son élève âgé de 6 ans. 

Démonstration théorique et pratique de la canne par MM. Charlemont et 
Mainguet. 

Deuxième partie 8. J. Müntz,am.J.Mathiot,am. B. F. 

6. Groslambert, am. Albert j. 



J. Leclerc, pr. Mainguet, pr. B. A. 
Deligny,am.Moscovino,pr. id. 



B. F. 

7. Beaumblatt, am. Lesserteur id. 10. 

- LÉGENDE 

pr. professeur. — am. amateur. — B. F. boxe française. 
B. A. boxe anglaise. 



A chaque assaut, il est distribué des programmes richement 
illustrés de sujets de boxe. Celui du 8 mai est des plus curieux 
et particulièrement remarquable. Sur la couverture, un frontis- 
pice représentant Hercule assis sur un socle, des gants de boxe 
aux mains, sa massue à ses pieds, un lion au pied du socle et 
regardant un certain nombre de gladiateurs mordant la poussière, 
le dernier recevant d’un boxeur français un coup de poing dans 
la nuque, qui lui fait tomber son poignard des mains et qui le 
fait tomber ensuite lui-même. 

Plus bas, un coq gaulois huchésur une paire de gants de boxe, 
se redressé^ tant qu’il peut e,t chante probablement la victoire de 
la boxe française. 

Aux quatre coins intérieurs du programme, quatre groupes 
représentant: 1° le combat du ceste, 2° la. savate, 3° la boxe 
anglaise, 4° la boxe française. 



ASSAUT ANNUEL DE BOXE 



donné par M. Charlemont fils, 

AU BÉNÉFICE DE SES PRÉVÔTS 
MM. Allard et Mainguet, le 29 mai 1894, a l’Académie de Boxe, 
24, rue des Martyrs. - 
ORDRE DES ASSAUTS 



Première partie 

1. Siégler, am., Fortin, am.. 

2. Ruffîer, aïn., Leclerc, am. 

3. Mayodon, pr., Jofit, mon. 

4. Allart, pr., Albert aîné, pr. 

5. Charlemont père, Bayle, am. 



Deuxième partie 

6. Hugny, am., Lesserteur, am. 

7. B. de L..., am., Langlois, pr. 

8. Baumblatt, am., Leclère, am. 

9. Groslambert, a., Loustalot, pr. 

10. Mainguet, pr., Albert jeune, pr. 



11. Charlemont fils, Moscovino, mon. 

' LÉGENDE 



Pr. professeur, am. amateur, mon. moniteur, B. A. Boxe anglaise - 



436 



LA BOXE FRANÇAISE 



Le 19 juin 1894 est mort Charles Lecour, le doyen des profes- 
seurs de boxe. Il était âgé de 86 ans; il ne professait plus depuis 
10 ans; depuis très longtemps d’ailleurs, il ne donnait que quel- 
ques leçons de temps à autre. Nous ne l’avons pas vu tirer, il ne 
faisait plus d’asauts depuis 1830. 

Salle des fêtes de l’hôtel des sociétés savantes, 28, rue Serpente. 
Grand assaut de boxe, de canne, de bâton et de sabre, donné par 
les frères Albert, professeurs, le 28.décembre 1894, à 8 heures du 
soir, sous la présidence de M. Albert P.étrot, député de Paris. 30 
tireurs sont inscrits au programme, ce sont : MM. Chauderlot, 
Dastre, Charlemont fils, Castérès, Mainguet, Allard, Leclerc 
frères, Qui Hier frères, Langlois, Ducroz, François, Loustalot, C. 
Adolphe, Lessenay, Dechambourg, Gauthier et les frères Albert, 
professeurs. MM. Deligny, Legrand, J. Renaud, Guelpa, A. Louis, 
Escaré, Blau, Kepler, Lesserteur, Bigan et Leborgne, amateurs. 

La moitié des tireurs au moins manquent, pourquoi ? A l’assaut 
du 16 mars 1895, donné par M. Charlemont fils, un fait semblable 
s’est produit ; sur 23 tireurs inscrits, 6 ont manqué et naturelle- 
ment sans prévenir, c'était du reste le résultat d’une cabale con- 
certée à l’avance. Malheureusement ces faits se renouvellent de 
temps à autre. Eh bien, nous condamnons sévèrement ces procé- 
dés, ils n’ont rien d’honorable pour ceux qui les emploient, il est 
de la dernière malhonnêteté de manquer à sa parole. 

C’est aussi chercher à déconsidérer les organisateurs d’assauts 
devant le public qui est trompé, si le programme ne s’exécute pas 
tel qu'il est annoncé. Il serait à regretter que des mœurs sem- 
blables s’introduisent dans le monde des professeurs et des ama- 
teurs; la franchise et la loyauté doivent être les premières qualités 
de tous ceux qui exercent une escrime quelconque. Les anciens 
avaient le respect de toutes les armes, et des choses qui s’y rap- 
portaient. D’ailleurs la boxe n’aurait qu’à y perdre, les professeurs 
euxiùnèmes les premiers. L’accord entre tous serait le meilleur 
des moyens pour propager cet exercice que nous aimons par des- 
sus tout. 

Le 17 février 1895, à 2 h. 1/2, Assaut d'armes, boxe et canne, 
donné par M. E. Aufort, professeur. 



LA BOXE FRANÇAISE 



437 



Sous la présidence de M. le Colonel Dérué. 

L’escrime est représentée par MM. Moing, Sabourin, Gamoty, 
Roux, Ausseray, Vinet, Rrun-Buisson, Leneveu et Raymond, 
professeurs; Bureau, Follet, Mercey, Damay, Maurice, Fenar- 
dant, Perreau, amateurs; le sabre par MM. Ghauderlot et Laurent ; 
la canne, par MM. Leclerc frères, et la boxe française, par 
MM. Charlemont fils et Allard. 



LA BOXE A GENÈVE 

« La boxe française, ce sport si connu et je dirai si aimé parmi 
nous, était, il y a quelques années, presque totalement ignoré 
dans notre cité. 

« Il suffit, heureusement, d’un jeune et habile professeur, Fin- 
fatigable travailleur, pour doter notre ville d’un sport, qui est de 
plus en plus goûté, soit comme exercice hygiénique, soit comme 
art de défense nature. le. 

« En elîet, la boxe, telle que l’enseigne M. Pierre Vigny, le 
professeur si connu à Genève, donne la souplesse, l’élégance dans 
les mouvements, et la rapidité du coup d’œil à l'individu qui la 
pratique; elle donne aussi l’aplomb, qui forme le caractère delui- 
mê.ne, et le sang-froid si indispensable dans la vie, qui le fait 
rester calme devant les plus emportés, et se tirer aisément d’af- 
faire, dans un moment critique, où un autre non initié succom- 
bera infailliblement. Il faut avoir vu l’éminent professeur, dans 
un assaut de boxe, soit contre un seul, soit contre plusieurs ad- 
versaires, pour se rendre compte, où l’on peut arriver, par un 
entraînement savant et du sang-froid. 

« M. Pierre Vigny, comme toute personne voulant développer 
une chose nouvelle, a eu, dans le début, à se heurter contre bien 
des esprits, plutôt disposés à prendre la boxe comme un jeu dan- 
gereux, que comme exercice physique ; cependant, loin de sè dé- 
courager, faisant appel à toute l’énergie, dont on le sait capable, 
le jeune professeur démontra, en donnant de nombreux assauts, 
dans lesquels il présenta des élèves de tout âge, que n’importe 
quelle idée de douleur ou de danger devait être écartée. 

« L’excellent maître, aidé de son frère qu’il a initié à son art et 



438 



LA BOXE FRANÇAISE 



à sa science, continue donc d’aller en avant et il a la joie de voir 
qu’il est parvenu à ce qu’il voulait, c'est-à-dire à la juste appré- 
ciation de son travail. » 

Écho du Léman , janvier 1895. 



SALLE DES AGRICULTEURS DE FRANGE 
LE MERCREDI 27 FEVRIER 1895 , A 8 H. 1/2 DU SOIR 

GRAND ASSAUT ANNUEL 

DE BOXE FRANÇAISE ET ANGLAISE, 

Donné par M. Charlemont fils, professeur aux lycées Condorcet et Janspn 
de Sailly, au collège Rollin, directeur . de l’Académie de boxe. 

PROGRAMME 

ORDRE DES ASSAUTS 

Deuxième Partie 

7. Blau, A. B., Godignon, am. B.F\ 

8. Delign y, am. r Albert pr. - B. F. 

9. J. Leclerc pr. Allard pr. B.F. 

10. Willams etForkener. B. A. 

11. Castérèspr., Mainguet pr. B. F. 

12. Charlemont, J. Renaud a. B. F. 

Démonstration théorique et pratique de la boxe française par M. Charle- 
mont et M. Ramôn Fonst, son élève, âgé de 12 ans. 

_ Démonstration théorique et pratique de la canne par M. Ch. Charlemont 
et son prévôt M. Mainguet. 

LÉGENDE 

A. B. Académie de boxe. B. F. Boxe française. B. A. Boxe anglaise, pr. 
professeur, am. amateur. 



BOXTNG-CLUB DE BRUXELLES 

ASSAUT INTERNATIONAL 
DU 18 MARS 1895 

PROGRAMME. 

1. M. J. Larkham, MM. Jehin (B. G.D.). 

2. Démonstration théorique et pratique de la boxe française par M. Charles 

. .. . Charleipont et M, Ramon. Fonst, son. élèv.e.. . . 



Première Partie. 

1. Roux, A.B., Monbiot, am, B. F. 

2. Levallois,A.B.,Foreau,A,B. B. F. 

3. J. Renaud, A. B. a. Albert p B. F. 

4. E. Leclerc pr., Mayodon pr. B. F. 
o. J.Charlemontpr.Loustalotp.B F. 
G. Baumblatt. A. B., Monbiota.B.F. 



LA BOXE FRANÇAISE 



439 



3. M. Joe' Steers, M. Horace King (amateur champion). 

4. Prof. A Westley, M. G. Luff (B. G. B.). 

5. M. Horace King, M. F. Tilbury (B. C. B.). 

6. M. Joe Steers, M. H. Pleuser (B. C. B.). 

7. Prof. A. Westley, M. G. Fievet (B. C. B.). 

Boxe française. 

8. M. Ch. Charlemont, champion de France* Prof. M. Mainguet (Paris). 

20 Round contest H. Jacobs et Alf. Halsey. 

COMITÉ : 

Juges. MM. Joe Steers, Henri Pleuser, Horace King. — Chro- 
nométreurs: MM. Prier de Saône, H. Dupont, professeur. 



SOCIÉTÉ DES BOXEURS FRANÇAIS. 



ASSAUT ANNUEL. 



Donné au Cirque d’été, le 29 mars 1895. 



PROGRAMME 



1 . 



2 . 

3 . 

4. 



Première Partie 

Foréau, am., Guelpa, arn. B. F. 

Luff, B C B., Legrand, am B. A. 
Baumblatt, am., Mayodonp B. F. 
Charlemon^père,Jolit, MEJ. B F. 8. 



Luff, B. C. B., J Paulian, am.B. A. 
Leclerc pr., Mainguet pr. B. F. 
Pleuser, B. C. B.., A. Paulian a BA. 



ORDRE DES ASSAUTS 

Deuxième Partie. 

5. Allard, pr. , Loustalot, pr. B. F. 

6 . 

7. 



Leçon de boxe et de canne donnée par M. Charlemont père à son élève 
Georges Joninon âgé de 7 ans. 

Démonstration théorique et pratique de la boxe française, par M. Char- 
lemont fils et Ramon Fonst, son élève âgé de 12 ans. 

Charlemont fils, pr. Castérès pr. B. F. 



LÉGENDE 

Am. amateur; pr. professeur; M. E. J. moniteur à l’Ecole de Joinville; 
B. C. B. Boxing-club Bruxelles; B. F. Boxe française ; B. A. Boxe an- 
glaise. 



HARMONIE DE MONTMARTRE 

Chef d’orchestre : M. Louis Carrié 



1. Allegro militaire, 

2 . La Reine de Saba, 

3. Ballet de Coppelia, 



PROGRAMME 



G. Wettge 
Ch. Go un o d 
Léo Delibes 



Les quatre âges de l’homme, 
Lackner. 

Par le flanc droit, Henri Bresle 

28 



440 



LA BOXE FRANÇAISE 



(c Grand assaut annuel de boxe française et anglaise, canne, 
bâton et sabre, donné par M. J. Leclerc, à la salle des Agricul- 
teurs de France, te 11 avril 1895, à 8 h. 1/2 du soir. 

ASSAUTS 

Boxe française : MM. Foresl-Broca. — Prosper-Denneval. — 
Mayodon-Bigan. — Guelpa-Thomas. — Jolit-Loustalot. — E. 
Langlois-Leclerc. — Charlemont fils-Albert. — J. Leclerc-Castérès. 

— Boxe anglaise : Escarré-Langlois. — J. Renaud Harry Cash. 

— Canne : Chauderlot-O. Quillier. — Bâton : Loustalot-Jolit. 

— Sabre : Daspre-Chauderlot. 

Grand assaut international de boxe donné le28 avril 1895, sous 
la direction du Boxing-Club de Verviers. 

ASSAUTS 

Boxe française : J. Mosbeux, B. C. Y. - A. Gohy, B. C. V. 

— Ivan Dardenne, B. C. V. - Mamelle fils, L. — Charlemont 
fils - J. Dardenne, B. G. V. — Pleuser, B. C. B. - A. Honay, B. C. 
V. — Boxe anglaise : Jehin, B. C. B. - G. Lebrun, B. C. V. — 
Fiévet, B. C. B. - V. Ravenel, L. — Luff-Fiévet. - Tilbury-A. 

— Ravenel, L. - Pleuser, B. C. B. — Lufï, champion anglais. 
Escrime : H. Dupont, B. C. B. - L. Balza, L. — Sabre et Canne : 
J. Marnette, L. N. Marnette, de Herstal. 

Démonstration de la théorie de boxe française et anglaise par 
Louis Balza, de Liège et son élève L. Osmonde, de Liège. 

Légende : B. F. Boxe française. — B. A. Boxe anglaise. — 
B. C. V. Boxing-Club, Verviers. — B. C. B. Boxing-Club-Bruxel- 
les. — L. Liège. 



LA VIE SPORTIVE 



LA BOXE 

« Au temps où l’on avait le culte de la beauté et de la force 
physique personnifiées par Vénus, Apollon et Hercule chez les 
Grecs et les Romains, et par Samson dans la tradition biblique, 
le pugilat ou combat à coups de poing était fort en honneur. L’é- 
popée homérique relate les faits et gestes des pugilistes célèbres: 



LA BOXE FRANÇAISE 



441 



Amycus, roi des Brébices, ne permettait pas aux voyageurs de 
quitter ses états avant d’avoir lutté avec lui au pugilat, jusqu’au 
jour où l’argonaute Pollux le vainquit et le tua. Au programme 
des fêtes données par les Phéaciens en l’honneur de l’arrivée 
d’Ulysse, on trouve des combats de ce genre. Mais ce n’est qu’à la 
XXIII e olympiade que nous voyons figurer cet exercice parmi les 
jeux athéniens : le 1 er prix de pugilat fut alors remporté par Ona- 
maste de Smyrne. 

« Deux règles régissaient ce pugilat : d’après la l re , le combat 
avait lieu tête et poings nus, jeu cruel et indigne d’un peuple 
civilisé ; d’après la seconde, les antagonistes avaient les poings 
recouverts du ceste ou gantelets et la tête coiffée d’un amphotide, 
sorte de calotte protectrice. Les plus célèbres pugilistes furent 
Glaucus et Mélancomas. 

« Puis vint la nuit de l’ignorance intellectuelle et physique. Plus 
de trace de pugilat ; comme pour tous les autres sports, il fallut 
chercher, dans les annales anglaises, la renaissance de cet exercice 
athlétique. 

« Elle dut être provoquée par la prohibition du duel à l’épée 
dans ce pays. Ne pouvant plus croiser le fer pour vider leurs que- 
relles, les Anglais du moyen âge s’exercèrent à : « the art of self 
défence », l’art de se défendre soi-même, encore en usage de nos 
jours. 

« Dès son origine, la boxe anglaise s’inspira des deux règles 
suivantes : 1° ne jamais frapper un adversaire tombé à terre ; 2° 
se tenir couvert avec l’avant-bras droit en demi-flexion, le gauche 
portant de vigoureux coups de poing, le combat ayant lieu jusqu’à 
merci. 

« Shakespeare fait gagner à Richard I er le cœur d’une jeune 
princesse par un combat à coups de poing livré en sa présence, 
et dans lequel le héros du drame joue le rôle d’un des antago- 
nistes. 

« Ce n’est à la vérité qu’au début du xvui e siècle que Jack 
Broughton établit les règles, encore actuellement suivies, de 
la boxe anglaise. Mais ici je me vois obligé de scinder en deux 
parties bien distinctes l’étude de la boxe : la boxe française et la 
boxe anglaise, dont la différence essentielle est la suivante : tandis 



442 



LA BOXE FRANÇAISE 



que la boxe française autorise l’usage des bras el des poings, des 
jambes et des pieds, la boxe anglaise n’autorise que celui des bras 
et des poings. 

« Mon premier article sera consacré à la boxe française. 

cc L’origine de la boxe française n’est pas d’ordre très relevé ; 
elle n’est pas non plus très ancienne, comme se le figurent à tort 
certains adeptes de ce sport. C’est vers 1830, et dans les bas- 
fonds de la société que l’exercice de la savate, dont procède la boxe 
française actuelle, fut pratiquée. 

« Les marlous de l’époque inventèrent ce mode de combat pour 
vider leurs disputes intéressées. Dans la savate, la garde était très 
basse, les jambes écartées, les mains portées en avant. Un coup 
célèbre, dit coup de musette, consistait à relever le nez de l’ad- 
versaire avec la paume de la main ouverte. Cependant un profes- 
seur vint qui enseigna la savate. Son nom ?... Michel Pisseux, 
dit Casseux, exerçant à la Courtille, dans un bouge que plusieurs 
romanciers ont rendu célèbre. Michel Pisseux compta parmi ses 
élèves le duc d’Orléans et lord Seymour. 

« Mais c’est Charles Lecour qui fut le véritable fondateur delà 
boxe française (1832). « L’Anglais, dit Alexandre Dumas père, 
dans un de ses romans, a perfectionné l’usage des bras et des 
poings ; Charles Lecour y ajoute le jeu des jambes et des pieds, 
destinés à rapprocher ou à éloigner l’adversaire. » Dans l’ordre 
chronologique, „on peut citer comme professeurs célèbres : Loze, 
de Toulouse; Leboucher, de Rouen ; ce dernier créa l’exercice de 
la canne ; Hubert Lecour, frère de Charles Lecour, Curel, Tes- 
sier, Charles Ducros, Rambaud, Vigneron dit l’homme canon, et 
enfin Charlemont père qui se fit connaître vers 1862, dans un 
premier assaut contre Vigneron. 

« J. Charlemont fondit les méthodes de Vigneron et de Lecour 
en les rectifiant par des observations personnelles, et offrit au 
public la théorie systématique et raisonnée de la boxe française. 

« Ce merveilleux athlète ne s’est retiré que tout récemment, 
laissant son fils continuer la tradition. Leste, vif, admirablement 
découplé, il restera présent à la mémoire de ceux qui le virent 



LA BOXE FRANÇAISE 



443 



tirer. Nous assistâmes à un de ses derniers assauts; bien que fri- 
sant la cinquantaine, Charlemont déploya une souplesse extra- 
ordinaire chez un homme de cet âge. 

a Charlemont fils a hérité de toutes les qualités de son père aux- 
quelles est venue s’ajouter une force physique plus grande encore. 

« J. Charlemont a divisé son cours de boxe en sept parties : 

« 1° Enumération et'application théorique des coups, parades 
et mouvements ; 

« 2° Exercices simples et combinés dans le vide. 

« 3° Exercices contre un adversaire, parades des coups de pied 
et coups de pojng. 

« 4° Prises de corps et coups de lutte. 

« 5° Coups d’arrêt simples et doubles. 

« 6° Exercices spéciaux tirés de la boxe anglaise. 

« 7° Assaut et coups particuliers. 

« La théorie de Charlemont comprend huit coups principaux : 

« 1° Le coup de poing de figure direct. 

« 2° Le coup de poing de flanc direct. 

a 3° Le coup de poing demi-circulaire horizontal. 

« 4° Le coup de pied bas. 

« 5° Le coup de pied horizontal. 

« 6° Le coup de pied direct. 

« 7° Le coup de pied chassé-croisé. 

« 8° Le coup de pied en tournant. 

« Dans un prochain article, j’entrerai dans des considérations 
générales sur l’assaut et citerai des professeurs et amateurs célè- 
bres. 

(A suivre). « G. de Lafreté » 

Echo de Paris , 17 décembre 1895. 

Le 18 décembre 1895, assaut de boxe donné par la Société des 
Boxeurs français, à la salle Charlemont. 

ORDRE DES ASSAUTS 

MM. Landowsky-Bayard. — Albert-Langlois. -- Eoreau-Acs. 
— Godignon-Jolit. — Charlemont fils-Loustalot. — Rampal- 
Potter. — Chatelain-J. Renaud. — Levallois-Loriot. — Castérès- 
Monbiot. — Mainguet-Moscovino. — Charlemoni fils-Albert. 



444 



LA BOXE FRANÇAISE 



BOXING-CLUB DE BRUXELLES 



GRAND ASSAUT INTERNATIONAL 

DU II JANVIER- 1896 



Donné à l’occasion du 20e anniversaire de M. Henri Pleuser, 
comme propagateur de la boxe en Belgique. 

PREMIÈRE PARTIE 



Kcening 


(salle Simonis) 


Jebin 


(Boxing-club-Bruxelles) 


B. 


A. 


Larkam 


(Londres) 


de Veuster 


id. 


B. 


A. 


Niémants 


(Union et vél.-club. Gernaert 


id. 


B. 


F. 


Van-Dyck (Salle Simonis) 


Lufï 


id. 


B. 


A. 


Castérès 


(prof, à Paris) 


Dardenne, 


id. 


B. 


F. 



SIX ROUNDS EXHIBITION 

J. Steers, champion d’Angleterre, poids moyen, — H. King, champion 
d’Angleterre, poids lourd. 

Démonstration théorique et pratique de la boxe française par M. Ch. 
Charlemont, professeur à Paris, et M. R. Fonst, son élève. 



DEUXIÈME PARTIE 

Limpach (salle Simonis) Gilbert (Boxing-club de Bruxelles) B. A. 
Mosbeux (Boxing-club de V.) R. François id. B. F. 

CHAMPIONNAT LIGHT WEIGHT 

Amateur du Continent 



E. Dettmer, champion d’Angleterre ; F. Tilbury, Boxing-club de Bruxelles. 



Verhesen, 

De Scheemaecker, 
J. Steers, 

Ch. Charlemont, 
H. King, 



Un.-vél-club, Lufï, 

id. Dardenne, 
ch. d’Anglet. Fiévet. 
prof, à Paris V. Castérès, 



Box. -cl. Bruxelles B. A. 
id. Verviers B. F. 
id. Bruxelles B. A. 
professeur à Paris B. F. 



ch. d’Anglet. Henri Pleuser, Box. -cl. Bruxelles B. A. 



JUGES DU CHAMPIONNAT 

Steers, Angleterre, 

C. Charlemont, France. 

H. Pleuser, Belgique. 

LÉGENDE 

B. F. Boxe française. — B. A. 
Boxe anglaise. 



COMITÉ 

Oscar Grégoire, ^pcrétaire. 

A. Prier de Saône, Time Keeper. 
René Englebert, trésorier. 

G. Fiévet, économe. 

H. Dupont, professeur. 



A la suite de cet assaut le Sport illustré de Bruxelles, dans son 
numéro 9 du 1 er février 1896, publie un remarquable article sur 
la boxe et sur l’assaut, nous le reproduisons ci-dessous. Tl repro- 
duit aussi photographiées des scènes de boxe de circonstance : 



LA BOXE FRANÇAISE 



445 



1° Les participants à l’assaut international du 11 janvier 1896 ; 
2° M. H. Pleuser et M. King (champion d’Angleterre, poids 
lourd; ; 3° M. E. Deltmer, champion d’Angleterre, champion du 
continent, poids léger; 4° M. Charlemont et son élève M. Fonst. 



UN ASSAUT INTERNATIONAL 

AU BOX1NG-CLUB DE BRUXELLES 

S’il est un sport peu connu et peu en usage sur le continent 
c’est certainement la boxe. Alors qu’en Angleterre, en Amérique 
et dans la plupart des colonies anglaises, cet exercice fait pour 
ainsi dire partie de l’éducation nationale et est répandu dans 
toutes les classes de la Société, il rencontre chez nous bien peu 
d’adeptes et peut-être même peu de sympathie. 

La raison doit évidemment s’en trouver dans le caractère un 
peu violent de la boxe anglaise dont le spectacle n’est pas fait 
pour plaire aux âmes sensibles, et dans l’issue parfois funeste de 
ces assauts, au sujet desquels quelques renseignements pourront 
paraître utiles. 

La boxe anglaise est une lutte où les combattants se servent 
exclusivement des poings fermés. Tout corps à corps, ainsi que les 
coups portés en dessous de la ceinture, sont interdits. 

Sauf quelques cas extraordinaires, les boxeurs se servent tou- 
jours de gants de cuir, rembourrés de crin. L’usage de ces gants 
n’a pas principalement pour but de ménager les pugilistes, mais 
bien de permettre au combat de durer plus longtemps et d’assurer 
au boxeur le plus adroit et le mieux entraîné la victoire dont un 
coup malheureux reçu au début de la lutte aurait pu le frustrer. 
Souvent, dans des assauts professionnels, les gants ordinaires sont 
remplacés par des gants légers. 

Les coups les plus dangereux sont ceux portés dans le creux 
de l’estomac ou les côtes ; aussi la plupart des grands pugilistes 
anglais conservent-ils la garde très basse pour protéger ces par- 
ties, tandis que les coups reçus à la tête ne paraissent guère les 
émouvoir. 

Aucun exercice n’est plus violent et ne demande un entraine- 
ment plus sérieux que la boxe anglaise. Les boxeurs qui se pro- 



446 



LA BOXE FRANÇAISE 



posent' de figurer dans un assaut sérieux ou de disputer un cham- 
pionnat, se préparent de très longue date à la lutte. C’est au bord 
de la ruer, qu’assistés de leurs entraîneurs, ils reçoivent les der- 
nières préparations pour acquérir cette endurance qui leur assu- 
rera la victoire, et le régime auquel ils se soumettent est si 
rigoureux qu’il faut toute la ténacité du caractère britannique 
pour pouvoir s’y assujettir. 

L’on pourrait croire que, entraînés de telle sorte, les boxeurs 
se trouvent en état d’entreprendre une lutte de longue haleine 
sans désemparer, il n’en est rien. Le combat épuise si rapidement 
les forces des concurrents qu’il est indispensable de fractionner les 
assauts en rounds (reprises^ de 2 ou 3 minutes, séparés eux- 
mêmeé par des intervalles de repos de 1 minute. Pendant ces 
repos, les seconds des boxeurs s’efforcent de leur rendre toute l’é- 
nergie possible en les éventant, leur épongeant la figure, ou bien 
encore en faisant usage de vaporisateurs chargés de vinaigre ou 
d’alcool. Le nombre des rounds varie beaucoup d’après la nature 
du combat. Deux ou trois d ms les assauts d’amateurs, il s’élève 
à dix ou vingt entre professionnels et est illimité pour les cham- 
pionnats. 

Pour répartir plus également les chances de succès, les com- 
battants sont divisés, d’après leur poids, en diverses catégories. 

C’est l’Américain J. Corbett qui détient actuellement le cham- 
pionnat de la boxe du monde. Il enleva ce titre en 1892, à New- 
Orléans, à Sullivan, dans une lutte restée célèbre. Ce dernier, 
véritable hercule, cherchait à faire usage de force et à régler son 
concurrent en quelques coups ; mais Corbett, comprenant la tac- 
tique de son adversaire, employait toute son agil té à éviter les 
attaques terribles qui lui étaient portées. Ce n’est qu’à la dixième 
reprise que le premier coup sérieux fut donné par Corbett qui, 
ayant réussi à fatiguer le colosse américain, parvint bientôt à le 
dominer. 

Un seul homme pourrait disputer à Corbett son titre de cham- 
pion du monde, c’est Jackson, le nègre australien. Malheureu- 
sement, l’animosité qui règne aux Etats-Unis contre les noirs ne 
permet pas à un gentleman américain de se mesurer en public 
avec un homme de couleur.il convient toutefois de signaler qu’en 



LA BOXE FRANÇAISE 



447 



1891, Gorbett et Jackson se rencontrent dans un assaut privé. 
Après la série formidable de 64 rounds le combat fut déclaré 
sans résultat (draw), les deux champions se trouvant hors d’état 
de continuer. 

Il nous a été donné, à la séance organisée, le il janvier 1896, 
par le Boxing-club.de Bruxelles, d’admirer les trois plus forts 
boxeurs du royaume uni : H. King (champion d’Angleterre, 
poids lourd), J. Steers (champion d’Angleterre, poids léger). 
Nous voyons difficile de se figurer, sans avoir vu des hommes de 
cette valeur, le degré de force et d’endurance que peut acquérir 
le corps humain par l’entraînement de l’exercice. Elevée à cette 
perfection, la boxe devient réellement un art et, malgré le côté 
violent de cet exercice, peu en harmonie avec nos mœurs, il 
s’impose à l’admiration par la façon dont il est compris et exécuté. 

Le championnat light-veighls, amateur du conlinent, qui cons- 
tituait la principale épreuve du programme a été remporté par 
M. Dettmer, le champion britannique, battant M. Tilbury, du 
Boxing-club de Bruxelles Celui-ci, malgré une belle défense, 
était visiblement affecté dès le troisième round par deux coups 
malheureux qu'il avait reçus et qui paralysaient une partie de 
ses moyens. 

L’attrait de ce grand assaut international n’était pas peu re- 
levé parla présence des maîtres de la boxe française, MM. Char- 
lemont et Castérès. Rien de plus intéressant que de pouvoir com- 
parer, dans la personne de leurs meilleurs représentants, la valeur 
respective de ces deux manières si différentes. Sans vouloir éta- 
blir la supériorité matérielle de l’une sur l’autre, ce qui serait 
bien difficile, il est incontestable que la boxe française est plus 
gracieuse et plus agréable à la vue que sa rivale. 

M. Charlemont a remporté un vif succès en exécutant, avec 
M. Fonst, son élève, une démonstration théorique de son art. La 
façon simple et élégante avec laquelle ce dernier, un tout jeune 
homme, exécutait les mouvements les plus difficiles, sans jamais 
se départir d'une précision étonnante, a soulevé des applaudis-* 
sements unanimes. 

Deux mots pour finir, du Boxing-club de Bruxelles. Fondé en 
1890 par M. Pleuser, assisté de ses amis, MM. F. Tilbury, O. Gré- 



448 



LA. BOXE FRANÇAISE 



goire, A. Prier de Saône, Miette, Reiscke, Delapierre, R. Fran- 
çois, etc... il remporta dès ses débats de brillants succès et se si- 
gnala aux assauts internationaux de Paris et de Londres. En 1891, 
ses couleurs furent représentées au championnat d'Angleterre par 
M. Tilbury, qui ne céda que devant Dettmer, après avoir battu 
Henderson et Knight. Sous la généreuse impulsion de son prési- 
dent, le Boxing-club de Bruxelles se développa rapidement et 
acquit en quelques années une situation prépondérante. 

M. Pleuser peut donc être considéré comme le propagateur 
de la boxe en Belgique et c’est en l’honneur de son vingtième 
anniversaire de pratique, que se donnait l’assaut international 
qui fait l’objet de ces quelques lignes. Qu’il nous soit permis de 
joindre nos félicitations aux applaudissements qui, à la fin de la 
réunion, saluèrent la remise par le Boxing-club à son président 
d’un magnifique bronze d’art, témoignage de remerciements et 
de sincère sympathie. 

Le Véloce-Sport et Bicyclette réunis publia, à la date des 16 et 
23 janvier 1896, deux articles intéressants sur la boxe française 
et la boxe anglaise, nous les reproduisons ci-dessous. 



LES SPORTS 



LA BOXE FRANÇAISE 

« La boxe procède du pugilat qui était fort en honneur chez les 
anciens. Deux règles régissaient le pugilat : d’après la première, 
le combat avait lieu tête et poings nus; d’après la seconde, les 
antagonistes avaient les poings recouverts de cestes ou gantelets 
et la tête coiffée d’une amphotide, sorte de calotte protectrice. 

« La renaissance du pugilat eut lieu en Angleterre au xiv c 
siècle ; mais la boxe anglaise, qui diffère absolument de la boxe 
française, fera l’objet d’un second article. 

« C’est vers 1830, et dans les bas-fonds de la société à la Cour- 
tille, que l’on pratiqua la savate , d’où est sortie la boxe française 
actuelle. Dans la savate, la garde était très basse, les jambes très 
écartées, les mains portées en avant. Un coup célèbre, dit coup de 



LA BOXE FRANÇAISE 



449 



musette , consistait à relever le nez de l’adversaire avec la paume 
de la main ouverte ! A la vérité, la savate n’était pas un sport, 
mais un mode de combat inventé par les souteneurs de l’époque 
pour vider leurs querelles intéressées. Cependant le duc d’Orléans 
et lord Seymour figurèrent parmi les élèves de Michel Pisseux dit 
Gasseux, qui s’était intitulé professeur et exerçait dans un bouge 
que plusieurs romanciers ont rendu célèbre. Le véritable créateur 
de la boxe française fut Charles Lecour, qui en fixa les premiers 
principes. « L’Anglais, dit Alexandre Dumas père, dans un de ses 
romans, a perfectionné l’usage des bras et des poings, Charles 
Lecour y a ajouté le jeu des jambes et des pieds destinés à rap- 
procher ou à éloigner l’adversaire. 

« Tour à tour Loze de Toulouse, Leboucher de Rouen, qui créa 
la canne; Hubert Lecour, frère de Charles Lecour, Tessier, Du- 
cros, Vigneron, dit l’homme-canon et enfin Joseph Charlemont, 
apportèrent des améliorations au sport nouveau. Mais c’est le der- 
nier nommé, père du professeur actuel, qui offrit au public une 
théorie complète, systématique et raisonnée de la boxe française; 
il divisa son cours en sept parties et reconnut trois coups de poing 
et cinq coups de pied principaux. 

*** 

« Le cadre de cet article ne me permet pas de donner l’énumé- 
ration de ces leçons et des coups principaux du cours de Charle- 
mont père. Qu’il me suffise de dire que c’est ce cours qui est ac- 
tuellement enseigné dans toutes les salles de boxe. Les professeurs 
les plus connus sont : Charlemont fils, qui a hérité de toutes les 
qualités de son père et est actuellement le champion incontestable 
de la boxe française ; Castérès, le meilleur élève des Charlemont 
et qui s’est souvent mesuré avec un certain succès contre son pro- 
fesseur ; les frères Leclerc, dont l’art, pour être un peu plus 
mièvre, est plus élégant ; les frères Qui 1 lier, de grands et solides 
gaillards; Langlois, Albert, Paul Mainguet, Louis Allard, Jolit, 
Moscovino, ces deux derniers professeurs à Joinville. 

« Quelques amateurs passent également pour des boxeurs de 
réputation. Citons: MM. O. Robbe, vice-président de la Société 
des boxeurs français ; San-Marin, plus connu comme lutteur; 



450 



LA BOX K FRANÇAISE 



Ranc, sénateur qui fut un assidu de la salle Charlemont ; marquis 
de Chasseloup-Laubat, Groslambert, Baumblalt, le baron Friede- 
rickz, fils de l’attaché militaire d’ambassade de Russie; Pasteur, 
Crémieux-Foa, Reubens, Levallois, Ch. Subercaseaux, Deligny, 
les frères Paulian, Léon Legrand, ce dernier spécialiste de la boxe 
anglaise, etc., etc. 

« L’assaut de boxe est tout aussi intéressant, pour les connais- 
seurs que l’assaut d’armes. Les feintes, les parades, certains coups 
habilement combinés demandent autant de finesse, de vitesse et 
d’habileté que l’escrime. 

« Maintenant la boxe, pratiquée avec des ganté de peau rem- 
bourrés et des pantoufles légères garnies de semelles en buffle, est 
loin d’être le sport brutal qu’on se figure. 

« Les accidents y sont plus rares qu’à la salle d’armes ; un 
boxeur bien entraîné ne craint pas de recevoir, dans l’assaut, des 
coups de poing et des coups de pied appliqués dans la règle de l’art. 

« On peut regretter que la méthode Charlemont ne soit pas ap- 
pliquée à Joinville et dans toute l’armée, car les exercices d’en- 
semble, exécutés dans les cours des casernes, sont défectueux. Ils 
obligent les hommes de tailles différentes à exécuter à la même 
cadence des mouvements pareils. Ils n’ont même pas le prétexte 
d’apprendre à l’homme l’art de se défendre soi-même ; c’est plutôt , 
comme disent les vrais professeurs dé boxe, l’art d’attraper les mou- 
ches, que/ l’on enseigne depuis longtemps à nos soldats et mieux 
vaudrait leur donner de la souplesse et l’esprit d’initiative qui 
manquent à la plupart en leur faisant pratiquer les exercices et 
jeux du plein air. 

« Le mérite principal de la boxe française est de constituer un 
excellent moyen de défense. L’homme qui a suivi pendant quelque 
temps le cours de boxe de Charlemont n’a plus « froid au yeux », il 
ne deviendra pas pour cela agressif, car les psychologues ont re- 
marqué que la douceur était la caractéristique des gens vraiment 
forts, seulement, bien que sans méchanceté, le boxeur se défendra 
lorsqu’il sera attaqué ! 

« G. de Lafreté. » 



1 6 janvier 1 896. 



LA BOXE FRANÇAISE 



451 



LES SPORTS 



LA BOXE ANGLAISE 

« La renaissance du pugilat en Angleterre date, comme je l’ai 
dit dans mon précédent article, du xiv e siècle. Elle fut sans doute 
provoquée par les lois très sévères édictées contre le duel vers 
cette époque, et qui rendirent bientôt impossible toute rencontre 
à l’épée. Ne pouvant croiser le fer, les gens en vinrent « aux 
poings ». Or, ces mœurs ont persisté jusqu’à ce jour, au collège, 
dans la rue, au bar, et même au Parlement, les discussions se 
terminent ordinairement par un pugilat en règle. En somme, ce 
combat qui met immédiatement fin aux querelles — battez-vous 
mais ne vous disputez pas — n’est-il pas plus rationnel, moins 
hypocrite surtout, que le duel qui, avec ses atermoiements, met 
les adversaires aux prises alors que le plus souvent ils ont repris 
leur sang-froid et reconnu le mal fondé de leur discorde. 

« Mais la science de la boxe est répandue dans toutes les classes 
de la sociéié, de l’autre côté du détroit, tandis que la plupart des 
Français en ignorent totalement les règles. Si le couteau en Italie 
et en France joue, par contre, son rôle ignoble dans les chicanes 
de la rue, son usage est à peu près inconnu en Angleterre, même 
dans les milieux les plus interlopes de la vieille cité de Londres. 

« Quelle est la. différence essentielle entre la boxe française et 
la boxe anglaise? Elle est contenue dans la définition suivante : 
Dans la boxe anglaise aucun coup ne doit viser au-dessous 
des hanches et il est défendu de porter un coup de pied ou de 
frapper avec la main ouverte. Hâtons -nous de dire que cette 
dernière restriction existe également dans la boxe française. 

« Il faut distinguer, dans la boxe anglaise, l’assaut ordinaire 
du combat. L’assaut ordinaire, appelé boxe sparing , se pratique 
comme en France avec des gants rembourrés. Les adversaires ont 
droit à deux aides chargés de les éponger, de les éventer et de 
leur passer à boire pendant le temps qui leur est accordé par 
l’arbitre, pour les laisser souffler. 

« Dans le combat, les antagonistes ont des témoins, comme 
dans notre duel et ils luttent les poings nus. 



452 



LA BOX K FRANÇAISE 



« S’ils consentent à mettre les gants, c’est pour la frime, et 
après avoir eu le soin d’en retirer la bourre ! 

« Voici comment se règle le combat. 

« Un carré de 6 mètres forme l'arène, où pénètrent les antago- 
nistes, leurs témoins et leurs aides. Les combattants sont nus 
jusqu’à la ceinture. Au signal de l’arbitre, ils s’avancent, suivis 
de leurs témoins et se donnent la main. Puis ils se mettent en 
garde et cherchent aussitôt à se frapper. La durée du combat n’est 
pas limitée (témoin la rencontre de Corbett et de Peter Jackson, 
qui dura 4 heures 1/2 sans donner de résultats), et jamais les 
repos ne doivent dépasser une minute. Chaque reprise s’appelle 
un round ; on dit qu’un tel est sorti vainqueur de son adversaire 
en 6 rounds , c’est-à-dire 6 reprises. 

« Lorsqu’un des combattants est momentanément étourdi par 
un coup de poing, ses témoins lui mettent du vinaigre sur la 
langue pour le ranimer. Quand l’un d’eux est enfin forcé de s’a- 
vouer vaincu, c’est-à-dire lorsqu’il gît à terre, dans l’impossibilité 
de se relever, le signal de la défaite est donné par son témoin qui 
jette l’éponge en l’air. 

« En somme, ce genre de combat est barbare et rappelle, en 
certains côtés, les luttes de gladiateurs. 

« Du reste, tous les gouvernements sont maintenant d’accord 
pour interdire les combats de boxe. Les professionnels de ce 
sport (ne pas confondre avec les professeurs de boxe sparing ) ne 
savent plus où l’exercer ; et James Corbett, le champion du monde 
actuel, a, pour cette raison, bien des chances de garder longtemps 
sa fameuse ceinture. 

« Le poids et la taille, mais le poids surtout, partagent en trois 
classes les boxeurs anglais : il y a des champions de petit poids, 
de poids moyen et de gros poids. Il est très rare que des champions 
de poids différents se rencontrent, et bien plus rare encore que le 
poids inférieur ait raison du poids supérieur. 

« Le premier champion anglais connu fut Jack-Broughton , 
qui fixa les règles de la boxe anglaise. Vinrent ensuite Tom John- 
son, puis John Jackson, qui par son élégance et sa conviction, 
mérita le nom de gentleman-boxer et fut prôné par Byron qui 
se flattait d’avoir été son élève. 



LA BOXE FRANÇAISE 



453 



« Le champion du monde actuel est, comme je l’ai dit, James 
Corbett, qui n’a trouvé son égal que dans le nègre Peters Jackson. 

(c Gorbett est, lui aussi, un véritable gentleman, par l’allure et 
la façon d’être. Fitzsimmons, un champion de poids moyen, qui 
vient d’avoir l’avantage dans plusieurs rencontres, a provoqué 
Gorbett. Mais celui-ci a répondu fort justement à son rival qu’il 
serait à sa disposition lorsqu’il aurait battu les champions de gros 
poids qu’il avait, lui Gorbett, défaits déjà. Cependant, d'après les 
dernières nouvelles, Corbett, désireux d'en finir avec les rodomon- 
tades de Fitzsimmons, aurait l’intention de lui accorder le match 
qu’il semble tant désirer. Par exemple on se demande où, quand, 
et dans quelles conditions pourra avoir lieu cette rencontre. 

« En dehors de ces boxeurs réputés, on peut encore citer les 
anglais Sullivan (défait par Gorbett) et James Smith ; l’australien 
Slavin ; l’américain Kilrain. 

« En France, la boxe anglaise est peu pratiquée. 

« Cependant un amateur, M. Legrand fils, arrive à se mettre 
dans une assez jolie forme. Maintenant, la plupart des professeurs 
de boxe française pratiquent, à leurs moments perdus, la boxe 
anglaise. 

« G. de Lafreté. » 

23 janvier 1896. 

Pour la deuxième fois, l’Angleterre s'est donné la fantaisie de 
faire figurer, dans ses fêtes d’escrime et de boxe, la boxe fran- 
çaise. 

C'est ainsi que M. Charlemont fils a été invité à prêter son con- 
cours au boxing-club de l’Université de Cambridge, comme repré- 
sentant de la boxe française. 

Nous donnons ci-dessous la circulaire annonçant cet assaut in- 
téressant, en y joignant le programme officiel : 

« Le comité du Club de boxe et d’escrime, de l’Université de 
Cambridge (C.Y. Boxing et Fencing-club), désire attirer l’atten- 
tion des membres de l’Université sur le programme de la séance 
qui sera donnée samedi soir dans la salle de la Bourse au Blé. 

« Il désire surtout signaler particulièrement l’exceptionnelle 
occasion que l’on aura d’assister à une démonstration de l’art de 



454 



LA BOXE FRANÇAISE 



la savate. M. Charlemont, le champion reconnu de France, vien- 
dra de Paris à Cambridge pour démontrer au public anglais l’ef- 
ficacité du pied comme arme d’attaque et de défense et en même 
temps pour exposer la méthode française de boxe. Il sera accom- 
pagné par un prévôt et par un jeune élève M. Fonst, qui l’aide- 
ront dans sa démonstration. Entre autres exploits, M. Charlemont 
entreprendra de se défendre avec ses pieds contre les attaques 
d’un champion de boxe anglaise. 

« Il désire également attirer l’attention sur le combat de boxe 
au. gant entre le champion amateur de Tan passé, poids lourd, et 
M. Paulian, un étudiant français actuellement à l’Université de 
Cambridge et membre du club. M. Paulian a appris la boxe à 
Paris, chez M. Charlemont et son galant défi au champion an- 
glais montre assez sa confiance dans la méthode française. 

v( Le reste du programme parle de lui-même sans qu’il soit 
besoin d’insister. Nous ferons cependant remarquer que toutes les 
personnes qui prendront part à cette séance donnent leurs ser- 
vices uniquement par amour du sport et par dévouement à l’Uni- 
versité. » V; 



CAMBRIBGE 

University Boxing et Fencing-Club 



ASSAULT-AT-ARMS 
MAR. CH 7 1896 , AT. 8. P. M. 



Exhibition-boxing 



E. Fordham v. 
(Instructor to the club 



W. M. C. G. Hemingway 
(King’s) (G. U. B. F. C.) 



Fencing 



G. F. Clay (Trinity) v. 
(London, F. G. et G. U. B. F. G.) 



Capitain Hutton 
(London F. G.) 



3 Round contest for a cup 



M. Horace King v. 

(Belsize B. G.) (Amateur Héavy Veight) 
Champion of England, 1894 



M. Paulian 
(Université de Paris) 
(G. U. B. F. C.) 



SlNGLESTICK 



Qtr. Master Sergt Holben v. 
(Loyal Sufïolk llussars 



Gorp Fordham 
(3 rd. Suffolk Volunteers) 



LA BOXE FRANÇAISE 



455 



Boxing 

M. P. A. Jones, v. M. A. Worthington 

(Lymn B. G ) (Amateur Bantam) (Sydney B. C ) Winner of G. G. soc's 
Weight, champion 4894-95 Open Bantam Weight compt. 1894 

Assaut de savate 

M. Charlemont, v. An Instriictor 

(Champion of France at French Boxing, Société des boxeurs français) 

Boxing 

M. G. Dettmar, v. M. G. Sykes 

(Stanhope Boxing-club) Light (Saint-James Athletic-Glub) Middle 
Weight amateur, ch. 1892-93 Weight amateur champion 1889 
French Swords 

Capt. Hutton, v. G. F. Yanderbyl 

(London F. G.) (clare G. U. B. F. G.) 

Boxing 

M. R. K. Gunn, v. M. W. Harvey 

(Lynn F. G.) (Featherweight (Winner, G. G. soc’s Open) 
(amateur champion 1894-95) Clarence, B. G. 

Featherweight, compétition 
Indian Clubs 
M. R. L. Jarman 
An exhibition by M. Charlemont. 

Tncluding exhibition with M. Fonst, showing method of teaching savate. 
Présentation of cup to Winner of contest and vote of Thanks. 

Grand assaut de boxe, donné par M. Léon Albert, le 23 février 
1896, sous la présidence du capitaine Follet. Ordre des assauts. 
MM. Bigan, Bayard. — Ch. Coin, Flori. — Bigan, Decham- 
bourg. — Agié, Moscovino. — Levallois, Castérès. — Lousta- 
lot, Joli t. — Ch. Coin, Lavedan. — Bayard, E. Leclerc. — Bayle, 
Mainguet. — Flori, Loustalot. — J. Leclerc, Castérès. — Char- 
lemont fils, E. Albert. — Démonstration de la boxe française, 
par M. Albert et L. Leborgne, son élève âgé de 8 ans. 

Grande fête athlétique donnée parM. H. Joignerey, le diman- 
che 15 mars 1896, salle delà maison du peuple, 47, rue Ramev. 



La boxe y est représenté par MM. Langlois, Williams, Bayle, 
Jules Guelpa, Loustalot, Jack Louis, Thompson, Châtelain at 
Albert. 



29 



456 



LA BOXE FRANÇAISE 



SALLE DES FÊTES DE LA SOCIÉTÉ 

DES AGRICULTEURS DE FRANCE 



LUNDI 16 MARS 1896, A 8 H. 1/2 PRECISES DU SOIR 

GRAND ASSAUT ANNUEL 

Donné par M. Charlemont, professeur au lycée Janson de Sailly 
et au collège Rollin 

ORDRE DES ASSAUTS 
Première partie 

Bayard, moniteur à i’É. de J., Chabrier, pr. à l’A. de B. 

Acs, A. de B., Bigan, professeur, 

Flori, moniteur àl’E. de J., Lhérie, professeur. 

Guelpa, amateur, Loustalot, professeur. 

Démonstration théorique et pratique de la boxe française par M. Charle- 
mont fils et Ramon Fonst, son élève-, âgé de 13 ans. 

Jack Lewis, Williams, boxe anglaise. 

Agié, amateur, Moscovino, moniteur à TE. de J. 

Deuxième partie 

Landowski, A. de B., Foréau, A. de B. 

Levallois, amateur, Loriot, id. 

R. Fonst, A. de B.. J. Müntz, id. 

Bayard, moniteur à TE. de J., Bamblatt,, A. de B. 

Albert, professeur, Mainguet, prof. A. de B. 

Williams, BobbyBurns. 

Champion Featherweight d’Amérique 
Hanlet, prof, à Verviers, Charlemont fils, prof. 

Légende 

A. de B. Académie de boxe, E. de J. Ecole de Joinville. 



L’ASSAUT DE CHARLEMONT 

« Chaque année Charlemont fils donne un grand assaut de 
boxe auquel sont conviés les professeurs ou amateurs les plus 
connus dans ce genre de sport. 

« Celui de lundi, donné dans la salle de la société des agricul- 
teurs de France, rue d’Athènes, s’est terminé à une heure tellement 
tardive que nous n’avons pu faire passer qu’une note trop courte. 

« L’assistance était à la fois nombreuse et selecte. Remarqué : 
M. Thomas, président de la société des boxeurs français, ayant à 



LA BOXE FRANÇAISE 



457 



ses côtés MM. Robbe, vice-président et le Colonel Dérué; MM. Dé- 
cauville, René de Kniff, Loisel, Thibault, membres de l’omnium: 
Louis Minart, Bishop, Chevillard, Eugène Paz, Reubens, Cuvillier, 
Fordyce, R. Sant, etc. 

« Très bon sport. Remarqué dans la première partie les assauts 
de MM. Bayard (Joinville) et Cabrier (professeur), Acs (amateur) 
et Bigan (professeur), Flori (Joinville) et Lhérie (amateur). De 
tous les assauts de boxe française de la première partie? ce der- 
nier a été le plus académique. Mouvements sobres, mais coups 
classiques, rapidement exécutés. 

« L’assaut de boxe anglaise entre le nègre Jack Lewis et l’an- 
glais Williams a distrait l’assistance : jeu semblable des deux 
côtés ; cependant contrairement aux pronostics, l’avantage a paru 
rester à Williams. 

« La démonstration de toutes les leçons de boxe française par 
Charlemont fils et son jeune élève R. Fonst a obtenu son succès 

habituel. R. Fonst lève la jambe comme Nini Patto en l’air 

elle-même. Quant à Charlemont, il joint à une mimique physique 
des plus explicatives, un bagout et une mémoire vraiment extra- 
ordinaires. 

% 

* * 

« Pour commencer, un assaut de jambes entre Landowski et 
Foréau ; ces messieurs auraient pu laisser leurs poings au ves- 
tiaire ; ils ne s’en sont pas servi une minute. 

a Une agréable surprise: M. Charlemont père, qui n’avait pas 
tiré en public depuis longtemps et dont le nom ne figure pas au 
programme, s’estremis sur la planche et malgré un manque d’en- 
traînement presque complet, il a fait merveille. Tudieu! quelle 
souplesse! Vraiment cet homme-là n’est pas le père du professeur 
de la rue des Martyrs ; c’est son frère aîné et encore! 

« L'adversaire de M. Charlemont n’avait pas beau jeu ; c’était 
M. Loriot, déjà cité, Eh bien! il s’en est fort bien tiré, et cet as- 
saut est certainement un des meilleurs. 

« Deux juniors, R. Fonst et J. Müntz, font un assaut d’adresse 
mais non de courtoisie. Le jeune R. Fonst se précipite comme un 
sanglier sur son adversaire qui, lui, conserve tout son calme. 



458 



LA BOXE FRAN^AIsk 



« A citer l'excellent assaut de Bayard (J.) et Baumblatt. 

« Un assaut magnifique, mais trop court, est celui du profes- 
seur Mainguet, premier prévôt de Cliarlemont, contre Guelpa, un 
élève de Q u i l lier. Des coups peu ordinaires sont tentés et réussis 
de part et d’autre. 

« A la suite d’un coup porté par Mainguet à Guelpa, celui-ci, 
dans un mouvement involontaire, renverse son adversaire par 
dessus la balustrade et le fait tomber sur le premier rang des 
spectateurs! 11 n’en résulte du reste aucun mal. 

« Second assaut de boxe anglaise entre Williams, qui a déjà 
tiré dans la première partie, et Bobby-Burns, un américain très 
léger, mais qui me semble posséder une science supérieure à celle 
de son adversaire. 

« Pour finir, le clou de la séance, l’assaut entre Charlemont 
fils et Hanlet, professeur à Verviers (Belgique). 

« Pour les sportsmen, cet assaut n’a pas été aussi intéressant 
qu’ils f eussent désiré, étant donnée l’écrasante supériorité du 
maître français. 

« C’est à un véritable écrasement du professeur belge que nous 
avons assisté. Celui-ci est cependant vite, mais Charlemont ne 
lui a pas laissé le temps de se retourner. A la suite d’un formi- 
dable chassé-croisé, Charlemont a envoyé son adversaire dans le 
public. 

« Très crâne, ce dernier est revenu prestement sur la planche, 
et s’est remis en garde le sourire aux lèvres. 

« En somme très belle soirée. 

« G. de L. » 

Paris- Vélo, 18 mars 1896. 



BOXE 

« Beaucoup de monde, hier soir, à la salle des agriculteurs de 
France, où M. Ch. Charlemont donnait son assaut annuel. 

« Les amateurs de boxe ont applaudi quantité de jolis coups, 
et, à deux reprises, les spectatrices ont eu l’émotion de voir un 
tireur précipité du haut de la plate-forme, entraînant dans sa 
chute des piliers et un câble rouge formant une barrière tropfra- 



LA BOXE FRANÇAISE 



459 



gile. Un des tireurs ainsi précipités est allé tomber sur les genoux 
d’une spectatrice si agréablement douée d’avantages naturels 
que la chute pouvait sembler préméditée. 

« M. Charlemont père, puis M. Robbe ont présidé la séance. 

« Pour laboxe française, un des succès de la soirée a été, cette 
fois encore, la démonstration théorique et pratique, par Charle- 
mont fils et par Ramon Fonst, un jeune boxeur de 13 ans, qui, 
un instant après, dans un assaut d’une amusante vivacité, a tiré 
avec Müntz, un adversaire du même âge. 

« Dans la première série d’assauts, citons surtoutMM. Bayard, 
Agié, Moscovino, Levallois, Loriot, etc... 

« Dans la seconde série, un des assauts les plus applaudis a été 
celui de MM. Baumblattet Bayard, moniteursà l’écolede Joinville. 

« Charlemont père, qui remplaçait un amateur indisposé, a 
été étonnant de vigueur et d’agilité. 

« On a applaudi aussi les partners de deux assauts de boxe 
anglaise, Jack Lewis, Bobby Burns et Williams. 

ce La soirée s’est terminée par une lutte inégale mais néanmoins 
des plus attrayantes, entre Charlemont fils et le professeur belge 
Hanlet de Verviers. » 

Journal , 18 mai 4 896. 

BOXE 

« L’assaut annuel que Charlemont organise à son bénéfice a 
eu lieu lundi dernier avec son succès accoutumé. 

« Beaucoup d’assauts intéressants et quelques tireurs nou- 
veaux, tel est le bilan de la soirée qui avaitattiré à la salle des 
agriculteurs un public nombreux et élégant et surtout beaucoup 
de jolies femmes. 

« MM. Moscovino, Bayard et Flori, moniteurs à l’Ecole de Join- 
ville ; Acs, Agié, Baublatt, Loriot et Landowski, amateurs ; 
Mainguet et Chabrier, professeurs, ont tous, avec leurs moyens 
respectifs, rivalisé de fougue et d’entrain. 

« M. Charlemont père, dont le nom ne figurait pas au pro- 
gramme, a bien voulu prendre les gants pour remplacer quelques 
tireurs absents. 

Le public présent n’y a pas perdu et y a gagné un assaut superbe, 



460 



LA BOXE FRANÇAISE 



dans lequel le vieux maître a fait applaudir, en même temps que 
sascience impeccable, une vigueur et une agilité sur lesquelles 
les fatigues et l’âge n’ont pu avoir de prise. 

« Le clou de la soirée a été l’assaut de Charlemont avecle pro- 
fesseur Hanlet, de Verviers. Charlemont, après avoir tâté son 
adversaire pendant quelques instants, a littéralement joué avec 
lui en lui portant des coups brillants : chassés-croisés, revers de 
pied, coups d’arrêt, dont il a seul la spécialité. 

« L’assaut annuel de la société des boxeurs français aura lieu, 
au cirque d’été, le 31 mars. 

«P. M.» 

Figaro, 19 mars 4 896. 

Vélodrome de la Madeleine. Assautannuel des frères Leclerc, 
donné le 26 mars 1896, à 8 heures du soir. 

Ordre des assauts. — Boxe française : MM. Flori, Lavedan. 
— Bigan, Louis. — Mayodon, Gros. — Bayard, Godignon. — 
Van Roose, Monbiot. — Joli, Loustalot. — Guelpa, Louis. — 
Moscovino, Maynadié. — Albert, Agié. — E. Leclerc, Gastérès. — 
J. Leclerc, Bayle. — Boxe anglaise : Langlois, Châtelain. — 
Legrand, Jack-Lewis. — Sabre : Chauderlot, Pellet. — Bâton : 
Loustalot, Flori. — Canne : Chauderlot, Quillier. 

Académie athlétique, 23, rue des Boulets, grand assaut athlé- 
tique donné par M. Noël (le Gaulois), le samedi 28 mars 1896, à 
8 heures du soir. Grandes luttes, exercices de force, assauts d’es- 
crime, de boxe et de canne. 



SOCIÉTÉ DES BOXEURS FRANÇAIS 

ASSAUT ANNUEL 

Donné au Cirque d’été, le 31 mars 1896. 
PROGRAMME 

ORDRE DES ASSAUTS 

Première partie 

1. Landowski, am. ; Monbiot, am., B. F. 

2. Godignon, am. ; Loriot, am., B. F. 

3. Fiévet, du Boxing-club de Bruxelles ; Bayle, pr., B. A. 



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LA BOXE FRANÇAISE 

4. Lhérie, am. ; Foréau, am„ B. F. 

5. Démonstration théorique et pratique delà boxe française parM.Char- 

lemont fils et Ramon Fonst, son élève âgé de 13 ans. 

6. Baumblatt, am. ; Jolit, adjudant, mon. à l’École de Joinville B. F. 

7. Gastérès, pr. ; Bayard, mon. à l’École de Joinville, B. F. 

8. Gharlemont